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CHAPITRE ONZIÈME

Histoire incomparable d'un illustre incoanu. — Sccui » intim s

— ce qu'est devenue la famille Robert;— trist ? se ; — siogulièrts hat'ucina ions de mademoiselle Gïrtrnde; — repri

ses hostilités contre monsieur Dupié ;— grand combat de mo's;

— consolations; — madera rfselle Gertrnde magicienne ; — d'un as de trèfle qui joue un rôle fort inquiétant daus les expériences de mademoiselle Genrude; — joie; — histoire du boeuf anlédfluvien de monsieur Dupié; — nouvelles nouvelles; — tel 1res de Robert Robert; —funestes indiscrétions de Lavenette.

• —Ceci," dit le Parisien, < vous représente 1 histoire vé ritable et noB contrefaite du fameux amiral Tapefort (I).

d Je la Jiens, en ligue directe, t'es propres particuliers qui ont eu l'agrément d'échanger avec lut les taloches en question.

» Pour lors donc, il y avait une fois un vieux grognard, plein de vsillancc comme père et mère, et très avantageusement connu sur la terre et sur l'onde pour une foule de rincées qu'il avait données aux Inglichmann.* Ce vieux grognard, dont j'ai totalement oublié le nom, que je n'ai jamais su, s'appelait généralement l'amiral Tapefort.

■ Je dois vous prévenir néanmoins qu'il n'était pas amiral de naissance. Il n'y a guère que les grands de la terre qui viennent au monde avec des épaulettes d'amiral sur l'épaule ou un sabre de général au côté, comme on peut y venir avec une verrue sur le bout du nez, ou une bosse sur la cime du. dos.

» Pour lors donc, c'était à force de ne rien craindre, et aussi de n'être pas jtêle, et aussi d'aller droit son bonhomme de chemin, et aussi" d'avoir un bonheur d'enragé (ce qui ne gâte j.rasis rien), que le gaillard était parvenu insensiblement à allonger sa veste de mousse en manière d'habit doré. Je vous en souhaite autant, à vous tous qui m'écoutez, généralement quelconques, et surtout à toi, l'Ecureuil du diable.

«Pour lors donc, l'amiral Tapefort s'était distingué tout petit par une manie fort saugrenue : c'était de rosser tous ceux qui l'approchaient. Pas méchant du reste, pas lier, pas raucuneux du tout, mais tapageur comme un démon, et ne se plaisant qa'à donner des coups de poing, ou bien à en recevoir. Ça lui était parfaitement inférieur d'êlre rossé, pourvu qu'il rossât pareil lemei t. Que voulez vous? chacun a ses faiblesses : la sienne, c'était de montrer sa force.

» Quand le malheur voulait qu'il n'eût personne sous sa patte d'ours, à qui décocher que ques douzaines de tapes, te pauvre homme était malheureux comme les pierres, etjecrois que si cela eût duré, il eût fini, faute de mieux, p-ir so battre lui-même, plutôt que de ne rien battre du tout.

• Vous sentez bien que cette rage de taper, qu'il avait contractée de naissance, ne lit que croître et embellir avec l'âge.

» Tant qu'il n'était que simple marin, comme vous et moi, ça allait tout seul ; rien de plus facile que de s'en passer la fantaisie; il tiouvait toujours quelque bon luron, pour faire sa partie de coups de poing, à propos de la moindre chose.

(I) Ce brave marin dont le Parisien dénature le nom, et qu'il e'r\e de sa propre autorité au grade d'amiral, est un personnage très réel, qui faisait partie de la marine française sous l'Empli •. à l'époque mèm» où parle le Parisi-n, et qui avait le grade de contre-amiral seulement. La singulière manie dont il va êlre pirle ne fut pas moins réelle, et les marins de celte époque en ont conservé le souvenir.

AVENTURES DE ROBERT-ROBERT

et surtout à propos de rien. Pif! paf ! pan I Ça roulait du matin au soir ; et il était rare que ce talocheur n'eût pas quelques uns de tes yeux au beurre noir. Il était heure, x comme, treole-six mille rois.

« Mais pour lors, lorsqu'il eut monlé en grade, et qu'il fut lieutenant de vaisseau, il y eut déjà un fameux déchet dans les horions qu'il avait l'habitude de recevoir.

» Chacun gardait respectueusement les taloches dont il lui faisait cadeau. Ça le désolait. Et, au fait, battre toujours sans être jamais battu, c'est fastidieux.

«IMir lors dune, qu'est-ce que faisait mon gaillard?... Mon gaillard se déguisait de temps en temps en simple marin, et s'en allait faire un petit tour à terre, lorsqu'il faisait nuit noire. Il courait les tavernes, les guinguettes, les rassemblemens d'ouvriers; il bir.ait de force le vin des uns, s'emparait sans façon de la danseuse des autres, bousculait ceux ci, coudoyait ceux-là, marchait sur les durillons de certains, donnait une torgniole au premier venu; le tout, pour se faire rendre en gros les taloches qu'il avait muti'ement prodiguées en détail. Il ne revenait jamais de ces équipées-là, sans en avoir pour quinze jours à se bassiner de la tête aux pieds. Malheureusement les bonnes aubaines de ce genre étaient beaucoup trop rares. Cela le vexait.

» Pour lors, de peur de se laisser rouiller le poignet faute d'exercice , il s'amusait bien à soulever des poids énormes, à héler violemment sur une manœuvre , à donner des coups de poing sur ses meubles, et surtout à casser sa vaisselle ; mais c'était une récréation monotone à la longue ; je dirai même peu dilatoire et incohérente.

» Eh bien ! ce fut cent fois pis encore lorsque l'inforluné lieutenant cul passé capitaine, contre-amiral , vice-amiral , amiral tout-ù fait. Essayez donc de rosser un amiral!... C'est-à-dire qu'il vaudrait mieux arrt'ter un boulet au passage, histoire de vivre longuement.

» Pour lors donc , l'amiral Tapefort imagina une recette extrê Dénient ingénieuse. Comme les appointeuiens d'amiral so: t quelque chose d'un peu plus soigné que les nôtres , il eut de quoi louer un domestique tout exprès pour le rosser d'importance, moyennant cent sous par coup de poing. Quand la main finissait par lui démanger trop ser.siblement, l'amiral Tapefort disait à son domestique : « Allons, viens ici, et tourne ton dosl » Le domestique accourait et tournait son dos. Et alors , pifl paf ! pouf! fallait entendre comme les coups de poing lui dégringolaient sur l'omoplate!... Avec ça que l'amiral Tapefort l'avait fait habiller en Inglichmann, pour se donner encore plus de cœur à laper.

» Le domestique y mettait de son côte une ambition bien naturelle. Au risque de se faire éreinter tout-à-fait , il ne cessait de crier à fon maître : « Al'ez toujours! vous ne » faites que me chatouiller l'épine du dos , voilà tout! Allez

i ujoursl II faudrait une poigne autrement solide que la » vôtre pour me faire crier grâce! Allez toujours! On dirait

que vous avez peur de vous faire mal à la main ! Allez tou- » jours. »

o Pour lors donc. , l'amiral Tapefort , dont l'amour-proprr se trouvait justement piqué, continuait de taper : et je tape ! el je tape! jusqu'à ce qu'enfin son bras fut engourdi , et ne pût pas pi .s bouger que le bras de bois d'une statue de marbre.

