‹ Le siècleChapitre 113 sur 173 · LISETTE, FRONTIN · texte numérisé non relu

LISETTE, FRONTIN

LISETTE

Oh! cà, monsieur Frontin daignera-t il n.e dire D'où date son courroux, que crime me l'attire, Par où j'ai mérité ces complimens polis Qui de vingt bons soufflets devaient être accueillis ? .

(Frontin la regarde avec mépris.)

LISETTE, en le frappant rudement sur l'épaule. Parleras-tu, butor?

FRONTIN

Ecoutez-moi, ma mie :

Tant que de vous aimer j'eus l'insigne folie, Coups, injures, propos, je vous pardonnai tout; Mais ces tons à présent ne sont plus de mon gojït.

LISETTE, en le contrefaisant.

Ne sont plus de mon goût ! . . J'en suis vraiment fâchée, Et moi je vous préviens, mine de Mardochée,

Que la main me démange, et qu'il est positif, Si vous ne quittez pas cet air rébarbatif...

frontin.

Cela m'ose parler! mais quel front! quelle audace I Après un trait si noir me regarder en face !

LISETTE

A.quidiableena-t-il?

FRONTIN

Je suis donc un maraud.

Sans grâce, sans figure ! ..Oh ! le joli moineau Qu'on me préfère!... Allez, petite mijaurée, Lorgner votre Fierval et faire la sucrée ! Allez ..

LISETTE

Qui, moi, j'aurais.

FRONTIN, vivement.

Ose encor me nier Un fait qu'à tout venant ce fat va publier, Dont i! m'a fait tantôt, par excès d'impudence, A moi-même, en ce lieu, la douce confidence.

C'en Fierval qui t'a dit..

Je tombe de mon haut.

LISETTE

FRONTIN

Oui, Fierval.

LISETTE

L'imposteur!

FnONTi\, larmoyant.

Cœur volage et trompeur!

Moi qui t'avais promis la foi de mariage , As-tu bien pu me faire un si cruel outrage !

LISETTE

Frontin !

FRONTIN, de même.

Avant la noce essuyer ces affronts I Que me réservais-tu?...

LISETTE

Pour prix de tes soupçons, Je devrais... Mais des fruits de son vil artifice Je ne puis supporter qu'un lâche s'applaudisse. Ecoute : Sois bien sûr que j'abhorre Fierval Tout autant pour le moins que le hait son rival. Sois sûr...

FRONTIN

Se pourrait-il ? quel rayon d'espérance !... (Se mettant à genoux.

Je tombe à tes genoux, j'implore ta clémence ; Je suis un animal, un sot bien avéré, Si Fierval en effet ne m'est pas préféré; Mais s'il n'est pas bien clair.. Mon enfant, prends-y garde...

LISETTE

Je t'éclaircirai tout : ce soin-là me regarde.

frontin, se relevant.

Grâce au ciel, j'en suis quitte aujourd'hui pour la peur.

LISETTE

Et tu me l'avoueras , c'est jouer de bonheur : Car sans récriminer, sans autre commentaire. Quel fond, dis-moi, quel fond est-il permis défaire Sur les propos légers de ces petits messieurs Qui vont de tout côté divulguant les faveurs De femmes que souvent i'.s ont à peine vues; Qaî, de plus, bien souvent leur sont même inconnues Aux discours de Fierval pour donner quelque foi, Conviens, mon cher Frontin, qu'il fallait être toi, C'est-à-dire....

FIERVAL, OU LE FANFARON DÉMASQUE

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