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POUR FAIRE SUITE A L'HISTOIRE GÉNÉRALE DES VOYAGES DE M. DE LA UABPÈ

0 •vrag' do't k? bestin, elc. ; m iw, els. ; d par, etc.

' LtlTIlE LUI*.

A bord de. la Rapide, sous l'équalcur.

Le 17 février 181 1.

Madame,

» Ce n'est pas sans un grand effort d'esprit que je parviens » à donner -à celle lettre la date de février. Si je n'avais la » sage précaution de consulter quut diènnemerillecaleBdri i , » et de pointer, au moyen d'une épingle, chaque jour qui » vient de finir, vraiment il y a longtemps que je te saurais ■> plus comment je vis. Toutes les saisons sont confondaes » pour nous. Tandis que vous gelez peut-être, nousétoitfî » Singulier elTei.dc la chaleur, qui. selon toute âppar^n ii rst d'empêchtr que l'on ait froid! C'est liztrre! Il me si » ble, a moi, qu'il vaudrait bien mieux que te fù dans les « pays froids qu'il lit chaud, parc qu'alors on t e s'y ape ■ vràil pas dA froid; et que ce fût, au contraire, dans et » pays chauds qu'il Ut froi I, parce qu'alors on n i s y a » cevraitVas du chaud. Mais enfin cU nTcst pas ail » sens <e sujet; il est inutile de récriminer centre des faits » aecompl s.

.i Voms saur- z. lotie, madame que, depuis decx fois l » quafe heures, nous appartenons également aux deux bé- » mispkèn s. Ni us sommes soi;s la ligne, nous sommes ■' ,. ce ^i .'on appelle les régions équaloria i

il lasl madara l'i ncessiyei bal ut n't si . s le - é.

sagrémenl de cet infernal t-ata e. Je suis fort inquiel n scènes it o [eg qui se préparent à celte occasion. II s'j,;;» ,. de cette e. tenu nie que, dans leur jargon, les ;

msiéur de l a llarjie lui-même ont !a cou| » d'appeler e baptême ■>■ la lig t; et i misera-

> ble prétexte... Mais n'anticipons pas sur les êvé emi .. Je suis à p 'ii e ii mis de l'émoii tu dont la prési m t

.. trombe a nagt a à li liti

» Aventures du célèbre amiral rapt fort, que le rarlsitn ve- » hait de nous, conter d'une manière si intéressante li

> froyable masse d'eau s'i tinemenldi

„ une colonne immense, de l'Océan Jasqu'a la nue, tt, « vancant rapidement vers i M ;ale, on i açait de la broyer

ns res tourbillons ou de l'ergioutir dsns ses ond .1 .. » ternative .Hait peu rassurante, i en (Ames

quittes pour la pc r. Q i canonna cette trombe cornai

LOCIS DESNOYF.flS.

(fit fiil une c.ltad >lle ennpmie. Les boulets déchirèrent ses » (lancs, et alors, s'affaissant sur elle-même, elle reionba - pesamment avec un bruissement terrible, et s'anéauti. dans » l'abîme. Monsieur "Robert, qui ne se plaît qu'aux choses •■ extraordinaires, fut émerveillé de de spectacle, et le traita » demagnifl |ue. Magoitlqiie*soil! mais après coup.

■ Son goût de l'étrange eut bientôt a se repaître de nou- » Telles jouissances. C'était, à ce qu'il parait, le jour aux » grandes émotions. Un autre phéi omène , non moins effrayant pour ceux qui n'en ont pas l'habitude, fiappa su-

• bitement nos yeux.

