vôus ainsi une belle récolle d'idées sain ais
sances variées, dt notions justes, pour votre âge de b rite. Quand on s'y prend Irop : are,
i bien que pour l'autre, l'intelligence s'est épui nourrir des erreurs, l'imagination s même, la mémoire s'est durcie faut-- de culture; en un mol tomes les facultés sont devenues. inaptes à recevoir, ou tout au moins à féconder ces germes Irop tardifs ; cl si pari à force de travail, on parvient à vaincre la sléi i sol
desséché. rare qu'on en lire autre chose que de
mauvais fruits. On devi nt alors un demi-savant, ce qui est la pire manière d'être ignorant Lavenetl ofl dl l'exemple de cette triste fécondité. G lit que depuis peu d'annéi I enfin vingt-q
heures de loisir par jour, il s'i ledercgagm
temps perdu 1 1 ur son instr.e ' his-
toires, théâtres, : iences nati il lisait avidement tout
.i lui tombait sous la ma s choix, sans ordre,
sans goût, /(I,H> sa :
telligence offrail un éti de nottoi
ances tronquées; un amalgame de demi-i d'incohén
breux chai daieni lesélémens le*aH
i jamais dire: ■ Que m lumière soit ! i Tel était Lavenette sous le point de vue intellectuel. On
pouvait bien aussi lui reprocher quelques défauts de caractère, et notamment son excessive poltronnerie, ses prétentions au bel esprit, >on intarissable loquacité, son enttlement de mulet, son imprévoyance d'autruche, son humeur tatillonne, sa crédulité, son indolence. Maisil avait en revanche d'excellentes qualités de cœur : de l'obligeance, du dévoû ment, de la franchise, de la probité, de la bonté. La bonté i achète bien des déiauls.
Ce fut avec une véritable joie qu'il accepta la mission que lui proposait madame Robert; car cette mission flattait l'humeur aventureuse que lui avait inspirée tout récemment la lecture de Robinson Crusoé. Lavenette était un de ces esprits badauds qui n'aperçoivent jamais le sens caché des choses, et qui s'en tiennent à la superficie. Lavenette croyait à Robinson Crusoé.
Rien de plus curieux, du reste, queles préparatifs auxquels il se livra pour se mettre, moralement et matériellement, en état de remplir son rôle avec toute la distinction dont il se croyait capable. Outre Gulliver et Robinson Crusoé, qu'il relut pour la dixième fois afin de se bien pénétrer, disait-il, des mœurs et des usages des pays étrangers, il lut à l'apprendre par cœur l' Histoire générale des f'oyogei. par monsieur de La Harpe, académicien, l'homme du monde qui a le plus voyagé au coin de son feu. De ce moment, il ne jura plus que par monsieur rie La Harpe 11 lut dans celte Histoire que les sauvages doinent volontiers tout ce qu'ils ont de précieux, en échange des plus minces produits de noire industrie et que ce fut prineipalemei.t par des brimborions que Co lomb, q :e Cook, que tous les granos navigateurs pai vinrent a gagner leur bienveillance, et même à les soumettre à leur domination. En conséquence il amassa une immense quantité de vétilles de toutes sortes: de petits fragmetisde glace, des verres cassés, des bagues de verre, des colliers de verre, des breloques de verre, des couteaux de deux sous, de petiis riens eu cuivre, des tronçons d'éj'ée, des grattoirs, des canifs, de vieux pistolets rouilles, des pelles, des pincettes, des casseroles, des étrilles, des flageolets, des lèchefrites, des tirebouchons, des patins, des sonnettes, trente brasses de fil d'archal, quinze grelots, soixante exemplaires du véritable Mathieu Lœnsbera, trente paires de bretelles, des dragées, quantité de polichinelles en pain d'épiées, einq bottes a l'écuyère, etc. Lavenette comptait particulièrement sur ses dragées pour entretenir d'amicales relations avec les peuplades sauvages; et lorsqu'on riait de la bizarrerie de tels apprêts, i; répondait en se rengorgeant: — « C'est bon, c'est bon! Lisez monsieur de La Harpe. Vous y verrez que les plus belles découvertes ont été faites »vec moins que cela. Je n'ai |ias la prétention démarcher sur les traces de nos grands navigateurs; mais enfin on ne peut répondre de rien; il ne faut qu'un hasard pour mettre la main sur un nouveau monde, m peu qu'il en reste encore à découvrir. Hé! mon Dieu! c'est avec des morceaux de verre cassé que Christophe Colomb a subjugué l'Amérique. Lisez monsieur de La Harpe. »
Lavenette eût donc fini par épuiser toute la quincaillerie de la Rasse-Bretagne, si le signal du départ ne fut enfin arrivi'de Brest. Le capitaine Floltard, brave marin, qui était l'un des vieux amis de a maison, écrività madame Robert que, conformément à la demande qu'elle en avait faite, le ministre autorisait le passage des deux voyageurs a bord de la Rapide, dont lui. Flottard, était le commaniant. Il ajoutait que, pour être à même de profite, de la permission, il fallait que le jeune homme et son compagnon fussent rendus à Brest avec tout leur bagage, dans les trois jours qui suivraient la réception de cette lettre, car la Rapide étant chargée d'une mission extrêmement importante pour l'escadre française de la mer des Indes, avait reçu ordre d'appareiller immédiatement.
Toute la famille Robert se mit en route aussitôt pour Brest. La caravane se composait de sept voitures, dont cinq pour
les bagages, et deux pour les personnes. Les chevaux de monsieur Dupré prirent seulement trois fois le mors-auxdents durant le trajet, et faillirent précipiter l'équipage dans d'immenses fondrières. C'était des chevaux singulièrement perfectionnés I On en fut cependant quille pour la peur, et le matin du cinquième jour on entra sain et sauf, ou à peu près, dans l'humide capitale de la Bretagne.