» Et pour lors, qu'arrivait-il? c'est que le domestique i je lui rends cette équité) avait le dos noirâtre comme le fond d'une marmite; mais qu'en revanche, il n'avait pas reçu moins de deux ou trois ceuts coups de poirif.-. Or, à cent sous le coup de poing, ça lui faisait, pour son d mestique, une petite élrenne de mille à quinze cents francs. C'était là une place !.. Trouvez m'en une de ce calibre, et vous verrez si je dis n nui.

» Enfin n'importe ! vous concevez que c'étaient dçs parties déplaisir qui auraient ruiné à fond le p'us riche Crépus de la terre. L'amiral Tapefort, qui de cette façon avait déjà dépensé ses appointemens de toute l'année, fut obligé d'y renoncer par économie.

» Cette réformé lui fut diantrement sensible, vu l'habitude qu'il avait prise de ce genre d'agrément. C'est comne à

nous, si une ordonnance de l'Empereur nous supprimait la pipe, la chique ou le rogomme du matin.

» Pour lors donc, l'amiral Tapefort, qui ne savait plus que

faire de ses loisirs el de ses taloches , jaunissait d'ennui à

vue d'oeil ; il en devenait maigre comme un hareng saur ,

I et certainement il fût tombé dangereusement malade de

■ quelque coup de poing rentré , sans la circonstance que je

vais avoir l'honneur de vous inculquer.

» Vous savez tous que l'embarcation dans laquelle se trouve un officier supérieur , doit porter sur son arrière un pavillon déferlé. Les canots qui passent près d'elle, en 6e rendant à terre ou en revenant à bord, et qui ne sont montés que par des officiers inférieurs ou des gens de l'équipage, doivent lever leurs rames pour faire honneur à l'autorité compétente. C'est comme qui dirait une e-p:ce de : « Pré sentez ... armes! » Je ne vous consei le i as d'y manquer , dans l'occasion, au visà-vis du père Flotiard , notre brave commandant, pour peu que vous teniez à ne pas livrer des batailles d'Austerlitz aux rats de la fosse-aux lions, comme le respectable monsieur de Lavenette, ci présent et acceptant.

» Eh bien ! c'est justement cette formalité qu'un jeune aspirant de marine négligea de remplir un jour, à l'égard de l'amiral Tapefort.

» Le brave homme, qui ne cherchait que plaies et bosses, fit semblant d'être excessivement mortifié de ce manque d'égards. Il ordonne au patron de son canot d'aborder l'insolente chaloupe; il s'y précipite lui-même, et , sans attendre d'expl cations, tombe aussitôt à grands coups de poing sur l'aspirant qui la commande. Et allez donc!

« Mais voilà le plus beau de l'affaire! ce jeune homme ; qui était taillé comme un bœut, lui rendit vigoureusement la monnaie de sa pièce, après quoi, le saisis-aut de ses deux bras par le milieu du corps, il l'enleva de terre, et vous le coucha de son long dans le canot , ni plus ni moins qu'un petit enfant dans son berceau. Attrape!

» — Ma foi ! » dit alors l'aspirant en l'aidant à se remettre sur ses pattes, « j'étais loin de me croire fort; car je vois maintenant à qui j'ai eu affaire. C'est à mon vénérable ami rai, qui daignera sans doute excuser la liberté que j'ai prise de le battre. Je n'avais pas l'honneur de le reconnaître sous ce costume desimpie bourgeois.

» — Pardieu! vous vous y prenez drôlement pour faire connaissance avec vos chefs! d répondit l'amiral Tapefort en se frottant les côtes. Toutefois, je vous pardonne de les rosser: tant pis pour eux! mais non d'être impoli à leur égard. Pourquoi n'avez vous pas fait lever vos rames pour moi, monsieur l'insolent '.'

d — Par la raison que vous n'avez pas de pavillon sur l'arrière de votre canot, » répondit l'aspirant.

»— C'est ma foi vrai !» reprit l'autre ; « mon gredin de pa tron a oublié de l'y mettre ! Avance ici, mauvaise troupe! ■

• Le patron s'approcha et reçut respectueusement tout ce qui restait encore de coups de poing dans le bras de l'amiral rossé. Ensuite de quoi, ce dernier se tourna vers l'aspirant, qui n'était rassuré que tout juste sur les suites de son aventure, et il lui dit : « Ne craignez rien, « qu'il dit ; ■> je ne vous » en veux aucunement. Au contraire. J'aime les francs lurons » de votre espèce ; et pour preuve, je vous offre de passera » mon bord avec un grade supérieur à celui que vous avez. » Dne fois, deux fois, trois fois, ce marché vous va-l-il ?

» —Ça me va! « -épondit l'aspirant.

» —En ce cas, v> i éprit l'amiral Tapefort, touchez là. C'est " une affaire conclue. Je serai charmé de vous avoirtoujours •> là sous ma main. Vous êtes un digne rival ; mais j'espère » pieu îre ma revanche une autre fois. •

i Pour lors doue, à partir de ce moment, l'aspirant devint lout à fait le Benjamin de son amiral qui le fit monter de. grade en grade, jusqu'à celui de lieutenant en premier, plus vite que nous ne montons, nous autres, jusqu'à la bune du grand mit, au risque de nous casser le cou. 11 est juste de dire que ce n'c.ait pas de l'avancement volé. Chaque soir, ap;ès diner, l'amiral l'invitait à venir dans sa chambre, pour s j donner mutuellement une danse, absolument comme on s'invite à prendre une lasse de café, ou à faire unep areit

de dominos. Et une fois là, vli ! vlan ! il fallait en découdre!

» Pour lors donc, ce genre de récréation flnit par ennuyer le jeune nomme, dont l'ambition n'avait plus rien à y gagner. Il inventait chaque fois quelque nouveau prétexte pour refuser la partie. Tantôt il se disait malade, tantôt il se disait ma! portant. Mais c'étaient là des frimes qui ne pouvaient pas réussir toujours. L'amiral le traitait alors de fainéant, de poule mouillée, d'et cœiera pantoufle ! si bien que, la plupart du temps, il le forçait ainsi d'aller se meurtrir récipro quement la carcasse.

» Pour lor.s donc, le lieutenant se creusait continuellement la caboche, afin de se soustraire une fois pour toutes à ce régime perpétuel de calottes. Il avait remarqué un certain marin de l'équipage qui, malgré son extrême faib'essc, était parvenu à se faire respecter de tout le monde et même à se faire craindre des plus malins bûcheurs. C'était un tout petit bonhomme, pas plus haut que çî, pas plus gros q :e rien du tout: un extrait d'humain, quoi! pâle et malingre, qu'on ne lui aurait pas donné pour deux liards de vie. Mais il ne fallait pas s'y fier ! Il était chétif, c'est vrai, mais il était adroit comme uu singe. Il avait étudié pendant plus de dt ux ans la savate (c'est le mot technique), vous devez connaître ça, sous les plus fameux maîtres de la capitale. Il connaissait tous les secrets de l'art, et c'eût été Gargantua que, n'importe, il eût calotte Gargantua; il vous l'eût éborgné, fracassé, terrassé, battu à plalecouture, sans même avoir l'air d'y toucher, avec autant de grâce et de délicatesse qu'un chat peut en mettre à pelotonner une petite souris.

o Pour lors donc, le jeune lieutenant se dit: — « Voilà mon

• homme! Si celui-là ne guérit pas cet enragé de Tapefort de » sa manie de claques, j'en désespère, et, va te promenerl je » donne ma démission! Car, en définitive, je ne suis pas un » tambour de basque, pour me laisser tambouriner la peau » vingt-quatre heures par jour! »

» Pour lors dop.c, le lieutenant s'en alla trouva- son ami- -. rai, et lui dit: '

« — Vous vous croyez bien solide sur la manoeuvre de » l'avant-bras? Eh bien ! mon général, j'ai trouvé notre maî- » tre à tous deux

» — Allons doHc! ce n'est pas possible.

