RÉALITÉS
LTISODES DE \OYAGE.
Apikou. — Souffrances. — Illusions. — L'hamal'an. — Désespoir, lu huitième déluge. — Lavenette est f«it prisonnier par un singe. — Ce que c'est que Jacquot. — Sou f datation. — Caverne de lions. — Horreur ! — Dévouaient d'Apikou. — Un incendie. — Singulière leacoBtre. — Lavenette en sentinelle perdue. — Aflreux incident. — Ce qu'il advient de l'Ecureuil. — Embuscade. — Fâcheux réveil. — Comment nos amis tombent au pju- .voir des Mandingues. — Leur entrée à Bainbara. — Du lôle cirante que leur destine la cour de celle superbe cpi'.aie.
L'intéressante caravane continua l'itinéraire qu'elle .s'était tracé à traders les vastes solitudes de celte partie de l'AIrique. Mais celte fois elle avait des armes, un guide indigène, et la certitude de ne pas manquer de provisions, du moins pendant les premiers jours, apikou (c'est le nom du noir) était plein de zèle et d'activité. Jeune, vigoureux, doué de cette vue et de cet odorat. prodigieux qui distinguent les indlvi lus de sa race, il ne revenait jamais de se* excursions sans être chargé d œufs, de racines, de fruits de lotus ou de bananier. Lavenette lui servait de diogman, grâce au peu qu'il avait appris de l'idiome de "la tribu. Le grand Zamba- Mac-Paounga, dont par nécessité Lavenette continuait de porter le burlesque costume, avait encore tout son prestige aux yeux du sauvage. Apikou suivait cette divinité errante, comme les Troyens suivaient leurs dieux péiistes, sans savoir où, sans s'informer, sans s'en inquiéter, par dévotion, pour l'acquit de sa conscience Lavenette était fier de ces marques d'adoration. Il n'avait qu'un geste à faire, qu'un mot à articuler, et Apikou se roulait à ler.e devant sa céleste personne, puis -renait sa course dans la direction voulue, comme s'il eût craint d'être frappé d'une n.ort surnaturelle en cas de désobéissance. Ce dévouaient , joint à la connaissance que le cannibale avait de la région, pouvait être d'un grand secours durant un tel pèlerinage.
Le sol qu'on parcourut d'abord, bien que desséché par les ardeurs du soleil tropical, n'était pas complètement nu. Ça et là quelques arbres offraient de 1 ombrage et une nourriture rafraîchissante. La chasse procurait aussi quelques provisions substantielles, lorsqu'on rencontrait des troupeaux d'antilopes, de gazelles, de zèbres et de daims blancs, ou bien lorsqu'on entendait dans les airs le cri discordant des outardes, dns paons sauvages, des faisans, des jongles, des Damans et des gremdiers à la huppe écarlaie. Robert- Robert empêchait toutefois q .'en fit une guerre inutile à ce beau et sémillant gibier. Il avait un trop juste pressentiment des périls qui les attendaient encore, pour consentira ce qu'on dépensât vainement l°s faibles munitions dont le hasard .es avait pourvus.
Ses précautions étaient sages. La situation empira bientôt. Autant qu'il en put juger par la hauteur des étoiles polaires, on se trouvait alors vers le 20* degré de latitude, dans la partie de l'Afrique comprise entre le cap ISégrc, à la côte occidentale, -t le cap Sa nt-Sél»astien, à la côte orienta c. Le sol n'offrait plus que stérilité. A peine trouvait-on, çà el là, quelques herbes d 'ssécbéea. Tantôt, c'était un terrain crevassé comme s'il eut été brisé par des Iremblemens de terre; tantôt, c'était une mer de sable dont l'œil se fatiguait à chercher les lointains rivages. Nos voyageurs eurent
AVENTURES DE ROBERT-ROBERT
à souffrir de cruelles privations. La nuit, quelle que fût leur fatigue, il élait rare qu'ils pussent jouir d'un sommeil tranquille. Le cri des tigres, des leopa ds, des hyènes et des chacals les rév illaient à e.lia ue instant. Le jour, la faim les tourmentait, et l'eau tiède et croupissante de quelques mares qu on trouvait en creusant dans les sables, irritait pi' s leur suif qu'elle ne l'apaisait.
Et cependant ils voyaient se dérouler devant eux. à l'horizon, tantôt comme un gracieux paysage, tantôt comme un lac immense, que sans cesse ils croyaient atteindre, et qui reculait devant eux sans cesse Ces déceptions continuelles leur causaient de véritables désespo.rs. Robert-Robert fut dupe lui-même de cet eQet d'optique. Toutefois, se rappelant tnlin ce qu'il avait lu sur le mirage, il parvint à démontrer à ses compagnons que cet e riante imag< n'était que poussière et stérilité, une simple fantasmagorie, produite par le jeu des rayons du soleil. Cet'e certitude releva leur courage, car en pareil cas, mieux vaut une triste vérité que ces alternatives sans lin d'illusions et de désenchantemens.