• Les mâts, les voilures, les cordages, les parois exté- » rieures, tout le navire, en un mot, nous apparut en feu. » C'é'ait quelque chose d'horrible à voir, que cette combus-

• lion instantanée de tout un bâtiment, au milieu de l'obs- » enrité naissante, qui augmentait encore la vivacité de ces » sinistres lueursIComme p-rsonne n'avait l'air des'en aptr- » cevoir, ù l'exception de monsieur Robert qui loutemplait » silencieusement cette, étrange illumination, je me mis à » crier au ft-u pour donner l'éveil. Mes cris jutèrent d'abord » l'épouvante parmi les marins; mais lorsqu'on en eut re- » connu la cause, le capitaine Flotlard me fil mander, et ne

• craignit pas de me menacer du cachot. « S'il vous an iv : » encore de îioïs donner de fausses alertes, «me dit-il bru- » talement, « |e vous restitue aux rats de ta fosse-aux-liont. » Il y fait humide: vous ne risquerez pas d'y prendre-feu.

» C'était effectivement une fausse alerte. J'ai su depuis, » par monsieur Robert, que cette apparente combust'on ûu vnavirettait simplement l'efT&'tinoffrnsif de la phosphores-

• ren e des mers. C'est ce qu'on appelle !e feu Saint Elme, » je ne sais trop pourquoi.

o Qmnd je pense (|U6 c'est eB présence de pareils faits,

• que monsieur de La Harpe a l'effronterie d'appeler les » vaisseaux des villes flottantes, en vérité, je. me sens trans- » porté d'une pro'onde indignation.

• Vous approuverez, je l'etpèrc, Madame, la mission que » je me suis donnée de réfuter une à une toutes ses imposluu rcs ; car tout ce qui précède n'est rien en comparaison de » ce qu'il rae reste à vous conter.»

Ici Lavenrtte passe en effet aux préparatifs de re bap'ême de la ligne où sa nature grotesque l'appelait à jouer le principal rôle, en qualité de victime. Les scènes de mascarades qui remplissent nos carnavals terrestres, ne peuvent en offrir qu'eue imparfaite ima;e. Les gens de mer ont un triple but en s-, livrant .1 ces bouffonneries tropicales dont la tr^di ion remonte aux temps |es plus reculés de la marine moderne, et seperpétue religieusement pour la plus, grande contrariée des voyrg urs. Ce but, c'est de se jouer, fil toute impunilé, des matelots novices qui passent la ligne pour la première fols ; c'est de prélever d'assez larges pourboires sur l'appréhension des passagers ; c'est de berner impiloyabli ment ceux rostre lesquels se sont é'evés quelques grii is; c'est eu tin de je livrer sans contrainte à toutes les folies d'une journée qui toujours a. 'été préefdée, et qui toujours doit être suivie de tant de labeurs, de tant de privations, de tan.t de maux et de p rils.

Ce jour-là, les liei-s si rigoureux de la discipline navale se distendent en vertu de la loi des lois : l'usage. L'usage passe une.' sorte de niveau sur tous les rangs. Tolérance d'un côté, désinvolture de l'autre. La maigre cuisine de l'équipage subit une légère amélioration ; des rations de vin sont distribuées extraordinairemenl : les travaux secondaires sont s spen-ius; il y a eonge : l'équipage est en \a ances ; et vraiment ce n'est point trop de* qtielqies heures de plaisir, dans un si long voyage, p irmi tant d'heures de souffrait

-Figurez-vous, ma lame,» continuait Lavenelte, » figure zk vous qu'aujourd'hui même.vei le du jour où la frégate d it » lou i. r à i • fatal degré île latitude, un coftp de sifflet a re- . lenti à la tombée A' la nuit, et a dont é le signal de leurs « horribles saturnales.

» Ace bruit, une espèce d'être surnaturel, se disant le «courrier du bonhomme Tropique, est dc6«eBdu, fuuet eu

• rna'n, d>i haut de la mâture, t était vêtu d'un ira' blraâ-

Dire; des galons de papier en chamarraient toutes les cou-

» lures ; ses jambes se perdaient ail fond d'immenses boftes

• de pêcheur*, de longs éperons en cerefe de barrique ar- » maienl ses hauts la'ons; sa nuque était enjolivée d'e.ne

• grande et mince queue d'e loupes; il portait des mousla » ches retroussées en forme de défense de sangli r ; et enfin,

