JOURNAL DES DÉCOUVERTES ET OUSER\ VTIO.XS MARITIMES ET .VITRES
de Toussaint Lavbnbxib.
Ouvrage, etc., etc., etc.
Lettre 2».
« A bord de ta Rapide, le 17 novembre 1810.
< \h! mai!
» Il s'est passé des choses bien étrangi sde mi ■ la lettre que sur de vous écrire, en date d'avanl-bier, el que » je m'empresserai devons faire tenir, ave, îles
» suivantes, par la première occasion qui se présenti
» Rassurez-vous, toutefois : .monsieur Robert n'a pas couru
le moindre danger. Mais il n'en est pas de même en ce qui a me concerne. De telles secousses soin bien violentes pour
un homme qui frise la cinquantaine I 11 n'a fallu rien moins .. pourj résister que la réso ulion, la forced' > dire, le ci lont le ciel n
i avant-hi i leux su trois heures apn bar-
quement, ce qu'ils appellent le pont de leur riavi , « à-dire le
» je ne sais qui... un inconnu... s » J'eus tort peut cire de (n'abandonner aux inepiratiei
LE SliCLE — 1\
•> ma sensibilité naturelle, mais c'est plus fort que moi : je » n'ai jamais pu voir périr mon semblable de sang-froid, et « je crois même que je me jetterais dans un verre d'eau pour » en tirer une mouche. Je me précipitai donc au secours de » ce... je ne sais qui. i
Comme on le voit, Lavenette a une manière d'écrire l'histoire qui ressemble fort à celle de beaucoup d'historiens d notre connaissance, hâbleurs fiefft s qui ne se font aucun scrupule de dénaturer les faits pour le besoin de leur cause, i n'ose toutefois accuser Lavenette de mauvaise foi. Laveo appartenait à cette classe d'esprits faux, que l'amour-propre aveugle, qui jamais ne peuvent convenir du moindre tort, el qui, après avoir inventé sciemment quelque énorme, mensonge, pour se tirer de peine, finissent eux-mêmes par y croire en toute sincérité, à force de s'entendre le répéter aux autres.
Lavenette continua ainsi :
n Oui, madame, je me précipitai à la mer, que, sans va- » nité, je puis mi maintenant de connaître à fond. Je
n'y fus pas plutôt tombé, cherchant des yeux, cherchant de » la main, appelant de la voix... l'inconnu en question, que « je me vis assaillir de droite et de gauche par deux gigan- » tesques poissons. Les avis sont partagés ici sur la nature » de ces ovipares. Les uns pensent que ce n'étaient que des » requins; les autres soupçonnent que ce pouvaient bien être » des phoques. Quant à moi, qui ai pu les observer de plus » près que personne, je ne suis pas fort éloigné deies traiter » de baleines.
« Je ne vous cacherai pas, madame, que le souvenir de Joli nas me donna beaucoup à rétléchir sur les suites d'une » telle rencontre. Que résoudn
» Ajoutez que chaque fois qu'il m'arrivait d'ouvrir la bout ii pour retirer, j'avalais involontairement uni eau
" de mer, la pire, sanscontredit s les eaux connues.
» Monsieur de La Harpe, qui paraît avoir pris à tâche, dans » son Histoire des Voyages, d'en imposer sur toutes choses, » appelle cela / ondeamère, ce qui peut vous faire penser que » l'Océan ressemble à une vaste infusion de chicorée sauvage. » Erreur, madame. L'Océi is du tout amer : l'Océan
» est salé, voilà tout; c'est une espèce de l oisson qui a le ii goût d'une eau saumAlre légèrement croupie. Je puis en » traiter savamment, et quand je parle de la mer, comme le » prétend le Parisien (un jeune I 5s instruit que nous
ii avons ici), je puis bien dire, hélas! que je suis plein de « mon sujet.
» Monsieur de La Harpe ajoftte que cette eau-là n'est pas u potable, <t qu'on ue peut la boire. Monsieur de La Harpe i eu parle bien î> son aise! J'aurais voulu le voir A ma place : » il aurait pu s'assurer que cette eau-là se boit très-bien, u trop bien même ! Mais revenons à nos requins.
» La retraite ne m'étant pas possible, je me décidai à re- ..sser vigoureusement leurs attaques, en opposant, à la » force aveugle desbêtts brutes, la force éclairée de l'homme » civilisé.
