‹ Le siècleChapitre 38 sur 173 · CXXII · texte numérisé non relu

CXXII

Un malin, Stephen reçut d'Edward un billet dans lequel il lui apprenait qu'un rhume très fort le retenait chez lui et l'empêchait de faire la partie qu'ils avaient projetée d'aller patiner ensemble.

Stephen se trouva contrarié1 ; il patinait fort bien et Edward i as du tout, el il n'avait proposé cette partie que pour prendre sur Edward un avantage aux yeux de M3gdeleine; non qu'il pensai qu'une femme se décide à aimer un homme parce qu'il palme mieux qu'un autre, mais il élait persuadé que tout triomphe, quelque petit, quelque momentané qu'il soit, intéresse toujours une femme, et que, ne pouvant y prétendre par elle-même, elle aims à s'associer à ceux des hommes el à mettre sa tête sous la même couronne, qu'elle soit eu or ou en gazon ; et d'ailleurs une suite de petites impressions finit par faire comme la goutte d'eau qui, tombant sans cesse, creuse le marbre le plus dur.

11 arriva chez Edward, et, à dessein, a.ait choisi le vêtement qui lui seyait le mieux.

Edward, en effet, avai la tète enveloppée de bonnets et de serviettes, et il était impossible de ne pas faire involontairement une comparaison entre lui et Stephen, bien l'ait, svelte

et dégegé.

— Il l'ait un temps superbe, dit Edward, et je suis bien niché de priver Magdeleine du spectacle des patineurs. Situ étais bien bon, Stephen, tu la conduirais.

Stephen fut fâché de celte marque de cou fiance : il lui sem-

bla qu'il combattait un ennemi sans armes, el il cherchait un préiexle de refus, quand Edward, attirant Magdeleine à lui, les deux époux s'embrassèrent tendrement.

Cet aspect ralluma son ressentiment, et il répondit qu'il serait plus convenable de l'accompagner seulement à ri. et pendant que l'on apprêtait la voilure d'Edward et que Magdeleine se revêtait de fourrures, il alla faire seller son cheval, son beau cheval gris.

Puis il accompagna Magdeleine, chevauchant à la portière de sa voiture; et les gens les plus considérables de la ville le saluaient, ri les femmes lui souriaient avec complaisam e.

Il ne patina pas. Schmidt, le cousin de Magdeleine, les aborda et lui dit :

— Pourquoi donc ne patinez-vous pas, Stephen? vous oOaceriez les p us habiles de tous .eux qui sont ici.

11 lit une réponse é.asive; mais Magdeleine comprit que c'était pour ne pas la quitter.

Au retour, les yeux s'arrêtèrent sur son beau cheval, qu'il mauiait avec, autant de grâce que d'adresse; plusieurs |iisonnes l'abordèrent, tout le monde paraissait l'aimer et le vénérer.

Il dit à Magdeleine :

— Le pauvre Edward a dû s'ennuyer : je le plains surtout d'être obligé de s'affubler ridiculement de bonnets et de serviettes; il ne pourrait se regarder dans une glace sans rire de lui-même.

Il salua Magdeleine et partit en caracolant, fort coulent de l'impression qu'il laissait.

Le lendemain il alla trouver Schmidt

FOI 'ROl/Ol STEPtir.V ALLA TROUVE! SCHMIDT Al \ <;iie\ El X BLO.\DS, LE COUSIN DE HAGDELE1NE.

Voici pourquoi Stephen alla trouver Schmidt aux cheveux blonds, le cousin de Magdeleine.

Schmidt n'était pas un méchant homme ni un homme de mauvaise foi; ce n'était pas un querelleur, ni un menteur, ni un fat.

Ce n'était pas non plus un calomniateur, ni un voleur, ni un Irai ne.

C'était pis que tout cela.

Schmidt était un homme nul, sans caractère à lui, sans individualité, semblable à un mauvais miroir qui reproduit tout ce qui passe devant lui en l'altérant et le gâtant.

Comme il n'était pas un homme complet, il prenait uu peu de 1 individualité de l'un, uu peu de celle de l'autre, imitant et copiant servilement ceux qui lui semblaient avoir des su dans le monde.

Depuis longtemps Stephen l'avait séduit, et surtout depuis que, suivant sa résolution de reconquérir ses droils sur Magdeleine, il s'était placé au premier rang d.iiis la société.

Il empruntait à Stephen sa démarche, sa mi-e. ses idées, ses inflexions de voix el jusqu'à ces tournures de phrase 1 1 es mo:s que l'on affectionne sans le savoir et dont on se sert habituellement.

