MIL
WCKGISS MEIVMCUT
Une, deux, trois.
Je vous le donne en dix.
11 advint cependant un malin que Slepben trouva Magdeleine au jardin. Elle lit semblant de ne pas l'avoir aperçu j our prendre je temps de se remettre.
Depuis plusieurs jours Slepben ne pouvait rester dans sa sa chambre; il faisait au loin de loi gués promenades él rentrait fort tari), i n jour il revint avec la fièvre. Geneviève le dit a monsieur Mùller, qui moula le voir. Ils causèrent quelque temps, el quand monsieur Millier se leva pour soriir, Stephen prit à son cheveî un bouqui t de vvergiss mein-niuhl.
— Do. niez, je vous prie, ce bouquet à mademoiselle Magdeleine; je l'ai cueilli pour elle.
Et monsieur Mùlli r lit sa commission.
Stephen fui deux jours sans pouvoir sortir de sa chambre; il voulut se lever pour dcsi noire au jardin ; ses jambes ne purent le soutenir, ci il tomba sur le carreau.
Pendant sa réclusion il lit de» projets et prit une resolu- | liition. Cette résolutiou cla-t de déclarer sou amour à Magdeleine la première fois qu'il en trouverait une occasion favorable.
C'est dans cette disposition d'esprit qu'il arriva au jardin, où il trouva Magdeleine, comme nous l'avons dit.
Il s'ayança vers elle, bien affermi dans sa résolution, et la sali a. Magdeleine lui rendil son salul d'un signe de tète-, puis tous deux baissèrent les yeux, el il se passa quelque temps sans que ni l'un ni l'autre voulût commencer. Cependant Stephen leva les veux, i oii'enipla Madeleine, dont la beauté était relevée par une parure simple el négligée, une longue robe blanche el les i neveux i n bandeau sur le front.
Il sentit qu'api es un aussi long silence il ne pouvait commencer la conversation par : » Commi ut vous pi i tex-vous '.' • il fit un effort comme un homme qui ferme les yeux pour sauter un fossé (boit la profondeur l'épouvante el ouvrit la bouche pour dire : •• M; gde eine... ■ Mais son i mi tion était telle que la voix ne pu! sortir île sa poilrii e i ppressée. Magdeleine alors pin la par le e lui dil :
— Vous êtes encore pâle, monsieur Stephen. 11 s'inclina.
— Vous ave/, donc été bien malade? conlinua-l-elle.
— J'ai un peu souffert, dit-il ; mais il ne faut pour me guérir que ce beau so'.eil et...
Jl voulait dire : « Et votre aspect, el vos regards, plus doux
SOLS LLS TILLEULS.
(jue le sokil, et votre voix, qui pénètre le cœur; » mais il s'arrêta.
il \ eut c eore un n m ■ u sileni e. : sine, qui &-
vait plus d'usage du : ■ m ' ; .lion.
— Je vous remncieriu bouiùff que \ous m'avez i Ces \vergiss-n;ein-iiidii, continua i elle, sont mes fleurs favoriu s -, je si que in s poètes allemands
n'en pai leni que pour Faire (le froids jeux deiuols ; Goethe seul en fail une i etile descripiii n :
Wi ■ -m i icht, pi lile (Ii er d'azur,
Amante dé eaux ol'iaii Que j'aime voir et le fi uillcs légères Kl les pétales ti'un bleu pur Suivie le mouvement de à vague roulante Qui vient en s' lloni anl 1 iie pli yer les joncs Don] la ceinture vcnloyan e Kiilou.ru l'onde des vallons!
Et la conversation prit une Lel'e toori are que l'on parla des pcètes et de Uurs ouvrages, el que Stcphen se donna à lui-même | our exi use d'avoir manqué a sa résolution, qu'il valait mieux écrire à Ma. delcinc pour ne pas trop l'embarrasser et la i '.,ite rougir, tlsel.l noire que l\cci.-ion et le teni|is avait ni manqué.
SÙz.YXXE A MACDELEINE.
Il y a quatre jours, je croyais l'embrasser, ma chère 3Iaydeleine; nous étions, nia mère, mon père et moi, allés faire une visi.le de rii ux jours cln z tics amis de mon père qui demeurent ;'i trois lieues de \oire pttile ville. Mais un accident n us a empêchés de t'ai er voir.