• il a*iait la tète ombragée d'oie cocarde monstre, six fois « plus largo que son petit chapeau ciré. Les marins aocou- » rurenl eu foule, tt le suivirent a distance respectueuse » Le commandant, prévenu qu'un courrier d'en haut deniau- » dait â lui parle r, se prêta coniplaisammçnl aux bouffonnes » exigences du jour, quitta sa chambre, mo lia sur le pont, »etse plaça dignement sur le gai. laid d'arrière. Le postil- » lou céleste inclina sou fouet eie.ai.t lui, et au milieu u'e>n » profond silence, il prit la parole en ces termes :

« —Mon commandant, c'est donc pour vous dire que, tel » que vous me voyez, j'arrive instantanément, à élu val sur » un rayon de soleil, du fin fond de la calotte élu firmament. » Je. n'ai mis que cinq minutes quarante. deux secondes et » d«. nie pour en voir la farce. El po -r lors, c'est donc ppui

• vous dire que mon maître, le vénérable sultan des Trois

» Piques et de la t igné, a reluqué tout-à-1'heure votre fréga- » te, (^ar le trou d'un nuage usé. — « Tiens, » qu'il a dit, dii » il^ « voilà la frégate du brave commandant Fiottsrd, qui » passe pour le mo ; eut dans mon empire de l'Equateur. Je » le connais depuis longtemps. C'est un malin, oluilà ! un » loun de mer fini ! Va-t'en lui dire, Déra é, (c'est à moi » qu'il adressait la cho-ei., « va t'en lui dire que je serais in-

• définimènl satisfait dêire bun aise de lui souhbiter^un » petit bonjour en passant.» — Et pour lors, mon eoinmav » durit, c'est donc pour vous dire que Sa Majeaté le vénéra- » b'e sultan des- Troï?Piques et de la Ligue se bichonne » ■ risentenrnt pour s'affaler demain sur voire frégate, a » l'ii. ture de sa commodité et de h vôtre, tët voilà. Mais en » attend- ut, je vous avouerai que j'ai le tu>au du COU sjtftgu-

• lièrement râpé par la comii'issloa que je \ie.:s de vous

• transvaser, .le ne serais pas taché de me l'humecter un peu » à votre santé, si c'était un effet de votre part, avec ce tas » de merlu; lies qui sont là à lire, en dessous, comme des « huîtres qui se pâment de bonheur sur la grève. •

"Telle fut, madame, l'allocution du prétends messager « céleste. Je le reconnus pari litemenl au son «le sa voix ppi r » être le Parisien, un des hommes les plus spirituels de »qi ipsge et de l'époque.

• Le commandant" lit aussitôt distribuer a cliaque assistant » une rasa e d'eau-dc- vie qu'on bt;t a sa santé, avec mille ac-

■ clamationj de joie : après quoi, il prit à son tour la parole. » et répond*" de I air I pi 11e solei nel :

« — Va-i'iii dire à tou respec ablc maire, le puissant do- » m'.nateur d.-s régions équatorjales, le sublime sultan des

• Tropiques, <t ■ . n pas des Trois-Piquçs, Comme tuas la » bêtise de l'api e!er , va-t'en die que le commandant Flot-

• tard s>ra toujours charmé d'entretenir a<ec lui des rela- « lions de plus en plus nombreuses. J: ne ferai un plaisir « de e. recevoir demain à mon bord avec toute sa mite. En

• atteadant, remonte à cheval sur ton rayon deso'eil. Mar- » eh ! »

ainsi s'est passée cette première scène, qui n'est que le « prologue de la pièce.

»Je it greltf vivement, madamp,de ne pouvoir vous décrire " celles qui doivent illustrer la journée d- demain. On vais-

• si au français, qui fait voile p ur Brest, vient d'être signal I « parla vigie. Notre commandant s'est mis aussitôt en « 0 m - « municaiion avec ce navire, et nousa fali savoir, à monsieur

• llobect et à rroi.que si nous voulions 1 router de l'occa*

• sion, nous< er promptement nos missives » et à 1 is lui transmettre. Je me vois donc force de m'en t<*-

■ nir ; ux •' 1 de la journée.