Ses vêtemens étaient semblables ;i ceux de Stephen , ses cheveux arrangés, sa cravate nouée de la même manière, il s'emparait de ses opinions politiques et itleraiies, de son jugement sur tout.

Il était devenu le reflet de Stephen.

De sorte que beaucoup île gens trouvaient qu'ils se ressemblaient, les croyait i > t deux amis intimes, et j - «ienl Stephen d'après Schmidt., accoutumé que l'on est à chercher di s rap»>rts d'humeur, de caractère et d'esprit entre deux amis.

Que très souvent, si Stephen donnait son avis sur quelque chose, on lui disait : ' C'est singulier, vous pensez là-dessus comme monsieur Schmidt. » Ou : « Tiens I vous vous êtes fa t faire un pantalon semblable à crlni de monsieur Schmidt. — Vous vous coiffez comme monsieur Srhniidt.—Vousressembbz

SOIS LES TILLEULS

Sa

prodigieusement à monsieur Se — Vous jurez comme

monsieur Scbmidt. »

en vain que ait ses habit; a mesure

que Sclmndt les imitait; et d'ailleurs,' il ne pouvail ch ses opinions aussi fai ilement,

I r jour . ; :. ;i lui avait dit : « Je ne connais rien de bète et de creux comme l'imitation t. «

idt n'avait | lie ; il n'avait vu qu'une

idée doni il pouvait faire son pi

Quelques jours après. d:>.n; us salon, S bmidi lui dit tout haut : « Dites-moi, Stephen, coi)na:ssez-vous rien d'aussi bêle et d'aussi creux que l'imitation el tlP »

Stephen rougit d'impatience.

Des assistans p msèrei t que c'était de la part de Schmidi utie manière dj lui r li existait

entre eux et que le plagiaire était Stephen.

Les ridicules qui se trouvaient en Stephen, adoptés par Scbmidt et chai I cho-

quaient davantage, et ne les eut-il pas chargés, ii va tels défauts i|ui complètent l'ensemble d't ..'.ion, qui

sont la conséquence de telles quai quelles ne peuvent exister indépendammenl de c s défauts: ce sont des défauts absolus, ma4s non relatifs, don ne s'en aperçoit pas ; mais si un autre s'en empare et les montre séparés de ce qui les encadrait, ils paraissent laids et nus.

C'est une ebose précieuse que L'individualité. Nous ne comprenons pas comment on peut désirer de ressembler à quelqu'un. Il vaut mieux n'être rien <t être soi qu'être la charge, ou la caricature, ou même une épreuve pâle d'un grand homme ; il serait desespérant de ressemblera N léon, ou à Vo taire ou •■ Byron.

Parce qu'alors chaque fois que l'on penserait à vous, on penserait aussi a celui auquel vous rc • n : l'esprit,

mê ne involontairement, ferait une comparaison.

C'est ainsi qu'une femme beauté ferait mal

de se montrer toujours aupri-s d'une femme extrêmement b Ile ;

C'est ainsi qu'il est désag sortir avec un homme

liant (b- six pieds.

Et quand, pour avoir votre individualité à vous, vous avez retranché de vous tôul ce qui ne \ : tient pas. \

avez émondc tout ce qui vous êtes fait petit et ^.léle pour ne pa et un embonpoint d'empt uni a

point qu'il arrive un parasite vous prendre la moitié du peu que vous avez.

n'avez pas voulu ressembler aux gens plus que vous en \ous élevant jusqu'à iux: il \kiit un homme qui établit une restj a eluietv et rous tirant

parles pieds et VOUS abaissant jusqu'à lui.

Vous n êtes plus un hoa tne, il faut lui ri vous un individu ; il s'attache et s'enla is vous mal

il marche avec vous dans vos bottes; il dit;/ avec \ votre peau, au risque de la l'air.- cre> r ; ii se set passions, .le vus vices, de '• de vos plai irs; de

tout cela n. us n'avi /. plus que la i loitié.

oulefois il n.- vous prend pa. : ùt .le votre

nature, qu'il usurpi

ressembler à un i i z à

votre tourdans .a peau l'uu a ■ .

un usurpateur de vos l.al its, de nos goûts, de vo il.- vos sensations, de vos défauts; vi u teun lima-

çon sans coquille.

i. i in me qui vous expose .. - iluatii n r t

votre plus n,. rlel . m.' i i ; vi as r.'../. le droit île le il dérange toute vo re vje, i. vous rend ridi ul .'; vo et vi, us Ole l'eslLn . 'I.' vus méinc.