» — C'est pourtant comme j'ai l'avantage de vous le dire. " Et ce maître, c'est le moindre de vos marins.

» — Ah! parbleu ! je suis curieux de m'en assurer.

» — A voire aise, mon général. Je vais avoir l'honneur de

■ vous l'expéJier pour votre dessert. » » Aussitôt dit, aussitôt fait.

» Quand l'amiral Tapefoit vit arriver dans sa chambre l'espèce de nain que lui amenait le lieutenant, il se mit à hausser les épaules, et à rire comme un bossu.

» — Hé quoi I » s'éeria-t-il, « c'est là l'Hercule du Nord

• dontvous avez menacé nu s côtes!.. Aimions donc!... C'est « une mauvaise plaisanterie! ..Une pareille mazet'e'... Vous » voulez donc que je me borne à lui souffler dessus-, car du » diable si j'oserai lui détacher la moindre chiquenaude1 " J'aurais trop peur de le tuer du premier coup comme une » simple mouche!

» — Pardon, mon général, » dit alors le matelot, « j'ai la » vie beaucoup plus dure que vous ne pensez, et, pour peu » que cela puisse vous faire plaisir, touchez, louchez, ne crai-

■ gnez rien ! Je ne m'en sentirai plus le jour de mes noces! • — Ah ! lu le prends sur ce ton? » répliqua l'amiral Ta-

» pefort; « tu mérites une correction. Allons, malotru, dé- » fends toi ! »

» Pour lors donc, en disant ces mots, l'amiral jeta son habit bas, retroussa les manches de sa chemise, et se mit dans la posture d'attente.

» — Autant que je puis voir, mon général, » dit alors le » gringalet de matelot, « c'est une manière d'assaut à coups » de poing que vous me faites l'honneur de me dire veux-tu?

» — Oui, oui, en garde ! » reprit l'amiral. « Tu feras des » phrases demain, si toutefois je t'en laisse la force. Fermez » la porte, lieutenant , que ce gaillard-là n'ait point l'envie de

• m'échapper! Et quant à toi, vilain marsouin, en garde !

« — Mais, mon général, ■ réitéra le matelot en question,

" permettez-moi de vous dire que je n'oserai jamais vous » mettre la patte sur la physionomie.

» — Ose, ou n'ose pas, » interloqua ce dernier ; si tu ne « donnes pas, eh bien ! lu recevras : cela m'est parfaitement

• égal. Je te préviens d'ailleurs que je ne te vise qu'au-des- » sus des épaules : tout ce qui portera au - dessous ne

» comptera pas. Allons , pas tant de façon! défends-toi! • » Vli ! vlan! attrape!... Vli! vlan! ha'e encore celle-là...

» — Mais, mon général, » interrompit l'autre farceur, qui n'avait esquivé qu'à moitié ces deux premières bordées; « mais c'est donc pour de bon?...

• — Juges-en plutôt par celle-là, animal ! Vli ! vlan!

» — Bien tapé! mon général ! J'ai cru en- voir trente six » mille chandelles. Mais pour lors, puisque vous voulez bien » le permettre, à la guerre comme à la guerre ! Je m'en vas » prendre aussi la liberté de vous en décocher de ma fabri- » que, avec tout le respect que je vous dois. Vous saurez » me dire si elles valent les vôtres pour la qualité et la quan- <> tité. Vli ! vlan '... Pardon, excuse, mon général. Que dites- » vous de celle-là ?

» — Ah! coquin ! » s'écria l'amiral Tapefort, « c'est ainsi » que tu en dégoises ! Tu n'es pardieu pas manchot, et la ré- » ponsea valu la demande! »

» Bref, ce fut pour lors un drôle de spectacle, que de les voir se démolir tous deux. L'amiral était cent fois plus fo.rt que le matelot, mais le matelot était cent fois plus leste. Les taloches de l'un eussent certainement assommé l'autre ; mais celui-ci ne s'amusait pas à les recevoir, je vous prie de le croire II allait, venait, sautait de ci, sautait de là, se démenait comme un possédé, se trouvant déjà derrière l'amiral, que l'amiral croyait encore l'avoir devant lui ; passant, crac! par-dessous les coups de poing, qui s'en allaient tomber dans le vide, et, quanta lui, criblant ssn adversaire de petits coups peu forts, mais parfaitement ajustés.

» Parole d'honneur ! à voir l'énormité de l'illustre amiral Tapefort (à qui l'inutilité de ses grandes évolutions faisait pousser des espèces de rugissemens de colère), lutter vainement contre la petitesse d'un ennemi qui semblait papillonner autour de lui, et le lardait sans relâche et à coup sûr, on aurait cru assister au combat d'un gros lion contre une petite guêpe.'

« Pour lors donc, quand la lutte se fut suffisamment prolongée ainsi, le matelot eut recours, pour en finir, aux recettes l"s plus expéditives de son art. Il allongea tout à coup sa jambe droite contre la jambe gauche de l'amiral, tandis que de sa main gauche il l'atteignait au côté droit du cou ; et pour lors, lui donnant subito une forte secousse, vlan ! il le prosterna par terre comme une barrique que l'on renverse. Bravo ! L'amiral se releva, mais sitôt debout, vlan ! sitôt parterr1. Et ainsi de suite jusqu'à cinq fois, toujours par l'effet de laiile recelte. Tant et si bien qu'il serait probablement encore à faire ce même genre de plongeon sur le plancher de sa chambre, s'P n'cûl jugé plus sain de demander nierai.

» — Assez, que diable! assez! » s'écria t il enfin. « Crois- » tu donc que ce genre d'exercice m'amuse?... Tu mérite- » rais!...

» — Pardon, excuse, mon général, » interrompit le gamin de matelot, qui croyait bien sa dernière heure venue. « Fai-

• tes moi fusiller, si cela peut contribuer à votre gloire. J'ai » mérité d'être fusillé, puisque j'ai osé vous obéir.»

» Ces pare'es ne manquaient pas d'adresse, et prouvent que le gaillard savait manœuvrer la langue aussi bien que l'avant-bras. Elks calmèrent l'amiral Tapefort aussi vite que si on lui eût versé un seau d'eau sur la tête, ce qui est un remède souverain en cas décolère. Je vous conseil e d'en faire usage.

