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ir amune relation «.'pis ■m
LOUIS DESNOYEH*
tolaireavec la France, depuis la fameuse lettre datée de l'équateur par Lavenelte, et que nous avons vue jeter de si diversesémotions au sein de la failli le Ho ni L'intéressante famille se pi ut à attendre la suite de cette première i orre.s ondance, au delà même de tout espoir raisonnable car l'attente, en pareil cas, est encore du bonheur. Mais lorsque, après des jours, des mois, des aînées entières, on n'eut reçu aucune autre nouvelle, il fallut bien se résouiie à regarder comme un silence de mort ce silence que, dans l'ignorance des faits, il était imoossible d'expliquer. Que de journées écoulées dans les larmes! Que de nuits sans repos, qi sanglots, de regrets, de Lrisemei.s de cœur, d'amères iris tesses ! Eufiû, madame Robert , qui était obligée, comme nous l'avons vu, d'avoir du courage pour tout le monde, • réussit à faire passer dans lame des sens un peu delà rém ation qu'elle puisait dans sa profor.de piété Cette sublime femme regardait comme un devoir envers la Providence, de supporter sans désespoir les séparations de cette vie , en vue des réunions de l'autre.
Mais ce qu'elle ne put calmer, ce fut l'humeur querelleuse demademoisel e Gertrude. La bonne vieille tante de Roi. it Robert n'a»a't plu- de peur a rien, selon son expression. Adieu les confitures, les crèmes, les grl.es, les sirops, les chocolats, les gâteaux, les biscotes, les douces liqueurs, les friandises de toute sorte qu'el onnait jadis avec tant
de supériorité! Elleavail abdiqué ir ton. délicieux
talent : Robert n'était plus là pour en partager les succulens produits. De toutes ses occupations passées , il ne lui restait que cHIrt de persécuter monsieur Dupré, ce gras ei bon tuteur de Robert-Robert. Celle-là profitait naturellement de tout le temps que les autres laissaient sans emploi.
« —Oui, c'est vous qui êtes eau de tout,» lui grommelait vingt fois le jour l'excellente dem iiselle. « Sans vous, il serait encore là, plein de vie est d'espoir, pour être la con-" solation de mes vieux jours, l'orgueil de sa mère, et l'appui de ses petites sœurs. Biais il a fallu que mossieur lui mît en Jête des idées d'a::>bilion, de voyage, de je ne sais quoi !... Pauvre enfant !... périr si jeune!... si loin de sa famille!... privé de tout!... n'ayant personne pour le.soigner, pour veiller à re qu'il ne lui manquât rienl... Allez, allez, le ciel vous maudira tôt ou tard! ..C'est à cela que vous devez attribuer déjà la mortalité qui ne cesse de frapper vos bestiaux!... C'est en punition de vos trimes, j'en suis sûre. E', c'est bien fait ! Je voudrais qu'il ne vous restât que les deux y. ux pour pleurer, monstre que vous êtes !»
Monsieur Dupré ayant épuisé depuis longtemps tdut ce qu'il pouvait avoir de bonnes raisons à t>on strvice, tt son imagination n'étant pas de nature à lui en fournir chaque jour de nouvelles, avait pris le sa.;e parti de ne plus répondre un seul mot aux reproches de son , cou-
ché dans son fauteuil, les pieds au feu, les mains p sur son large ;.bi!o . t< irir ses p unes l'un après
l'autre, et subissant imper lent ce qu'il appelait
s de son ;. 'Il ava t même fini par
s'en faite une soi t ude. Cela lui agaçait agréable-
ment les nerfs, et le provoquait à de pus faciles sommeils. Le jour que, par extraordinaire, mad irude
s'était abstenue de gronder, ou n'avait pas g, onde au-ant que de coutume, Monsieur Du., ré éprouvait ce ,u'on nomme des inquiétudes, un vague besoin de sensations, un indéfinissjb'e malaise, l avait l'air d'fine Ame en peine : quelque chose lui manquait évidemment.
