‹ Le siècleChapitre 40 sur 173 · I AV · texte numérisé non relu

I AV

Comment se fait-il, £ s pas?

r.m silence d inquiétude: is

ade ou toi? Les affain s de ton

• ié de l'Allemagne

- ire hors de l'A lemigae?

le frémis a la pi vais bientôt

une, et j'aurai bien besoin de loi.

dward on) si mal tourné, qu'il « été forcé d'avoir encore uns fois recoutsà Stephen, auquel il doit déjà

ALPHONSE KARR

de très fortes sommes. Stephen a i i osiléde faire de

Il va s tout,

il faut mainteqi h a besoin d'un bomme baj)ile je vais aller à la i I faire obtenir. »

Huit jours après est arrivé un paqu l cacheté de noir et sce lé d'un cachet que Je lui avais doi né autrefois ■ mail ii'. s instructions pour Edward.

Je ne m'émut d'une manière extraordinaire. Depuis que je le n j'ai remarqué qu'il si' sert toujours de cire noire, el j:- me rap] is q elle occasion je le lui ai donné:

Il était blessé, il avait fait une grande route à pied po u nirmevoirun instant dans le jardin démon père, je ne pus y desrendre et lui jetai une lettre dan. laquelle j'avais mis ce il pour que lèvent ne l'emportât pas.

Je ne sais s'il a eu parce .'intention de me fai.-e

un reproche, de me montrera la fois el ce qu'il a souffert pour moi ei le Iden qu'ii méfait; mais, quelle que soit son intention, le reproche est entré dans mon cœur.

Edward ne peut m'emmener avec lui, il paît dans un mois. Dans cinq semaines je serai auprès de t< i; c'est près de toi que j'attendrai son retour.

De grâce, ma Suzanne, réponds moi sans différer.

GXXXI.

HAGDELEINE A SBZAKHE.

Voici d;":x lettres que tu recevras presque ei temps.

Pour t'érrire je me suis enfer: n cœur es! encore

serré de la journée d'hier.

Il faisait hier beau soleil: a peine fiis.iii-i1 jour que Stepben rrriva avec sa voiture ; i! : éveilla tout le monde dans la maison, et parvenu à notre ebambr , fi sve Edward et me pressa en se retirant de me lever aussi. Il voulr.it nous faire voir sa petite maison sur le bord île la ri'

Os sortirent tous deux et je m'habillai; la Qgure deStephen était toujours devant mes yeux.

U était entré runt, mais quand il s'était trouvé pris Ire lit, probablement par un bizarre eff t de lumière, sa figure avait paru horriblement contractée d'un sourire cruel, et -ses yeux flamboyans semblaient plus bénétransque l'acier; mais il se retourna et i! avait encore le même air riant qu'il portait sur son visage en entrant. Quoiqu'il tût bien évident (pie l'obscurité avait causé celte i lu-ion, j'en étais fra d'autant plus qu'il me semblait me souvenir que déjà dans une antre circonstance, j'avais v : sur sa Qgure le même sourire; j'y pense aujourd'hui encore, et j'attribue cela a une erreur de mes yeux, car Edward, qui le regardait, ne s'en est pas aperçu.

Quand je fus prête, nous trouvâmes dans la cour une voiture pour Edward et pour moi, et pour lui son cheval.

Je regardai souvent Slepben : il avait l'air heureux; son teint était clair, ci ses j eux duux et calmes.

Il semblait éviter de parler et se tenait presque toujours en avant ou en arrière.

l'n moment Edward, qui conduisait, faillit jeter la voiture dans un fossé. Stephen nous rejoignit rapide comme l'éclair, et d'un ton de colère s'écria: o Maladroit I ■ Puis à moi avec intérêt : « \ ous n'avez pas eu'de mal.

Le danger que nous avions couru d'une chute grave l'avait ému, mais presque aussitôt il reprit son air d'indifférence et pariii en avant.