Nous devions nous mettre en route à deux houles ; pour occup r la matinée, on proposa une promenade sur le bord tic la rivière. Tu f-ais que je n'aime pas la campagne, ni le vent, ni la fatigue, ni le soleil, ni la terre raboteuse. Néanmoins, je lis comme loul le monde. Le temps était fo.t beau-, on pariait, de choses et d'autres, el l'on lit l'éloge de la solitude, que je déteste, el i; e ceux qui Ut vantaient n'aiment pas beaucoup plus que moi.
Connais tu rien, ma chère amie, de plus fatigant que cette manie funeste au plaisir des autres qu'ont certaines gens de tourner à l'idylle, de prôner un bonheur qui les ferait mourir de ena^iin, ti de racontera toul propos' les vertus de ers bons paysans auxquels ils n< rendent pas leur salul dans la crainte de se compioiwdre, il encore de dire, d'après les poètes êléginque : <> Oh ' que je voi drais vivre aux ebamp ■ libre de souris et d'ambiiion I » quand riennelesemp d'y vivre, que leur volonti
Je supportais pouitanl cel tnnui avec la résignation du désespoir, et d'ailleurs j'i éc de la % i >î ; ■■
i ous devions le faire. T«ul à coup un bruit nous ûl retourne ; plusieurs personnes, de l'autre côté de a rive, criaient et appelaient au secours; I urs signes et leurs gestes nous îiiviii n ardei dans l'eau.
Horreur! un homme luttait contre la mort, de te autre il p. irai.-: ait sur l'an, el a voix étouffée faisait de vains eflorls pour appeli i 1 1 ne : il qu'un ai i
hurlement ; ses \. ux blan i te; sa li-
gure était viole Le, et si enl 'i.1 l'i au pour saisir
quelqi p ur se raccrocher à un appui I Rien! il ne
irouvail rien! et malgré s •■ rlsdése pérés, il disparaissait. Deux fois omis le ; a la Iroisi fois il ne lil qu'app traître ui le, et il ne i A ce moment, un homme qui s Iro ivait en face de nous, de l'autre c itt de l'eau, arracha ses vêieniens, se précipita dans la rivière, et nagea vers l'endroil ob le noyé avail dis] Nous le suivions des yeux avec un horrible serrement de cœur; il enfonça la lête dans l'eau, puis le corps : ses jam-
bes mêmes dis] lil; eut un moment d'une affreuse
incen tat ne respirail ; mais un
I lus loin l'eau s'; gita, el no is vîmes reparaître les doux tirâmes. Mais alors se passa tine chose affreuse ; une luite terril] tre eux Le premier
qui avait disparu, furieux, fou, voulait sortir de l'eau tout entier : son le maintenir el le porter au
bord; mais le (ou le ; rit à la gorgi ura de sesjam-
se débattirent avec d'épouvantables convulsion . Le ; une homme i lait entraîné par celui qu'il avait vouiu sauver; maki.' rts, il enfonçait dans l'eau, et
on le voyail raidir son cou et lever la tête pour respirer plus longtemps : i! ap ela, i! jeta un nom.,, un nom semblable au tien... et l'eau les engloutit tous lesdeuxl Un cri d'horreur se fit entendre sur les deux bords; ma tête ét'ait perdue -, je mejelai a genoux devant mon père, devant son ami :
— Allez, allez! dis je en pleurant et en criant, sauvez-le! le laisserez-volts mourir!
Mon père ne savait pas nager; son ami était glacé d'effroi, et complètement inerte et sans force.
— 0 Dieu du ciel ! criai-je, ne voyez vous pas ce qui se e?,
0 e! c'était un cruel spectacle! L'eau avait re-
plis tranquillement son cours; mon père disait :
— Le malheureux doit horriblement souffrir; je connais un homme qui, a failli se noyer et qui cherchait à se briser la têie au fond de l'eau pour linir des tortures qu'il dit
:es.
s plusieurs minutes muels et dans une stupide torpeur, les yeux fixés sur l'eau. Six ou huit minutes s'étaient é ôulérs, mon père me prit par le bras et me dit :
— C'est Uni! allons!