« Je me précipitai sur le plus proche <le l'un des deux re- » quins, afin d'avoir meilleur marché de chacun d'eux, en l'altaquantîsolément J'étreignis fortement celui-là quej'a- « vais saisi à brss-le-corps. 11 est prol able que malgré les mouvemeni <é ordonnés auxquels il se livrait pour se iini par l'étouffer et lui i » mordre la poussière, lorsque l'aul ours
de ide.
fallut un courage surhumain.
Je l'avoue ; : tr de
■ ma olèie, mais
» la conduite do ces deux ê p uni i
ne multiplia
intrépidité ne lutte
LOUIS DESNOYERS
' a liarnée, l'un de: [uins ayant recours à une «
fernale do » détour,' uque
» un
r : i vous
e vous dirai-je, madame? Je succombai, mais te fut " glorieusement !
« Lorsqueje revins à moi, après un ient qui pa-
» raît avoir été fort long, je me retrouvai sur un bon lit, a '•'é de moi.- • lits qui se portait i mervi
roie à une demi-douzaine de gaillards qui me bro. t aient, > me cliatoi illaieut, me frottaient, me parfu; bou-
i canaient comme un jam .e.j'ai
« l'honneur de vous narrer ce mémorable combat. » On prétend qu
c'e i-;' diri loi au foi I d< la gra » leur frégate. Ou ajoute que uous son: h rante pieds au-dessous du niveau de la mer, et encore on » décore ce vilain trou du beau nom de peste aux malades.
lanière de piéci; ens à
ls sous 1' pas le renverse lent de
» toute bonne architecture, en ce qui concerne l'embellissent des habitation! !. Je vous de- - ni . . ■ bon moy ,
>< et de se procui er de leaux points de - • que vou-
lez-vous^ (oui semble avoir été fait par dtf fous » misérables baraques que monsieur de La Harpe ne craint » pas d'appe er des villes flottantes '....
■là surtout ne disent ri. u comme :
» on seiaii tenté de i roire qu'ils le font exj
» Et d'abord, ils n'ont pas même besoin de se parier pour » se i re, tandis que nous autres, nous nenouscom-
b prenons pas toujours, rs que nous partons :
» coup.
» Supposons, par exemple, qu'ils veuillent s'envoy » cher. Vous croyez peut-être qu'ils se dir< inne-
» ment : « Allez >o: r? » Du tout! ils ne
» pas un mot. L'un d'eux, leur chef sans d.utc, tire de sa » poche ui -blanc, une
» resseml plus
u court; et i • ïi i .'. qui pousse des
. « Allez vous coucher ! » Et ils •» vont se coucher. Et il n'y a pas de risque qu'ils se le fas- I répéter.
» 11 en est de même pour iwe foule d'aul oses, ca • il
» paraît que h il pschliiil
» Jelcui en fais mon compliment! On secro .i les
» voleurs de î:i Fo t
n Qui lient bien : a peine
» de parler; mais quel atroce patois ! Ces » tigres et les rhin ivents'expri d'une
« manière plus :
« Poui rpolettes qui leur s ;r-
nt de lit, ils disent un hamac. Pourquoi appeler cela un n hal autre nom? Le a qui
» j'adressai celle que ion. me répondit qu'ils appelaient cela
n ne » manque pas d'une rer aine justi » complètement nie.
» Il eues! - qiâ leur -
» poi 'S mais. Au lieu tout
nnement d 3, ils les a] nés.
» L'avant et 1' rrièredu bâtiment s'appe I s grands mon:, aux de bois qu
■ne" de croix, s'i niers de
Le premier on ;
» je
it. Dans 1
« ver; affalt ■ signil e
itou v du navi gauche .
nour les cordes Elles ont trente-six mil'e
■Mil un filin, tantôt un . ato une oc
ier qu'ils n'insultent du nom de
e :a s doute qu'il i- le mettre la
pion ble ealembi
i" leur en veux, C'esl surtoot |iour la fourberie
i qu'ils ont mi iser, sous le nom délicat et trompeur
de biscuit, la plus détestabledrog e qu'en puisse imaginer.
Monsieur de La Barpe lui-même ne caint pas de propager
. cette insigne félonie. S'il faut en croiie cet imposteur, les
■ marins re se nourrissent que de bis'uiv. Moi .(bi II
i au une raison de me délier d -s allégations de cet hAnwie
■ de lettres, je me disais : a Bon ! du moment que sur mer on
•■ m nge que du bis uit, je me réjouis de lairj d s trem-
. un biscuit, trempé dnis un oigt devin, m'a
irs semblé une excellente fi-tn i<e. j ai tort i>e'tt-
ii a son faible ue, la tr
mien.