De loin il n > tra sa maison ; elle esl presque entièrement cachée par de gros arbres dont li I de la saison peu ai encore d'un \ i:

transparent; el ire et jolie, blanche, avec des

verts. [| me revini à l'idée qu'une fois, longtemps avanl je visse Edward pour la premièi

Stei i . que D us aurions une maison blanche avec

se dissipa qu'en arrivant devant la i i délieieu-

sem sur un coteau au pied duquel coule la ri-

ièredes bateli : — Ohé\ Fritz]

se détacha île l'autre ii\ . Pendant^que le haie-

lier traversait la rivière, je me rappelai ce nom de Fritz ; il

il un jour en me parlant de l'attendrissement

que lui avait causé la vue de Fritz entouré de sa famille;

alors ce pauvre Stephen pensait ;.ussi aune famille.

Fritz arriva; ils i main avec amitié. Je crus

même remarquer, et avec peine, plus d'affection en Stephen pour Fritz que pour Edward.

— S i pben, dit Fritz, il y a longti mps que nous ne vous avons vu, el le domestique que vous m'av. i t nv ; é hier a été bien reçu.

A ce moment, une autre barque se détacha de la rive opposée.

— Allons, dit Fritz, ce sont les rnfans ; la mère n'a pu les retenir; ils vous ont reconnu. Regardez l'a'iHé, Jehan, il n'a pas encore quatorze ans, et c'est déjà un vigoureux rameur.

Les enfans abordèrent, et tandis que Fritz allait ouvrir la maison, ils entourèrent Stephen et l'embrassèrent.

— Bonjour, Stephen, je te remercie bien des beaux babils que tu nous as envoyés. —Et moi, des jolis moutons. — Tu verras ma chèvre : elle mesuit partout ; elle voulait venir avec moi, mais maman n'a pas voulu.— Maman nous a dit de t'embrassi r pour elle.

El ils s'empressèrent de débriderson cheval.

— N'est-ce pas , Stephen, que Freisckûit n'est pas méchant?

— Non, dit le plus grand des garçons ; et d'ailleurs il m» ait bien.

El ils conduisirent le cheval à l'écurie. Slepben se retourna vers nous et dit :

— I.s m'aiment bien.

Nous arrivâmes dans le jardin, une table était toute dires» pour le déjeuner; il y avait des couverts pour nous, pour Fritz el tous les enfans, et un de plus.

— Fritz, dit Stephen, où est donc votre femme?

— Elle va venir, dit Jehan, l'ainé des garçons-, elle va veniravec la petite sœur : elles se font belles toutes deux. Je vais aller les chercher.

Pendant que l'on attendait la femme de Frite, Stephen me fit voir le jardin. Edward s'occupait de déboucher les bouteilles el aidait Fritz pour la disposition des p'ats.

Il me montra d'abord un petit berceau, et sous le berceau un banc étroit. • Magdeleine, me dit-il, je l'avais fait pour nous deux. »

Puis nous passâmes près d'un bassin entouré d'un treillage. ■ C'était, médit il, pour que nos enfans ne tombassent pas dans l'eau... C'est vous qui en aviez eu l'idée, »ajoutat-il.

Puis, en approchant de la maison, je vis un parterre planté de tulipes et de jacinthes et d'anémones: « C'était pour monsieur Millier, me dit-il, qui devait être notre père, à vous et a moi. »

J'étais émue au dernier point; je n'osais entrer dans la maison. Il me lit signe d'entrer; il y avait dans son regard quelque chose de tendre et d'impérieux a la fois, le cédai Involontairement. « En bas, dit-il, la cuislneel la salle à manger, t oui m'aviez donné le plan de celte maison. ■ Au premier étage il n'ouvrit qu'une porte: « Cest mon cabinet d ' 11 ■:■.■ plus liant : n Voici ia chambre destinée à monsieur \i: : r, el cajle-ci était pour mon frère, qui est mort.» Sa voix était profonde el touchante comme chaque fei-. qu'il ■ de son frère. Nous descendîmes! Il s'arrêta devant la porte qu'il n'avait pas ouverte; il l'ouvrit, et nous entrâmes. Il referma la porte et ne me dit rien ; mais je vis que cette chambre ai , pour lui et pour moi. Elle esl t en lue de bleu, nia couleur favorite, el il y a dedans une foulede choses a l'us femme. Mon cœur était plein

SOUS LES IILLLULS

de larmes; je levai les yeux sur lui, et j<- crus voir ce sourire du matin. Un froid mortel me courut par tout le corps. Mais c'était une illusioD , car d'une voix calme il me dit : « Allons rejoindre Edward. »

La femme de Frilz Était arrivée ; on se mit à table. Le déjeuner fut «ai et abondant.