Les préoccupatiousui:e lui eau bestiaux contri-
buaient d'ailleuis à le rendre plus insen sieur Du-
pré avait co limié, avec une ardeur touj airs croissante expériences bovines , chevalines et moutonnières. Il avait épuisé tous les moyens imaginables de perfi ctionner ses diverses races, de Taire des chevaux arabes de tes chevaux bas bretons, de transformer ses cliétifs moutons en mérinos, et surtout de retrouver, dans ses maigres bœufs, ce bœuf colossal dont il avait conçu l'exl dans
les immenses fossiles découvers par Cuvi r. L'infatigable nourrisseur continuait de passer ses journées entières au milieu de ses bestiaux, luminant de nouvelles raettes, et
s'exposant parfois à de graves péri s parmi cjs bêtes qu'exaspéraient les follet irm valions de leur m lire Un jour, en autrvs, je ne *::ls qu'elle lubie lui vint d'expérimenter l'effi t ce 1 eau-rie-vie et du rhum sur l'organisai i. animaux, voulant juger, par ce fait isole, de l'influence qu'exerce a i sur leur é onomie physique la perpétuité u'un gime alimentaire. Unecophuse raiou ce ce spiritueux fut administrée par ses ordres. L'efM suivit de près. aux, poulains, taureaux, bœufs, moulons, touies pauvres bêles furent saisies d'ivresse, rompirent leurs liens ei se mirent à h nnir, a bêler, à sauter, à courir, à faire mille folies dans le pré où ie p ssail la scène. LVxpérimenateur • ut beaucoup de peine-à se tirer de ce bal d'une si dangereuse espèce.
De tel es expériences étaient plus comiques que fructueuses. A foi ce d'être perfectionnés de tant de manières, les bestiaux de l'ingénieux négociant continuaient de décéder parcenlaii.es. Non-seulement monsieur r^upré n'arriva pas à retrouver le bœuf antédiluvien qui ne lui tor tait pas de la tête, mais il n'eut pas même l'honneur de fournir un seul bœuf gras au carna al île P ris. Le peu de bêles qai sunécur, nt étaient maigres et chétives, comme le furent les vaches d'Egypte après les sept années de famine.
La prédiction de mademoiselle Gertrude ne taida donc pas de s'accomplir. Monsieur Dupré se ruina compUtc et compromit même la p:tite fortune de son pupille. Citaii à-pi u-près ;a seule ressource de la famiilé, et bientôt, à sa i rofonde douleur, se joignit la crainte d'une imminente détresse. Mais tel e t l'inévitable résultat de l'esprit de spéculation, quai d ;e bon sens ne le dirige pas. Il mène aiors a la misère bien plus sûrement qu'à la fortune.
Le deuil et la tristesse régnaient donc dans cette jolie villa, jadis si paisible et si rian'e, où s'était écoulée l'enfance de Robert-Robert. Aucun incident n'était \vuu, depuis plus de deux années, en troubler la lugubre monotonie, l'un jour, à la tombée de la nuit, la cloche delà grande avenae retentit a\ec \i lence. Quelques inslans après, la domestique, qui s'é ait rendue à l'appel, revint tout effrayée, pâle, les yeux hagards, faisant le ti,-ne de la croix, levant rasau ciel, it poussant d'inintelligibles Lmeniatons. (i i inten oge : el'e ne répond que des paroles tans svite :
« — Ah ! madame ! Ah ! mademoiselle! Ah ! mi s I p tites ! Ce sont d< i le m ins ! Je n'en ai vu
que deux : l'un, tas plus haut ip.e ça, qui se le ait à q ;atre pâli-;;, et qui m'a fait tl lé; l'autre, qui
c-t long comme un jour sans ; ain, et qui a les ta tes et la tigurn aU'Si ba ri ! les bas de cérémonie de monsieur
Dupré. Voila (OUI ce que jeu ai vu. Mais fux éclats (le rire de ceux q i >.e tenaient m arrière, ils doivent être au moins ui.e centaine. J'ai voulu leur fermer la grille au nez : il n'y a pas eu moyen. Je n'ai eu que le temps de n.e sauver. Eh ! tenez, je les entends qui traînent leurs chaînes dans l'antichambiel Où me cacher? Ah! madame, madame, sa.. nous de la tentation, vous qui êtes une sainte ! »
La grosse fille achevait à peine ces mots que la porte du salon s'ouvrit et laissa voir un boau jeune homme.de dix sept ans environ, en habit de marin, ;ui\i d un prtit singe, et de trois compagnonsde rouie diversement costumés.
