SOS
LOU» DESIfOTERS.
» Quand Laroutineeut été colloque dans une des cages de la ménagerie il se sentit une faim des plus intempestives, étant à jeun depuis le morceau de galette qu'il avait savouré la veiHe, au Champ de-Mars, à Paris. Comme il possédait parfaitement son Jardin des Plantes, et que, presque chaque jour, il avait pu remarquer avec que le attention délicate ou y traile les bêtes, l'espoir de faire bientôt un excellent dîner aux frais des contribuables delà Lune le consola momentanément de la mortification que lui causait la nature d'unepareille résidence. Ma'h.-ureusement il comptait sans son hôte, c'est j-dire sans l'Académie des sciences du pays. Car la superbe ville de Krrrrrrstvlmpfbchqdugzx est ornée de presque autant d'académies que de bornes.
t II y a d'abord l'Académie littéraire, SHr laquelle les naturels de l'endroit ont beaucoup cancané. Ce qu'il y a de vrai au fond, c'est que dans la l.une, ce corps est généralement recommar.dable, et qu'il se recrute tôt ou tard de presque tous les hommes qui ont montré des moyens dans an genre quelconque. C'est comme qui dirait l'hôtel des Invalides pour les vieux grognards de la littérature. Vous commettez un beau fait d'armes? boni une, deux, parttz muscade! on vous expédie vers le Panthéon des génies cacochymes. C'est très bien vu : ça entourage les uns, ça déeourrg-? les autres. Jamais de 'aveur la-haut, ni d'intrigue, ni de passe-droit. Aussi n'y a t-il plus guère qu'une espèce de Lui niques qui font fi de l'institution : ceux dont l'institution fait fi ellemême.
» Il y a ensnite l'Académie des Inscriptions, qui passe son irn^s a dé. Infl'rer les vieilles p;erres, les vieux j^ns de ra>rs, les 'ïeux morceaux de vase, les vieux débris de ferraille. Apportez-lui n'importe quoi, pourvu que ce soit usé, rapetasse , ca.sé, et couvert d'un pied de poussière : elle vous d«a tont.de suite d'où cela vient, quel âge cela doit avoir, à qui cela appartenait, q .i l'a fait, pour qui, pourquoi, con.ment, parce que, peut-être, et autres vérités non ni" mis utile-, à la gloire et à h |*ôsj]éçité de la lune. Les Lui arques lui ont joué [arfc.is de drôles de tours. Des farcmi^lui O't apportée dé. !i. fir-T il'i vieilleries de leur fabriq e . r r lasqu lies il n'y avait absolument rien du tout. L'Académie leur a soutenu que e:a remontait bien au-delà du déluge, et y. a lu des chosfs mirobolantes.
» I, y ensuite l'Académie des sciences morales et politiques, laquelle est destinée a f .ire fleurir ces i'^rédicus dans la Lune. C"la fait que les eus de la Lune s'accusent tous, les uns les autres, de n'avoir pas le sens commun en poétique, et d'être immoraux comme on ne peut pas d re.
» Il y a ensuite l'Académie des beaux-arts, celle qui est chargée de conserver les bonnes traditions, et de propager ce qu'elle appelle les rèjtl-s du goût. Or, elle s'acquitte si bien de sa besogne, que, s'il faut l'en croire, le goût des Lunatiques est tout-a-fait perverti, et qne leurs beaux arts s'en retournent incessamment vers la barbarie. E le reçoit un traitement pour cela.
■ Il y a ensuite l'Académie des sciences tout court. Cellelà aussi rend de vrais service? à la chose dont el'e est chargée. Seulement, les Lunatiques lui reprochent de se méfier un peu trop de l'inconnu, de s'amuser souvent aux bagatelles de la porte, d'être lambine, et de bâtir quelquefois d'énormes discussions sur la pointe d'une aiguille.
■ Il y a ensuite l'Académie..-. Nais à quoi bon? C'est une rage ! Il y en a de chantantes, de dansantes, de buvantes, de mangeantes, de jouantes, de chevauchantes, de labourantes, de négociantes, de conspirantes, de pérorantes, d'endormantes. Celte fureur d'académies, d'associations, de réunions, de clubs, est certainement un des inconvéniens de la Lune. Pays charmant du reste.
» Or donc, l'Académie des sciences apprit par la rumeur publique qu'un animal étrange veuait d'ê:re arrêté par la gendarmerie, dans les environs de Krrrrrrstvlmplbchpdngzx, e' déposé à la mé' ag^rie royale. La plupart de ses membres avaieut même été témoins de la chose. Elle en était donc parfaitement sûre; mais, comme elle n'en avait pas encore été prévenue admibMrativement, elle fit semblant de n'en rien savoir, et ne s'occupa pas plus de régler la nourriture
de l'animal, que si l'animal n'eût pas existé, car l'animal n'existait pas encore officiellement. Cette manière de procéder paratt être commune à tous les corps déli'térans de la Lune. C'est ce qu'on appelle l'étiquette, la hiérarchie, les formes, la filière administrative, etc. C'est très agréable pour ceux qui attendent.
• Un message de l'autorité compétente lui arriva enfin, après avoir passé par trente-sept bureaux diflërens. Ce message l'instruisait authentiquement du fait. L'Académie s'assembla; mais, ne se trouvant pas en nombre suffisant, elle s'ajourna au lendemain pour donner le temps devenir à ceux de ses membres qui dînaient en ville ce jour-là, ou qui étaient allés battre la campagne.
» Le lendemain, après quatre heures d'attente, le message fut lu, puis renvoyé à une comm.ssion chargée d'en faire son rapport.
» Mon cousin, dont l'appétit désordonné ne, s'accommedait guère de la régularité de ces formes, fût certainement mort d'inanition, sans les petites friandises que les curieux, les bonnes, les tourlourous et les petits enfans s'aaiusaient à lui jeter pour rire. Ces friandises consis aient en bonbons dupays,c'est-à-dir^en pommes de terre confites, en haricots glar/s et remplis d'émétiqur, en coloquintes recouvertes de moutarde au lieu dusuire qui recouvre nos dragées, et en pastHc; d'ipécacuariba qu" les dames f or f aient dans d'élégantes bonbonnières. Quant aux enfans, ils mangeaient la plupart de longues tartines <; n compote, ou bien
suçaient des queues d'arii haut en guise dû bois de réglisse. Il ne fallait rien moins qu'un appétit dé quarjntc-huit heures pour décider Larouline à déguster de pareils comestibles. On les lui tendait à travers les barreaux de sa cage, et il fal'ait voir avec quelle frayeur les Lunatiques retiraient leurs mains, lorsqu'il avançait la sienne peur recevoir leurs atroces présens !
« — Mon Dieu, • s'écria-t-il, « que ces gens-là sont idiots I » De quoi ont ils donc peur? que ma veulent-ils? i q' i en » ont-ils? pour qui me prenn'i'ils? qni sbrït-ifit? Je rêve ! » J'ai lec uehemar! To;.t cela n'est pas! c'est une i lusion 1 » c'est impossibe! Ça ne 'est jamais vu! »
» Les Lunatiques ne tinrent pas de leur côté de moins sceptiques discours ; car il y en avait dans le nombre qui étaient presque aussi badauds que mon illustre cousin, et qui ne pouvaient revenir de leur surprise à la vue d'un être qu'ils n'avaient jamais vu noB plus.