» — Allons, txistoi, imbécile! » répondit il au marin, qui tremblait déjà dans sa peau. » Ce n'esl pas au vaincu à

• fusiller le vainqueur. Va-l'en, et compte au contraire sur » ma protection. Et d'abord, vous, François, » ajouta l il en s'-adressant à son maître d'hôtel que le lieutenant était allé chercher, ainsi que le docteur, « François, faites dîner » ce gaillard-là. N'épargnez rien. Il doit avoir besoin de

AVENTURES DE ROBERT-ROBERT

» restaurant après la rude besogne que je lui ai donnée. « Quant à moi, je serai mieux au lit qu'à table. Allons, » qu'on roe couche, qu'on m'examine, qu'on me saigne, que » la médecine achève l'ouvrage de ce malotru. »

» Pour lois donc, savcz-vous de combien d'avaries la,carcasse de l'amiral ïapefort se trouva être endommagée ?Tout son corp était noir de coups et ressemblait à une poire tapée. Il avait six bosses à la tête, deux côtes d'enfoncées, un bras de foulé, et trois dents de moins. Il y a sur les bords de la mer de vieux bâlimens échoués qui sont cent fois mieux en état que n'était alors le pauvre amiral.

» Mais pour lors, il fut parfaitement corrigé de sa manie batailleuse, et, à partir de ce moment jusqu'à celui de son trépas, qui n'est pas encore arrivé, ce fut l'homme le plus doux de la frre. Lorsque, de loin en loin, il lui arrivait encore d'administrer quelques tapes au tiers et au quart, ce n'élait jamais du moins avec la permission de les lui rendre.

Morale.

» C'est à savoir que l'adresse est toujours plus forte que la force maladroite ;

i> C'est à savoir aussi qu'il n'y a rien d'abominable comme ces Tapefort que l'on rencontre en société, et qui sont toujours à vous tracasser, à vous pincer, à vous pousser, à vous marcher dessus, à vous tarabuster, à vous proposer quelque tour, quelque lutte, quelque joute physique, pour faire preuve de vigueur et se rendre intéressaus, à ce qu'ils s'imaginent. Je ne leur veux pas de mal, mais je leur souhaite ù tous un aussi bon professeur de belles manières que celui de l'amiral Tapefort.

■i Pour lors donc, je vous ai divulgué sa pathétique histoire pour charmer vos ennuis , pendant que nous n'avons rien de mieux à faire, ce qui n'arrive pas souvent, et ce qui surtout n'arrivera pas tout à l'heure, s'il faut s'en rapporter à ce qui s» prépare dans l'air.

Si vous en êtes contens, faites-en part à vos amis et connaissances. El voilà! n

Ainsi parla le Parisien , aux grands applaudissemens de son nombreux auditoire.

Le sifflet du contre-maître fit lever brusquement la séance Tous les marins se rendirent à leur poste pour y exécuter les diverses manœuvres que nécessitaient des circonstances atmosphériques aussi peu rassurantes que subites. Robert- Robert se blottit a l'écait sur le pont, pour jouir du poétique spectacle qui allait se dérouler. Quant à Lavenette, qui ne se doutait de rien, il se relira dans sa chambre pour y suivre la dernière invitation du J'aris:

« — Oui, sans doute, » se dit-il, « je ferai part de cette histoire à mes amis et connaissances, car je n'aime pas du tout ces espèces de télégraphes vivans, dans le genre de l'amiral Tapefort. Je suis bien sûr qu'elle fera grand plaisir à madame Robert. «

Nous laisserons I.aveneite ajouter un nouveau chapitre à son Journal de > oyage, et nous reviendrons pour un memenl en France. Il y a longtemps, en effet, que nous avons perdu de vue la famille de notre héros. Peut-être voosseca-til agréable d'en recevoir quelques nouvelles, dorant joins de calme que doivent suivre bientôt tant de nouveaux orages.

Lorsque, après l'embarquement de Robert- Robert, l'intéressante famille ni quitté Brest et fut de retour dans la jolie habitation qu'elle possédait à quinzeou Yingl lieues'de'eelte ville, il se passa bien des jours sans gailé, bien des nuits sans sommeil. L'absence de Robert Robert était un vide que

LE SItCLE. — T. 1\.

1 rien ne pouvait combler. Avoir dit adieu , pour l'éternité peut être, à un jeune enfant dont la vie jusqu'alors s'éiait enlacée à la vôtre; le chercher vainement, ici, là, partout, dans les lieux où chaque objet vous le rappelle sans cesse ; le suivre, par l'imagination, à travers mile périls, dont l'incertitude vous exagère encore la terrible gravité ; vivre où l'on est, penser où l'on n'est pas ; prendre la moitié des chagrins

"on lui suppose, et ne point partager ses joies que l'on ore ; enfin, ne pas apercevoir le terme de tant d'angoisses;

ut cela, c'est un brisement d'affections, d'habitudes même, ont on ne saurait dire l'incessante amertume.

Madame Robert, cette femme d'une raison si droite, d'un espri: si éclairé, en même temps que d'un cœur si tendre était obligée d'avoir du courage pour tout le monde. Elle s'efforçait de paraître calme cl de donner l'exemple d'une sainte résignation à ce qu'elle appelait les décrets de la Prcvideece. Mais, hélas ! l'expression douloureuse de sa belle physionomie démentait bien souvent la fermeté de son langage. Les larmes qu'elle avait longtemps versées en elle^ même, finissaient par lui navrer le cœur ; elles s'échappaient alors, elles inondaient le joli front des jeunes sœurs de Robert-Robert, Elisa et Christine, qu'elle couvrait de baisers, qui la couvraient de caresses, et qui, s'attacbant de leurs deux bras au cou maternel, pendaient gracieusement à terreT comme les jeunes branches d'un saule pleureur. On nepou= vait assister à de pareilles scènes sans être profondément ému. Amis, parens, vieux serviteurs, étrangers même, tous ceux qui les avaient vues s'en allaient tristes de leur tristesse. Grâce et douleur , est-il rien de plus touchant au monde ?

Quant à mademoiselle Gerlrude, chez qui tous les mouveniens de l'âme se traduisaient nécessairement par quelque mouvement extérieur, on conçoit qu'elle devait remplir la partie bruyante dans ces grandes explosions de douleur* L'excellente demoiselle était comme insensée depuis le départ de son neveu, de cet enfant dont elle était devenue la seconde mère à force de tendresse. Elle avait de ces longues distractions qu'on appelle vulgairement des absences; elle demeurait des heures entières, tout debout, comme pétrifiée, au milieu de l'appartement où l'avait aniriiée quelque besogne dont elle perdait tout-à-coup la mémoire.

«—Eh bien!" s'écriait elle, lorsqu'enliH elle sortait du Cl eux de ses rêveries; « que diable suis-je venue faire ici ?..jj Je ne m'en souviens plus !... C'est fini, j'en perdrai la tête !»

Et elle quittai la place sans avoir pu retrouver son idée.

Tout ce qu'elle faisait d'ailleurs, elle le faisait de travers. Elle se coiffait quelquefois à rebours, elle chaussait des bas dépareillés, elle versait le contenu de la salière dans son café au lait, comme si c'eût été du sucre; elle manquait toutes les friandises dotât sa main savante possédait si parfaitement le senet ; elle laissait tourner ses crèmes, brûler ses confitures, aigrir ses ratafias, tomber en eau ses gelées, enfumer ses biscuits, épaissir ses souillés, e\iéduiie à l'état de caramel ses sirops les plus délicats.

Quelquefois elle se surprenait dans la chambrettede l'absent, comme s'il eût été là, lui portant le matin sa petite tasse de chocolat, et venant le soir arranger les couvertures de son lit, lui demander s'il n'avait besoin de rien, et s'assurer par elle-même s'il était bien couché, s'il avait les pieds chauds tl la tête assez haute.