Un nouveau fléau les rappela d'ailleurs à la réalité. Les vents, venant à se heurter, soulevèrent dans toutes les directions la mobile surface du sol. Ce fut alors qu'avec justesse le désert pouvait être comparé à un océan de sable. Le firmament, dont la voûte semblait s'être abaissée, ne laissa plus tomber qu'un jour terne et livide, à travers les tourbillons qui l'assombrissaient. L'horizon se rapprocha subitement; la chaleur devint étouffante, et bien des fois nos amis faillirent succomber sous les vogues de poussière que l'hamaltan précipitait sur eux. Ce vent terrible, qui revient périodiquement, souffla ainsi pendant plusieurs jours, et leur causa de vives souffrances. Leurs lèvres se gercèrent, leur gosier s'enflamma, l'épiderme se détacha de leur peau, et enlln, épuisés de lassitude et de besoin, ils tombèrenr dans une telle prostration que, malgré les encouragemens de Robert Hobert, ils se jetèrent sur le sol à l'endroit même, et résolurent d'y aitndrela mort, sans faire un pas de plus pour tâcher de l'éviter.
Heureusement, Robert-Robert et le nègre, qui, l'un, par énergie morale, l'autre, par énergie physique, avaient mieux suppor é les indicibles fatigues des dernières journées, découvrirent non loin de là une certaine quantité de végétaux, de forme spbérique, et comme sculptés par de nombreuses cannelures. C'était le raélecaclOB, qui contient, sous son enveloppe hérissée, une moelle très aqueuse. Cette découverte rendit un peu de courage à leurs compagnons. Ils tirèrent de ce fruit au suc rafrai bis>ant qui étancha leur soif et répara suffisamment leurs forces. Ils purent continuer leur voyage, et ils eurent bientôt franchi la vaste plaine de sable qui avait failli leur servir de tombeau.
L'elat de l'atmosphère devint alors plus favorable. Les mortelles rafales de l'hama tan sont le signe précurseur de la saison des pluies, dans ce climat d'Afrique où la nature ne procède que par oppositions, par soudainetés. Le bleu foncé du ciel, jusque-là sans autres nuages que des tourbillons de poudre, prit une teinte plus claire, plus effacée. A peine put on reconnaîire pendant la nuit les contours voilés de la Croix, constellation visible dans cet autre hémisphère. Les étoiles verticales du Serpentaire et de l'Aigle jetèrent une lumière tremblante qui n'était plus celle des pïaHètes. Des nuées, toutes semblables a de hautes et fantastiques montagnes, s'élevèrent a l'horizon du sud, et étendirent peu à peu sur le firmament leur rideau d'onduleuses vapeurs. Des torrens de pluie s'en échappèrent pendant plusieurs jours, et couvrirent la surface du sol d'un vivifiant linceul.
La nature éla'a bientôt le plus merveilleux spectacle. Le désert, si nu, si aride, quelques jours auparavant , s'était revêtu d'une éclatante parure. Partout surgissaient d'innombrables graminées; partout ries touffes d'herbe jaillissaient du sable ; partout des arbustes, qu'avaient calcinés les ardeurs du soleil, reverdissaient et développaient leurs larges feuilles. Partout la vie après la mort. Ce réveil d une nature grandiose , son luxe , tu magnifiques caprices, tous ces phénomènes d'un autre monde, émurent profondément Robert-Rebert. H lui semblait assister à une seconde création.
Tant que dura celte fécondante averse, nos voyagmrs te tinrent sur une éminence, ab-ités par le vasi* parasol des palmiers. Ils se reposèrent de leurs longues fatigues, et se nourrirent de fruits que le même soleil faisait éclore et mûrissait.
Ajoutons, f.our mémoire, que, selon les conseils du Parisiea, Lavenetle exposa continue!lement sa figure, ses bras et ses jambes a la pluie, pour lâcher d'en taire disparaître les bizarres dessins dont il était chamarré. Cest ainsi qu'on expose à la rosée les toiles qu'on veut blanchir. Mais, hélas 1 malgré la similitude des procédés, rien ne put effacer les stigmates cutanés de cette divinité déchue.
Quand le beau temps eut reparu, nos amis se remirent en route avec un courage tout nouveau. Le soir même du premier jour de marche, ils purent Jouir d'un des plus grands tableaux que la nature des tropiques eût encore offerts a leurs yeux. Derrière eux se mouvait majestueusement cet océan de sable, des abîmes duquel ils s'étaient si miraculeu' sèment sauvés, et dont le soleil couchant empourprait les flots peudreux et sclntillans. Devant eux, une forêt immense déroulait ses sombres sanctuaires, ses dômes brillans et ses portiques aux mille nuances.