D. s cris de joie retentirent aussitôt
« — C'est I ii !
» — Mi n
»— Ma mère !
• —Ma bonne tain
• —Mo bon fri
« — Mes chères petites sa — C'est lui !
AVENTURES DE ROPERT-ROBERT
» — Est-ce bien lui ?
» — C'est lui !
" — Enfin je vous revois !
" — Oli ! tu ne n us quitteras plus, nVst ce pib ?
» — Nous avons tant souffert de ton silence !
» — Et moi de votre inquiétude !
» — Mais enfin ce moment compense tout !
• —C'est lui!
» —C'est bien lui I
"—Comme il a grandi !
» — Comme il est changea son avantage!
» — Mon cher neveu !
» — Mon fils !
» —Mon bon frère !
» — Ma mère !
» —Pauvre enfant !
« — Emb.asse-nous donc encore 1
» — 0 men Dieu ! mon Dieu ! Vous avez eu pitié de nos larmes ! ous avez exaucé nos vieux ! Vous me rendez mon fils! Soyez béni, mon Dieu ! »
Et des larmes de joie coulaient de tous les yeux ; et Uobeit-R> bert ; assait de bras en bras, embrassé, embrassant ; et mille tendres paroles se croisaient en tous sens.
Ces démonstrations de joie n'avaient fait qu'effrayer davai tage la grosse servante, qui n'y entendait que des cris de fureur. Elle s'était réfugiée derrière le canapé, où le petit singe l'avait poursuivie et faisait mille gambades autour d'elle. On eut beaucoup de peine à la tirer de la, quelques beurcs plus tard, tant elle avait peur d'être emportée par le petit démon.
Lavenelte se tenait debout, toussant, se mouchant, frappant du pied pour se faire remarquer, tout prêt enfin à souhaiter le bonjour à ses an Mens patrons, mais foncièrement lumiliéde ce qu'on n'avait pas même l'air de l'apercevoir. I.e pauvre homme ne comprenait rien à l'espèce à'inpognito dont il paraissait jouir.
Sim n Birigoule et le Parisien étaient là aussi, mais se tenaient discrètement à l'écart, pour ne point gâter les doux transports d'une joie à laquelle ils prenaient part au fond de l'âme.
« — Dieri me pardonne! o disait le Parisien à Simon Barigoule, «je crois que tu pleures! Allons donc! je ne te croyais pas si poule mouillée, pour un vieux grognard I Mais prends-y garde : ça va l'enrhumer. Il n'y a rien comme la sensibiLilé pour-éoi.ner des rhumes de cerveau.
i — Ci m'est inférieur, » répondait le vieux marin. « Apres la pluie viendra le beau temps. Il n'y a pas moyen d'y résister, quand on voit de paieilles choses ! Ça commence par la colique, puis ç.i monte au cœur, puis ça vous prend à la gorge, puis ça vous gonfle la tête, qu'on croirait qu'e le va éclater comme une bombe Et pour lors il faut bien que ça sorte. Ça soulage. Mais toi qui parles tant, toi qui fais tant le crâne, tu as Se visage rouge comme la ci été d'un toqd'iude, et tu clignes de l'œil d'uîie drôle de façon !... Sans compter que j'<n vois de temps en temps, de. (es scéiérates de lai mes, qui te dégi ingolect sur la joue etsur les mou.sl .thés Eh ! liens, lu conviendras que c'en est laie, celle là '... Je l'y prends aussi, faneur!
■' — Non, ce n'i n est pas une !
» — Si, c'en est une !
— Eh bim! c'est possible. Mettons que' c'en soit une. Qu'est-ce que ça prouva? Le fait est qu'il n'y a rien qui vous tuilier ifiiote un particulier comme es s, eues de famille, sur;out quand on n'en a pas l'habitude. C'est vexant, mais c'est agréable.