«— Il faut co-.vcriir, » disait l'un, • que la nature est sou- » vent t'es originale! Quel étrange animait quel singulier » plumage ! »
( i Cet lit fe cos'.ume de mon cousin que l'orateur prenait pour un p'umage. )
« — Vous n'avez peut-être pas remarqué le p'us extraordl- » naire, » interrompait l'autre : « c'est qte l'animal a deux » yeux placés de chaque côté de son bec. Deux yeux, bein I
• voilà qui est curieux ! Toutes les créatures animées oat » deux yeux, il est vrai, mais l'un par devant, l'autre par » derrièe. La nature, toujours ingénieuse, a voulu que lions » pussions voir de deux manières en même temps. Mais deux
• yeux, l'uni côté de l'autre I A quoi bon? c'est un luxe » que rien ne peut justifier. Ce ne peut être qu'une erreur d« » sa part. Et pour preuve, cela ne s'est jamais vu!
» — Ma foi ! » continuait un troisième, « on me dirait que » celui-ci est tombé de la Terre, que je n'en serais point » étonné ! J'amènerai mon épouse pour le voir : ça l'amusera.
» — Titi I Titi ! * interrompait une bonne en volant après son marmot ; • venez ici, monsieur ! Et ne volez pas si vite I
• vous pouvez tomber ainsi et vous casser une aile. Un mal- ■ heur est siiôt arrivé ; Donnez moi la patte et restez là. Si
> vous n'êtes pas sage, je le dirai au monstre, et il vous » croquera !
■ — Al'ons, » se disait mon cousin en haussant les épaules, « voi.à qu'ils me prennent pour un croquemi'aine 1 Ces
> gens-là sont d'une stupidité ! Ou voit bien qu'ils ne sont » jamais sorlis de leur trou, »
• Bref, toute la population deKrrrrrrstvlrapfbchqdgnzxse pressait chaque Jour devant sa cage. Chacun voulait voir l'é-
AYENTL RES DE KOlSERTnOBEUT.
lonnant animal. Beaucoup de gens furent écrasés, étouffés, et, qui pis est, volés à celle occasion. Sa personne causa même une sensation si profende dans !a Ltine, qu'on accourût des royaumes voisins, et qu'un journal fut même créé tout exprès pour rendre compte de ses moin 1res act< s. O il; feuille quotidienne, dont le besoin se taisait généralement senfir, Mit « rédigée par xtnc société de savent, il » trie/s, de jurisconsultes et »n:'nc de gens de lettres, » avec cette épigraphe, tirée d'un économiste illuslre : « La ii- » chesse ett l'opulenee l'une nation. « Capital social, vingtcinq millions ; avec intérêts, primes et dividendes anii i' Les dix mille premiers souscripteurs reçoivent chaque " jour, avec 'e journal, des livres, du cirage, des gravures, » de la pommade, une côtelette pour leur déjeuaerj et une » pierre de taille pour se bâtir une maison, peu à peu, sans » s'en apercevoir. Le tout sans augmentation de prix. Qu'on « se le dise! <> Ce journal perdait nécessairement sur chaque abonné, mais il f lisait d'énormes bénéfices sur la quantité.
» Je crois inutile d'ajouter que le buste et le portr it de mon cousiu figuraient par la ville à tous les étalages de marchands de gravures et de bric-à-brac. C'est par là que les renommées commencent dans la Lune. C'est souvent par la qu'elles finissent sur la terre.
* Cependant mon cousin étudia de plus prés l'intéressante population lunesque. Aux observations qu'il avait déjà faites, il put ajouter les suivantes. Les Lunatiques avaient généralement les cheveux bleu de ciel, les yeux ronges, la prunelle jaune, la peau verte, les lèvres violettes et les depts d'un be;,u noir d'ébène. Plus leur teint était vert, leurs yeux ronges et leurs det 1s .noires, plus ils se croyaient beaux. I ne autre condition de U beauté selon leurs goùis. c'était d'avoir de longues oreilles à li façon de nos baudets, une bouche d'un denii-pied et le nez en trompette'. Ceux qui étaient doués de ces avantages naturels en paraissaient extrêmement tiers et se pavanaient avec cette prétention qui n'est pas mois s ridicule clwz eux (pi? riiez nous. La longueur, le poli H le brillant des grilles qui ornaient leurs pieds et leurs mains* au lieu d'oug'cs, étaient aussi des qualités nés appréciées, surtout chez les personnes de distinction. Tout le reste de leur individu était-couvert d'un manteau, dont les plis dessinaient gracieusement la taille, sans gêner les mouverui ns du corps. Ce costume est bien préférable au nôtre, qui est si gênant, si disgracieux. Leur coiffure offrait le- même avantage. Ils n'avaient point de coiffure. Le chapelier est inconnu U-haut, et le marchand de casquettes y passerait pour une chimère. La nature les a pourvus de cheveux longs, soyeux., épais, dont ils n'ont pas la soûl e de tacher les I tduleuses, sous de diiîorms e.
ou de hideux bonnets de coton. Enfin, ouire des jambes parfaitemen! taillées, la nature leur a donné di s ailes qui se diaprent au soleil d s plus brillantes couleurs. Mon cousin les voyait avec surprise, tantôt se pr< mener autour de lui , i pied , tantôt s'élever dans les airs, le parasol à la main , comme ces groupes d'oiseaux qui voltigent librement audessus de la i mit uncamiraîe captif. Ajoutes, I ... r comble d'agrément, que les *%uaiiq< es avaient la tète carrée, li rré, les jambes c rréjs, la bi scat Kiut carré. Pourquoi pas? Supprimez l'habitude : en quoi le fend sera t-i! pré!
On i ralemenl injuste envers le carré.
« Les animaux de l'endroit u'étbnnaienl pas moins mon couM-'. I voyail de pe'its thinocéros courir i travers trut ce mon i - hiensdi nos contrées; de jolis petits dro-
madaires, que les dames portaient sou- d guise de
toquels ; "e jo is petits chameaux, pas i lu> grands que nos carlins, qui suivaient leurs maîtres a l'attache , enfin, des lis suxu;. — t- ni.
chevreaux autre, variété de caniches, qui s'en venaient lUire sa cage, et lui bê aient contre, comme s'ils eussent voulu le le mordre. Le chevreau parait être là haut un animal très-hargneux.
■ Quant au resîedela ménagerie, on y remarquait des volières remplies d'énoimes chard?nneret?, d'énormes serins, d'énormes rossignols, d'énormes pinsons, d'énormes linotes, tous oiseaux de proie, au bec crochu desquels il n'eût pas fait bon confier son doigt. Il y avait surtout un dindon à qui sa taille gigantesque, non moins que son air fier et mé. chant, assignait le pnmiei rang i armi ces volatiles. Le dindon pare.it être le roi de l'empire des airs : c'en est le grand aigle, de même que le canard en est l'épervier, et le corbeau le rossignol. *
» La partie occupée par les pluripèdes renfermait des bœufs aussi petits que nos souris, des souris aussi grosses que nos boeufs, des cigales, des papillons, des mouches d'une taille colossale et d'un caractère excessivement féroce. Le public ne les regardait qu'en tremblant. Ces animaux poussaient des rugissemens iffreux, surtout un hanneton qu'on appelait le farouche à cause de son humeur sauvage et de ses goûts carnassiers. Il était placé seul au fond d'un large troH. i u grand poteau s'élevait au milieu. Le hanneton grimpait contre, et, malgré la forte chaîne qui l'y retenait, il semblait toujours prêt à s'élancer sur les spectateurs. On n'avait j?. mais pu l'apprivoiser. Il avait fini par manger tous ses pro. fesseurs de civilisation. Les annales de la ménagerie contenaient des histoires fort lamentables à son sujet. C'était triste à entendre raconter par les boni. es qui venaient le voir. Aussi, comme il arrive toujours, c'était le mieux traité de t us les animaux présens; c'était le plus à la mode, c'était \r. plus ain é, car c'était le moins aimable.