Ce fut sur la lisière de cette ferêt qu'ils passèrent la Euit, après avoir ceint d'un rempart de feux leur verdoyant bivouac. Il était grand jour lotisqu'ils se réveillèrent. Des milliers d'oiseaux au plumage bigarré peuplaient les arbres qui leur avaient servi de da s. L'or, le vert, le blanc, l'azur, l'érarlate, diapraient les ailes de ces jolis volatiles. Mais la partie comique du tableau, c'était de voir gambader sur les branches une foule de singes, de l'espèce de ces papioos dont la finesse est vantée pa1- Buffon. lîien loin de I intimider, la vue de nos voyageurs semblait n'inspirer que plus d'effronterie à la bande sautillante. Elle s'éait rangée en cercle au-dessus de leur tête, et là, se levant et se baissant tour à tour, el e leur adressait ses pi s laides grimaces. Peu-à-peu même elle s'enhardit et sauta de branche en branche jusqu'à terre. La scène prit alors un caractère toul-àl'ait burlesque. Queiques-i ns de ces amusans quajrumanes, que'i'extérieur de Lavenetle mettait sans doute en bonne hua eur, s'approchèrent de lui par préférence. L'un d'eux lui sauta sur les épaules et se mit à 1 i fourgonner les cheveux, tandis que les autres gatub-daient à l'eutour, ou bien le secouaient en tous sens par les breloques de son divin costume. Ce spectacle avait quelque chose de si plaisant, que, malgré les 1 imentatious du pauvre homme, ses compagnons se pâmaient de rire, et n'avaient pas la force d'aller le délivrer. Le nègre seul put le faire, car e nègre ne pouvait voir Zamha-Mac-Paounga servir de jouet à de pareils êtres. Les singes se sauvèrent à son approche et grimpèrent sur les arbres enuronnans, où ils recommencèrent leurs danses et leurs grimaces. L'n seul demeura : c'était celui qui avait si familièrement enfourché les épaules de Lavenetle. Dans la frayeur qui lui troublait alors l'esprit, Lavenetle le tenait fortement par les deux jambes, taudis que, de son côté, le .singe lui donnait une fou e de < 'aques pour se faire là. lier. Le singe fut ainsi pris ; mais, en bonne conscience, et sans l'intervention du nè^re, le véritable prisonnier eût été, non le singe, mais Lavenetle.
„ — Je vous fais tom.-tlimei.t delà victoire.» dit le Parisien à l'ex-Zamba-Mae-Paouuga. " ->e Be vous croyais pas si bon chass-ur. Remettez mol ce petit homme : je me charge de son éducation »
Le Parisien s'empara du since, le musela a l'enchatna. Les eris de l'animal, répétés par ses camarades présens, attirèrent bientôt sur le lieu de la scène tous ceux des environs. La situation ne laissa pas d'être inquiétante pour nos amis.
sss
LOUIS DFSNOYERS.
Les singes devinrent furieux en voyant la captivité de leur frère, et ils firent mine de le disputer à ses ravisseurs. Comment repousser de tels ennemis ? Robert Robert voulut essayer de la ruse avant d'employer la force. Il engagea ses compagnons à se<ou<herà plat ventre et la 'a-e contre terre. Gfe moyen réussit d'abord. Les singes étonnas se calmèrent. La curiosité l'emporta. Entrains par'leur instin-t d'imita lion, Hs descendirent peuà-peu du baut des arbres, puis se Mâchèrent â plat-ventre et se cachèrent la face à l'exemple de leurs adversaires. Robert-Robert fit signe alors à sps compagnons de se re'ever et de quitter la place. Mais, quelque précaution qu'ils y missent, le bruit de leurs pas av rtil les singes, qui se prirent à les poursuivre d'arbres en arbres, en poussant des cris de fureur, et en leur jetant une épaisse mitraille de fruits et de branches cassées. Heureusement la lisière du bois était peu distante, et l'armée en déroute put la regagner sans plus de dommage.
La petite troupe s'était donc enrichi" d'un nouveau personnage, le singe prisonnier, dont le Parisien entreprit l'éducation, et qui se montra l'é ève le p us docile qu'on puisse imaginer. Le Parisien le nomma Jacquot, et lui donna de si bGBoes leçons qu'au bout de uelques jours ce gracieux anima', dont chacun admirait la gentillesse et l'intelligence, erécutait les tours les plus curieux,sur un simple commandement de son maître. 11 marchait debout, savait faire l'exercice, connaissait la charge en douze temps, saluait, dansait, cabriolait. Sa présence rendit plus supportables les fatigues du chemin. J'oubliais de dire que le Parisien ne négligea pas non plus l'éducation politique du pe.it animal. Jacquot sautait avec enthousiasme au nom de Napoléon, et faisait d'horribles grimaces à ce ui des Anglais.