C'est lini ! Ce mot liiuit mon reste d'espoir. C'est lini ! Je ne pouvais croire que Dieu laissât mourir et souffrir ce pauvre homme.
— Oh! dis-je, il n'y a donc pas de Dieu? Mon père me dit :
— C est Qni ! il est morl ! il ne souffre p'us !
Il s plus! Je me représentais ces deux hommes,
enlacés comme doux serpens, morts au fond de l'eau.
Tout cela avait passé dix minutes, ce sont dix longues années. On m'eniraîna. Tout-à-c up, un cri fut jeté par les • qui ((aient sur l'autre rive; je revins en courant au bord delà rivière; l'espoir me ranima. En effet, l'eau s'agita i n tourbillonnant. Un homme reparut blanc comme un mort.
Lequel Cal .
C'était une teirible anxiété. S'est-ildébarrassé du noyé qui l'enlaçait? (
11 respira deux longs trait*, releva ses dieveux avec sa main, regarda le ciel , cre. C'était lui ! il ne vou>
lail pas abandonner celui qu'il avait voulu sauver; une mimais il revint ; 1 traînait avec lui un homme raide el immobile, el n; gea péniblement vers le bord .. leleinel quand ils furenl sur la
I ne. >':.\. | irai ;
l'homme et la femme qai étaient sur le bord se mirent a ré- ; sou sau i i enoux el parut re-
ierDieu; puis il tomba ûe fatigue sur l'herbe. L'autre élail revenu ù lui.
Ave l'homme et là femme il vinlsecourir son sauveur; ils ulait de la blessure que lui avaient -les du noyé.
La] ière nous séparait; j'aurais voulu voir et cm-
brassi r ce 1 n jeune nom leva, s'approcha du bord
i n s'appuyanl sur quelqu'i illit une touffe dewergiss-
mein-nicht qu'il mil dans son sein.
Ce t un souven r qu'il \
Je fi le la ain en criant : » Bien I bien! bon jeune
nom ' succombant à l'émotion, je m'évanouis. Il fal-
. ne, j'ai bien juré de ne retourm r jamais àlacamiu bi . 'I d'une i mère. 11 y a de quoi me tuer. Ad'uu, ce souvenir m'a encore bouleversée; je ne puis parler d'autre chose; je l'écrirai dans quelques jours.
iA
ALPHONSE KARR
SOLS LES TILLEULS
Il faisait presque nuit, et, couronné d'opale, L'horizon conservait encore un rcflel .
Un j >ur volùpti Et la brise du soii Faisait toul dot
Nous n'étions que nous deux.
A la fin de la journée, le soleil était descendu a l'horizon, et plus delà moitié de sou disque a\ait disparu.
Au-dessus, sur un fuitd n'un bleu clair et transparent, se dessinaient de gros nuages noirs avec une frange rouge de sang, d de miées plus légères glissaient lentement, semblables à ujie fun ée empourj i
Sous l'allée des tilleuls, Stephen, à demi couché sur l'herbe, attendait Magdeleine ; et à mesure que le soleil baissait, ses regards se tourn ienl plus ii quiets du côté de la maison.
C'était à cette heure-là un lieu enchanté nue cette allée; les tilleuls entrelaçaient leur feuillage ombreux et touffu ; au sous sortait de l'inr sait la terre des lise-
rons et de noueux chèvrefeuilles qui montaient en tournant autour des troncs, et retomb lient en guirlandes. Il n'y pénétrait qu'un jour faible cl duré ; tout était dans un calme et un ailence profond, interrompu seulement de temps à antre par quelques cris des oiseaux qui se disputaient leurs nids, ou par un léger souffle de vint qui faisait doucement frémir les feuilles des tilleuls et secouait sar le gazon l'odeur tua\edes chèvrefeuilles et d'une atsbc'pine au paifum ame \
Stephen roulait dans ses doigts un papier; c'était une lettre, une déclaration d'amour. Il l'avait écrite la nuit avec la lièvre; il la relut et la trouva absurde. 11 eût bien voulu pouvoir la refaire, et commençait à désirer que Magdeleine ne vînt pas.