En attendant qu'il me soit donné de reprendre le cour* fa tileux ré' it,

» Daignez, madame, agréer peur vous et rr" ; es • l'tlp ion | ■ A entière des sentîmes il'amiiié tia- > cire, d'estime iafiBie.de vénération profonde, de re •

AVENTURAS DE ROBERT ROBERT

» inaliô'-abV, de considérai^!) à nn!le autre pareille, d'atu- » cnement éternel et de dévc-Oinent sjns lnrnes, avec leF- » quel*, permettez-moi de tn" <Jire pour la vie , madume, de u vos vertus, le tiès h omble, très soumis, tic-; empressé et » trè. indigne serviteur,

i'T0f«S.UNT I.AVEÎi'KTTF. •

Ia>;ture des cinquante trois chapitres de ce mémorial agita la famille Rlberl d'émotions bien diverses, depuis lé pouvante jasqu'à l'atii t.drissement , depuis l'horreur jusqu'au fqq rire. Les derniers chapitres étaient heureusement de nature à chasser tome idée soisbre.

L'aimable famille resta donc sur une impression gaie, et se trouva parfaitement rassurée. Hélas ! c'était autant de gagné sur le temps dis angoisses que la Providente lui gardait encore.

Lorsque toutes les dépêches eurent clé lues, relues, commeniées, disculées, et que la pendule du salon eut sonné deux heures de la nuit, tout le monte se mit à genoux. M %• dame Robert ré<ita a haute voix la prière qui , chaque soir, te disait en commun, fl est inutile d'aioutT que notre jeune voyageur avait une large part dans les invocations de ces bel es et innocentes âmes. Il arrivait même à mademoiselle Gertrtide, dans l'enlraîm m^nt bien pardonnable de sa tendresse, de mêler quelques vœux fuliles à la solennelle gravité de cet acte. Plus d'une fois, par exemple, elle pria le ciel a'vec ferveur de rappeler à .son Benjamin qu'elle avait mis son chocolat au font de sa petite malle, entre ses erataies de b?.tiste et ses chemis»t'es fines.

Le lendemain de cette première journée dont Lavcnelte vient de nous décrire les épisodes préliminaires, les quartiers-maîtresse répandirent dés le matin dans toutes les, parlies du bâtiment pour surveiller les nouvelles dispositions .'i prendre. In échafaudage, composé de barriques surmonte. , de plant lies, fut dressé le long du grand raàt. Cet éi liafaudage était censé, représenter un autel. Les caissons de a timonerie l'enveloppèrent de leurs mil e couburs. Une tente de toile légère l'ombragea gracieusement. Des faisceaux de piques et de bâches en garnirent les côtés Les Louées jaunâtres de la timonerie ornèrent, en guise de cierges, son pourtour supéiieur *i>ois médians tableaux, empruntés au cane des officiers, meublèrent le fond du sanctuaire. Celui du milieu représentait don Quichotte pourf-ndant un troupeau de moutons; celoi de droite, l'enlèvement de Proserpine; relui de gauche, le sacrifice d'Abraham. Les faces latérales lurent garnies de mauvaises gravures coloriées, représentant : Cu'dltst mort, les mauvais payeurs l'ont tue; le J il errant, suivi de sa lamentable histoire ; le portrait de Cartouche et celui de Mandrin, accompagnés de complaintes sur la crimes et autre* activai peu diluât s de ces scilé- 1 •■-. et enfin, par un singulier mé'ange du profane et du sacré, les principales scènes de l'histoire si louchante de l'enfini prodigue.