Robert-Piobert , qui s'ingéniait à tirer bon parti des moindres circonstances, voulut que le rûl.-i du singe ne fût pas moins utile qu'agréabl*. Tout le long de la route il taisait grimper Jacquot sur les arbres pour y chercher de la gomme, ou bien dans les crevassas de roihers poury trouver du miel. Parfois aussi Jacquot déterrait d'excellentes lacines. Il saisissait entre ses de: ts l'extrémité apparente de celles qu'il avait découvertes, pui3 s'appuyant fortement sur ses pattes et rejetant par secousses sa tête et son corps en arrière, il les ébranlait aiasi jusqu'à ce que l'autre extrémité sortit de terre. Rien n égalait alors la joie de son triomphe. C'était par une i .terminable suite de cabrioles qu'il apportait au Parisien sa succulente conquête. Il en était de même pour tous les fruits qu'il cueillait en chemin.
Mais Jacquot ne se borna pas être, après le nègre, le plus anif approvisionneur de la caravane; il en devint également le meilleur surveillant. Robert-Robert le plaçait en sentinelle toutes les fois que la localité était de nature à inspirer des inquiétudes. Jacquot s'acquittait de ces foections avec un merveilleux instinct. La r.uit comme le jour, le moindre danger le faisait tressaillir par une sorte de divination. Ses cris, ses gestes, sa frayeur, donnaient aussitôt l'alarme, dé nonçaient la direction de l'ennemi et indiquaient suffisamment l'espèce. Il était bien rare que ce fût une fausse alerta, et plusieurs fois il sauva la petite troupe en lui donnant le temps de se mettre en défense. Chose singulière) l'animal mie Jacquot redoutait le plus, après 1' serpent toutefois, c'était la singe. Comme depuis sa capture nos voyageurs contiiiuaient de long' r prudemment la lisière de sa forêt natale, le cri de ses pareils arrivait quelquefois jusqu'à lui. Il leur répondait, pour les narguer, et, si quelqu'un d entre eux, attiré par sa voix plaintive, apparaissait près delà, il s'enfuyait de toute sa vitesse, rejoignait la caravane et se cachait tout tremblant entre les jambts du Parisien, pour lui demander protection. On eût dit qu'il craignait que ses semblables ne
le traitassent en transfuge.cn traître, ou que. tout fier d'à; voir été élevé jusqu'à la société des hommes, il fût regardé romme une dégradation de retomber dans celle des s':
L'ne. circonstance déplorable augmenta bientôt son utilité. I n jour que Robert-Robert, accompagné du ne^r,. et de Jaequot, s'était écatté de quelques cents paspouraller à la decouverte d'une source, il trouva au retour ses eamaraildans la consternation. L'un des matelots gisait à terre et venait d'expirer après d'atroces convulsions. La face et les mains des autres étaient sillonnées de eicatrices, comm on les eût aspergées de vitriol, et tous avait lesyenxtiorbi- 'ans et rouges. Rob-rt Robert fut stupéfait. Son abseme. avait duré un quart d'heure à peine. Il s'informa de l'emploi de leur temps. Ils répondirent qu'i's n'avaient pas bosgé de dessous l'arbre où ils faisaient halte pour l'attendre, et que celui dont il voyait le cadavre était tombé roidemort à leurs pieds, après avoir porté à sa bouche un des fruits qui chargeaient cet arbre. Roberl-Robert reconnut alors que c'était un mancenilier, magnifique végétal qui recèle le plus subtil de tous les peisons naturels. Ses feuilles ressemblent à celles de notre pommier sauvage, et sonfruità la pomme d'api. Ce fruit est panaché de rouge, très-agréable à la vue, et d'une odeur si appétissante qu'on est tenté de le manger. Or, quoique d'une saveur délicieuse, il empoisonne subiteraenl. Ce fruit rend, ainsi que les feuilles etl'éroree, un suc laiteux de routeur blanche, dont 'es sauvages se servent pour empoisonner leurs flèches et leurs zagai^s. La moindre égratignure que font ces armes est toujours mortelle. Enfin, Us émanations même de l'arbre sont si délétères, qu'on ne saurait vivre dans l'atmosphère qui l'entoure. On ne peut se re> poser longtemps sous son feuillage sans être asphyxié, ou tout au moins sans être frappé de cécité.
Robert-Robert fit cueillir par curiosité quelques uns de ces fruits, et comme il remarqua que Jacquot refusait d'en approcher et exprimait par ses grimaces une invincible horreur, l'idé lui vint de l'élever au grade de nmire d'hôtel, de grand dégustateur de la troupe Unedes ressemblances du s;nge et de l'homme, c'est que le premier est pourvu d'une dosede gourmandise et de curiosité égale à celle du second. Comme l'homme, le singe goûte, sans appéiit, à tout ce qu'on lui présente, et sans nécessité sa mayi touche à tout ce qui se trouve à sa portée. Mais, comme le singe, la nature n'a pas doué l'homme de cette prescience qui l'avertit intimement du danger. L'homme a pour lui l'expérience", mais l'animal a pour lui l'instinct, et si l'instinct n'est pas susceptible de. perfectionnement, il est, en revanche, exempt d'erreur. Robert-Robert défendit donc qu'on touchât dorénavant à quoi que ce fût d'inconnu , avant que Jacquet en eût goûté. Si Jacquot refusait d'y loucher, chacun devait, s'en abstenir de même.
