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bien 1l est difficile d'abandonner une vieille idée bien admise et par ailleurs, l'évidence des faits n'est-elle pas fonction d'une maturation intellectuelle individuelle ?
Les hypothèses de Müller et de Kæchlin ont encore un autre mérite plus grand: elles sont le point de départ d'une réaction contre les vieilles idées de Brongniart et de Gressiy et elles préparent celles de l'école sidérolithique moderne.
Si Brongniart dans sa théorie hydrothermale, garde quelque chose, une légère teinte, de l’actualisme de Buffon, il est cependant entrainé par le catastrophisme de Cuvier. Gressly, lui, est exclusivement catastrophiste, par Brongniart quil suit servilement, par son temps qu'il subit et surtout par son ami J. Thurmann, l’auteur de la théorie des « Soulèvements », qui arrivait de l'Ecole des Mines de Paris, où 1l avait fréquenté Elie de Beaumont! Müller, cet esprit si ouvert, trop oublié et trop mal connu, le premier, cherche une voie nouvelle et si malgré ses efforts, malgré l’aide de son ami Kæchlin, il n'arrive pas à la frayer, 1l l'a du moins ouverte. Et par eux, par leur évolutionnisme, les doctrines sidérolithiques passeront à l’actualisme moderne, représenté par deux grands courants, dirigés, l’un par le professeur Dieulafait 1}, l'autre par le savant géologue belge Ernest van den Bræck ?)}. Tous deux accordent à l'eau une action prépondérante : le premier se rapproche surtout de Müller, attribuant à la dissolution chimique le rôle principal, tandis que le second invoque avant tout les phénomènes d’altération superficielle, la décalcification particulièrement.
De plus, à partir de 1870, deux directions se manifestent très nettement dans les études sidérohthiques. Les paléontologistes cherchent à reconnaitre l'ère d'évolution ou de distribution verticale des espèces et les géologues étudient les variations pélrographiques du phénomène lui-mème. Il
1) Dreucarair : Origine et mode de formation des phosphaltes, p. 204. 1884.
?) E. van pen Brœcx : Mémoire sur les phénomènes d'altération des dépôts superficiels. 1881.
en résulte d’abord un remaniement et un développement énormes des connaissances stratigraphiques et ensuite, des acquisitions considérables, nouvelles et variées.
Pour se faire une bonne idée du travail effectué durant ces trente et quelques années, on peut consulter avec profit l'excellent traité de M. A. de Lapparent ‘}, dont les cinq éditions représentent le monument le plus complet de toute la biblio graphie géologique française.
Mais, pour l'instant, occupons-nous de l'œuvre des géologues.
Dès 1879, un chimiste français, Poumarède, découvre à Caylus dans le Tarn, les premiers gisements de phosphorite de chaux. C'est le point de départ d'une série de recherches dans toute la région formant la bordure sud et sudouest du Plateau Central. La mise à jour d’une faune nouvelle, riche et inconnue en est le premier résultat scientifique. Puis bientôt, pour des motifs à la fois paléontologiques et pétrographiques, les phosphorites sont considérées comme une forme locale, une sorte de faciès dû au phénomène sidérolithique.
Allant plus loin encore, certains géologues pensèrent pouvoir rapprocher des bols et des bohnerz, en raison d'une communauté d’origine, les bauxites de la Provence (Var), les matériaux de certains remplissages à argiles phosphatées ou à nodules de phosphates de chaux (Jura neuchâtelois). Bien mieux, quelques-uns même ont essayé d'assimiler les bohnerz et surtout les bols sidérolithiques aux terra-rossa des cavernes où aux latérites des régions chaudes.
Toutefois, l'accord n'est pas unanime sur tous ces points parmi les géologues et la discussion est même encore assez vive au sujet de quelques-uns. Quoi qu'il en soit, un fait domine ici, c’est la lendance de l'école moderne, d’'établir que le phénomène sidérolithique, accident minéralogique, comme le pensait déjà d'Halloy, constant dans ses grandes
) A. pe Larparenr: Traité de géologie, (v. Index général).
lignes, est cependant susceptible dans ses actions de détail, d'une variation presque infinie. Et en cela encore se mamfestent les influences actualistes de nos temps. Mais nous aurons à y revenir dans la suite.
La dernière classification du D' Greppin fut généralement admise. La plupart des auteurs, du moins dans les traités généraux, en raison de l’hétérogénéité des niveaux sidérolithiques, se contentèrent longtemps d’une attribution très générale et peu précise, comme on peut s’en rendre compte en compulsant les œuvres des géologues français, anglais ou allemands: de Lapparent 1), de Launay ?), Geikie *}, Dana ‘), Cotta 5), Beck ‘), Credner 7), Gumbel ), ete... ‘). Toutefois, les spécialistes ne s'arrêtent pas à ces considéraüons générales. Les découvertes de gisements fossilifères nouveaux se font cependant rares. Dans le Jura, on ne peut guère signaler que celles du prof. Schardt !‘)}, au Mont de Chamblon, en 1882. Tout récemment, j'ai signalé un petit gisement dans le Jura bernois, qui n’a toutefois donné que peu de chose. Dans le Lyonnais par contre, après Jordan, M. le prof. Depéret a eu la bonne fortune de faire quelques découvertes intéressantes et importantes.
Pendant très longtemps, la formation sidérohithique fut totalement inconnue dans toute la région alpine et ce n’est que récemment qu'un géologue, qui avait déjà beaucoup contribué à la connaissance du sidérolithique vaudois et qu'un affreux malheur vient d’enlever à la Suisse et à ses amus, le prof. E. Renevier !) l’a signalé dans le massif des Dents du Midi. M, le prof. Lugeon en à indiqué un autre affleurement à la Gemmi. Le même auteur en avait également reconnu des « injections dans le Trias du Chablais (Trévenen saz) et à la Hornfluh.
1) à !°) Consulter l'Index.
10) Voir à la partie paléontologique et l'Index bibliographuique.
) E. Renevier er DE LA Harrg: Bulletin S. Vaudoise, {. IV p.232: 1854 et t. IV p. 261. 1855.