‹ Le siècleChapitre 169 sur 173 · EPILOGUE- - UN RÊVE DE ROBERT-ROBERT, EN · texte numérisé non relu

EPILOGUE- - UN RÊVE DE ROBERT-ROBERT, EN

force qui distinguait généralement celle ruhnonde population. Ce n'était p3s là cette Foule chétive el maladive; cet'e tombe 'if fantômes et de squelettes; cette race c!e d-mivisans qui peuplaient es q artiers mépbytiques du Paris de mes souvenirs! Cela t une autre espèce d'hommes: espère robuste et tout-à-fait vivant-, dont les alterna ives de famine et d'intempérance, et, qui pis est, le pMson quotidien d'une nourriture léletère, n'avaif ni point dé harné les o^, creusé 'es joues, blêmi la lace, cave les regards, lue l'esprit, dépravé l'âme.

«Enfin, ce qui mit le comble à mon admira' ion, ce fut le* immenses travaux d utilité publique, d'assainissement ou d'agrément, que je voyais conduire à bien, da s une foule de oealiiés : maisons de 'ffiige, hôpitaux, écoles, greniers d'abondance, halles, théâtres, galeries couvertes pour la promet ade des mauvais jours, jardins artificiels pour la promenade d'hiver, que sais-Je encore ? Ce forent ces nombreux chemins de fer qui s'élançaient dj cette ville (centrale dans toutes les directions, comme les rayons d'une br-1'aute éioiln. Ce fut surtout ce beau port <iue l'on creusait dans une rieplaines voisines, et flans le bassin duquel la Seine— (Etait ce bi'ti la Seine?)— allait bercer sur ses nappes, noblement grossies à sueurs d'hommes, <'e mobiles forêts de mâts, de riches cargaisons au pavil on de ions les peuples de l'univers. Certes, je mentirais £i j'osais dire que ce bassin était déjà prêt, eue ■ es mats y balançaient déjà leurs longues enfléc.liures, et que ces pavillons fux mi le couleurs flot aient déjà au fr -rit de a Cite, comme de riches rubans su*- le fro t d'une reine. Mon : quoique je revienne d'un peu 'oin, je me botne à dire que l'on travaillaitaclivement à cette merveille, à cette utopie peut-ère ; et cela, fans préjudice aucun pour les contribuables, grâce aux souscriptions volGntairrs que. la grandeur et l'importance possibles des résultais faisaient affluer de toute part dans les caisses de l'entreprise.

■■En résumé, c'était un miraculeux spectacle qu'une ville ainsi purifiée , ainsi peuplée, ainsi disposée pour l'avenir; c'était quelque chose d'étrange ti de beau , d'heureux et de splendide, qui charmait qui élevait rame, et la rendait joyeuse. Par uu p estime tout naturel, la terre i i embellissait 1- ciel ; it semblait q :e le ( limât d'une cité si riar.le reflétai un-, beauté particulière ; et , sil était vrai que ce fut l'antique Lulèce. elle paraissait s'épanouir aux rayons d'un soleil plus brillant.

• Mais était ce donc Paris ?

«Un Sacre sans attelage, et se mouvant mécaniquement, par une impulsion élecl ique, m'avait amcné.moyenttaDi cin quante centimes, 4 ms la plaine où s'exécutaient ces travaux. Ce;ut un omnibus à vapeur, pouvant cot te.ir sans gène prés de cinquante personnes, qui me ramena d'une vitesse extrê me dans l'intérieur de a c té.

» Vous ne sauriez imaginer l'élégance et la eommrdité des voitures de ce genre qui la .sillonnaient en tout sens, et que leur prix de dix centimes avait mists bien réel emeot à la portée des plus huit b es tibias I ne table étroite s'élevait au milieu, et se prolo ge il enire les deux lignes de passagers, il 'puis l'entrée jusqu'à l'extrémité du fo d. Cette table éiait c iuverte de journaux de toute forme el de to& te espèce, dont la lecture élail gtatvile Je remarquai (ans ce nomb e unCVcri/' c, une Tr*bune, une ( armature, un Co taire, un Charivari, une Cas It des t i unavx, un \ationat,e\ une Quotidienne, laquelle i 01 lail pour sea nd titie : Journal d s intérêts démocr tiques. Cette addition meparutforl singulière Quanta la Gazette d • t Ibunaux, elle n paraissait qu'une f.cs par m is, faute de matériaux1 sans doute. Ce que j'y vis d'heureusement étrange, c'est que presque toutes