» — Avec ça « reprit Simon, « que celte famille-là, voistu? c'esi bien la vraie famille du bon Dieu. Je la co nais particu ièrement, moi, je l'ai fré mente p us de ckq minutes, il y a trois aos, au moment de L'embarquement de Hobert-Robert. C'est la perle du mcn.le, quoi ! I y a d'abord cette gra. de superbe lemme là-ba<, celle qui ont à deux mains la léte de son mioche, et qui lui baise le front avec tant d'acharnement : eh bien I c'est sa respectable perse nne
de mère. Et pais, ces jolies petites poulettes e,ui se pendent aprè-- lui, et qui sont fraîches comme des pommes d'api : ce sont ses vénérab'es petites sœurs. Et puis celte grande demoiselle un peu sèche, et q -ti saute de joie comme une insensée qulelleest : c'est son estimable taute; femme un peu monotone, s'il m'en souvient bien, avec ses recommandations de coi litures et de bas de filosc-lle, mais bonne personne comme tout, et extrêmement agrtalle en société. Tout ça, c'est du vr-i pain bénit! Il y a encore un gros papa de négociant en quadrupèdes, qui est bien la meilleure pùte d'homme. Il m'a oflert, dans le ;emps, de boire bouteille ensemble à mon retour, et de me faire dégusttr un de ses moutons perfectionné-, dont je prétends bien lui rafraîchir la mémoire. Eh! tiens! le voi a justement qui entre. Faismei le plaisir d'examiner celte boule-là !
» —Ma foi, » dit le Parisien, « ça paraît être un brave homme, et, pour le mal que je lui veux, je ne lui souhaite qu'une chose, c'est que ses bœufs se portent aussi bien que lui! i
Monsieur Dupré se présenta l'air radieux; il embrassa cordialement senpupil'e; après quoi, relevant triomphalement la tête, et montrant Robert-Robert à mademoiselle Gertrude :
" — Voilà, » s'écria-t il, « voilà la meilleure réponse que je puisse faire à toutes vos diatribes! Mais ce;a devait être ainsi. Uu bonhear n'arrive jamais seul. Mon h œuf aussi est enfin arrivé! Je venais vous apprendre cette heureuse nouvelle. Quasd je dis qu'il est arrivé, j'exagère un peu. C'est un veau qui vient de me naître, un veau superbe, ayant deux queues, trois têtes et quatre pattes; le tout d'une grosseur inconnue jusqu'à présent ; un vrai phénomène ! Ce n'est donc pas tout-à- fait encore ce que j'attendais, mais cela en approche diantrement. In pas de plus, et les ternes modernes n'auront plus à envier aux temps primitifs ce roi des ruminans, ce splendide monarque des bêles à con es ! En attendant, je ne puis donner une plus grande preuve de la juie que me cause la bienvenue de mon cher pupille, qu'en immo.ant, à la manière antique, ce veau surnaturel, ce pré- ( urscur de la réa isation de mes rêves, comme ou fit du veau gras pour le retour de l'enfant prodigue. Vous me direz des nouvelles de sa succulence! Ces messieurs pourront en juger, » continuât il en s'adressant à Simon Baiigoule et au Parisien, « i ar j'imagine que ces messieurs sont les compagnons démon pupille.
» — Ça. n'est pas de rel is, » répliqua le Parisien en porlant le revers de la main à son front. « Piésent ! J'aime assez le veau quand il est bon, et j'en suis bien aise, comme dit cet autre, parce que si je ne l'aimais pas, je n'en mangerais pas, et j'en serais fâché, car je l'aime.
n— Moi aussi,» ajou'a Simon Barigoule. • Y compris le fanu-ux mouton par brevet de perfectionnent» nt que vous me permettrez do rappeler à votre agréible souvenir.
» —Comment doncl mais avec ihfinment de plaisir! Je n'ai rien à reiuser aux amis de mon pupille.
» — Vous avez raison, mon cher tuteur, • interrompit Robert-Robert, ■ vous avez raison d'appeler ces braves gens mes amis. Oui, ce sont de bons, d'excellent amis, pleins d'honneur, de loyauté, de courage, qui ont vil gt fois exposé leur vie pour moi, et qui ont acquis ries droits éterrels à ma reconnaissance. Je les prie hautement de regardera tout jamais notre foyer comme leur foyer, nos b ens comme leurs biens, et ma famille comme leur propre famille. C'est un dernier service que je leur demande, et l'espère qu ils ne me refuseront pas plus celui-là qu'ils te m'en ont refusé tant d'autres.»