Quelquefois aussi elle cherchait partout l'objet qu'elle tenait à la main, et s'enquérait de ses luneties qu'elle avait sur le nez.

Voilà pour les momens de calme. Mais de temps en temps survenaient des tempêtes. La senUhiiiié nerveuse de l'excellente demoiselle avait ses érupiiuii> périodiques. Malheur à ceux qui se trouvaient à portée du volcan ! c'était sur eux que lent toutes les laves de sa mauvaise humeur! Malheur surtout à monsieur Dupré, son ennemi inlimel

Monsieur Dupré n'était pas moins sensible au fond qu'il était ras : c'est une justice à lui rendre; mais,

tout en ri ^i l'Haut que les circonstances eussent fait une nélé du voyage de sou pupille, s'il s'atljigeait de quelque

LOUIS DESNOYERS

cliose, c'était de l'extrême chagrin qu'avait causé cet événement, Sien plus(|ue de l'événement même, car, en bon indus • tricl, il le regardait tomme une excellente opération. .

Monsieur Dupré lit donctous ses efforts pour ramener un peu de douce gaité dans les habitudes de cette famille qui était presque la sienne. Ses efforts luren' vains dans les premiers niomens. Ses meilleures raisons, ses encouragement, ses amicales plaisanteries, tout ce qu'il tentait pour arriver aubut était traité de profanation par mad.molselie Gertrude. « — Allons, allons! » disait-il quelquefois, « t.ïejhnns d'être un peu raisonnables. A quoi sert-il de se dealer ainsi? Quand vous veus arracheriez les cheveux, cela le lirait-il revenir? Eh! mon Dieu, non! Vos cheveux seraient arrachés : voilà tout. Ne vaut-il pas mieux prendre son n,al ' en patience, et se donner un peu de p! ■isir? Ce qui est fait est fait : personne ne peut dire le contraire. Pourquoi se désoler à en perdre les deux yeux? Ayez du chagrin, je ne m'y oppose pas : tant s'en faut ! mais ayez-en de temps en temps... de loin en loin... comme de véritables philosophes. Ehtpardieu! regardez-moi. Croyez-vous que Je n'aie pas gémi de voir partir mon jeune pupille? J'en ai ma;gri déplus d'un pouce. Soyez comme mon gilet est devenu large I Et ma redingotte, donc ! Je parie que je. la boutonne, si je veux, un demi-pied pins loin !... Certainement on ne se résout pas a de tels sacrifices sans de graves raisons. Si le bœuf modèle que je rêve depuis si longtemps avait été aussi avancé qu'il l'est aujourd'hui, je n'eusse point laissé partir mon pupille. Mais enfin, ce qui est différé n'est pas perdu,» ajoutait monsieur Dupré en se frappant au front, suivant son habiiude. « Ce sera pour son retour. Car il est là, mon bœuf ! Encore un progrès, et le tour est fait. Tel qu'il est déjà, je ne le céderais pas à cent pour cent de bénéfice. Or, en attendant, secouons cette tristesse, morbleu!... De la joie, morbleu !...de la gaité, morbleu!...»

Et pour joindre l'exemple au précepte, monsieur Dupré se donnait autant de mouvement que le permettait son obésité; il sautait à faire trembler le plancher ; il faisait mine de chatouiller légèrement mademoiselle Gertrude; il lui portait des bottes avec l'index, et, la prenant ensuite par les deux mains, il la forçait de se lever et de danser avec lui, en chantant do sa grosse voix :

Hé! Ion lan la, Larira don daiue!

Hé ! Ion lan, la, Larira don don !

« — Voulez vous bien me laisser , cannibale ! » s'écriait mademeiselle Gertrude en se dégageant des mains de l'énorme Yestris, et en retombant assise dans son grand fauteuil à têtière. « Votre conduite est abominable!... Oser rire, oser danser quand toute une famille est dans les larmes!... Ça passe toutes^es bornes !... je ne vous aurais jamais cru capable d'une pareille atrocité I... Pauvre enfant!... je suis bien sûre qu'il ne chante pas, lui !... qu'il ne danse pas, lui!... qu'il ne se livre pas à toutes vos giloltineries, lui ! sur ce maudit vaisseau où vous avez eu la barbarie de l'embarquer! Car c'est vous, monstre d'homme, qui êtes cause de tout I Vous ne vus plaisez qu'au mal!... Trois mille lieues!... Faire faire trois mille lieues à un eniant de son âge!-... Quatorze ans onze mois vingt-neuf jours et quelque chos.!... pn enfant si délicat, et qui a besoin de tint de ménagement!.. Qui est-ce qui sera là Maintenant pour lui porter son chocolat le matin? pour aller voir s'il est bien couvert la nuit?... pour lui faire bassiner* son Ht?... pour lui demander de i.e p-'inf se mettre en nage '.'... pour l'embr i ' ...pour lui préparer sa chemise blanche?... pour lui parler raison?... pour lui raccommoder ses bas?... Oui, i oui, je vous le répéterai jusqu'au tombeau : c'est un meurtre ! que vous avez commis là !... Je vous conseille de vous eu I réjouir !... li y a de quoi !... Ah ! que n'élaisje plus fortttnée! cerlainement,je ne l'eusse point laissé partir 1... «Tiens,- ' » mon garçon,» lui aurais je dit : « voilà des millions; fais-en |

des choux et des raves ; mais ne t'en va pas. Reste du

» moins pour fermer les yeux de ta pauvre vieille tante. Elle

i est un peu radoteuse, c'est vrai, nuis elle t'aime bien. Et

» d'ailleurs ce ne sera pas long : elle ne te fera pas trop lan-

lir, \a ! Quand elle sera moite, quand elle ne pourra plus

• l'ennuyer de ses conseil, eh bien ! tu suivras ceux de tou

• tuteur, tu partiras si cela te fait plaisir ; elle ne sera plus » là pour en périt de chagrin. Voilà ce que je lui aurais dit si... Mais avec des si on ferait de bien belles choses !... Or, grâce à vous, le crime est consommé!... Pourvu, du moins, qu'il se souvienne des recommandations que je lui ai faites en parlant ! Hélas! les jeunes geos d'à présent ont la tête si légère ! Tout ce qu'on leur dit dans l'intérêt de leur santé, ça leur entre par une oreille et ça leur sort par l'autre. Oh ! mon Dieu ! mon Dieu ! que je suis donc à plaindre! »

Et la bonne demoiselle se renversait sur son fauteuil.se cachait le visage sous ses deux mains, et pleurait à chaudes larmes. •

« — Allons, allons ! » reprenait monsieur Dupré d'un ton plus affectueusement grave ; « ne dansez pas, soit ! ne riez pas, je le veux bien ! soyez même triste si cela vous amuse, rien de mieux ! Mais que diable ! ne vous désolez peint ainsi Cela finit par être ridicule.

■> — Ridicule vous-même! « interrompait vivement mademoiselle Gertrude. « J'aime mieux être ridicule, entendezvous? que non pas atroce. Vous êtes atroce, vous!

» — Ali ! par exemple!

» — Il n'y a pas de par exemple ! Vous êtes atroce !... Je m'en rapporte à Christine, à Eiisa, à ces pauvres enfans i qui vous ne craignez pas de donner l'exemple de la férocité. On sauvage rougirait d'une pareille indifférence !... Vous me faites l'effet d'un eajnibale !... d'un anthropophage!... Si je ne me retenais, je crois que je vous dévisagerais !...