&V phen arriva dom: midi et lui dit :

« Vous n'êtes pas riche; i'..i i . i trois mille Qorin a Baden.

i Si vous n'acceptez pas, nous non . demain et

je vniis tuerai, i

Sehmidt trouva l'offre b'uarre, accepta la place el partit pour Baden deux jours après.

c.wv.

zaï :: ; h; lellr : ils

lait tombé, attirèrent

rs de la ci . ' ml qu'elle apai

: cl lui mettait .les . . phen, qui

avait remarqué où elle mettait la lettre, a prit el la lut i

ut.

UAGDELEINE A SUZAN3E.

je le crains trop, ma Suzanne, la prude:

. aboie qu ace, mais

qui ne peut dire quel est le dai .-ire

pour moi la pi. cérité que je t' i ée sur mon compte.

s je ne suis pas aussi tranquille sur lui ; il n'a pas, comme moi, des devoirs ti servir de garantie

1 ur, et il [ i- »it n.' pas regarder son amour comme un crime.

» Il m'aime encore, Suzanne ; je le crains et je le crois, et je dois prendre tes conseils à ce sujet ..

— Des devoirs sacrés! dit amèrement Stephen; (sut me • liera donc ma vengeance ! Ses devoirs sacres, ils sont

un ciime, un (rime affreux qui m'a condamne aux plus lonbles tortures, et cet enfant qu'elie uel elle donnerait cent fois ma chair et mes ir; « Cet enfant, il me . ■ Telle a été dans les Iras

d'un autre, qu'elle i ansporis di

qu'il est formé d'elle et de lui.

pour ma tranquillité : bientôt la crait rlasiei ne. et que lui .

ma '.: .ï.i pas à m'aimei ? H faut

l.i r inement, et qt le danger

I our ne pouvoir pius y échapr

t, et dans nn instant ou il se trouva seul .

— Rarement heureuse-

lires; comme il ne

et sa'irte . la rends; il faut la détruire.

; . . ia lettre commencée pourSuz nue.

Ii le voulut lui faire ts de Iran-

de confiance , m .is elle t e ; ut ci ; til sa

lettre i loi:. ,.t

Peut-être, malgt . :aisait l'assurai

Stt-phrn, était-elle, ù son insu, blessée de la mort d'une passion dont i

SYI.

DEETHOVEN.

i les de vi rdt

ivre.

t eplaisii une i lusion ; c'est une • nouir.

ALPHONSE IC.VPvR.

i ar nix. ils n'onl i rivts qu'un

p in

urant, mais i hu-

l'ui. pas- .uix. qui passent ■

i i. i't le • tlraîw irrï

■ i il s. qu tant i passent les auti voul z arrêter

vos i r une plant d'une fl u ; non,

ous qui fuyez : l'as] .leparfui -.léchant

de l'oiseau, ii j les qui en

ronl un inslan . e qui, comme tant

Stephen, apri i ailla la paum?

(I s main-- re Qamboi

le'ei ne était h l'autre coin !e la cheminée ; qi; ' ave une in |uiélude vi il le à s < -très qui lui étaie;:i arri-

— Il iani, dit un des assis tan s , que vous soyez sorti de votre maison du pii

rencontré ml rir le coin du feu par

FOurire p d'< lé . je suis qu'ui

, lie, o'est uue j

i i minèrent, (ous les cou un .

— C'i lail la mortde 20 mars.

• . Ti u prh i et ai-

gri par l'inju; lice, il j ;

belle 1 .

turc te harmonie du \ nt, <"■ i

r.# seul il a parlé le

E son talenl i point, que

te' t [jour l'ârlis • d Ha; : our lui d'à

de dire : - Cesl un . » Autant

.1 ■ Gérii aull : i! ! s ; « lire'de

Goi hographe » ou : I a

malheur, i

lit, ti'i-

■ r au

ché|

a Vi- nne d

t, fil une par-

> une mauvaise

■ cor*

s no lui

olT.

se mil la famille.

iblcfut enlevée, re i uvrit un vieux cJa-

vecin, ' a un leur instrument, atta-

l.i murail t oji

ques travaux de ména{

|ue que les M-

I m...; , lienl les

inlér abandonnaient corps et Suie,

et • .

ùl » C'était toute la part que Beetboi :idreace

qui se passait, cai seu-

lement, à ndesmouvemensdesexécutans, à l'ani-

maiïon de leur physionomie, qui faisait voir qu'ils semaient viven iorilé de ces hommes sur les

us, machin secs,

n Quand ils la main avec effu-

sion, comme pour s< |uer l'io| I ibeur

qu'ils avaient ressentie, el la pleurant

«Puis m-t u-

mns; il . i- ail

aient hun ides el br il ans.