De cordiales poignées de mains accompagnèrent les paroles de Robert-Rolert, et, de ce moment, les deux braves marins furent complimentas, fêtés, choyés, comme faisant paitie de la nidisoR.
I.avenetle était toujours là, semblableà uh génie rréconnu, et continuait modestement de se démener en tous sens pour attirer l'attention sur lui.
Pilt, beau chien de chasse, qui avait tout aussitôt reconnu
LOUIS DESNOYERS
son jeune mailre et l'avait falu** de ses joyeuses rare n'était pas aussi hien servi par ses souvenirs à l'égaré de Laven ne L'anima remariait fixement ce personnage extraordinaire qui ne lui eiait pas tout a fait inconnu, mais qu'il ne pouvait reconnaître t . • n i a fait. Il le flairait avec déliai re. râlait lentement autour de lui, et jappait a mi-voix, n- sachant trop s'il de ait lui faire lête ou lui mordre les mol'ets.
Monsieur Dupré remarqua enfin le pauvre homme, et lui dit avec politesse :
« — Le tœnfci le mouton die l'hospitalité, que j offrais tout-à- 'heure à «es deux messieurs, Monsieur n:e. permettra de les lui offrir pareillement. Car j'imagine que Monsieur est aiis<ide la compagnie de mon pupille. Autant qu'il est p^ssiMe a mes faibles lumières ■i't mugcrsurles appa'enees, Monsieur est sans doute un sauvage que mon pup ile ramène par curiosité de quel me loBtaiue eontrée.
» — Un sauvgel » s'écrie Lavenette d'un son de voix caverneux, et en se laissant tombr de. riés'spir surlecana ié, ce qui fit pousser un no veau cri de désespoir i la grosse servante qui s'était blottie derrière « un sauvage'.. O Ingrate pair e !. . Un sauvage ! .. Confiez done, vos destinées à quelqu'une de ces misérables coquii'es de noix que monsieur del.aH-irpe a l'outrecuidance d'appeler iesvilles flottantes'.... Faiies donc quatre ou cinq mille lieu^sa pied, à cheval, en radeau, i la nage, n'importe comment Fdtiguei-vousdoRc à oolic r oes latioi's barbares, el à 'eur apprendre la man'èrede rendre la justice duz les peupli s e vilisés ! Noyezvous ! Soyez divi.-.ité! Soyez «ni tre ! Soyez grand Juge I Soyez brûlé vif ! Soyez dévoré par des bétes féroces, ries mari* gOUÎBU et des sauvages I Subissez en nn mot toutes les morts imaginables ! et cela pour qu'au retour on v.ms salue vous-même du titre de sauvage l... C'est à n'y pas survivre !.. Donnez-moi de grâce un verre d'eau sucrée. Je me sens mal! »
Ainsi s'écria lavenette. Comment lereconnaîre, en efiet, après trois an- d'absence, sous les bizarres dessins dont les nègres avaient bario é sa ligure, ses mains, toute sa ;■ rsonne.?A. 'heure même où je parle, son tatouage est au^si Vif qu'àeelte époque. L«. temps n'en a ;as affaib'i les (.|riS ,] rj{. cales nuances, et l'e. Zatnba Mac P^oungi i'e>t plus connu dans la cent ée que sous le litre honorifique de l'Homme Sauvage.
Cependant, dés que son idendtitéeut été reconnue, on s'e pressa de lui témoigner l'affection qu'il méritait malgré ses petits ridicules
Pitt ne lui moriitpas les mollets.