Mais la porte du jardin s'ou rit, et lag ! 1 ine s'avança marchant rapidement, le regard brillant, le visage animé et tenant encore à la main la lettre qu'elle venait de recevoir de Suzanne.1
Stephen cacha sou papier et sentit son sang l'abandonner et son cœur défaillir.
— Monsieur Stephen, dit magdeleine, vous m'avez, il y a quelques jours, envoyé un bouquet de wergiss m.innicht. Où lavez-vous cueilli?
Stephen, étonné. , répondit :
— Au bord d'une petite rivière, à deux ou trois lieues d'ici. »
— Monsieur Stephen, lisez, lisfzcecr.
Et elle, lui tendit la lettre de Suzanne. Stephen la prit en attachant sur elle un regard de surprise. Il lut. Apres quelques lignes il la lui ri n lit en souriant.
— Monsii ur, monsieur, dit inc, c'était vous, c'était vous -, c'est beau! monsieur, c'est bien beau!
Et elle lui lei dit la main. Stei hi n la prit ; mais il y eut dans celle pression de main qui Iqu e soudain et d'é-
lectrique q i les fit tous deux lir. On (ût dit q e,
par deux veines ouverte etréuni s, e r sang, leur âme, leur vie, se confondaient. T.eurs ri eslèrentatl
l'un sur l'autre. Le palpi-
tant ; effrayée de von émotion, elle pencha sa tête sur .«a p itrineet laissa couler des 1 irn es abon '.mies.
Stephen mit la main de M eur, et tous
deux restèrent longtemj s effort, tu
voix, dans son : i bon-
heur, de l'émotion, l'a qu'il avait souffert.
leur i i à se t ai m i ; ar I ils
Là il n'y a i le phra-
ses, pas de mots-: iclui qui, dans s. s souveBirsj n'en a pas
un qui répondes cette image, celui qui n'est pas ému en soir geanl au m< ment le plus beau, sans conlredit, de la vie d'un homme, qu'il ferme le livre, je l'en prie; je ne veux pas l'initier plus longtemps à m< in-piessions, il rirait de moi.
— Magdeleine! dit Stephen après un leng silence, vous m'aimez donc?
Elle ne répond t que par un regard.
— Oh ! vous m'i imez ! dil S cj ben d'une V"ix profonde et émue-, dites-le moi, dites moi que ce n'est pas un
;i la t de b mheur; le réveil serait affreux. \ o s, Magdi li ine, vous à moi ! oh ! merci ! merci ! à vou* je dois tout le bonheur d' ma vi>>: îvepas?..
Oh ! non, c'e il bien elle -, c'est tiop, c'est iro teur,
trop pour un homn e! i1 m'écrase, il me tue! Elle est à moi, à moi son amour! O mon l
El il serrait sa poitrine de ses mains comme pour empêcher son cœur de la déchirer.
Et tous deux ils étaient seuls sons le ciel et sous la vcrJure, enloui s d'un air pur et du parfum des fleurs, et leur âme avait des ailes comme les ang-.s et s'élevait au ciel. Oh ! s'il est vrai que Dieu soit tn bon père, pourquoi ne les écrasait-il pas de sa fou Ire? pourquoi ne les appelait-il pas dans son sein? pourquoi ne finissaient-i s | as là leur vie ?
La voix criarde de Geneviève rompit ie silence; elle appelait M g leleine tnssaillit et s'a, e çul qu'il taisait presque nuit ; elle s'enfuit en disant :
— A demain, ici, à la même heure.
Et Stephen, immobile, la suivit des yeux jusqu'au moment où le dernier pi de sa robe blan lie eut disparu par la porte; et, après qu'on ne pouvait plus la voir, i! regardait encore et n'osait faire un mouvement dans la crainte de rompre le charme.
Il resia longtemps ainsi, puis il sortit dans la campagne. Il lui semblait que sa tête était dans le nuage; il y avait tant rie bonheur dsns son cœur qu'il ne pouvait le contenir et qu'il eût voulu en répandre sur tout ce qu'il voyait. Il eût d >iré er la main de tou> c ux qu'il rencontrait; il donnait lux enfans te qu'il avait d'argent, et les embrassait, cl se dérangeait pour ne i»rs froisser ou coude les hommes qui passait ni près de lui, dans lu crainte de les briser, il il leur laissait le plus beau chemin.