" — Mais, au nom de Dieu !...

» — Ne blasphémez pas, païen que vonsêles! .. Laissezmoi !. . olez vous de devant mes yeux !... vous me faites Dormir.'... Ah ! Dieu du ciel,tpïou est donc malheureux d'avoir à passer sa vie avec des êtres qui n'ont pas plus d'àrae que ma pantoufle!... »

Ainsi se terminaient presque toujours les entrevues de la tante et du tuteur. Ce n'était pas sans peine que la pacifique inierveution de madame Robert parvenait à conclure uue sorte d'armistice entre les deux adversaires. Ils s'aimaient sincèrement tout bas, mais se détestaient tout haut; ils ne pouvaient se quitter, mais ne pouvaient vivre ensemble.

Peu à peu, cependant, la cause première de ces guerre* intestines devint moins excitante. Le temps Ht succédera l'amertume du regret, non l'oubli, non l'indifférence, mais la mélancolie plusdouc.edu souvenir. On était triste encore, mais d'une tristesse qui a son charme, c ar elle est mélangée d'espérance. La raison l'emportait enfin, Robert-Robert continuait d'être l'objet de toutes les préoccupations ; c'était vers lui que se dirigeaient invariablement toutes ces tendres âmes, de mère, de sœurs, de tante, de vieil ami, comme convergent vers le pôle aimanté les frêles et tremblantes aiguilles de nos boussoles. Mais, à mesure que l'époque de son départ s'enfonçait dins le passé, celle de son retour apparaissait dans un avenir d'autant plus proche, quoique bien vague encore. Le culte des absens a d'ailleurs ses jouissances. Le cœur Unit par trouver un plaisir indicible dans tous ces petits soins dont on eHtoure la mémoire d'une personne aimée.

Chaque jour, par exemple, madame Robert ajoutait quelque sage conseil, quelque doux bais- r de mère, à la lettre qu'elle se proposait d'envoyer à son fils par la première (H

AVENTURES DE ROBERT-ROBERT

sioii favorable. Les petites sœurs y griffonnaient aussi quelque grosse et bonne tendresse. Monsieur Dupré y intercalait des nouvelles de son bœuf modèle et des progrès que l'animal continuait de faire dans s-a tête. Enfin, mademoiselle Gei trude y écrivait régulièrement quelque sage re ommai-.dation de ce genre :

■ Tiens-toi les pieds bien chauds, mon enfant; conserve- » toi pour nous, et n'oublie pas que ton choeolat est au fond » de ta petite malle, tu sais? entre tes cavales de batiste et » tes chemisettes Anes. »

Grâce à ces posf script um quotidiens, la lettre de madame Robert se composait déjà de cinq cahiers de papier, el contenait la matière d'un lourd in-octavo.

Une autre attention de la bonne tante, c'était de mettre toujours sur la table commune le couvert de son chéri, comme elle appelait Robert-Robert. Mademoiselle Gertrude assurait que cela porte bonheur, et que la personne dont on continne de tenir la place ainsi prête, ne peut manquer de venir s'y asseoir tôt ou tard.

Car mademoiselle Gertrude était an peu superstitieuse. Elle c oyait au sel renversé sur la nappe, à la chouette qui vi mt i hanter la nuit sur le toit d'une maison, à l'araignée du soir, à l'araignée du matin; que sais-je ? mais surtout aux cartes. C'est un travers, sans doute, que cette disposition Ca l'esprit à chercher le pourquoi des choses dans les caprices du hasard. Cette foi est souvent une source d'amers chagrins. Elle fait dépenser, en vaines terreurs ou en folles espérances, un temps précieux, une énergie morale, qui pourraient être employés utilement à conjurer le malheur qu on redoute ou à rendre possible le bonheur qu'on désire. El cependant, si condamnable qu'elle, soit ai.x yeux de la raison, je ne puis me résoudre, dans le cas présent, à blâmer mademoiselle Gertrude. Il est des travers de l'esprit qui ont leurs racines dans les plus pures affections, et qui tirent de la tout le suc qui les alimente. C'était à force de bonté que la tante de Robert s'était faite superstitieuse.il raul bien lui pardonner salé te, en considération de son cœur.

Chaque soir, la famille s'assemblait sous la vaste lueur d'une lampe, autour du large et pétillant foyer.

Madame nobert continuait silencieusement sa tendre correspondanee.

La blonde Élisa, la plus âgée des deux jeunes sœurs, gracieusement placée au-dessous de sa mère, s'occupait, avec une ardeur solennelle, h broder une bourse en grains, qu'elle destinait à Robert-Robert.

Christine, ra\issante enfant, aux longs cheveux noirs, aux loi.gs yi-ux noirs, était assise de l'autre côté de sa mère, sur une chaise où de gros livres avaient été empilés pour l'élever au niveau de la table. Il y avait devant elle un grand cahier de papier blanc sur les pages duquel sa petite main promenait péniblement une plume, presque aussi haute qu'elle-même, pour y tracer de longues barres qu'elle voulait adressera son grand frère, en témoignage de ses progrès en écriture. L'attention qu'elle prêtait a ce trâvîil faisait faire . es lèvres roses une charmante petite moue.

Monsieur Dupré ronflait doucement, la tête appuyée contre

l'un des moiïlaas rie la cheminée. Il rêvait sans doute de son

Bo ul n odèle, ou bien réfléchissait gravement aux moyens de

Réaliser le plus promptement possible, dans l'intérêt de son

pupille, celte utopie de chair et d'os.

C'était alors que mademoiselle Gertudesc transformait en pythonisse. Elle s'asseyait gravement ù l'autre bout du tapis vert ; . Ile savourait une longue prise de tabac ; elle essuyait ses lunettes, instrument primitif qui n'était pjiut orné de branches latérales ; elle les enfourchait sur son . cz, continuelle pression avait pratiqué une sente de rainure; elle disposait devant elle un énorme jeu decarti \\ (11 les battait, les distribuait une à nue, les pilait par petits tas, coupait, battait, distribuait, empilait encore; elle continuait ces préparatifs divinatoires pendant des heures entières, en marmottant d'inintelligibles paroles, jusqu'à ce qu'enfin le sort prononçât nettement un arrêt sur la question qu'elle avait jugé à propos de lui soumettre.

Cet ensemble de personnages, animés tous d'une même pensée, malgré l'apparente dissemblance de leurs préoccupations, composait une scène d'intérieur du plus ravissant aspect.

On se doute bien que les logogriphes dont mademoiselle Gertrude remettait la solution à Leurs Majestés lej|rois de trèfle, de carreau, de pique et de cœur, avaient tous pour objet la situation de Robert-Robert. » Arrivera t- il à bon » port? Reviendra-t-il? Pense-t-ilà nous'Se porte t-il bien? » Que fait-il ? A-t-il des engelures? Se souvient-il que son » chocolat est dans la petite malle, entre ses cravates de ba- » liste, etc. ; « tels étaient les points énigmaliques sur lesquels reposaient la p'upart d« ses consultations.