Celait par la flottille eur le cwroars de laquelle l'Empereur ava.t compté, que Robert -Rob ri était revenu en Fiance av-c ses quatre compagno>s, au non bre des jur-ls Jacquot avait bien quelque drot d'ôire compris, pour le services qu'il a'vat rendus à ses niait es dai s le désert. Robert-Robert rapportait, en bonnes- traites sur lî-est. la moiti ; environ de l'immense forlunedesononcle.il fut heur ux de pouvoir assurer désormais le bitn-êlre de toutes 1 s ptrsonues de si famille
La fré.ate qui le ramenait avait fait une heureuse traversée; mais il n'dn était pasde même «les autres b'itireus composant la flottille. La plupart avaient é é di - perses par la tem ête. ou a é mis psr une flo te a', gl à e nés supérieure en nombre, qui, sur l'avis du départ île l'expéd'tion, était venue iroiser ei l'attendre au passage Ainsi se réalisai > t les appréhensions .iiie no' s av uns données pour titre à l'un des chapitres de cette histoire , ainsi d'un accident méuio re étaient sorties d'éuorrces conséquences; ainsi, en un mot,
s'écroulait t t les r'agnifiques projets du plus gr nri ! otnn e des temps modernes 1 Pourquoi? Parce que la coopération de l • flottille manquait dès lors à leur exécution. Pourquoi? i r ■• .le.'- ne flotte: ang aise l'avait aéanle. Pourqi pane que I* flottille a'ait tant tardé 'i se rallier dans I'1 port de Saint Dei is, que les Anglais avaient i a' ce de
son déport. Pourqno: ? Parce q ' hesdelEmpe/eur
n'étaient pas parvenues assez tôt au Gouvernent !e Saint D nis Pourquoi ? p iree que Robert-Robert, qui les tenait du brave commandan' Floita'd, avait eu à par onrir une parlie de l'Afrique . Pourquo ? parce i.uc In Rapide avail fait i aufra.e Pourquoi? par qu'elle n'avait pu lépa s r assez projnpleraenfleseaux t o : que la saison rendait dai
à traverser Pourquoi'.' ; ar p. qu'elle s'é.tait \u erdomraager en route par le glorieux combat qu'elle avait ciéoblig* livrer aux trois bâlimens anglais qui la poursuivaient Pourquri? parce nue 'es matelots ayant menacé de se jeter tous à, h m. ', la suite les u s ups ar.'rcs, la finale avait
usé un temps nré ieux à les attendre, et n'avait pu perdre il. v e la cmis'èreanslaise avant le 1 ver du sole I. Pourquoi? parce que Lâvenette s'était laissé chntn dans l'eau aus cjKès son fmbarqi ement. Pourquoi? parce qu'ayant eu ilntpvtidence de saisir uee des cordes du grjnd ma', il s' t i' fait enlever à 40 pieds du pont, par le poids de : vergue. Ainsi d'immenses desseins, conçuspar un génie, pour la splendeur et la gloire d'un grand peuple, tout défaillait, <o me nous l'avions craint, parce qu'un maladroit s'éiai' ; croche à vin bout de corde! Mais tels sont la plupart des grands triomphes et des grands revers de l'histoire : grand; effets, p ises. L'histoire res emble
à ccslanternps magiq . s «'ont le vt? ne a la propriété de grossir démesurément les objets, quelques minimes qu'ils puissent être à l'œil r,u.
Le retour de. nos amis fut célébré par Je brillantes [j Ungrandfrstin e utlieu a celle occasion, aueuel furent invités toitsles parens,tous les amis, tous les voisinsMe lafatni le. Le veau phénoménal de monsieur Dtip-*é fui servi comme pat d'h .tuieur, flanqué ie côtelettes • t de gigots de mouton fectiouné. Il fui impossible au plus flatteur convive d'en avaler une seu1.' bouchée, tant cette vian 'e, quasi- antédiluvienne était c riaceetfide. Simon Barigou'e assura même avoir màug , pi n 'art une lamin* en mer, des ti >~s de Luttes a l'écuyère qui avaient absolument le rrcme goût, 5 com iris les éperons Le surplus du dîner avail heur usemei t d'amples compensations ptur t us ljs goûK Mademoisel e Gertrude, qui reprenait av c une ardue toute nou-elle sis "Vicieux travaux, avait improvisé notamment des btscotes rt Os confitures qui obtinrent un succès prodigieux. Les plaisantes histoires que conta le Parisien égayèrent d'ailleurs l'assemblée, que réjo irent beaucoup aussi les aventures particulières de Laven e1 te.