» Celui qui h bi tait la cage voisine de mon cousin n'avait pis non plus l'humeur très-phi anthropi rue. C'était une puce de quatre pieds de haut sur cinq de long. La chair fraîche de mon cousin l'affiandail vivement. El e lit si bien qu'elle força c'enx des barreaux qui les séparaient, et que, subito, e dressa devant lui. toute prêle à l'attaquer. Attention» mou cousin eut heureusement la présence d'esprit dé dégainer sa rapière et de se mettre en garde. C'était la première fois qu'il avait à lutter de cette manière contre des puces. Il s'en acquitta parfaitement. La foule prit un vif plaisir ;î cet horrible duel. Ce fut un magnifique spectacle. II mère n'a rien de plus beau en fait de combats singuliers. La puce faisait des bor.ds forfantesques ; el!e sautillait autour de mon cousin, s'élançait à droite, à gaui lie, ^n avant, en arrière, jar en bas, par en hau\ s.'acercehanl quelquefois i>ux barreaux de la cage, quelquefois lui passant par-dessus la tête, chant toujours le momen' favorable de se jeter sur lui pour le dévorer, mais rencontrant toujours la point de sa mobile ■■ e Bref et d'une, la puce s'élance un dernière, fois: m. t, ci usin 1: la pe; l'épéeg is.se d'abord sur l'fmpénétn. b'e ccail e de la bête, mais mon cousin redouble, it. d'un bras à transpercer une porte coihère.il la lui plante enfin jusqu'à la garde, daus l'une rie ses jointures. La puce tombe alors, ; e débat, et rend lé dernier soupir aux grands applau- Uissemensd s spectateurs. Je recommande le (ail ai, t po épiqn mélodramaîurges du cirque. C'est un bim
be.'iu sujet de pièce animal
ii Or donc, que faisait pendant ce temps l'Académie des scien » l ' ' ii mes ne faisait rien du toul.
» F.lie avait enli ndu e son rapporteur, et s'é-
gravement les s. Ces con-
d habitude, ne conclus eut d'aueu e façon. . Il y eut des orateurs pour.
< il y en eulconfre
LOUIS DESNOYERS
Il y en eut sur.
» Il y en eut aussi à cotf . Ce fut même le plus grand nom-
bie.
» Quoiqu'ils eussent vu de leurs propres veux le monstre dont il était question, les uns prétendirent que ce monsire n'existai! (as réellement, parce que son existence élait contraire à tout > c qu'on av*i( vu jusqu'alors.
» Quoiqu'ils ne l'eassent pas vu, les autres prétendirent, enrevanclie, qu'il leur suffisait, peur y croire, que les premiers n'y crussent pas.
» Enfin, qu'ils l'eussent vu ou non, les plus modérés pré- (en lirent qu'il n'était pas impossible que ce fût possible, mais qu'il était possible aussi que ce fui impo sible; et que, par conséquent, jusqu'à ce qu'on eût fait valoir pour ou contre, non pas des preuves matérielles, ce qui n'a aucune valeur en bonne philosophie, mais un syllogisme, uudi'enime, un argument quelconque, ils resteraient sagement dans le doute, c'est-à-iire s'abstiendraient de croire, sans toutefois ne pas croi e.
«Ces différens orateurs alléguèrent de si éloquentes raisons en faveur de leurs différentes thèses, qu'après avoir entendu chacun d'eux, on ne pouvait s'empêcher de penser comme lui, alors même-qu'il ne pensait d'aucune manière.
» Il y en eut aussi quelques-uus qui ne prirent point part à ces intéressans débats: ils dormirent pendant I0u:e leur durée, et nème encore longtemps après.
» C'est ainsi que les choses se passent ordinairement dans les assemblées délibérantes de la Lune.
» Enfin, après plusieurs jours de lumineuses discusions, les doctes académiciens s'aperçurent qu'à force de s'expliquer.sur le point en litige, ils arrivaient à n'y plus rien comprendre. Ils allèrent aux voix, et, chose singulière! ceux qui avaient parlé pour votèrent contre, tandis que ceux qui avaient parié contre votèreat pour.
» Quant à ceux qui s'étaient mondés les plus ardens, ils ne votèrent d'aucune façon.
« Le résultat de tout ce giabuge fut la nomination d'une commission d'enquête qui se transporterait à la ménag.rie, vérifierait le fait, déterminerait la nature du monstre, et prescrirait le régime le plus propre à le maintenir en bonne santé. Car c'est encore une des manies des Lunatiques, que de nommer des commissions à tout propos. Commission pour faire ceci; commission pour voir si la première a fdit ; commission pourvoir si la seconde a vu ce qu'a fait la pre mière ; commission pour vériliicr si la première a montré à la seconde ce qu'est chargée d'examiner la troisième. Ainsi de suite. C'est par là, du reste, que les académiciens eussent dû commencer; mais on ne pense jamais à tout, et surtout à l'essentiel.