Puis il courait el sautait comme un jeune chevreau, et il rentra aujardio. là il restait quelque chose de Magdel dans l'air qui avait entouré son corps; le parfum d-s chèvrefeuilles était son haleine. Presque toute la nuit se passa ainsi.
I ongtemps il vit briller une lumière à travers les rideaux de Magdeleine : elle non plus, elle ne dormait pas. — 0 mon Dieu ! demain n'arrivera jamais!
El pour faire mari lier 1^ temps , il monta se a ucher. Il s'endormi mps à autre il se réveillait en
tut, se reprochant de perdre dans le sommeil desin&tans de bonheur, des parcelles u'une vie heureuse: m is il finit par • e a la (a;icue et ne se réveilla qu'assez avant
dans lajouri
Le lendcma n il écrivit plusieurs lettres pour Magdeleine.
STLTHl.N A MAGDELEINE.
i m'aimez ' ■ ine! comme le
irdemoi, si l de Nuire
un: e une 1 1 uvelle vie.
à mes souvi nirs d'hier; je crains tant d'à- \ j être le cteur; et
que je vc:i-
De c Irais vous entourer :
île aujourd'hui ces duiis naturels auxquels je n'avais ja •
SOUS LES TILLITJLS.
mais songe! que je voudrai; être beau pour que vos regards pussent s'arrêter sur moi comme les roi ns sefixent sur \ ai Vous êtes si bell ! vos yeux ont tant de douceur!
Votre esprit est si léger, si gra ieuxl moi; je n'ai qu'un extérieur et un esprit sauvages et bizarres; vous me donnez, mille, fois plu? que vous ne recevez. Je vous ri nds grâce, je n'ai à vous offrir en échange de tant de bonheur que l'amour le plus aident, une âme, une vie, à vous, tout à vous.
Oh ! dites-moi que vous êtes heureuse de mon amour, qu'il vous suftil! dites-moi que vous m'aimez1 11 me faudra luis temps pour m'aecoutumer à cette idée : ma vie est telleiuuit changée par ce seul mot!
C'est comme après l'hiver et la neige, le printemps et son doux soleil et la verdure.
l'aleéii\e.
Mois de mai, mois des fleurs, viens rendre a l'aubépine
Ses bouquets odorans !
0 riant mois de mai, viens rendre à l'aubépine
La couronne argentine
De ses rameaux blanc; !
Magdeleine lrësita un moment à prendre la lettre.' Mais Stephen la regarda d'un air m suppliant qu'elle la prit en baissant lis yeux et la cacba dans son sein.
— Si près de la mort, dit-elle, au milieu d'affreuses souffrances, c'est moi que jrous appeliez! mon nom a été votre dernière parole!
— Oui, reprit Stephen; et quand je fus sauvé, quand je touchai la tei re, il me sembla que ce nom prononcé par moi avait été une prière agréable à Dieu; que ce Dieu, qui doit vous aimer comme la plus belle de ses filles, la plus parfaite de ses créatures , n'avait pu permettre au mal de frap]
lui dont l'âme vous, embrassait connue le criminel poursuivi embrasse la colonne du tem] le qui lai sei 1 d'asile ; que votre nom avait eu la puissance d'écarter de moi la mort, comme le nom de Dieu fait rentrer Satan dans l'enfer : alors j'ai compris que vous étiez mon ange gardien et que ce n'est pas une illusion, cette idée qu i je gardais dans mon cœur, que l'homme a reçu de Dieu une fée protectrice, un ange qui tient dans ses mains la part de bonheur qui lui est réservé que ceux-là sont malheureux qui ne peuvent rencontrer leur ange.
— Mon sang se glace, dit Magdeleine , quand je songe qu'une minute de plus et vous n'étiez plus qu'un froid cadavre. Et moi où étais-jr? que faisais-je, quand vous souffliez, quand vous mouriez loin de moi?
Et en disant ces mots, elle pâlit et mit ses mains devant ses yeux.
— Avez-vous donc bien souffi il? coiilinua-t-ellc.