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les causes civiles étaient jugées en cour d'assises de même que les causes criminelles e' attires, t e jury décidait al s lumenl du d oit de chaque partie, sur la plaidoirie sommaire de celte partie ell* même, ou, toul au t is, sur celle d'avocats peu bavards, dont l'assistan e était faculta in-. Le juge qui pr si 'ai' es d liais n'av .il pt ur tiissj tu que de les - i iger, d'assurer le calme de l'audience, et de veiller à l'exécution des arrêts Heureux pays ! C-* n'éiaii pas i' i. en conséquence d i n foi m n lai ic, que 'e jugepro onçail si n jugeme. t-cV"a:t d'après es ceuies inspirations rie sa conscience, d'après les seules lumières de l'équité naturelle. La oi procédurière, voyez vous bien, la loi, ce caprice imm'-abl- qre, foule de mieux, les hommes ont dit finir "ar substituer au cap'i emuabled'un maître; c-tte loi cérémonieuse qui, presque toujours, dans un intérêt de fiscalité, fait à la forme le sacrifice du fond ; celle loi si méticuleuse avec son attirail de prejeriplions rb raisonnables, d'obsc rrs prévisions el d'ambiguës subtilités -, (etie loi, tins la p'u art d» s cas, par l'en" t même de son immnabilité, ne sau-ait être nu'une souve-a'ne injustice, alors mên e qu'elle n'a que de dignes mterp êtes Summum ju , summa injuria, avaiéi t dit I» s anciens avant nous. Déchirez donc celte oi ; mi tiez au pilon tant de dis; o liions arbi raires, contradictoires, incertaines, i nombrables, in« inie.ligi'-hs, ignorée-; de tout le monde, mê,iie de ei.x qui reçoivent mission de les appliquer; détri isez ce fatras, et, de la cendre d» tant de codes, ne sauvez que les principes vraiment soci-ux ; bornez vous à définir le devoir, honezvons à proclamer le droit d'une manière nette maisgénérale; et, pour la p upart des cas particuliers, lais ez à la Conscience des jurés le foin d'eu déterminer le sens.

» Ces', selon tonte apparence, ce qu'a ait fait ce tfe nation. Je me bernerai à citer pour preuve quelques-unes rt.-s sentences que apportait ce numéro d •: la Gazette dèi t ibunaux. Tontes avaient pour objet quelque légère contravention de police, ou iiieti quelque ont -si. t on d'intérêt privé, soit de particulier â paru ulier, soit de c toyen à fonçai1 nnaire public, smi d gonven é a g< nvernement.

«L'une, par exemple, condamnait à l'amende et à la détention un agent 'e l'autorité, convaincu de n'avoir pas mis assez de bons égards dans larresiatiou du plaignant.

» Une au're indemnisait convenablement un citoyen que de faux soupçons avaient fan déicntr préventivement durait quelque vingt quatre heures.

» Une. troisième dé ida't en f.veur d'un obscur paysan, contrairement aux prétentions de l'Etat, une importante question de propriété rurale.

» Je ne pus me défendre d'un sent;ment d'orgueil humain, à la lecture de <es verdicts q> i témoignaient chez Iturs auteurs de tant d'indépendai ce et de haute raison.

» E' puis, dans tout ce numéro de U Gazittc des tribunaux, c'est-à-dire dans ton) le mois écoulé, nas un homicide, pas un incendie, pas un crime, i as un scandale, pas in procès de presse pas une cause poli ique! C'était bien aie journal judi iaire d'une nu on tminec ment civilisée.

» Un- autre particularité qui contribua à me donner la meilleure opinion du b n sens de ce pavs, ie fut l'absen e de ce timbre, d c ruineux ■tygmate doni les gouvernement, ennemis secrets de la Itbe'lé de Is pre s ■■, se piei>ent a frapper les journaux, sous prétexte d'impôt nécessaire, mais en réalité dan- le but ce rest ein Ire ; ut ni que possible, p <r l'élévation forcée des i rix, la publicité île chaîne journal. Suis p-arler ries autres entraves, sans p iler du droit de poste el de l'obligation d'un caulii nnemeol préventif, toujours ra-e ei souvent introuvable, le i mbre seul pgt ans s: ri- d boulet que les hyp cri les de liberté *na henl m pied de la pensée h '• ne. tout en feignant de la d ivrer ensi ite de quoi i s lui uisent : • Ma chel • CYsi une deri se n '.

d Ce peuple d tic n'élail plusduped'un semblable ma hiavé i me; t fait-compris enfin que es appétits p ysi-

ques i c s ml i es les euls l'ont il sot m; si rat .i'.i sur. r I? complet! satisfaction ; il aval ci mpris que ie pain, le v iu , les pommes de teire, ne sont pas les seuls aitmeus d'une

LOUIS DESNOYERS

grande nation, et que la pensée est aussi une denrée de pre- . raière nécessité Tout paraissait calculé pour en faciliter la plus grande propagation possible.