» Or, ce matin même, s ntaftt le besoin d" prendre un lé- < tpr réconfortant, Je demande deux on tro s biscuits, m'ati tendant à qui v|P «" ose de compar>ble e.
se, en sav."ttr, à ces biscuits d« Reims que confectionne avec tant <lVri m .demoiselle G^rirude (au bon souvenir de laquelle je v us prie de vouloir bien nie rapp' er . Heias! madame, quel n'a pss été mon désappointement, lors ,u'au lien (Te bette suave pâtisserie qu ■ rêvait mon imagination, je me vis offrir, vous le dirai je? .. tr.
un .aune -.aie, d'une pesanteur incroyable, et i d'un dur!... de Véritables pavés I... d esdetuHesa
; aidi un homme en lui tombant sur la reM « Je n'ai pas i esoin de vous dire avec quel profond mépris je re. . i tels caiiloux !
« E cependant, c est de cria que ces malheureux se subs-
tantent! C'est cela qu ils osent appeler viu biscuit ! C'est
c la (|ne monsii ur de t a Harpe a ^effronterie de parer du
nom!. . Qu» lie affreuse irtmie!
le voyez, madame, le séjour de ce; préten ues
• villes flottantts est loin d'clfiir autant d'agrémens maté-
rie s que les villes véril ib es, ce les qui n • Do le .t p s du
tout. Il est donc fort heureux qu'on y |ouUse parnom-
o été vraiment choisie, a en juger parle
peu d is que le hasard m'a mis en position d'y fré
erjusqu'àprésen : itamment, dans
chambrée marin que j'ai déjà cité, et qu'on appelle le**-
, en souvenir, j'imagine, du li u de sa naissan e qui
parait être Paris. C'esl un jeune homi ère pli de moy ns,
lise môme, et qui possède a lusvas
i infiniment à la conversation de cet homme
■ de mer. Tout-à-l'heure encore, il nous contait les éti n-
s aventures de son oncle Thomas, sur U (.m<A
■ i i histoire palpitante d'intérêt. Mal-
i. ureusemen le porte-voix du lapiiain a appelé tout le
' monde aux ormes, et forcé le Parisien d'interrompre son
Car il est bon de vi usdire madame, que nousavonsfailli
courir le plus grand datiger tout à l'heure. Il a été torle-
n venir aux prises avec les Anglais. Nous
étions déjà tous à notre posl , n us faire hacher;
mais il parait que l'AngUis a eu peur. L'Anglaisa t .une
plus sage de passer tranquillement son chemin. Je m'en
réjouis à cause de monsieur Robert, ma s j en suis fâché en
e : j'aurai! ae mesurer
rie i ■ a. la perfide UbioniPuisse eciel me procurer
de ce satisfaction avant la lin de m i
Ht.
n'avait pas strophe,
ition terrible se idre à l'intérieur du
■ jusqu'à s.i quille Celle
[ut bientôt suivie d plus sourde, qu'àc-
AVENTURES DE ROBERT-ROBERT
comparèrent d'étranges caquemens, comme si des boulets eussent percé profondément les pa,rois extérieures. I.av nette s'arrêta court, ei rentra vivement la tête -ous la couverture, de Blême qu'au moindre bruit une taupe rentre en sou trou, un escargot dans sa coquille.
« — CVn est donc l'ait! » murmura-l-il ea faisant le gros dos, en ire blant de tous ses membres, et en claquant des dents à chaque mot ; « c'en est donc fait !. . les malbeuieux n'ont pu passer traiiquilement les uns à coté des autres !... Comme si la mer n'était pas assez large pour tous !... C'est ignoble!... On n'a pas idée de pareils spadassins!... Et monde La Harpe qui ose appeler cela des... »
Une main se posa tout-à-coup sur le dos de Lavenetle, et le secoua vivement.
« — Grftce , grûte! » s'éeria-l-il , s'imaginant qu'il était déjà la proie de quelque Anglais; « grâce, utilords! ..Je suis un homme inoffensill . je me rebds prisonnier , milotdsf...
» — Que me contez-vous là? » interrompit le propii taire de la maiD, qui, à force de le secouer, parvint enfin à lui remettre \* rigu.a- à l'air. « Allô s, vous rêvez sans doute! Réveillons-nous et décampons !
'i — Ali! c'est vous , docteur? » reprit Lavenetle. « Mais où voulez-vous que j'aille , dans l'état où je suis?.. Je vous jure que je me sens très-mal !