» Les académiciens qui composaient la commission se transportèrent dans la cage où mon cousin Larouline continuait d'avoir une faimvalie d'autruche, malgré ies friandises qu'il y grapillait de l'un et de l'autre. Ces savans décidèrent que son espèce eur était tout à-'ait inconnue; qu'il était vivipare, à moins qu'il ne fût ovipare; qu'il était vertébré, si 'outefois il u'étail pas invertébré ; et qu'il était Carnivore ou herbivore, pourvu cependant qu'il ne fût point l'un et l'autre. Us décidèrent aussi que ses habits faisaient partie de ton corps, que c'était une espèce de peau dont la nature l'avait orné, et que l'épée qui lui pendait au coté était en aiguillon dont elle l'avait armé , à l'instar des aspics et des guêpes. Ils déridèrent, en outie, qu'il était fort méchant, puisqu'il s'était défendu contre la puce sauvage qui l'avait attaqué. I's recommandèrent, en conséquence, d'avoir pour lui tous les égards qu'on doit aux bêles f roees.'Quant à sa nourriture, ils jugèrent à propos de suspendre toute décision sur ce point secondaire, jusqu'à "ce que l'Académie t m décidé s'il convenait mieux de garder l'animal vivant, que de . le disséquer dans l'intérêt de la science, cl de suspendre son sque elle à la voûle de leur palais. Ils se bornèrent à lui faire donner provisoirement une botte d'orties crues, quelques ' grosses pattes de mouches, et un baquet de vinaigre pour , boisson. I's se retirèrent ensuite, fort talisfails d'eux-mê- J mes et des progrès de la f
o Mais, assez causé pour le moment, » dit leParisin. en promenant ses yeux sur l'auditoire qui l'écontail a <■ i plus vive curiosité; « voici qu'il est deux heures du matin à la grande horloge du ciel. Il est temps de se coucher. Dormez en paix Qui dort dine. Si vous con'inuez d'être bitn sages, je vous conterai la suite, et peut être !a fin finale de la chose. En attendant, bonsoir la compagnie! Ne faites pas de mauvais rêves : cela trouble la digestion. •
Le lendemain, la répartition des vivres ayant étémoios copieuse que les fois précédentes, le Parisien crut d-voir commencer d'autant plus tôt sa distribution de facéties supplémentaires. L'infatigable narrateur prenait à tâche, comme l'adroite sultane des Mille tt une .Xuits, de renvoyer chaque jour au jour suivant la conclusion de ses contes. Il reprit donc ainsi de fort bonne heure :
Comme vous l'avez vu, mon cousin Larouline se trouvait dans une lâcheuse allerna'ive : être tué ou mourir de. faim; il n'y avait pas de milieu. Heureusement, le roi de ce beau royaume, le vertueux Brrrrrrr I c'était son glorieux nom ), eut envie de voir à son tour celte tête curieuse dont ou parlait tant, et qui faisait, sous le rapport de l'attention publique, une si heureuea/oiieui renée à ses ministrts euxmêmes. Comme c'est bien le moins que ce soient les animaux qui se dérangsnt en pareil cas, mon cousin Larou'ine fut transporté, avec sa cage, dans le palais de ce respectable monarque. C'était une grande montagne de cristal de iocbe qu'on avait (aillée j creusée , ciselée , et à travrs les murs transparens de laquelle on voyait parfaitement, du dehers, tout ce qui se passait dedans. Il en était ainsi du domicile de tous 1rs grands fonctionnaires de l'Etal. Ils habitaient des maisons de verre, afin que chacun put les vuiren passant dans la ru?, et s'assurer par soi-même qu'i's ne se pi i niellaient aucun tripota)
» Or dor.c, il y avait grande fête au palais ce jour- là. Toute- la cour avjit pris place autour d'un superbe festin. Les convives étaient douze mile de x cent quarante-troic, car il y a des fonctions de toutes sortes à la cour, depuis le titulaire qui n'a rien a faire , jusqu'au suppliant qui est chargé de l'aider à cela. Il y a des gens qui ne paraissent être ver us au monde que pour fermer les portes, ouvrir les fenêtres, suivre Sa Majesté ou 'a précéder, i y en a qui ont pour mission confidentiel e de brosser son manteau , ou de nettoyer son tuyau de pipe. Il y en a pour tout, sans compter le reste Ces fonctions domestiques sont fort recherchées par les familles les plus distinguées de la Lune. C'est à ce point que, lorsqu'on ne peut parvenir à servir Sa Majesté el'e-n.éme, on se fait un honneur de servir du moins ceux qui servent ses serviteurs. Le tout, aux frais du peuple, car on assure que cela fait marcher le eomm ne. Le commerce dés consciences, c'est possible.
» Quoi qu'il en soit^fous ces gens-là élaient vêtus avec un luxe que mon cousin prit d'abord pour une indigente simplifié. Les Luhariens, par exemple, portaient des epauleties de fer, des décorations de fret des broderies de fer. les Lun Tiennes portaient des bracelets de fer, des bagues de fer et des colliers de fer. De petits cailloux, pareils aux simples grivois' de nos pays, étaient incrustés dans ces étrar
\. Celui qui ornait la couronne d ! Sa Majesté ressemblait, par l'éclat il la grosseur, à ces gros cail'uux que nous employons, nous autres, au pavage de nos rue*. C'est qu'en effet les richesses matériellis n'ont de valeur qu« par la rare-
AVENTURES DE ROPERT ROBERT
té. L'or, l'argent, les pierres précieuses, tout ce que nous aimons tant sur noire globe, tout cela est si commun d 'ns le leur, qu'on s'en moque comme de l'an quarante. Le fer, aucontrare, l'acier, la pierre de taille et les cailloux, dont nous faisons si peu de cas, y sont e.xtiêmeaient recherchés, en raison même de la difficulté de s'-n procurer. Ainsi va le monde. Leurs monna'es sont par conséquent tout le contraire des noires. Leurs centimes sont en argent, leurs sous en or, leurs écus en plomb, et leurs napo éons en fer. Mon cousin se trouva fort embarrassé plus lard, lorsque, ayant acheté un mirliton, comme souvenir de son séjour, il dut consacrer à celte fmplette les trois mille francs de recette qu'il avait emportés du Champde-Mars à l'aris, et qu;, la haut, ne valaient pas pins de trois mille liards II troi.va que le mirliton ui revenait un peu cher. Mais n'anticipons pas sur les événemens.
» Les liquides offaent ci dessus les mêmes différences de valeur, relati ement à ceux que nous avons l'avantage de posséder ici-bas. Dans un pays tel que la Lune, où les rivières, les ruisseaux, les lacs et les fontaines sont de 1 monade, d'orgeal, de cassis, de rhum, d'absinthe et autres jus divers; où même quand il pleut, c'est du vin première qualité qu'il pleut, on conçoit que ce ne sont pas là les boissons les plus recherchées , et que l'eau pure doit faire le charme et les délices des indigènes. C'est ce qui arrive. L'eau y coûte fort cher. Il y a des cabarets où l'on ne'vend que de l'eau. Il y a même des fabriques clandestines où il s'en confectionne de la fausse, comme chez nuits du faux bordeaux, du faux bourgogne, <Ju faux Champagne.
» Inutile de vous dire que Sa Majesté ne buvait que de l'eau, ainsi que tous les courlis iiis. Si dans de pareilles p'aces il n'y avait pas même de l'eau a boire, ce i e serait vraiment pas la peine de s'en mêler. Leur table était magnifiquement servie, mais en comestibles d'une espèi e fort saugrenue. On y remarquait, en fait de viande de boucherie, des gigots de rats, des côtelettes d'écureuil et des filets de belette ; — en fait de volaille : des mouihes au riz, des guêpes truffc'es, îles cousins à la tartare, des papillons en fricassées, et un gros et gras frelon a la broche ; — en fait de gibier : de petite; demoi-elles bardées de lard, des abeilles faisandées, des cricris en gibelotte, et des civils de cigale; — en fait de charcuterie : un joli petit ours de lait rôli ; — en fait de lé gumes : des oriies en gui-e d'épuiards, dis étoupes au beurre, d1 lVe.r e d'arbre a la sauce blanche, des carottes de lala- en façon d'asperges, des glands en manière de haricots, et aussi de petits, petits, p lits peupliers en salile ; — enfin, en lait de poisons : un |-,lat Je petits croodiles frits, de | elits requins à l'hui'c et aa vinaigre, et une ma'elotte de petites baleines, pas plus grosses que nos rarpe?. Le dessert réponlait dignement eu menu du festin. Il y avait, par exemple, une pêche de dix pied-; de circonférence, et une noise! te qu'il fallut briser à grands cou, s de massue, tant elle était gro.se et dure.
» Après le dessert, la compagnie se répandit dans les ri clies salons du palais. Les uns burent une tasse d'é néiique au lieu de café; les autres parièrent au loto de petites croqnigno'es à se doi ner sur le nez ; reux-cise mirent à voler des conlr danses et des valses ; ceux-là louèrent de divers ins'rumens d'une forme inconnue à mon co'isin, et d'une sonorité qui lui parut avoir beaucoup d'analogie avec ce le des portes cochères et des musique* initiatives de notre pays. Une circonstance qui r.e put échapper à l'esprit observateur de Laroutiiie, c'est que les hoa.mes étaient généralement sensés, érudits, raisonnables et f mics. Il- s'abstenaient de tout mensonge dans leurs relations privées. Ils ne se \>erme Lient pas la moindre fada se a is 1 urs entretiens, qui roulaient sur la littèrauire, 'es ait-, les théâtres les sciences, la ttorale, bien plus que sur la chasse, le- moutons COUrars, 'es sauterelles pur sang et les ton 's pub i s Les femmes, de 1er côté, étaient modestes, taciturnes, point coquettes, pas du tout acaiiàt tes. et n'avaient jamais pratiqué l'attaque de nerfs. •■Tout ce beau monde s'amusa ainsi pour le bonheur du
peu, le.