«Je remarquai enfin que la typographie de ra pays était arrivée au plus haut point de peitection. Une seule faute ice frappa dans la composition du National, auquel je venais de m'anéier, a rès l'inspection superficielle que j'avais passée desautr^s feuilles. Cette ku'.e, c'était ladite même du n .mé- 10. A en juger d'après cette date, ie monue eût été de beaucoup 't'annt es plus vieux que mes récens souvenirs ne ire permettaient de l'admettre. A coup sur il y a-ait erreur, et je ne pouvais penser que ce fût du côté de ma mémoire.

Mais ce qui confondit mon intelligence, ce fut la teneur de ce numéro : une page de l'Apocalypse ne m'eût pas causé plus de vertiges. Voici quelques-unes des principales ttraatjetés que j'y découvris.

" Le premier article était intitulé : Considération* générales sur l'état de l'Europe. Il y était question d'une n publique espagnole, comprenant même le Poi tagal, et d'une république italienne, s'étcudaiit de Turin jusqu'à Naples.

» Le Paps n'était plus que le premier évêque de la catholicité. Sa Sainteté continua»: de résider à Rome, mais sans autre cour que sa cuisiuière et sort v.ilet-de-chambre, et sans autre pouvoir que celui d'accorder des dispenses aux amans que leur affinité empêchait de s'unir, ou bien le pardon de certaines fautes aux dévotes qui, d'après les canons, étaient forcées de recourir à lui. Car le Pape continuait d'avoir le monopo'e des gros cas d conscience, pour to^.t le monde catholique, il lui arrivait journellement par le roulage, comme précédemment, d'énormes caisses de péchés, fianedeport. Une demi-douzaine de grands vicaires à sa solde l'aidaient a déchiffrer tout ce fatras, et à expédier les absolutions, moyennant une rétribution fort modique. Il était aisé de voir que la pénitence avait suivi les tendances générales vers le bon marché, et que l'indulgence était mise comme le reste à la portée de toutes les bourses.

» Le Pape d'alors venait d'être élu. Je vis par les détails de cette cérémonie, que la catholicité était revenue aux formes simples et lib raies de l'Eglise primitive. Les fidèles choisis saient leurs curés, les curés choisissaient leurs évêques, et les évêques choisissaient leur pape.

» Le nouveau Pape me lit l'eff t d'clre un fort brave homme.

» Je remarquai ave plaisir qu'il jouissait de l'es'ime et de la vénération universelles, û un degré où la paitie po itiqueet mot daine :le leurs fou tiens empêchait trop souvent ses prédécesseurs de parvenir.

» Ce même article du National faisait aussi mention d'une république allemande, d'une république polonaise, d'une répub! que britamique, cl d'une république irlandaise/Toutes ces républiques vivaient heureuses au-dedans, et paisibles aud hors El cela s?. conçoit: l'intérêt- dynastique, c'est-àdire l' intérêt de domination intérieure et de conquête exter ne, n'é ant plus la, dans aucun de ces pays, pour armer les tins contre les autres, soit les citoyens, soit les peuples, il restait uniquement: — pour les citoyens, des questions d'administration pure et simple, lesquelles étaient décidées de la manière la ,,lus calme par le vœu des majorités; —et pour les peuples, des questions de douanes, lesquelles, comme toutes les questions commerciales, sont plus accommodantes que matamores, et se décidaient amiab'ement, à 'avantage égal des deux parties.

-La Russie presque seule continuait d'être gouvernée parun uar. C'était dans les glaces du Nord que leprincipe monarchique s'était réfugié. Mais di s émeutes urbaines, des séditions urovin ■ . tidaienl dé à, dep is plusieurs années, a