"—Rien ou mal, n'importe! Dans toute autre circonstance, je serais le premier à vous retenir i i, d'auiantmieux que vous n'êtes pas qu.tte de .certaines éludes d'analoiue tarée que je me propose de faire sur vous, dans l'intérêt de Ij s ...nue. Cela confie à vous plonger lia télé dans un baquet d eau salie, aussi longtemps qu'une bnitre restera à l'air , aliu d'observer qui de vous ou de l'huître perdra le moins vite connaissance dans « ei ni des deux é. émeus qui lui est le moins favorable. Vous voyez que cette expérience sera moins que rien. Votre long séjour au fond de la mer me donne tout lieu de croire que vous l'emporterez sur l'huitre. Que si je me trompais , et qu'il vous armât malbeur, vous auriez du m ins ce bon témoignage à vous rendre, que votre mort aurait sauvé un superbe Traité sur le puisson de mer, 12 vol. in 8°, et tourné au piofit .;e l'art. Votre mémoire sérail soigneusement conservée par les amis de l'humanité, et v.'ire nom jouirait ihjs honneurs Je l'insertion dans le prôcés-vu'bal île l'Académie des sciences. C'est conso ai, t.
» — Ah! mon Dieu! «pensa Lavenette, « ces gens-là ont juré ma perte !... Cc-t tin.viai coupe-gorg '. .
» — Riais au surplus , '» reprit le docteur , « ce n'est pas de cela qu'il s'agit pour le mom> nt Vous ùles hors de danger, vous êtes eu pleine convalescence. 11 s'agit de céder votre place à d'auttes Vous pouvez tntetidre d'ici, à la coqueluche ;!e nos canons, que les Anglais se sont i barges de vous donner des successeurs t Et ce sera Lien pis tout-à- I heure , quand les deux vaisseaux qui s'avancent se surent mis de la partie ! Décantez! preste, preste ! »
Ru parlant ainsi, le docteur faisait étendre des ma elas. des couvertures, îles lapis, dans toute la longueur de la pièce, ne laissant, entre chaque lif un, rovisé, qu'une étroite ruelle pour lui donner passage , à lui et a ses aides. Il étalait les -, 1 s bi-U'tiiis, les pinces, tous les instrumens de, sa trousse : Il apprêtait les bandes de toi e pour ligatures , les tampons à arrêter le sang, les charpies à refermer les plaies. Quand cela fut fait, il tira Lavenetle à, bas de son hamac, i avi nette s'habilla, mais, dans l'ahurissement où il était, il mil son gi ei sens devant derrière, son babil a rebour- e i culotte à frayera. Ce fut un véritable personnage de carnaval.
" — Au nom de Dieu ! d-cteur, » s'écria-t-il, « il est bit n facile de dire : Parlez, parle/.! mais où voulez vous que j'aille?
« —lié! morbleu I allez où vous voudrez! » lui répondit le docteur impatiente; « allez vous battre avec les autres, allez charrier les muniiions, allez re'cver les blesses , allez au diable!
Le docteur ouvrit la porle et le poussa dehors. Le pauvre homme y rencontra justement un convoi de blessés qu'apportaient à l'infirmens i autres passagers, les dot astiques et
ceux d'entre 'es marins que leur élat de convalescence empêchait encore de prendre paa à de plus grandes fatigues.
En pareil cas, lout le monte à bord est unu de s utiliser selon sa capacité.
La vue du sang et les gimissemens des bissés n'étaient pas propres à do nei à Lavenetle le courage qui lui manquait. 11 perdit lout-à-fait la lète; les jambes lui faillirent ; il Se laissa choir sur le plancher, et, se fourrant comme un lézard, entre les malles, les pièces à eau cl les autres objets d'approvisionnement que renferme la cale, il chercha l'endroit le p us sombre où se cacher à l'univers.
A force de ramper sur le ventre fiarmi les encombremens de la cale, il finit par se tapir dans celte espèce d trou que les matelots appellent la fosse- aux-lions, et dont le séjour leur est infligé en guise de cachot. C'est un cloaq.ie inlecl do"t l'ameublement cons sle en quatre ou cinq pots de peinture, une barre de fer a mettre aux pieds du prisonnier, et quelques barils de goudron. Laveuelte s'y étendit tout de son long, lerma les yeux, quoique I obseuri é tùl complète, et pai ee qu'il n y voyait plus rien, il s'imagina qu'il n'avait plus rien à craindre. Il imitait l'autruche qui cache sa lète dans un buisson, et croit n'être jyoint aperçue du chasseur qu'elle n'aperçoit pas.