« Ce fut durant cette fête que le vénérable monarque s'apprecha de la cage où gémissait mon pauvre cousih. Sa Majesté païut prendre beaucoup de plaisir il considéier ce phénomène \ivan'. Les courtisans s'extasièrent alors à qui mieux mieux.
» Il'n'y avait pas fort 'ongtemps que. le royaume jouissait de ce potentat. Les Lunatiques sont des peuples extrêmement volages, qui changeaient autrefois de souverains comme nous changeons de bonnet de nuit. Ce n'élaii pas trop d'une douzaine chaque année pour leur consommation. Mais ayant remarq é, dans la suite drs siècles, que Us qualités du cœur et les facultés de l'esprit sont choses que l'on peut contester à tort ou à raison, et qse les partis ne sont jamais d'accord sur le mérite d^s chefs qui leur déplaisent, ils imaginèrent un excellent moyen de mettre obstacle à toutes les contestations de ce genre. Ce fut au poids seul qu'i's élurei t leurs monarques. Les cardidats à la couronne vide sont pesés équitablement dans la mê;ne ba'a ce, comme des jockeys qui vont entrer en lice. Celui qui fait pencher le plateau de son côté, ne fût-ce que d'une ligne, celui-là est proclamé Auguste. D'où le proverbe dont on se sert à l'égard des princes de g'nie, lorsqu'on dit qu'ils pèsent d'un grand poi s dans la balance du monde. L'impétrant r çoit aussitôt dis grands fonctionnaires de l'Etat lei r serment de fidélité éternelle jusqu'il nouvel ordre. Pas moyen de crier contre un pareil choix, et, pourvu t|Ue Sa Majesté ait soin de ue pas se laisser maigrir de patriotisme, il est impossible de lui contester son droit : c'est de la légitimité mathématique.
« Ce mode de suffrage unanime a f u d'heHreuses conséquences pour l'ordre et la s'^biiité de l'esprit lu nesque ; mais, lié as I l'esprit de concorde ne s'eu trouve gbère mieux. Deux partis principaux divisaient alors la nation : celui-ci voulait que le roi régnât, mais ne gouvert â' pas ; celui-là voulait au ceitraire qu'il lit les deux besognes à la fois. Il y en avait un troisième qui eût voulu que les rois ne lissent ni l'un ni l'autre -, mais je n'en parle que pour mémoire. Quant aux deux premiers, je ne sais trop si vous apcrcevtz clairement la distinction qui lts séparait C'est extrêmement subtil ! Où fixer la licaite précise entre le règne et legouvernimeni? Quand le roi boit, mange, dort, danse, éternue, se promène, se mouéhe, règue-t-il V gouverne-t-il? Et s ême, qu mil il ne fait rien, que fait-il ? Voilà le hic !
« — Supposons, » disaient les premiers, ° supposons » qu'ua roi ail des moyens (cela s'est vu), pourquoi ne les «appliquerait-il pis à l'avantage du pays? El au surplus, » qu'importe, puisqu'il r.e p-ut rien faie sans des minisires,
■ et que ses ministres sont responsables?
» — La cause de tous les maux qui ont affligé Ifs peuples » depuis l'invention lies gouverBemens, » répondaieni les i s conds, « c'est que les ro s ost gouverné, c'csi à dire fait » eux-mêmes, au lieu de régi er seulement, c'est a dire de
■ aisser faire les autres. Les rois ne doivent lien faire, c'est » ce qu'ils peuvent faire de mieux. »
» Ainsi disputaient les Lunatiques On appelait ce'a être séparé par un abime. Si j'y comprends quelque chose, je veux être... Lavenelte I « — Plaît-il ? » interrompit ce dernier. » — Bnf, continua le Parisien, iela faisait jaser tout le moud', et c'élait l'essentiel Les Lunatiques sont des partieu eis qui, en fait de questions politiques, s'amusent volont ers à la bagatel e de la porte. Chacun son goût ! » Or donc, le potentat qui régnait depuis huii jours seui, i e pesait guère mo ns de quatorze quintaux : C1 tait un des olu- gros princes qu'eûi possédés la Lune. Ex- Dte personne du icste, et pas fi^re-du tout. Comme t un de i eux qui gouvernaient en même temps qu'ils régnai'ni, il lui aniva de tirer lui d ème fa tabatière, sans
l'assistance d'aucun ministre, et de renifl.r la poudre noire qu'elle contenait, afln rî'éclaircir s s itlé^s que !a vue de mon cousin av<*it parfaiiemeisl embrouillées. Celui-ci, dont. le nez jeûnait de tabac depuis longtemps, osa te: dre la main a travers les barreaux, e' pria Sa Majesté de lui octroyer une pris-i. Sa Majesté daigu.i le faite, avec celle gr&eetoucli h te ijui ne pouvail l'abandonner, e! qui doublait toujours le prix de ses bienfaits. Malheureusement co n'était pas du labac Sa Majesté prisait du poivre, ainsi que ses sujets. Le sieii était même un peu p us fort que le leur, et celte circonstance faisait b°aucoup crier contre ses tendances aristocratiquts.
» Mon cousin éfernua. -*
» — Qui es-tu don1', toi qui prises, toi qui éternues?» lui demanda Sa Majesté stupéfaite.
»— C'estune bête féroce, » se hâta de répondre l'académicien qui avait accompagné mon cousin pour en faire la démonstration à l'honorable compagnie. « On ne sait pas «encore à quelle espèce il appartient, mais c'est ce que » l'Académie des sciences s'occupe de décider en ce moment.
» — Cela n'est pas t » interrompit énerglquement mon cousin, que l'ennui, la faim, le poivre el l'amour-propre avaient enfin poussé à bout. « Hèle féroce vous même ! Je ne suis » point u'i animal ; je suis un être' intelligent, un homme, » un habitant de la Terre, qui me suis égaré jusqu'ici dans » une de mes petites promenades. Voilà lout I
»— Un habitant de, la Terre I » s'écria dédaigneusement l'académicien , «allons donc! c'est impossih'el La Terre » n'est point habitée. L'Académie des sciences l'a décidé ir- » révocablement.
» — Je ne suis pas de l'avis de l'Académie,» reprit le roi. « Cet animal parait être fort b;cn pensant ; il n'a pas l'air «féroce; i' a presque autant d'in'elligrice que mes conseil- » 1ers d'Etal ; il parle, il est drô e à voir; je Patlache à ma » cour en remplacenien' de rron singe, qui vient de mourir "d'homceopatbie. Si présence contribuera peut-êue à me » distraire des noirs soucis du trô; e.»
« Les courtisans partagèrent l'avis de Sa Majesté, et mon cousin fut tiré de sa cage. Quant à l'aradémicien, en récompense de l'immense service qu'il avait rendu a l'Etat, il reçut immédiatement la 'permission de ne plus port' r aucune décoration, ce qui passe dais la Lune pour une éminente faveur, en raison du grand nombre des décorations qui courent les rues. Dans uu pays où tout le monde a reçu une marque de distinct on, la véritable distinclion,c'est de n'être plus distingué du tout.