Ajoute/à ces enjolivemens, d- s ijueues de mar.ouins, des plumes d'oiseaux aux mille nuances, des mâchoires de poissons,des groupes de pipes, des cnsinettf s d'argent détachées du sifflet des maîtres, des brimborions de toute tspèce* àrtiste'ment posés, clt uésf drapés, en'aeés, et promenant sur les quatre faces de l'intérieur leurs bizarres lettons

L'extérieur du sanctuaire n'avait pas été moins soigneusement pire. Des faisceaux de s bre's, de pist lets, de baïonn, m sel de ha' lies, reluisaient au fronton, sous les feux du so'ttl êqu»lorial; de blan ht s guirlandes, en papier découpé, se balançaient sur les vives cou eurs des pavillons qui encadraient le monument improvist ;des o semens de poisions, des queues et des mâchoire - s'éli valent de chaque côt< , en (orme de pyramides. Cela composait un ensemble parla:lemenl symétrique, donl C détails étaient burlesques, mais

dont l'aspect général ne manquait ni de grâ^î ni d'élégance.

On remarquait en outre, sur l'autel, une féru!e de cuir, une hache, un ballot, des tenai les, une assiette pleine de farine, un pot rempli de noir de fumée, el surtout un rasoir de boi» d'une tailie gigantesque, et peint artistement fn véritable acier. C' s divers ustensil--s^rcuienlp-.s de vains ornemens; ils avaient un rôie d'épouvante à jouer dans le mélodrame qui s'apprêtait

Enfin, en avant de l'hôtel, on avait placé une énorme futaille, remplie d'une mixture i.oiràire, et sur l'ouverture do laquelle était posée une planche qui en cachait provisoirement le contenu. Les plis nombreux d'un immense pavillon en drapaient agréablement les contours. Cette cuve constituait la partie essentielle de l'irréligieuse parodie que les marins allaient exéiuter; elle représentait les fonts baptismaux, la piscine régénératrice où les pitiens devaient être inondés, et recevoir ce qu'on appelle le baptême de <a ligne.

L'horloge de la b*ussclc était près de marquer midi, quand ces préliminaires furent achevés. Des soins un pen plus Bcien itiqies absorbanut alois l'aitention des élèves, îles officiers el du commandant. Appuyés çà el là sur les bastingages ou sur les caroriades du g-iillard d'arrière, ilss^occuisaient, au moyen d'insttumens de mathématiques, à observer la hauteur méridienne du soleil. Les calculs approximatifs du malin taisaient conjecturer qu'on ne tarderait pas de trouver une latitude complètement null-, signe fugitif, pour un navire en marche, de son passage par l'équateur.

« — Attrape huit! sonnez midi! » dit enfin lecùniraandant aux timoniers de quart

Aussitôt la cl chetie de l'arrière et la grosse cloche de l'avant s ébranlèrent â tcutevolce, et portèrent leurs diseur dantes sonorités daxs les parties les plus profondes du bâtiment. Les passagers et les matelots novices avaient été retenus jusqu'à ce moment, sous une foule de prétextes, loin des préparatifs qui se faisaient, à leur insu, contre eux; mais le bruit inaccoutumé des cloches, le cri de : ■ T»ut le monde en haut ! » que ie maître timonier fit entendre à trois reprises, d'une roix.à réveiller un mari, les curent bieotôt amenés sur le pent de la frégate. La première mystification que les vieux marins se plurent à leur infliger, ce fut de leur présenter des longues vues, sur l'objectif desquelles on avait tendu un fil noir, de manière à partager le veire, et par ons.equent leciel, en deux parties, égales. Robert-Robert aval trop de connaissances pour ne pas c -.mprendre tout de suite cette innocente supercherie; mais le plus graRd nombre des regardons s'y laissa duper.