La réponse du destin était toujours satisfaisante. Mademoiselle Gertrude y mettait une obs ination qui ne méritait pas moins. Comme toutes les personnes qui se tirent leur bonne aventure, elle ne se faisait aucun s> rupule de se tricher elle-même. Voyait elle son jeu prendre une tournure défavorable, elle se bâtait d'escamoter telle ou telle carte, atin de le remettre dans la bonne ^oie. C'est ce qu'on apcorriger le sort. Mademoiselle Gertrude le corrigeait tant et si bien, qu'elle finissait toujours par lui faire dire, plus ou moins tôt, tout ce qu'elle désirait. Or, telle éu-it la solidité de sa foi dans ce vain langage des caries, qu'elle croyait à de pareils oracles avec autant de sincérité que si elle ne les eût pas dictés. Et alors elle déposait ses lunettes, s'essuyait le front, et s'écriait dans un transport de joie qui tenait de l'inspiration :

« — Victoire, mes enfans, victoire! Ma patience » (tel est le nom du jeu qu'elle avait fait), « ma patience est finie. Je triomphe! ça arrivera!

» — Quoi donc, bonne petite tante?

» — Quoi donc, ma sœur?

«—Quoi donc, chère amie?» s'écriait à son tour monsieur Dupré. " Est-ce qu'il s'agit de mon bœuf?... Est-ce lui qui arrivera?

» —Eh! mon Dieu ! » reprenait mademoise'le Gertrude, « vous ne songez qu'à votre bœuf! Je vous reconnais à cet égoïsme !

— C'est qu'il avance, mon bœuf! Je le vuis maintenant aussi clairement que je vous vois. Or, vous me promettez toujours de lui consacrer quelqu'une de vos patiences. Je n'en crois pas un mot : ce sont de vaines chimères ; mais c'est égal, je ne serais pas fâché... pour vous faire plaisir.

» — Ah ! vraiment, j'ai bien autre cho e en lêic !... C'est du chéri qu'il s'agissait Victoire, mes enfans! J'avais posé cette question eu commençant le jeu : i Reviendrai il, ou ne reviendra t-il pas ? » Eh bien ! le sort a répondu : « Oui, il reviendra! » Je dois aveuer que le rort s'est fail tirep un peu l'oreille avant de répondre affirmativement. I! y avait surtout un maudit as de trèfle qui m'embarrassait singulièrement. C'était comme un fait exprès! j'avais beau faire: ce. maudit as reparaissait toujours à contretemps. J'en suis cependant venue à bout -, j'ai, fiui par le caser à sa place. C'est une affaire conclue. Ouf ! nous l'avons échappé rellel Je suis maintenant plus heureuse qu'une reine ! Rassurez-vous : cous reverrons ce cher enfant. L'as de trèfle a rejoint sa couleur ! »

Les jolies petites sœurs couraient alors du cou de leur mère à celui de leur tante, et embrassaient cette dernière et reconnaissance des bonnes nouvelles qu'elle Uur donnait. .Monsieur Dupré la félii itait de son adresse, et la priait, pour la centième fois, d'en faire également usage en faveur de son bœuf. Madame Robert elle-même, malgré sa haute raison, partageait volontiers l'illusion commune, moitié par complaisance, moitié par besoin d'espoir. Tant notre âme se plaii aux doux pres^entimers, alors même qu'elle en comprend toute la futilité !

LOUIS DESNOYER?.

Qwe si vous Êtes curieux de savoir enfin, d'une manière précise, quel est ce tœuf qui tient une si large place dans les préoccupations intellectuelles de monsieur Dupré, en voici sommairement l'histoire :

Monsieur Dupré était un des plus illustres nounisseurs de bestiaix que possédât cette partie de la Bretagne. Son ardeur infatigable eût dû lui procurer d'immenses bénéfices. si, à l'exemple de ses confrères, il fût maintenu ses opérations dans les limites qu'avait tracées l'expérience, ou si du moins il ne les eût reculées que pas a pas, avec cette saPe lenteur qui s'assure toujours de la solidité du sol avant d'y poser définitivement le pied. Mais monsieur Dupré n'était point capable d'une telle réserve. Les limites de son art lui paraissaient étroites; son génie étouffait dedans, el ne tenda;t qu'a les franchir à tout risque. C'était une de ces organisations inquiètes qui s'élancent toujours au delà du possib'e, qui ont horreur de la rouliae, autant que certaines autres de l'innovation, et déprisent tout ce qui est, par la seule raison que cela est, comme ces dernières, par la-seule raison que cela n'était pas. La sagesse me parait être entre ces deux extrêmes. Dans les carrières de l'esprit, dans les lettres, dans les arts, dans les sciences, ce mépris du connu mène souvent à de folles conséquences, mais souvent aussi a de bel es et grandes choses. Dans les carrières matérielles, dans le commerce, dans l'agriculture, daF.s l'industrie, où chaque essai malheureux se résout en une perte réelle, cet instinct d'indéfinie perfectibilité, quand ce n'est pas la prudence qui le dirige, peut conduire par hasard à de riches découvertes, mais entraîne bien plus souvent à de ruineuses tentatives. C'est un chemin pittoresque, une route charmante que l'imagination se plait à paver de pièces d'or, mais qui, après mille détours, vous mène enfin à l'hôpital où il faut bien se réveiller de toutes ses illusions. Les grabats d'hôpi taux sont peu commodes aux doux rêves.

Monsieur Dupré était encore loiu de ce terme fatal ; mais sa fortune avait déjà rudement souffert. Ses expériences l'avaient conduit à faire bâtir d'immenses établissemens, et ses éla blissemens l'avalent conduit à faire d'immenses expériences. Toutes les branches de l'industrie qu'il exploitait avait successivement servi de thème à ses essais d'innovation-

Monsieur Dupré avait tenté d'améliorer l'éducation des races chevalines. Or, ses chevaux étaient si parfaitement élevés qu'ilsavaient,pour ainsi parler, un mors-aux-dents perpétuel.

Monsieur Dupré avait lente de perfectionner les poules, les coqs d'Inde, les moutons etc.; et il avaitobtenu des poules, des coqs d'Inde et des moutons dont la chair avait la succulence d'un morceau de parchemin, la délicatesse d'une semelle de botte. « Don appétit, monsieur Dupré! »

Enfin monsieurDupré avait concentré tout ce qu'il possédait d'argent et d'intellect, sur l'espèce bovine, la plus importante de toutes les races de quadrupèdes. Voici comment lui naquit dans la tête celte idée de bœuf modèle, de bœuf incomparable, comme on n'en avait jamais vu, comme j'aime à croire qu'on n'en verra jamais.

Monsieur Dupré visita le Cabinet d'Histoire Naturelle, pendant un de ses séjours a Paris. Il y remarqua des fragmens de mastodontes dont la grosseur frappa vivement son imagination. Il sut que ces mastodontes, et beaucoup de gigantesques végétaux qu'il y vit en même temps, appartenaient aux temps antédiluviens, époque où la terresemble avoir été douée d'une force immense de production. Monsieur Dupré en conclut que le sol s'était appauvri, et que la nature animale, ne trouvant plus cette alimentation vigoureuse des premieis âges du monde, avait dépéri, et continuait de dépérir chaque jour ; à ce point que, si l'on ne se hâtait d'arrêter cette deçà dence, il pourrait se faire que les êtres organisés finissent par disparaître peu à peu de la surface du globe. Monsieur Dupré sesentit animé d'un beau zèle; il se crut appelé à l'empêchement de cette calamité, et il se voua dès-lors à la restau-

ration du bœuf. Il pensa qu'en réconfortant les organes débilités de cite intéressante espèce, au moyen d'une alimentation plus substantielle, il n'était point impossible de lui rendre ces formes colossales qu'elle avait dû offrir à l'admiration, bien avant le dernier déluge.