«ne insurre lion généra'e. Tout annonçait que les deux principes , qui durant tant de siècles s'étaient 'disputé notre vieille Europe, se livreraient bientôt, sur ce demi, nhamp de bataille, un combat terril)'.1, dont le rêsull il ne pouvait être douteux. Cette révolution i e devail ras même se boi comme ailleurs, à gratter la superficie da l'empire: elle devait l'ébranler jusqu'en ses assises, et le briser en mille éclats. ',a eounrd.ise des rois de l'Europe, leur indolence, leurs pré-

occupations intérieures, avaient permis à la Russie d'élargi] incessamment le cercle déjà si vaste de ses frontières. L'aigle noir déployait enfin ses ailes victorieuses sur la Gr< sur la '1 urquie d'Europe, sur une partie de la Perse. 11 était impossible qu'une nation si géante pût se maintenir tu équilibre. Il n'est pas de sceptre assez long pour comprimer en même temps les deux c-xtréai'les d'un pareil te moire. Toutes ces peuplades, si diverses de langue;, de mœurs, de croyances et D'intérêts, vivaient dans un 'Oie-a côte qui n'é lait pas une véritable fusion. La seule force d'adhérence qui les unit provisoirement, c'éiait justement celte ai oeralie centrale a laquelle déjà sa toute-puissance étail si vivement contestée. Or, cette autocratie lès enchaînai! les uns aux autres, nien plutôt qu'elle ne les rai liait vert ta le nent; elle les et eignait de force, comme le cercle de fer qui embrasse les mille parties d'un tout. Que ce cercle vienne a se rompre : I i tout cesse, les mil e parties se dissolvent. C'est ce qui devait arriver de la Russie. Peui-ètre même la dislocation de ce monstrueux élat allait-elle précéder t>a grande commomotion poétique; peut-être allait-il s'écrouler de lui-même, à lamaniè/e de ces édifices Ai cartes qu'un enfant s'amuse à superposer indéfiniment, jusqu'à ce que leur propre poids finisse psr les renverser d.* fond en comble.

« Te! était, d'après cet article, l'état général de l'Eirope. Je n'y vis rien qui concernât spécialement la France, si ce n'est qu'il était parlé de Bruxelles» t d'Anvers Sans plus de façon qu-dedeux chels-lieux de déparltmens,et qu'il résultait en zpparence de plusieurs autres passages, que nos fron- I. ères du Rhin nous étaient définitivement ac |Uises.

» Le fécond article était relatif aux stan'tf des deux Chambres. Car ce pays, à raison ou à tort, avait encore deux chambres. C'était un dernier essai. L'une était composée de repre'sentans élus par la totalité des citoyens majeurs, sachant lire et écrire ; et l'autre, dite des anciens, se recrutait parmi les représentais qui avait é é honorés de ce titre un certain nombre de fois. Il suffisait d'être élec eur pour être éligib'e. On avait reconnu que ia meil.eurc garantie de dir gnité et de capacilé que puisse offrir un député, c'est le suifragemême de la majorité qui l'é il.

» Toutefois, aucun fonctionnaire public ne pouvait être admis.

» La séance de ces ie:.\ Cuairbres ne présentait ins de ces discussions oiseuses, qui ne sont pour les orateurs que des occasions de banale rhétorique;— espèce-, de fjites grammaticales, où trop souvent on n'éUieavec soin h s magnifiques haillons d'u e éloquence usée ;ï tout pa rr, que po r les vendre d'autant plus cher aux brocanteurs d un ministère ; — espèces de comédies même, tristement importées du Laircau dais ie g uver einent, où les sentimens les p!us nobles ne sont que des senti mens d'emprunt, des boqueis dramatiques, des toi s appris d'avance; où la co ère et l'indigo; lit. n n'osent enore se ma ife-ter qu'avec tentes les fermes de la flatteiie; où celte hypocrisie est imposée sous le nom pompeux de convenances par eroenta res ; où l'avocat du peuple et l'avocat du pouvo r sepa:sionii-nl et se calme t à heure fixe, quant le ir lour est venu; où enfin, tant qu'ils sont en face du parterre, ils se font les gn s \r-ux. se menacent du sourcil, se disent prêts a mourir pour la déîle leurs commettons, sauf à ie moquer de ces cotumellans ,à se donner la main, et .1 se gaudir ensemble, le plus arnica ement du monde, sitôt qu'Us soi t rentrés dans la coulisse.

[ci ri n d< semblable. Ce n'était pas même le l'éloquence proprement dite, tar l'éloquence, si co soit, esl toujours quelque peu jongleuse. C'était tout bonne m;ntdelaco versallon d'honnêtes gens, un en retien paisilil et digne, où chacun apporta t, sans astre pass on que cel edu bitn public • n'est jamais fort turbulente),

ses It a raison, son txpénence.

» Parmi les nombreux sujets qui furent traités sommai rement <i décidés séance tenante, je ne remarquai ni lois de prêt se, ni 'ois de jury, ni lois d'éle tion, ni lois d'association, ni lois de désarmement, Malheur mix nations d^ns la polémique desquelles c s questions brûlant s soi t jetées

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