Lavenette s'était enfoui là depuis dix minutes à peine, qu'il entendit près de'lui', dans toutes les directions, des trùltinemens sans nombre, et qu'il se senlii courir sur le corps, lui passer sur les mains, lui sillonner le visage, des êtres mal odorans mais singulièrement deux au contact, de ce doux qui, dans l'ombre, inspire à qui le touche une instinctive horreur.
Lavenette frissonna ju.-qu'à la moelle des os.
Si bas d'ailleurs qu'il fût plongé dans les profondeurs du navire, les sourdes détonations des caronades n'en parvenaient pas moins jusqu'à lui. Il est des bruits si véhémens qu'on les ressent encore, alors même qu'on ne les entend plus.
Quel que fût le péril auquel s'exposait bravement Robert, ce péril était moins grand peut être que celui où la frayeur précipitait aveuglément son timide compagnon de voyage.
Le bruit du cancn produisait alors un effet b en plus héroïque sur l'âme autrement virile du jeune homme. Nous l'avons laissé se glissant peu à peu, pour n'en pas être renvoyé, jusqu'au haut de l'escalier qui conduit de la sainte barbe à la b literie. Robert-Robert n'avait plus voulu quitter ce poste, d'où i! faisait passer les gargousses aux. canonniers. Plusieurs fois même il avait osé trave'ser a batterie po >r perler les munitions jusqu'aux piè. es, et il avait pu ju^er, par ses piopres yeux et à son très grand péril, des ravages que causait le feu de la corvette anglaise. Plusieurs artilleurs étaient déjà bb ssés plus ou moin., grièvement, le sang rougissait le plancher, les sab rds étaient dominés par la ranonade ennemie, et quelqi.es boulets étaient venus se planter dans les parois de l'intérieur.
« — Ah ! ah ! « fit Simon Barigoule en le voyant ; c'est o donc vous, monsieur Robeit le Diable, qui vous chargez o de donner la ration à 1a Gourmande? i (C'est ainsi que Barigoule apielait sa «aronade.) «Merci pour elle, jeune homme I Vous pouvez voir comme elle 3ime. ee genre de iriaudise! Allons, les enfans, passez-en une autre! La Gourmande a ce malin une faim d'enragée ! »
Ce i rentier combat fut vif mais cours. Nousavons vu que par une manœuvre aussi hardie qu'habile, et dans l'espoir de combattre un à un ses adversaires, le capitaine Flottaid ava t tout-à coup eh ngé de mute et précipité sa Irégaie du • île la corvette, le plus laible des trois navires anglais. On eût dit d'un aigle qui, après avoir plan* loi giemps, et longtemps dépl.'\ de ai t sis enni m s i inoAmsive majesté il ses aili s, s'élan se enfin, pousse un long cri de colère, et tunbe Impétueux sur eux,
La conçue anglaise, surprise par la brusque déviation de
la Rapide dont le vent favorisait les mouvemens, n'avait pu s'éloigner assez promptement, et s'était vue forcée d'accepter le combat. Sa résistance fut courageuse, mais que pouvaient ses faibles batteries contre celles de la Rapide? Cette dernière virait incessamment de bord, et lâchait toutes ses bordées contre les flarics entr'ouverts de l'autre. Le feu de la Rapide fut si habilement dirigé, qu'en moins de vingt minutes, sa mitraille, ses boulets rames, ses innombrables projectiles pulvérisèrent le frêle bâtiment, dont les manœuvres, les voiles et les mâts tombèrent enfin avec un horrible fracas. Sa carcasse même, pereçe de toutes parts, ne tarda point de s'abimer, aux acclamations de l'équipage français.
" — Et d'un ! » s'écria Barigoule en caressant de nouveau sa caronade, comme pour la remercier d'avoir bien fait son devoir.
« — Il n'y a pas encore sujet de faire la belle jambe, » répondit le Parisien. « Ne vous éloignez pas, monsieur Robert; préparez de nouveaux pruneaux; ce n'est encore qu'une escarmouche, une manière de se mettre en train, comme qui dirait le verre d'absinthe avant dîner. Si les araignées ont le temps aujourd'hui de faire de la toile dans nos caronades, je veux bien que le diable m'emporte I »
La frégate la Britannia s'avançait en effet sur la Rapide, et le vaisseau rie ligne anglais continuait de grossir à l'horizon. La situation de la Rapide n'était donc que très peu améliorée par son premier succès. Mais lecapiUineFlottard n'en continua pas moins l'exécution du plan hsr Ji qu'il avait conçu. L'équipage attendit ses nouveaux ordres, avec un sombre enthousiasme, avec cet enthousiasme de braves gens qui vont à uns mort certaine, et qui n'ont plus qu'un souci, celui de mourir en se vengeant.