Les survivant rendirent les derniers devoirs à leur malheureux camarade. Ils l'enterrèrent, ils plan'èrent sur le tertre funèbre deux petites branches en forme de croix, et inscrivirent sur un morceau de cuir, qu'on plaça entre detn pierres, son nom, sa patrie, sjti naufrage et la date de sa triste fin.
Quelques jours après ce funeste épisode, un de ces ouragans, si terribles ,'ous le ciel des tropiques , surprit nos amis en chemin, et les força de se réfugier dans une grotte profonde, que la nature avait creusée au liane d'un rocher. L'entrée en était si étroite qu'ils ne purent s'y glisser qu'en rampant. Parvenus sous ces voûtes silencieuses où régnait une nuit étemelle, ils se entrent en sûreté. Déjà même ils prêtaient leur attention à un de ces contes burlesques dont le Parisien continuait d'égayer leurs morcens de repos, li qu'un léger grognement, qui semblait venir du fond de la
AVENTURES DE ROBERT-ROBERT
caverne, les (Il Iressaillir et attira leurs regards de ce côté. Six yeux élincelansc-t fauves y rencontrèrent les leurs. Cette vue les glaça d'effroi. Que faire? Fuir? attaquer? attendre? On s'en tint à ce dernier parti, et l'on se mit en garde. Un quart d'heure s'écoula dans une horrible anxiété. Les lumières continuaient de flamboyer, mais sans changer de place. Robert-Robert voulut envoyer le petit singe dans cette direction : le singe se réfugia tout tremblant derrière le Parisien. Robert-Robert ne pouvant plus alors maîtriser son impatience, et vouiant dissiper, n'importe comment, les angoisses de ses compagnons, s'avança résolument vers le fond, le pistolet au poing et le poignard entre les dents, pour voir quelle sorle d'ennemis ils avaient devant eux. Il approche : aucun mouvement; rien que ces dardantes lueurs qui jaillissent on ne sait d'où. Enfin, un long éclair, qui du dehors illumine subitement la sombre retraite, lui montre trois lionceaux, couchés l'un sur l'autre, et qui s'inquiétait non moins de la présence de pareils hôtes.
" — Fuyons! » s'écrie Robert-Robert eu rejoignant ses compagnons. « Nous sommes dans un repare I Le courage n'y pourra rien ! Il y va de votre vie! Fuyons ! »
Chacun se précipite aussitôt vers l'étroite sortie; mais, tandis qu'on s'en dispute l'approche, le plus voisin de l'ouverture pousse ce cri fa'al :
« —La voici!... Voici la lionne'. . Sauve qui peut | » Tous reculèrent épouvantés.
Robert-Robert, à qui l'imminence du péril a rendu en fia touta fa présence d'espril, aperçoit un fragment de roche, dans l'une des encoignures , près de l'étroit passage. Il se. precipile et l'étreint de ses deux bras. Simon Barigoule et le Parisien ont compris sa pensée : ils accourent et lui prêtent main-forte. Leurs efforts réunis ébranlent le roc, qui roule enfin sous leurs mains crispées jusqu'à l'entrée de la caverne'. Une seconde pins tard , et c'était fait d'eux! La lionne arrive, s'arrête incertaine devant cette c'ùture improvisée dont elle semble, chercher la cause. Elle dépose ensuite la faible gazi Ile qu'elle apportait pour la pâture des siens. Elle les ap elle. Les lionceaux lui répondent, et, quittant à sa voix leur couche, se traînent du côté de l'entrée. Robert- Robert ordonne sur eux une. décharge générale. Les lionceaux, frappés à bout portant, tombent en poussant de sourds rugissemens. On Us achève à coups de poignard et de sabre. La lionne, que son fhir avertit de la présence d'un ennemi ; la lionne, à qui le bruit des armes et le cri mourant de ses petits révèlent le danger qu'ils courent ; la lionne rugit de fureur, bondit, écume, se précipite à vingt reprises sur la pierre qui l'arrête, la mord, s'y brise les dents, s'y brise les griffes et l'ensanglante. C'est en vain que Robert-Robert a fait placer Simon Barigoule et le Parisien derrière le bloc contre lequel ils pèsent de toutes lent s forces : les forces de la lionne l'emportent; le bloc se détache incessamment sous les impétueuses «ccousses de celte mère en furie. Robert-Robert us sait plus qu'imaginer. Impossible de faire feu sur elle, car Barigoule et le Parisien hoii'henl entièrement l'entrée. S'ils se retirent pour faire place aux tireurs, avant même qu'on ait le temps de l'ajuster par les intervalles, la lionne aura renversé la pierre et se sera précipitée. S'ils demeurent , l'instant fatal ne sera que rccu'é, car la fatigue commence a paralyser leurs efforts. Cette fuis encore que faire?