"L'immortel se rendit ensuite à l' Académie où l'on n'en persista pas moins à penser lout bas que mon cousin était une bête fé oce. C'était écrit sur les procôs-veibaux : il n'y avait pas à se rétracter. Et puis, le» académiciens de. la Lune se donnent volontiers des airs d'opposition à huis-clos. Ou fait ainsi sa cour au peuple, sans se brouiller avec le roi. On a tous les avantages de la popularité, sans en subir les inconvéniens. Bravo !
Mil.
» Or donc, depais ce moment, mon cousin végéta en toute libellé dans le palais royal. 11 avait même la satisfaction de se voir présenter les armes par les factionnaires du château, comme à la bête favorite du roi. Ce fut un emploi qui lui lit bien des envieux. Le monarque l'aimait chaque jour davantage. Mon cousin lui parlait de notre globe lui racontait nos usages, nos idées, nos préjugés, nos divisions, nos institutions i,ns plaisirs, nos arts, notre littérature, nos sciet etc. Cela faisait beaucoup rire Si Majesté. Les csurlisans riaient de la voir rire, el le peuple mit de voir rire l-s courti.-ans. Tant il est vrai que, lù-haut comme ici-bas, il suffit qu'une chose soit inconnue pour que le vulgaire la
trouve ridicule. L'espèce des Laroutine est partout fort nombreuse.
» Les excursions que mon cousin fit par la ville le mirent à même d'éiudier plus intimement encore la civilisation de noire planète. La ville de Krrrrrrstvlmfbchqdngzx | laiiiemcnt une des plus magnifiques cités de l'univers. Elle a <ent lieues de circonférence, car chaque édifice n'a qu'un étage. Les Lunatiques pensent qu'il serait slup'de de s'empiler les uns sur les autres comme des bûches de bois da- s un chantier. Les maisons sont spacieuses, parfaitement aérées et d'une excessive propreté Elles sont construites en porcelaine, en porphyre, en marbre diapré, et même en pierres précieuses de différentes espèces. Les ha'cons, les serrures, les gonds, les marteaux et les toits sont en or.Ti ni cela produit au soleil le plus éblouissant coupd'œil. On croit viir une immense escarboucle qui étincelle de mille couleurs.
» Les rues sont droites ei larges ; elles sont garnies, pour les piétons, de trottoirs en nacre de perle, aussi larges que la ( haussée, pavée de rubis, qui est réservée aux voitures et aux cavaliers. Elles s rât ornées à chaque: pas de bornes foataines d'où s'échappent natunllcment des Dots de ratafia, d'i au-de-vie, de punch et d'huile de rose. Elies sont éc airérs la nuit par de gros vers luisans, placés dans des lanternes (Fur de distance en distauce, et qui jettent bien plus d'éclat que nos ténébreux réverbères. Le ver luisant eu 'e S' ul éclairage que l'on connaisse dans la Lune. C'est pareillement de veis iuisans qu'on se sert dans l'intérieur des maisons, au lieu de nos huiles fumeuses et de nos suifs nauséabonds.
«Enfin, les boutiques sont élégantes comme les nôtres, avec cette diff rence que le dehors n'en vaut pas c?nt fois p'us que le dedans.
» Leflibrairies ont surtout cela de remarquable, que ce n'est pas du papier blanc qu'on y venl sous prétexte de livres. Les livres lunatiques sont remplis de m lières, et n'ont de msrgc que le strict nécessaire.
«Une autre particularité qui distingue toutes ces boutiques, c'est que b-s marchands ne suifonl jamais d'un centime, et se contentent e'e cent pour cent de bénéfice. » Tout cela étonna beaucoup mon cousin. » Pour comble d'agrément et de salubrité, chaque quartier de la ville est orné d'une promenzde entourée de grilles d'or, avec des fleurs, de la verdure et des fontaines de jus divers, où chaque voiain est toujours sûr de trouver du bon air, du frais, de l'ombre, et un verre de coco gratis. Elles sont plantées de choux sée l'ai'es, d'allées de betteraves et de bosquels de chardons L'immense feuillage de ces végétauN, qui sont les plus grands arbr-s du pays, produit un 1 11" l imposant dont le pare même de Versailles ne pourrait vous donner l'idée. C' s promenades, vraiment publiées, ne sont jamais fermées au public, comme le sent si souvent les nôtres, qui n'ont guère de public que leurs dépenses d'entretien.
» La population de cette, cité présentait a mon cousin le speciade d'une immense ruche d'abeilles. Tout s'y mouvait avec, ordre, avec activité, l'oint de flâneurs, point de vas.r bonds, point de mendians. Tout y respirait le travail, l'aisance, le contentement, la liberté, l'égalité, la fraternité, l'hilarité. Les paysans évitaient de se cou loyci.se rendaient avec empressement tous les petits services qu'exigeait la circonstance, et, chose admirable! on n'entendait pas une seule dispute, on ce voyait pas une seule batterie.
«Ce qui édifia surtout mon cousin, ce l'ut la politesse avec laquelle cavaliers et i cheTS côl duisaieul leurs sauterelles. Des lois très-sévàres reprirent là haut ces âchea et atroces brutalités dont tant de butors se, rendent coupables ici-bas envers les animaux. Ces brutalités sont toujours l'in d'un mauvais cœur. Quand on est barbare avec Ks bêles, on e ' bii n pi - d l'être avec les hommes. » M'r a I! "i •! 6
i oui ous • i s. des i -.ils omuil u>. que
des ballons soutenaient dans les airs, et que traînaient et dirigeaient de grosses fourmis ailées, Les Sacres marchaient
AVENTURES DE ROBERT ROBERT
avec une incroyable vitesse. Les coucous étaient propres ; les diligences ne versaient pas; les malles-postes n'écrasaient personne ; les omnibus étaient vastes et commodes. On pouvait y tenir deux cents personnes à l'aise. Il y avait, dans l'intérieur, des salles de billard, des restaurans, des calés, des salons de lecture. Enfin, on y voyait d'autres omnibus, de petite dimension, pour conduire chaque voyageur depuis l'entrée jusqu'à la place qu'il avait choisie. C'était fort «gréable.i •
■ î.es monumens publics de cette incomparable capitale causèrent une stupéfaction non moins profonde A Larou'.hn*. Les pa'.'iis de fées sont moins grands, moins somptueux. •Vous avons vu que celui de l'auguste ami de Laroutine avait été taillé d'un seul bloc de cristal. La banque habitait un diamant, la prison pour dettes une topaze, la chambre des députés une émeraude, l'hospice des incurables un rubis, la justice une turquoise, la morgue une perle ; ainsi des autres.
« Uh superbe fièvre de curaçao serpentait à travers la ville, sur un lit de dragées, de oistaches et de pralines. Une multitude d'élégantes chaloupes en biscotte, en nougat, eu écorce de citrons confits ou d'oranges glacées, sillonnaient gracieusement ses ondes siu i ttlei les, avec des rafiisen c" re d'orge, des raines c:i pain d'épices, et des voiles en oublies. Ce genre de.navigation valait un peu mieux que la carcasse où nous (linons en ce moment. Qu'en pensez-vous, les amis ?