Enfin, durant cette joyeuse fêle, tandis que résonnait à la ronde le cliquetis des verres, d-s pas ,1e cheval se ftrcril entendre totil- Vcoep sur le pavé de la cour. L'instant d'à: un officier d'état-major se présenta dans la salle du f.stin, demanda Robert-Robert, s'a q roeba gravement, loi présenta nn paquet scellé d.i grand sceau de l'Etat, et lui dt', eu portait à son chapeau le revers de sa main :
« — De la part de l'Empereur, dont j'ai l'honneur d'être aide de camp. »
A ce nom de l'Empereur, l'assemblée scleva spontanément. On fit silence, on respira à peine, et tous 'es yeux se fixèrent sur I • mystérieuse dépêche. Robert-Robert en rompit le se au d'une main tremblante et le cœur agité d'une indicible émotion.
El e renfermait :
t° Une promotion pour le Parisien à un grade honorable dans la marine ;
2° Un litre de pension de retraite en faveur de Simon Barifon
.". Le brevet de membre de la Légion d'honneur au nom de Robert-Rob rt ; • 4° Un ordre de recevoir il la maison impériale de= filles de
AVENTURES DE ROBERT-ROBERT
légionnaires, les deux jeunes sœurs de notre héros, pour y être élevées et dotées aux frais de l'Etat.
L'Empereur, qui voulait tout voir par ses propres yeux, connaissait les moindres événemens qui avaient précédé et accompagné le naufrage de la Rapide. Il en était instruit par le Journal de bord, rédigé parle brave commandant Flot tard, et que le gouverneur de l'île de la Réunion avait remis au rbef de la flottille, pour le ministère de la marine. Il avait eu connaissance en même temps, par les rapports particuliers du Gouverneur, des faits postérieurs à cet héroïque désastre. L'Empereur, dont parfois la justice était lente à punir, mais à récompenser jamais; l'Empereur avait voulu reconnaître immédiatement, et d'une manière éclatante, la belle conduite de nos trois amis, avant, pendant et après. Sa grande âme s'était émue à la lecture surtout des beaux traits de Robert-Robert. Il avait admiré dans l'adolescent ce précoce mélange décourage et de sang-froid, de finesse et de loyauté, de bonté et d'énergie, de prudence et d'audace, qui composait son caractère. De toutes les qualités de l'homme social, celles-là sont en effet les plus précieuses, car c'est par elles qu'on est le plus utile aux autres en même temps qu'à soi, Sans elles, l'homme mûr n'est encore qu'un enfant ; avec elles, l'enfant est déjà un homme mûr. Telle a été la moralité que je me suis proposée constamment dans le cours de cette petite Odyssée.
L'Empereur donc avait jugé qu'une récompense d'homme n'était point d'un trop haut prix pour récompenser dans un adolescent les actions d'un homme. L'aide de-camp donna l'accolade à Robert-Robert, et lui mit à la boutonnière une croix qui avait brillé sur l'habit même de Napoléon. Comment peindre la tempête d'émotions qui agita cette jeune poitrine sous le poids nouveau de tels insignes? Comment pein drela joie électrique de sa famille? Comment peindre surtout l'orgueilleuse ivresse qui gonfla le cœur de sa mère? Des larmes de bonheur et d'admiration coulèrent do tous les yeux à ce touchant spectacle. Les plus sincères félicitations entourèrent le jeune légionnaire et ses proches, et enfin un cri de Vive l'Empereur! partit de toutes les bouches, et récompensa par un juste enthousiasme le nom de celui qui savait récompenser si bien.
Or, à l'île Bourbon, ce jour là même, à la même heure, par une coïncidence vraiment providentielle, en exécution de la sentence du conseil de guerre qui l'avait condamné comme assassin, comme révolté, comme traître, Griffard était conduit, au bruit funèbre des tambours, les mains liées, sur la place d'armes de Saint-Denis, et là, les yeux bandés et fléchissant le genou devant un peloton de soldats, il recevait honteusement dix mortelles balles dans la poitrine.
Terrible, mais consolant contraste 1 On eût dit qu'en frappant d'une maiu, et en rémunérant de l'autre, ici, là, au même instant, à deux mille lieues d'intervalle, la Providence, comme dernier enseignement, voulait prouver d'une manière éclatante la double règle de son invariable justice :
« A chacun selon ses œuvres l ».