Un souvenir illumine soudainement l'esprit de Robert- Robert, il te rappelle ces fruits de niancenilier qu'une simple curiosité scientifique a fait cueillir et mettre, en rés rve. Ces fruits vont devenir vue arme terrible sous si main inrénieuse. Il en fait placer que'ques'-uns a la pointe des sabres dont ses hommes SDQl armés; il les gli.se entre Simon Barigoule et le Parisien, et les faii arriverai! dehors pnr les interstices delà mobile clôture. La lion e, qu'égare une indicible fureur se i récipite sur ces objets, et les broie sous -is dents impatientes d'ennemis, t ne souffrance atrd saisit bientôt : sa rage t'apiise, ses bonds décroi sent, si rugissemens devienneol plaintifs, diminuent et cessent , à fait, en même temps que ses inouvemen I le lorabesut le liane, la gueule bt'anic et souillée d'écume,
i r. siècle. — iv.
Le poison l'a tuée.
Nos amis peuvent enfin sortir de cette périlleuse retraite. Ils emportent avec eux la dépouille des lionceaux ; dépouille chèrement achetée! Mais, a peine sont-ils dehors, qu'un danger plus granl encore les menace. Le lion, que l'ardeur de sa chaise avait entraîné au loin, mais que les rugissemens de sa femelle ont r?ppelé,se présente devant *ux,au détour d'un rocher. Le lion s'arrête à leur vuj, et semble mesurer la force de ses ennemis el la distance qui l'en sépare. 11 pousse ensuite un long rugissement, et franchit d'un seul bond le tiers de celte distante. Deux bonds encore, et sa dent et sa griffe en auront déchiré quelques-uns.
Pendant ce temps, Robert-Robert a disposé ses compagnons sur une seule ligne ; il a ordonné de tenir l'animal en joue : les uns feront feu immédiatement, les aulres ne tireront qu'à bout portant, si la première décharge n'a pas suffi.
Tout cela est l'affaire d'un instant.
Mais, si promptes et si sages qu'elles aient été, ces dispositions ne sauraient empêcher le lion de faire plusieurs, vit limes. La première décharge l'atteint, pas assez pour l'abattre, assez pour augmenter sa fureur. Il va s'élancer de nouvesu, et malheur à ceux qu'il touchera! Le nègre alors s'avance intrépidement à sa rencontre, le couteau à la main, et se place entre l'assaillant et la petite troupe. C'est Lavenelte, c'est le granl Za;nba-M?.c Paourga que le pauvre Apikou veut ainsi protéger aux dépens de sa vie. Cet acte de dévoûment rend impossible une. seconde décharge, car, pour aller jusqu'- u lion, les baltes frapperaient inévitablement le sauva El cependant il va périr I
D'un coup de patte lelion le renverse violemment, lui d. chirc \s chairs, lui fracasse les côles. Posant ensuite ta patle avec fierté fur le corps du vaincu, il se bat les flancs de »a queue, il hérisse en tous sens sa crinière, agite ses énormes sourcils, fait mouvoir la peau de sa l'ace, et pointe orgueilleusement ses ardentes prunelles sur les ennemis qu'il lui reste à vaincre. On ne saurait décrire tout ce qu'il y avait de noblesse et de fureur, de majesté el de coquetterie même, dans la pose, dins la figure, dans le regard de ce roi des animaux.
Le nègre, dont le sang coule à flots, profile de c? cotlN répit : il recueille ses forces défaillantes, se soulève à demi, el, d'un coup de poignard, lait aux flancs de son vainqueur une large blessuie Le lion pousse un nouveau rugissement, puis, saisissant entre ses dénis ensanglantées l'ennemi qui vient de le frapper, il secoue son cadavre, la brise, le décime avec rage, et parsème à l'entour d'affreux lambeaux de chair humaine.
Les témoins de cal effroyable incident frémissent tout à la fois d'horreur et de pitié. Mais, heureusement pour eux, rien ne fait plus obstacle à leurs coups.
«—Joue, feu! » s'écrie pour la seconde fois Robert-Robert.
Et le lion, frappé mortellement à la lête et au Oanc, chancelle, roule par lerre, se relève, bondit en avant, retombe, pousse un dernier rugissement, et expiré.
victoire coulait bien cher à la petite caravane : elle lui coulait son guide nécessaire, le seul être donl le dévoûm. nt sans borne, l'expérience et la sagacité indigènes pussent la conduire sagement au miliej de ces mortelles régions.
Que dviendront-i
Jusqu'à ce jour, d'ailleurs, ils n'oi i guère eu à se défendre que roces. Le moment gpp oebe Qù c'esl à ses habilans surtout qu'ils auront affaire. Or qui risteà dire, mais vraie, c'esl que 1rs hommes ut bien plus n blés q te les animaux meut
LOUIS DLSNOYERS.