» — .Mi! certes oui! » répondit Lavenette. « En fait de * pi[lf s flottante», ]e me serais assez bieu accommodé de » celles-là. •
« — 11 y avait, en outre," continua le Parisien, • une feule dei.onlsqui traveisaieut superbement le fleuve, et jetaient d'une rive h l'antre leurs arches de sucre candi et de gâteaux de Savoie Quant aux quais de chaque côté, ils étaient simplement bâtis en chocolat, et pavés de pastilles à la rose.
• C'était aussi en caramel qu'était constrait l'immense Panthéon que la Lune reconnaissante avait dédié à ses grands hommes. On y voyait déjà de. nombreux locataires. Les admissions étaient difficiles, mais irr. vocables. Jamais les vivans n'avab nt songé à donner congé aux morts, sous prétexte que les géans étaient devenus des nains.
• Les autres monumeus n'étaient pas moins remarquables par leur destination, quoique moins savoureux de leur nature. Outre ^s palais qu'habitaient les ministres, tant qu'ils étaient ministres, il y avait un bospice pour recueillir leur noble info; tune quand ils avaient cessé de l'être. Car presque tous, exclusivement occupés des affaires de la Lune, s'abstenaient de tout pot-de-vin, de tout jeu débourse, et, sacrifiant leurs intérêts privés à l'intérêt public, ne sortaient jamais du ministère que ruinés de fond en comble.
» Il y avait aussi des caisses publiques ou l'artisan pouvait déposer ses petites économies, au lieu de les boire, de les manger, de les danser. Mais, avant de fonder ces dépôts, on avait assuré le travail qui les alimente. On ne rencontrait l>as là-haut deics docteurs en économie politique, pour dire aux malheureux, du haut de quarante sinécures : « Vous » n'avez pas le sou ? Eh bien I mettez cela à la caisse d'épar - gne. Vous l'y retrouverez pour vos vieux jours.»
I y avait, par conséquent, de grands ateliers publics où tout homme de bonne volonté qui n'avait pas d'ouvrage était assuré de trouver de la besogne et des vivres. Tout le monde ayant le droit de s'y faire admettre, les vagabonds et les fainéans étaient punis avec une impitoyable sévérité.
•> Il y avait aussi des maisons de refuge où tout Lunatique indigent, que l'âge ou une précoce infirmité condamnait au tepos, avait* la faculté d'être admis et convenablement choyé, après une vie honnête et laborieuse. LE SIECLE. — T. IV.
• Bref, il n'y avait pas da philanthropes dans la Lune, ce qui était extrêmement économique pour les indigens.
» Il y avait aussi de fort belles casernes, mais peu nombreuses. Le courage militaire était honoré, mais non pas au préjudice du courage civil. Le traineur de sabre n'avait pas conquis l'ordre social, et la moitié da pays n'était pas occupée à garder l'autre.
» Il y avait aussi des asiles pour les animaux, c'est-à-dire des haras où on élevait des sauterelles pur-sang, afin d'améliorer la race de ces noblts bêtes. Mon cousin assista à plu- : sieurs courses qui eurent lieu sHr la plus belle place publique de la capitale, et où il vit bien, je l'avoue, telle jeune sauterelle qui, en deux ou trois séances, avait gagné, à la vitesse du jarret, plus de fortune que tel pauvre diable en soixante années de veilles et de labeurs ; mais du moins on ! ne s'occupait pas exclusivement, dans ces haras, d'améliorer les sauterelles de luxe, pour l'agrément des dandys de la Lune ; on s'y occupait plus sériettstinent encore des races vraiment utiles, des sauterelles de trait, de charroi et de labour.
• Et puis, c'était une justice à rendre aux Lunatiques , qu'ils faisaient de bien plus grands sa'rificfs pour l'éducation dos hommes que pour les bêle-. Des écoles gratuites de toute sorte étaient ouvertes dans enaque quartier. La mora'e leligieuse et la morale philosophique servaient de base s l'éducation. O : y enseignait l'essentiel d'abord, le superflu ci. suite. Aussi u'en sorlait-ii pas de ees quarts de savans qui font plus tard I; J s lalion nufe risée de leurs content-
ins, eu qualité de rapfns, de croque notes, d'é.nvailleursfde poétereaux, de grands hommes ilounos, d'intelli-
pris, d'aigions manquant d'air, i - ! -, récréations se passait
en exercices gymuasti mine cela commence à se pra-
tique.- ici-bas, ce qui vaut mieux qve la bille et la toupie. Mon cou: in LaroutiiiH pen a i alurelli ment le contraire.
» Ajoutons que sous les e fans garçons et filles, étaient flévés et ; dés aux Irais de l'iitat, lequel, en outre,
aa sortir des écoles couve ablemeu afin
qu'elles pussent se marieT - Ion leiu- mérite it ;■ ur ^oùi, et fournissait aux garço rentre* rcer l'industiie, l'art
ou la profession ou chacun d i ux était appelé, selon son apiitud •. L'éduca ommune, mais l'instruc-
tion élait spécia'e ( e concours décidait peu à peà
des vocations ii, pa . ris études. Toutes les
fonctii ement au
concours. On n'avait pas la. barbarie de laiss-r les dix-neuf vingtièmes de la pop r et s'abrutir dans l'igno-
ranca ni la barbarie, bien pli s fui este encore, de donner au dernier vingtième uni instruction transcendants^ dont il ne sait que faire, faute do pouvoir l'utiliser, et qui devient alors un tourment l our l'individu, en même temps qu'an danger pour la société. L;'i du moins on fournissait au jeune homme la pratiq-e du tr- vail.aprèt lui en avoir enseigné la théorie. C'est ainsi que tous les Luualiques étaient réellement libres, frères et égaux à leur eniiee dans la vie soei;il Le iravi f\ le ta'ent, 'a bonn- conduite
établissaient s nls plus tard les inégalités qui se maiitestent Inévitablement entre les hommes, dans ie cours si divers de leurs destinées. Personne, en conséquence, ne pouvait contester la justice de i ité-, purement personnelles;
[i. rso me n'eût pu se plaindre, sans a.- usfr la Providence elle même ; car elles étaient le fait, non de la société, mais de la nature.
» laroutine visita ensuite une fouleu'autres établissemeBS, véritablement publics : de?, bibliothèques qui étaient toujours ouvertes, et d?s cours qui n'étaient jamais fermés.
» Il vit des musées mi l'on n'admettait que des chefsd'o'iivre; des prisons n'était reten'i que pour de
graves el réels motifs; des Bourses où personne nragiotalt, et des écoles de droit qui faisaient le plus grand tort aux estaminets et aux guinguettes d'aluni .or.
• Il vit des théâtres où l'on chaulait parfaitement juste; où l'on représentait de^ drames et des tragédies dans lesquels la nature était peinte avec délicatesse sans doute,
mais avec vérité; où l'on jouait des vaudevilles sensés; on, par l'unique motif que ce sont d d'œuvre, on ne
jouait pas d'antiques comédies, pour corriger les travers des Lunatiques d'autrefois; où enfin l'on ne jouait de melodrames sous aucun prétexte.