Stephen nous dit en parlant de Fritz et de sa famille : — Ils étaient nies amis quand j'étais pauvre et malheureux; ils ne m'ont jamais abandonné. Ce mot me (il mal. C'était un reproche juste, car je l'ai abandonné, je l'ai lâchement abandonné.

— Grâce a vous, dit Frilz, noire petite maison est rebâtie, j'ai un bon bateau neuf; moi,na femme et mesenfans, nous sommes nippés comme des princes, et j'ai des liMs comme aucun pécheur n'en possède à trente lieues a la ronde. Voyez ces beaux pigeons blancs qui voltigent sur notre toit. Et encore, il y a deux vaches dans notre étable et des lapins derrière la maison. C'est à vous que nous devons tout cela.

Et, à ce souvenir, les enfans se levèrent et vinrent l'embrasser. Fritz et sa femme lui pressèrent les mains.

— Nous sommes bien heureux, dit-elle, et nous voudrions bien vous voir aussi heureux que nous. Il faut vous marier, avoir une femme belle comme madame, dit-elle en me désignant, une femme qui vous aimera comme j'aime mon Fritz. Eh ! qui ne vous aimerait pas? dit-elle.

— Oui, dit Jehan, l'aîné des garçons, tu auras des enfans; je leur apprendrai à nager cl à ramer, comme tu nous l'as appris, et nous les aimerons bien; ce seront des frères de plus pour jouer avec nous et danser le dimanche ; nous leur donnerons les plus beaux fromages et les plus beaux fruits, elnous aurous bien soin d'eux pour qu'il ne leur arrive pas d'aeuidens.

La femme de Fritz fit signe aux enfans de se taire, car Stephen pleurait

Oh! Suzanne, quel reproche pour moi! Comme ces gens m'auraient maudite s'ils avaient su que c'est moi qii ai privé leur ami d'un bonheur pour lequel il était si bien fait !

Je ne pouvais plus rester, j'étouffais. Heureusement Steph.-u, aidé de Frilz, alla remettre les chevaux à la voiture; puis il embrassa tout le monde et remonta sur son cheval gris, que les enfans lui amenaient et qu'ils caressaient et embrassaient aussi.

cxxxu.

\ MAGDDLEI.VB, LE MARI DE SUZ\NNK.

Ma chère Magdeleine,

Suzanne a été dangereusement malade; l'extrême irritabilité de se; nerfs a engagé les médecins à me recommander d'éloigm i' d'el e la moindre émotion. Aussi, je lui ai dit que vous voyagiez avec votre ir.afi , et je garde pour le moment où elle sera rétablie une grande quantité de lettres que j'ai reçues de vous pour elle.

Cependant, j'ai pris la liberté d'en ouvrir une au hasard, quoique je sois loin do vouloir m'immiscer dans les secrets de votre amilié : c'est celleoii vous dites à Suzanne que vous serez près de nous dans cinq semaines. Ce sera pour elle une heureuse convalescence, et je vous en serai pour ma part très reconnaissant. Mais je crains que Suzanne"he soit pas assez forte pour porter cette joie. Hetardcz de quinze jours votre arrivée, et puis restez avec nous le plus longtemps possible, et soyez persuadée que vous avez deux bons amis, qui béniraient presque les malheurs qui vous pourraient arriver pour l'occasion qu'ils leur donneraient de vous prouver leur attachement et leur affection.

Celait la veille du départ d'Edward, par une belle soirée de pi intemps.

Dans la maison on faisait les malles.

Magdeleine était mélancolique et très abattue, Edward inlf. su.i i.r. — i\ .

différent et presque gai. Il y a pourl'homme un grand charme à ciiasgi r de place : au départ de la diligence, ceux qui partent sont toujours animés et joyeux, quand ils quitteraient leurs parens et même leurs amis; pour celui qui reste, le départ même d'un indifférent attriste et donne envie de pleurer.