Encore tout émus de si épouvaii labiés scènes, nos amis continuaient leur route au hasard. Leur marche ne fut signalée, pendant quelques jours, par aucun fait qui mérite d'être rapporté. Enfin, ils eurent à gravir une haute montagne, sur les flancs de laquelle s'élevaient ça et là des pyramides d'énormes pierres d'une blancheur d'albitre. Les cailloux que foulaient leurs pieds étaient revêtus de nitre cristallisé. Sur le sommet, le sol était couvert de débris d'arbres pétriQ?. Robert-Robert, interrogeant ses souvenirs de leclure, conjectura qu'un des grands fleuves de celte partie de l'Afrique n était plus qu'à une taible distance. Il pensa qu'arrivé sur ses bords, on pourrait atteindre les étabiissemens européens et s'embarquer de la pour l'Ile Bourbon. Cette espérance raviva le courage de ses camarades.
Du autre jour, la petite troupe campa de nouveau sur la lisière d'une forêl, où la violence de 1 ouragan l'avait forcée de chercher un abri. Le matelot qui faisait sentinelle se replia vers ses compagnons, en poussant le cri d'alarme convenu. 11 était nuit. Des feux lointains brillaient à travers les arbres. Ces feux n'avaient pu être allumés que par des sauvages: telle fut l'opinion générale.
Lavenette, dont les nerfs se crispaient à la seule idée de relevenir grand Paounga, proposa de fuir malgré les ténèbres. Les autres, qui ne se souciaient pas plus que lui de r< tomber dans les mains des cannibales, se rangèrent de son avis; mais Robert Robert, qui jusqu'alors avait gardé le silence, leur fit observer que ces points lumineux grandissaient incessamment, et qu'ils avaient déjà atteint de si vastes proportions qu'il serait absurde de les attiibuer à une ; ause humaine. Robert-Robert dissipa ainsi la panique de
■ amis, et ils reconnurent bientôt qu'il; étaient témoins d'un des spectacles les plus terribles, mais les plus grandioses, qui se puissent imaginer : l'incendie dune forêt vierge. La foudre avait embrasé des amas d'arbres sers, et lèvent qui soufflait av^c force élargissait rapidement l'incomparable foyer. Nos amis s'en éloignèrent, non sans courir le plus grand danger. Ce fut parmi des nuées d'oi-eaux, dés myriades de singes, d'effroyables bandes de lioas, de tigres, de léopards, de panthères, qu'ils tirent route jusqu'à la lisière du bois. De tels compagnons étaient peu rassurans ; mais, chose singulière, p;is un ne songea à al'aquerla petite troupe, tant la terreur que causait à ces dangereux hôtes l'incendie de leur vert palais, l'emportait en ce moment sur leur férocité naturelle. Us se dispersèrent bien'ôt dans toutes les directions.
Quand la caravane fut assez loin de la forêt pour- n'avoir plus rien à craindre d'un pareil voisinage, elle lit halte, et put contempler le magnifique et lugubre tabuau que .'embrasement dessinait alors sous ses yeux. C'était un océan de i n, dont les flammes ondulaient en tous sens, tomme ci'immeases vagues, sous les mille souffles de la tempête; Le i >aquement des ai bres séculaires qui s'écroulaient à demi consumés, le cri perçant des singes, le sifflement aigu des serpens, le rugissement des bêtes fauves, tous ces cris des victimes qu'enveloppait l'incandescent rideau, composaient un bruit immense, étrange, d'une indicible horreur. INos amis s'en t'ia, -m déjà éloignés de plus de dix milles, que ce retentissement venait encore frapper leurs oreilles, i qu'ils se senta:ent comme poursuivis par les bouffées de r.ha'eur qu'exhalait la grande fournaise. Telle fui même la violence de celle vaste combustion, qu'après deux jours de marche ils continuaient d'apercevoir, à l'horizon, la lueur roui-eàtre dont elle emplissait l'atmosphère, ainsi que les longs tourbillons de flamme, de fumée, d'étincelles, qui en sortaient ça et 15, en éphémères colonnes, comme d'un volcan à cent cratères.