» Il vit des tribunaux où la justice se rendait d'une manière extrêmement prompte. Les causes s'instruisaient, se plaidaient et se jugeaient ''ans les vingt quatre heures , presque sans frais, sans loi aucune, et d'après les lun i du seul bon sens. Le jurj était appliqué aox affaires civiles de même qu'aux affaires criminelles, par celle ronsiJ ration que celui qui déci le de la vie et de l'honneur de s n blable, peut, à plus forlc ra s n. décider de sa fo lune. Les avoues et les huissiers étaient par conséquent en très petit nombre. Les avocats plaidaient gra is en i \e^r de la veuve et de l'orphelin, et ils eussent to'gi de louer chèrement leur éloquence à quelque riche filou. Ils 1 1. renl d'ailleurs d'une taciturnité exemplaire: on était oblge, pour ainsi dire, de leur arracher chaque parole de la bouche.
» Quant aux juges, ils etaie. t incorruptibles au public, sourds au pouvoir, et ne dormai nt jamni ù l'an Met ce.
» Les plai leurs, de leur côté, étaient toujours charmés de de la décision de leurs juges.
» Enfin, jamais de. ces grandes cames dont les débats révèlent de si funestes passions au Ion ! de la société; jamais de poursuites pour vol, pour iricei:i!ie, pour faux, pour assassinat, p^our houiiliè.e fantastique , etc. La plupart des procès étaient intentés par dt-s débiteurs à leurs créanciers, afin de contraindre ces derniers à se laisser payer des sommes qui I >ur étaient dues.
t J'oub iais de dire que, dans les hôpitaux, mon cousin rencontra partout des allupathes, dont le seul système était de guérir leurs malades.
»Tcl fut, en ré unie, le spectacle qu'offrit aux regards éblouis deLaroutine la snperbe cité de Knrrrrrrstvlmbchqdngzx. Laroutine circulait parmi tant de merveilles , plus effaré qu'un caniche égaré en f ire. qui che ebe vainement a retrouver sa rocte. 11 lui arrivait de temps en temps de lever les yeux du côté de la Tcre , lorsqu'elle brillai', sur son nouveau ciel. Il la cont mplait alors, soupirant. tant vers elle; puis rabaissant tristement ses prunelles sur la Lune, il les promenait de nouveau tur les f ' r ng es qui l'entouraient, et souriait avec «iédain, avec \ i ié, comm ! un auteur dramatique au succès trop peu contestable d'un confrère.
« Or donc, la nouvelle qu'un animal était tombé de la Terres'était promptement r^pasdu- parmi les peuples de la Lune. On vint de tout les coins de la p anète pour admirer l'être informe qui faisait l'ornement de Krrrrrtrsivlmfmhqdngzx Une telle affluence augmenta la splendeur de capitale. Le roi d'un emp re voisin en eut la jaunisse, ù t rce de jalousie. Les empires sont excessivement multipliés dans la Lune. Il y en a de beaucoup trop grands, nia il y en a aussi de beaucoup trop petits, dont on peut fai tour en vingt cinq minutes. Ce prince se nomma tC rrrrwl«r. La montagne de diamant sur la cime de laquelle était descendu le ballon démon cousin, se trouvait sur I d* deux empires. Toute la moitié nord appartenait à l'on, et toute la niofié sud à l'autre. Le hallo i s'éiail p:.s>- sur la ligne de démarcation. L'ambilienx Crrrrrrr p'oiid habilement de celte circonstance pour préten lui,
et noii pas au vertueux Brrrrrrr qu'appartenaient le ba i. n et l'an mal. Lo veriueux Brrrrrrr soutint le contraire. Cette contestation mu eu émoi loule la diplomatie luiilire. On re vit plusqHe courriers ventreà- terre sur les grandes reu es. Pios de dis barriques d'encre et de cinquante ranu's de
1 papier, pus de dix mille brasses de ficelle et de viogt-oinq quintaux de cire à cacheter, furent employés en protocoles.
| Q.ara- te-trois sïuterelles furent éreinéts daus ie transport, vingt six postillons y gagnèrent des pleurésies, et douze diplomates y contractèrent dts fièvres cérébrales. P.usiei rs en moufUrei i de vieillesse. ■> Etcepei dant la question n'avançait pas d'une ligne. » Cn troisième monarque, l'astucieux Q-sssssss, offrit alors auxdruv prétendans son amicale médiation. Vais comme il arrive t lujojurs, le médiateur, qui avait intérêt à divi. s<t ses confrères, les réconcilia si parfaitement, que la querelle fui plus envenimée que jamais. H leur proposa sournoisemenl de partager e différend, c'est- -dire de couper en deux parts ie ballon et l'anima', et d'en prendre chacun l> moitié-. Chacun d'eux, voulant laisser à d'autres la responsabiiilé d'une fi. grave mesure', s'entoura de toutes k s lumières otëci'lles de son gOUtferaeUMflL La situation devenait fort dramatique pour mon cousin. Heureusenienf, les conseillers que les deux potentats avaient consultés donnèrent à
- chacun d'eux le conseil de ne pas suivre d'autre conseil que le sien propre. El alors, comme beaucoup de monarques lunatiques ont pour la guerre le même penchant que leurs sujets pour une partie de loto, la proposition de l'asiucicux Qssss'sss fut rejetée, ainsi qu'il le prévoyait, et la guerre définitivement résolue. On s'en tïcviut de part et d'attiré avec toute, l'aménité que lespeup'cs civilisés ont coutume de mettre à se donner de mauvais coups.
« Il y avait Ict^temp?, du reste, qu'on se dispesait ponr un tel êvénemei t. Les néjÇoéiaUons diplomatiques ne sont guère) dans la Lune, qu'un moyn de se tromper mutuellement sur ses véritables intentions, et de profiter, s'il est possible, de la bonne foi de son adversaire, pour faire secrètement contre lui de plus formidables préparatifs.
» Or donc, comme la conscription était abolie dans les États de ces deux paternels souverains, ceux de leurs sujets qui avaient atteint l'Age requis, tirèr<nt au sort dans le bonnet de nuit des maires, ce qui n'était pas autre chose que la conseriotion. On empiéta même un peu, sans en x oir l'air, sur les classes plus âgées. Oa les organisa en milices sédentaire- ei on les transporta anssiiôt aux quatre coins du royaume. Quand elles surent passablement distinguer leur main droite de leur main gauche, on entra décidément en campagne. On n'avait oublié qu'une rhwe, c'éiait de se pourvoir de vivre*. Chacun des deux belligérant comptait sans doutesur le euplede l'autre pour ; i demander à boire et à manger.
« le motif île cette g er« p iut vous semblée puéiil, niais, cn parei 1 circonstance, c*< t d ja beaucoup qu'un motif, si i requ'il ; ■ is eétre. t e a- assez are où les peuple-- e batte t pour des intérêts vraiment nationaux, on n'y de l o s dans la Lune, pays étrange où , e nous l'avons » i, le h en e' le mal sont encore I l'i t i d'hétéroclite n-.' a plupart du temps, les gouverne-
mens s'y lirent des coups de canon sans aucune espèce de le.
I. s troupes d-> ; ''eux puissances lunaires n'avaie t donc pas idée de la cause qui arnwit leurs bras.
i t s D'en étaient pas moins remplies d'ardeur, parée que tel i o die du jour.
, uis la guerre, c la flatte toujours: t mot:\ ■ là donner, des décorations I ,>ren-
die de l'avaBeemerjti recevoir; c'est fort agréa b.
• Ajo iu z que chaque Oldal (mi hait un .-ou par jour, et qu on ne peut guère se dispenser d'avoir de l'enUiojsiasme a ce | ri.\.
» Ajoutez en we que chaque puissance ..vait inspiré aux
AVENTURES DE ROBERT-ROBERT