Pour Stephen, il était sombre et fiévreux ; ses yeux étaient ardens ci enfoncés dans leur orbite. Néanmoins, il affectait un grand calme et parlait plus que de coutume, ainsi qu'il arrive à un homme ivre.

Comme on devisait de choses et d'autres, on vint à parler d'une femme de chambre que. Magdeleine avait chassée.

— Pourquoi? demanda Stephen.

Magdeleine voulait dire qu'elle s'était abandonnée à un jeune homme de la ville avant le mariage; elle chercha une tournure et dit :

— Elle a manqué scandaleusement au premier devoir de notre sexe.

Stephen sourit et dit :

— Je sais toute l'histoire ; seulement l'expression consacrée dont vmus vous servez est au moins bizarre.

« 11 est assez adroit de vous être fait un devoir de ce qui n'est qu'une dégradation de voire seul devoir, à vous autres femmes, de l'amour ;

« D'avoir donné le nom de vertu à ce qu'il y a de plus vil et de plus ignoble.

» Voyez, en effet, avec impartialité ce qu'il y a de plus grand et de plus beau dans deux exemples que je vais vous citer :

» Une femme qui, sans parler mariage, s'abandonne aux caresses d'un homme , par son abandon lui dit : « Je me donne a toi parce que je t'aime ; je ne te demande aucun prix de mon amour, ni aucune garantie de la durée du tien. Je sais que tu m'abandonneras quand je ne serai plus belle ou quand une autre te plaira davantage parce qu'elle sera plus belle ou seulement parce qu'elle sera une autre. Si je le demandais de m'épouser, ce serait te faire acheter par la contrainte et les chaînes de l'avenir le bonheur du présent : l'amour ne vend pas, il donne. Je me donne a toi pour ton bonheur et pour le mien, et pourtant je m'expose à rester flétrie ( t déshonorée a tel point qu'un autre homme ne voudra pas de moi. Pour un moment de ta vie que tu me donnes, je te donne toute la mienne, car de tes caresses peut-être aurai-j» un enfant dont la naissance et l'amour seront une honte pour moi. Pour l'amour d'un seul pendant quelques instans, je m'expose au mépris de tous pendant toute ma vie: mais le plaisir que je te donne est assez payé par celui que je reçois, i « Voilà ce que dit la concubine.

ii Ecoutez Paulre maintenant :

» Je t'aime si peu que moi, faible femme, je modère mes désirs et les fais céder au soin de mes affaires ; voilà ce que je t'offre. Tu veux me posséder, tu veux avoir mon corps, il faut l'acheter.

» Pendant toute ma vie tu me nourriras, tu me vêtiras, tu renonceras à tous les plaisirs que je ne puis parlager avec toi. Je serai vieille et ridée quand lu seras encore jeune et vigoureux ; n'importe, lu m'aimeras ou du moins tu n'en aimeras pas d'autre.

» Tu auras mon corps pendant qu'il est jeune, ferme, rose. Tu me donnes en échange le tien, jeune, ferme et vigoureux; mais ce n'est pas assez • il faut que lu t'engages a m'aimer encore et à me caresser quand je serai vieille et que lu seras encore jeune.

» Maintenant, comme tu trouves peut-être que je me vend» un peu cher, moi qui ne t'aime pas, je vais tranquillement allumer les sens et exciter les désirs par des grimaces décorées du nom de pudeur, par des demi-caresses, par une parure menteuse qui me montre plus belle que je ne le suis. Tu ne sautas ce que tu achètes que quand le marché sera irrévocable.»

» Voila ce que dit la demoiselle n marier. » \ ous voyez la différence : la concubine se donne l'autre e Nend. La demoiselle à marier fait une bonne affaire, l'au-

ALPHONSE KARR

tre fin f.iii une mauvaise-, la première est vertueuse ci bono- | rêe., l'antre méprisée et coupable. .

o Que vous eo semble?

» La prostitution est-elle autre chose que l'union des sexes I sans amour? .

■> Vous voyez que la femme mariée s'est presque toujours ! prosliiuée, et que cette tille que vous méprisez n'a pu le faire. *

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