« —C'est étonnant ! » s'écria Lavenette; « je vois une magnifique lignenoire qui coupe le firmament en deux morceaux pai ils. Oui, ou les. je 'a veisadmirab 'entent. Cela m'explique enfin ce que signifie le mot de ligne dont on se sert pour designer l'équateur, ce point mathématique qui, de l'est à ToueM, de l'.urore au couchant, partage notre monde so aire, en deux hémisphères parfaitement syaiétriques. Jusqu'à ce moment je ne p luvais comprendre le sens positif de ce mot ligne, o Pourquoi ligne, « médisais je, ■ piutôt qu-' pantoufle i ( u pomme de terre ? Pourquoi ligne, plutôt que marmotte •• ou tarte à la crème? C'est de laibilraire grammatical; o c'est du caprice linguistique. « Voilà ce que je me disais. Ajoutez que monsieur de La Hape prétend que c'est une li^ne de convention, une ligne imaginaire qui n'existe que dans le langage astronomique, pour désigner un point relatil de l'espace. Imbécile, va ! Si lu l'avais vue comme je la vois eu ce momi ni, cette ligne dont tu niais la réalité, eh bien ! lu n'aurais pas commis celle millième sottise. Mais sois tranquille! ce D'est pas la seule brioche qce je reprocherai à la ire ! Cela l'apprendra à avoir -a ber'ue, quand tu lève* le nei au ciel. Dieu ! que c'est be u. cette grande ligue uoirel Je n'ai pas vu, de phénomène aussi curieux, depuis !cs ébou ■ ns continuels que vous m'avez montrés dans les lies Ci naries, Je vous suis obligé de la complaisaïic

LOUIS DESNOYEHS.

Des mystifications un peu moins bénignes se préparaient alors: nîa'S le commandant n'avait encore Henné aucune autorisation. Depuis quelques Instans, sa figure avait pris une expression chagrine, qui s'harmoniait ma1 avec ces bouffonneries traditionnelles. Il y avait de l'impatience dans ses gestes, de la distraction dans ses paroles.

Le soleil rayonnait dans un ciel sans nuages, l'atmosphère était pure, l'air était doux et calme; et cependant le vieux marin Ironçait le sourcil en contemplant ce'te nature palsible. D'bout, immobiV, pensif, il lisait obstinément ses yeuxd'air'ie, là-bas, à l'horizon. Déjà même il tjrait égarement le bout ne son Bez resté à Trafalgar, ce qui élait du plus sinistre augure.

Le capitaine d'armes se tenait devant lui, tête nue, attendant respectueusement une réponse quelconque pour la porter à l'équipage.

a scit ! ■> dit enfin le premier, d'un ton moitié bourru, moitié bienveillant ; <• que les pauvres diables s'amusent. La tristesse ne servirait à rien. Vive la joie... pour quelques heures encore! Nous verrons pus tard! •

Un coup de sifflet traduisit immédiatement cette réponse favorable. De bruyantes acc'aroations l'accueillirent.

L'équipage se rangea sur le pont conformément auptograrame de la f te.

Les acteurs principaux de cette farce nautique étaient encore retirés sous les tentes qu'ils avaient dressées derrière le sanctuaire, loin des profanes regards, en guise de boudoirs. Ils y a lieraient leur burlesque toilette, le Parisien, le grani Flandriu et l'Ecureuil étaieM de ce nombre.

Le. commandant prît p ace, entouré de son état-major, sur les sièges qui avaient été préparés pour eux, en face même de l'autel, le long d'un cabestan qui es en séparait comme une balustrade. C'est ce qu'on pouvait appe.cr les stalles d'orchestre

Les simples curieux formaient un fer à-cheval dont les extrémités aboutissaient aux tentes, au samtuaire. a l'autel et à la piscine , qui s'élevaient en avant du grand mât. CVi.it I», "jour ainsi dire, le parterre du théâtre ; et les échelles, 1 s bu; es, lies vergues, les mats, les moindres éminenas, tout s'était chargé en loge pour quelque spectateur.

Ceux des matelots, des élèves et des passagers qui traversaient pour la première fuis i'équsleur, occupaient a p.rt'te la plus rapprochée de la cuve baptismale, dans l'eau jaunâtre de laquelle les malheureux devaien't expier leur bienvenue. On les aviit rangés la, comme ces victimes que les anciens sacrificateurs disposaient sur les marches de l'autel, à portée du couteau sacré. Des gendarmes imprd [■ ses les g»rdaien« à vue, pour mettre obsacle à toute leatatjve de désertion. La fwure de la plupart Jes paliens exprimait la p us vive inquiétude , malgré la fausse gaité qu'ils affectaient, pour paraître résignés à des épreuves dont ils se connai saient \ arfaitement ni la nature ni la gravité.