Des incidens moins grandioses, moins terribles, signalèrent les journées suivantes. Un matin, par exemple, au détour delà forêt dont ils continuaient de longer la lisière, ils aperçurent une espèce de hutte de quaire à cinq pieds d'élévation. «L'ouverture n'en avait que trois. Cet e butte était" construite avec des branches. Des monceaux de feuillage et de fagots étaient disséminas à l'entour. Aueun être humain ne s'y montrait. On s'arrêta et l'on tint conseil. Devait-on avancer? De\ait-on reculer? 11 était difficile de prendre un parti, avant de savoir à quelle sorte d'habiiaus on pouvait avoir affaire. Robert-Robert voulut envoyer Jacquot à la découverte, mais Jacquot refusa obstinément de taire ou seul pas en avant. Cette répugnance du singe était inquiétante. On se remit donc en marche, en faisant un large détour pour éviter la mystérieuse cabane. Mais on n'avait pas fait deux cents pas dans l'intérieur des terres, qu'àla craiute suciéia la plus franche hilarité qu'on eùl éprouvée depuis longtemps. Le propriétaire de la hutte se présenta enfin ; il cheminait paisiblement, courbé îous un énorme fardeau de bois qu'il était allé chercher fort loin, quoiqu'il habitât sur le bord raêaie d'une forêt L'étrange personnage était trop affairé, trop embarrassé de sa charge, pour faire attention aux ricauemens de nos amis, qui d'ailleurs eurent la srgesse île ne p int le distraire de son labeur. Cette créature hideuse tenait de Plomme et du singe : son corps état entièrement velu ; ses bras, d'une longueur disproportionnée, lui descendaient naturellement jusqu'à la cbev lie d : pied ; sa figure, qu'ils ne purent voir que do prou', élait arrondie comme ce'le de l'homme. Ils avaient devant les yeux Vlngénu , ce Gargantua de l'espèce des singes. Sa I »rce est telle qu'il i.e craint ni h s lions, ni les tigres, et qu'il renverse le nègre le plus robuste, comme il ferait d'un frêle roseau. 11 est d'ailleurs plus farouche que méchant, circonstance ne-, heureuse pour nos voyageurs. 11 se nourrit de fruits, de racines, de miel sauvsge. Sa manie est de (rallier quelque fardeau II se bûtit des cabanes, ma s il n'a pas l'iBStinot de s'en servir : il se coucl.c stupidement à la poite ou sur le toit de sa maison. Les noirs le regardent comme une ia e dégénérée : ils l'appel ent Y homme maudit, et prétendent qu'il parlerait aussi bien qu'eux, s'il ne craignait qu'on prit occasion de ses paroles pour le réduire à l'eselàva le forcer à travailler.
Nos amis en aperçurent en cheminant plusieurs autres delà même espèce. Ces rencontres, qui n'offraient aucun danger immédiat, égayaient beaucoup la peine caravane. Robert l'.obcrt en conçut toutefois de sérieuses appréhensions. « Ces animaux, peusa-f-il, • n'agissei.t que par epiit d'imitation : c'est par imitation qu'ils bâtissent ers informes cabanes; c'est par imitation qu'ils IraiutiUt, sans autre but, ces inutiles fardeaux. I! y a dans le hum:. a, » quelque peuplade qui leur sert de modèle, en même temps qu'ils lui servent d'avant-posle. » Robert-Robert enjoignit dune à ses compagnons de redoubler de vigilance. Il lut arrêté que deux hommes précéderaient jour el nuit la troupe. Au moindre objet suspect, celte avant-garde devait rebrousser Chemin, et, en cas de surprise, si le temps lui manquait, o,u s'il lui était impossible de fuir, el e avait ordre de tirer uh coup de fusil en signe d'alarme, cv t: t Lavi nette el l'Ecureuil que le sort désigna d'abord pour cette périlleuse mission. Le jeune mousse sauta de joie, en entendant proclamer son nem, <ar il était à cet âge insouciant où le péril esl un plaisir, où la moit n.êtue parait une plaisauterie, pour peu qu'elle se présente sous une forme aventureuse. Il n'en fut pas de même de Lavenctte. Le pauvre homme aimait la société, surtout dans le désert. Il Inventa nulle prétextes pour décliner l'héroïque fonction que lui imposait le destin. Il parla de sa vue qui était extrêmcui'nt faible, depuis que les anthropophages l'avaient dépouillé de ses lunettes. I|
AVENTURES DE ROrlERT-ROBERT.
parla de son euïe que le cri perpétuel des tèles féroces as sourdissait chaque jour. Tout fut inutile. Malgré la déférence qu'il conservait, dans son langage comme dans son cœur, pour son vieux compagnon de voyage, Robert-Robert exigea qu'il obéit à la voix du sort, car il est des situations où chacun doit payer de sa personne. L'Ecureuil et Lavenette prirent donc les devans, l'un gambadant, l'autre maugréant.
i — En roule, mauvaise troupe! » leur cria le Parisien. « Celte besogne vous revenait de droit, papa de Lavenelte. Si vous laissez passer le moindre danger sans vous en apervoir, nous aurons vraiment du mîlheur ! »
Le Parisien avait raison. Durant les deux premiers jours de son rùle d'éclaireur, Lavenelte donna plus de vingt fausses alertes. On avait fini par ne plus s'inquiéter de ses cris. Lorsqu'il se repliait sur le corps d'armée en toule bâte, l'air effaré, c'était par des plaisanteries qu'on répoedait à ses prétendues révélations. On l'obligeait gaiment à rejoindre l'Ecureuil, qui ne cessait de crier de loin : « — Ce n'est pas vrai ! ne ('écoutez pas ! Ce n'est pas viai ! »