On ne saurait imaginer combien de plantes, de drogues, de substances de toute sorte, monsieur Dupré fit avaler de gré ou de force aux infortunés quadrupèdes qu'il consacrait suce ssivementà ses expériences. Par malheur, il les tuait toujours au lieu de les restaurer. Mais il n'était pas homme à se décourager pour si peu

Il y eut surtout un moment où monsieur Dupré dut croire à la réalisation de son rêve. Il avait oublié quelques bœufs dans une prairie où ils passèrent tout un hiver, sans autre c«uche que la neige, sans autre nourriture que les roi ces desséchées dont ils dépouillaient la haie de leur clôture Ce réunie peu confortable les réduisit à un élat de maigreur en comparaison duquel le cheval de l'Apocalypse eût pu passer pour du gras-double. Ce n'étaient plus que des ombres de bœufs.

Mais vinrent les beaux jours, vint le doux soleil d'avril, vint l'herbe tendre, vint cette surabondance de vie qui éclate alors, comme une mine longtemps comprimée, et qui remplit tout, qui anime tout. Les bœufs se précipitèrent avec leur fringale de plusieurs mois sur cette première et succulente végétation. Ce brusque changement de régime exerça sur leur santé une action sou laine, merveilleuse, dont personne ne s'était encore douté jusque-là. Leurs forces revenaient de minute en minute. On eût pu croire qu'ilspoussaient, eux aussi, comme les végétaux qui leur servaient de pâture. Monsieur Dupré, qui avait fini par se ressouvenir* d'eux, au moment même de cette transition, passait tout son temps à contempler ce miracle de résurrection, à les suivre, à les faire peser. Sa joie allait jusqu'au délire. Il était vraiment beau à voir lorsque, s'arrètant devant l'une de ces pauvres bêtes, croisant les bras sur sa vaste poitrine, et secouant la léte, d'un air pensif et solennel, il admirait le chef-d'œuvre involontaire de sa négligence.

On eût cru voir Pierre Ier regardant pousser la ville qu'il venait de semer dans un désert glacé, et qui devait être plus tard la magnifique Pétersbourg.

«—Quand je disais que ce n'était point une chimère, » s'écriait al6rs monsieur Dupré, «avais-je tort ou raison? Admirez comme ces gaillards croissent à vue d'oeil! Il n'y a pas de raison pour que cette crue s'arrête! Or, quinze jours eucore ds ce train-là, et le bœaifdes anciens jours n'est plus une chimère, le mastodonte a un rival, le grand œuvre des temps modernes est consommé! ■

Cette crue s'arrêta pourtant. Il en tésulta de très beaux bœufs, des bœufs d'un embonpoint et d'tfne succulence remarquables, qui se vendirent très bien, et produisirent de grands bénéfices à leur propriétaire. C 1 exemple trouva même des plagiaires, comme tout exemple lucratif. Les nourrisseurs firent dès-lors ce qu'on pourrait appeler deux récoltes de bœufs, chaque année : l'une, qu'ils engraissèrent subitement, ainsi qu'il vient d'être dit, avec la végétation printanuière ;et l'autre, qu'ils élevèrent avec l'herbe des saisons suivantes. Cette méthode leur fut très avantagera. Voilà tout. Quoiqu'elle ne fût due qu'au hasard, monsieur Dupré eût pu s'en contenter pour sa gloire, en même temps que pour sa fortune. Mais non ! son rêve demeurait incomplet, el l'infatigab'e utopiste se remit à la recherche de l'introuvable quadrupède.

Telle est l'histoire de sa monomanie. Ne vous en moquez pas, lecteurs, beaucoup plus que de maintes autres qui vous semblent fort raisonnables. Qu'est-ce qu'une monomanie? Chez l'un, c'est une place; chez l'autre, un héritage >chex celui-ci, un ruban ; chez a lui-là, une popularité ; que sais-je ! Tous ces rêves d'une ambition que ne justifient t.i l'espoir du succès, ni la conscience d'un réel mérite, ce sont d'é;. monomanies. Il est bien peu d'esprits qui n'aient ainsi leur bœuf antédiluvien.

Mais revenons aux préoccupations plus générales de la famille Robert.

AVENTURES DE HUBERT-ROBERT

Ce fut pendant une de ces charmantes soirées qu'arrivèrent les premières nouvelles de nos voyageurs. Ce soir-i.i les oreilles de mademoiselle Gertrude avaient tinté continuellement.

« — Ces» singulier comme l'oreille me cloche! » sV'-rîaitelleeny introduisant son petit doi;.t, eten le secouant vivement pour faire cesser eebourdonmment. « Je parierais <\up Chéri t'occupe en ce moment d* nous! Pauvre enfant ! l'oreille doit lui corner bien souvent aussi ! Et puis, voyez donc! voyez donc ! que dé petite points routes à la mèche de cette bougie!... C'est signe de lettres! Cela ne trompe jamais! .. Je gagerais que nous recevrons incessamment de ses nouvelles ! a

En ce moment même, par une coïncidence purement fortuite, mais que mademoiselle Ge tnide attribua naturellement à la mystérieuse présence des petits points rouges, un domestique entra, qui remit à madame Robert un paquet très volumineux, entouré de quatre doubles de toile cirée, et de quinze feuilles de papier pris; le tout, dûment ficelé, cacheté, orné d'une adresse sur chaque envelopbe, tt renfermé dans une bore de liég», de nature à rester sur l'eau en cas d'aeeident. L'excès même de telles précautions dénonçait l'exp>di'.ionnalN>..

C'était Lavenelte. la Rapide avait enfin rencontré vers l'équaleitrun vaisseau de lîgfie français qui re> eioit A Brest. Lts deux navire; avaient échangé de* lettres, des dépêches, des rapports, comme belâ s-* pratique en pareil cas.

Je laisse à pens- r quels doux transports excita 'a venue de eette véritable mal e-poslè. L'intéressante famille entoura madame Roherf, qui lut d'une voix émue 1er; lettres de son fils. Celte lecture fit pleurer dejoie, car Robert s'était tu discrètement; avec son bon sais ordinaire, sur tout ce qu'il sentait devoir inquiéter lalendns e des siens. Il les entretenait exclusivement de ce qu'il savait propre à calmer leurs alarmes.

Il n'en élait pis de même du Journal maritime que rédigeait I.avenette pour 'a plus grande humiliation de monsii ur de La Harpe. Lavenetie, il c^t vr.:i avait tout dénaturé, selon les puériles exigences de sa vaniié; mais tout y élail indiqué du moins-, ?t, malgré cette confusion, il élailencôre possible, surtout a l'œil clairvi yanl d'une mèie, d'y découvrir la terrible vérité, comme parfois on distingue lelitd'tn Deuve, à travers l'eau troublée qui coule par-dessus.

Nous connaissons 1 :s faits relatas dans les preuii: rs chapitrés de re malencontreux factura. Nous.passer'ons donc d'eniblée a-i cinquante-troisième, où se trouve le récit d'éveneroeusioul nouveaux.

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