Les re.ards d,* la foule se portaient particulièrement sur Lave 'Cite dont le caractère promettait de plaisans épisoJ- s, et que deux a'guazils et ient obligés de tenir au collet, pour l'empêcher de prendre une troisième fuis la luite.

Malgré le respect qu'il avait inspiré, on ne tenait pis quitte Robert-P.oberl des m\ liflcàtions d'usage. Il n'est caractère ni rang qui puissent en dispenser totalement. C'est un tribut que tout voyageur doit payer de sa personne à la malignité des gens de nier, lorsqu'il passe pour la première fois d'un hémisphère dans l'autre. Il n'y a guère de différence que d ns la somme des tribulations, laquelle se régla ordinairement sur celle des larg-sses.

A la vue du grai.d nombre des victimes, la joie des spectateurs allait d'avance jusqu'il la frénésie. Us trépignaient d'impatience, i's applaudissaient, ils criaient: «On commencera ! On ne commencera pas! ■ comme la foule crie et trépigne, dans les théâtres ordinaires, quand le rideau larde a se lever.

Simon Barigoule affectait de ne prendre au< une part aux folies de la journée. Le caractère sérieux, l'humeur brusque et sauvage, l'âge déjà mûr, le gros bon senseûsurtout l'inflexible amour de la discipline qui distinguaient ce doyen des marins, le rendaient peu propre a de telles extravagances. Il se tenait à l'écart, gravement assis sur les bastingages, le chapeau sur l'oreiile, le dos voûté, les bras croisés sur la poitrine , la pipe à la boucha, l'air dédaigneux , haussant les épaules, et murmurant'quelque rude apostrophe contre la badauderie de ses camarades. Et cependant, tout en d.-i -iamant contre la curiosité des autres, il observait lui-même, avec i.ne curiosité mal déguisée, les moindres préparatifs de la léremonie. La nature humaine est ainsi fane, pour les petites choses comme pour les grandes, i.a curiosité, voilà le gr:nd mot, le mot de bien des énigmes dont li philosophie cherche ailleurs l'introuvable solution.

Deux hommes seuls, au milieu de ce jovial tumulte, restaient vraiment inaccessibles aux émotions de la foule, et pensaient impertuibablement, celui-ci à la perle d'un seul, celui-là au saint de tous.

Ces deux hommes , c'était GrifTird , celait le commandant.

Depuis la folle r;uerelle que vous savez, une implacable rancune, avait fermenté dans l'âme bilieuse du premier. Il attendait impatiemment ce jour dont la licence pouvait : u permettre d'exécuter ses siuislr s projets. Il «ta t la, i fondu dans la fouie, fronçant le sourcil, se DlurdJM les lèvres, épiant l'occasion, dardant un regard presque assùcqutre l'objet de son impitoyable haine : pir.il à la bête fauve qui s'embusque dais l'ombre, et flaire le MD2 d'avance, toute prête à tondre, le mement arrivé, scr la proie sans défiance qu'elle a irai reusemenl choisie. A l'expression satanique de la physionomie dj, GrilLir.J, il était facile de c impren Ire que l'heure de la vengeaLee lui semblait être v, nue.

Eufin, parmi tant d'autres figures qu'animait la plus insouciante folie, la grande figure du commandant Elottard apparaissait, méditative, solennelle, douloureuse. Ses yeux se détournaient à chaque instant des burlesques apprêts qu'on achevait devant lui, et se portaient avec inquiétude vers le sud ouest, s- ul côté qui ne fût pas resplendissant de celte lumière tropicale, de ce mélange d'azur qui inondait l'atmosphère.

Depuis longtemps déjà tout élait prêt pour la fête. On n'en attendait plus que le signal Le commandant fut tiré de ses préoccupations par le silence même que l'impatience avait fait succéder au tumulte. Il hésita de nouveau, regarda une Sois encore l'immobile point noir l'horizon ; puis. cédant comme malgré lui au dc^ir de la foule, ii donne tris teinejit le signal d'allégresse.

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