— » Mes ami i (e

i car par* ■

■ lit éproR* ver une si vive el si d

■> il pr l ix s'obscui

lion s'ar ^sa tomber le

cahier ; » i. jouaienl . as, ce qui les enthousias-

te».

..i iv ri-

quel !s ins'ans ei core, di - - convnl-

- Je soi: Beetii. »

vrirent et s rec un respect

: tes paysans mains mprenant que qu'ils avaient parmi . lus qu'un roi.

- el chercher l'emr de son front n leur lendit les bras < ; tous,

•, la i: èi . s tn :s fri r s.

,. s'assil devant le clavecin, ■ urs instrument, el il joua lui- ut au», Ja-

ne fui plus be le ni mieux

fecin ci un- ■

a à l'entendre.

E n lit, liais la i va. il s. itait le bi soin

ni faisait entre-

!S bi . ou

Ui sur s mi pa .

Il re I il rentra il était

i.. iro isie de poi- > soins, le médecin, après Ihoven ail

SOUS LES TILLEULS

» Et en effet, à chaque instant sa vie s'en allait.

«Comme il râlait sur son lit, un homme entra: e'était Hummel, Hummel son ancien, son seul ami. 11 avait appris la maladie de Beethoven; il lui apportait des soins et de gent, mais il n'était plus temps : Beethoven ne parlait pi un regard de reconnaissance fut tout ce qu'il put dire à Ifummel.

.. Hummel se pencha vers lui, et à l'aide du cornet acoustique au moyen duquel Beethoven i avait entendre quelques mots prononcés à haute Voix, il lui lit part de la douleur qu'il ressentait de le voir dans cette situation.

■■ Beethoven partit se ranimer, ses yeux brillèrent, et il dit : « N'estce pas, 'avais du iu:c .1

■ Ce furent ses dernièn s paroles . ses yeux restèrent fixes; sa bouche s'entr'ouvrit ei lavies'ex

» On l'a enterré dans le cimetière de Dobliog. »

\li ou l'auteur prend la parole.

— Crier ainsi ' vri iiii.nl, c'était à supposer

Que l'on vous égorgeait. — Ma • a causer

Sans que vous supposiez quelque débat tragiqu

— Mais vous criez enfin? — Nous parlions politique.

VORB DE Y.U'I. VI'

Pour nos amis et pour ceux qui ne le sont pas, nous jugeons convenable de dire deux mots de la politique du jour, dont le bruit parvient a nous jusque dans notre chambre, quelque bien fermée que nous ayons soin de la tenir.

En politique nous pensons que les moyens ne signifient rien ; les résultats seuls sont bons ou mauvais : les résultats ne sont que de deux sortes, succès ou défaite; le plus fort a raison, quels que soient les moyens qu'il a employés ; le vaincu a toujours tort.

l'ne fois la lutte terminée, il se fait deux parts.

Tout ce qui s'est fait de grand, de beau et de généreux de part et d'autre appartient au vainqueur; sur le vaincu retombent les trahisons, les basses es, les ij ominies :;;i:es des deux côtes.

De nuire temps, il y a en France trois partis:

Les carlistes veulent reprendre ce qu'ils ont perdu ;

Les partisans du juste-milieu, garder ce qu'ils ont;

Les républicains, avoir à leur tour ce qu'ont les carlistes et ce qu'ont les phiiippistes

Tous ont d'excellentes rai.- uns personnelles qu'ils couvrent d'un manteau troué de patriotisme et de désintéressement.

Personne ne croit au patriotisme ni au désintéressement ; peut-être vaudrait-il mieux avouer franchement son but.

Mais cela nous inquiète peu, car l'artiste est en dehors de la politique et nous plus que personne.

Quant à la petite part que nous pouvons quelquefois y avoir prise, nous disons hautement que ce n'est nullement par notre faute, et chaque jour il nous arrive d'excellentes raisous de nous en tirer tout-à-fait.

Nous sommes trop paresseux el trop peu habile à nous servir des places pour prendre le soin d'y diriger nos effortset si nous n'avons pas les bénéfices, il ne serait pas juste d'avoir les charges.

Kl si nous étions dans un parti on dai.s uni fraction de parti, il pourrait arriver que le chef de ce parti ou de cette fraction de partijuge.il a propos de disposer du parti, comme eu Russie ou vend une terre avec les paysans;

El il y a en nous une fierté native §ui se r! vi lierait à voit ■ que nous serions un instrument, une machine, un confident de tragédie

Page 1