— Tlus que l'homme ne peut support r ; mais j'avais une force surnaturelle : l'an u nd capable ils tout ce qu'il y a de beau et de subi. cepei danl il y a eu un moment où ma souff ance a dimin doute j'allais m'évanouir, et tout était fil i ; m is il j a
cette ce isation de I me in-
définissable ; il me semblait que la vie du ; iel s'ou r. il pour
moi il que mon âme se dégageait de mon coi
jeune oiseau de l'œuf de -
je voulus vous rappe erci in-nicht : c'était une
offrande de Deurs à l'an e qui m'avait sauvé.
Et ils ri stereni long temps sans parler; de temps en temps ils reli vaienl l'un sur l'autre de longs regards, plus él >quens qu'il n'est possible de l'exprimer.
Magdeleine ûla une rose de sa ceinture.
— Tenez, dit-elle, je veux vous donner aussi un bouquet ; c'est mon père qui m'a donné celte rose.ee malin, car c'est mon jour de naissance.
Cette Heur était A moitié fanée; c'était la chaleur du sein de Magdeleine qui l'avait flétrie. Stephen la pressa sur ses lèvres et la serra précieusement,
— C de naissance , dit-il , et je ne vous ai
pas donné une 11.
Il cueillit une branche d'au! épine et la lui offrit.
I I connu-' ils restaient encore sans parler, heureux et satisfaits de vivre, d'aimer et d'être aimés et d'être ensemble, Stepfien arracha les épines de la guirlande et en fit une couronne qu'il mit en tremblant dans les cheveux de la jeune fille, et un bouquet à sa ceinture, et il la contempla ainsi parée.
Et Magdeleine avait quelque chose de céleste : le bonheur animait son visage; la couronne d'aubépine avec ses feuilles dentelées et d'un vert sombre, et ses fleurs blanches en ombelle, était enlacée dans ses cheveux noirs en bandeau sur son front.
— Magdeleine, dit Stephen , vous voici parée comme une fiancée.
Ils se regardèrent ; Magdeleine baissa les yeux; une Mtme suspendue ù ses cils noirs tomba sur la main de Stephen.
— Oh ! dit-il, qui pourrait nous séparer? l'amour n'est-il pas plus fort que lout l'univers? Il n'y a pas d'obstacle que je ne me sente la force de braver et de renverser sous mes pii ds. .Soutenu de votre amour, d'un regard de vous, je suis plus grand que le monde, et je briserais lout ce qui oserait se' mettre entre nous : vous seule, Magdeleine, vous sqple pouvez nous désunir et roropreMe lien sacré qui attache l'une à l'autre nos deux existences I
— J'aurai aussi du courage et de la force, Stephen; quand je i e sentirai faible, je m'appuierai sur vous, car vous êtes mon appui étmon guide; j'aurai du courage et de la force autant qu'en peut avoir une pauvre fille sans mère et sa"hs expérience pour la remplacer; et puis, je plierai Dieu debénir notre union, et les hommes ne peuvent rien contre ce que Dieu a béni.
— Oui, oui ; et qu'y a-t-il de plus agréable aux yeux de Dieu que deux cœurs purs comme les nôtres qui essaient une vie d'amoui le bonheur que Dieu lui-même a
ieset de délices, pour le laisser x cœurs vertutux? Si le Créateur laisse quelquefois tomber un regard sur la terre, il doit le reposer sur deux amans.
— Si je fais mal, Dieu est témoin de mon innocence; j'écoute la voix de mon cœur, c'i si lui qui l'a mise en moi.
— Non, dit Stephen, l'amour est l'âme de la vie. Dieu voud I s fleurs aux prairies et le parfum aux fleurs? car la vie sans amours, c'est un champ aride, c'est une terre mau i la pluie ni la rosée ne fécondent jamais. Magdeleine, moi ans i, mon cœur est pur comme le lien : seuls, sous les yeux du Créateur, au sein de la nature,
lui, jurons d'être l'un à l'autre; prh.; nir une union vertueuse U sainte.
Et tous deux, se tenant par la main, tirent un serment, un serment vrai, r el tel que le Créateur doit l'en-
tendre, si toutefois nos vœux, nos craintes, nos joies, nos doul prières parviennent jamais jusqu'à lui.
A ce moment, au mi ieu du silence mystérieux, comme le soleil ne laiss ident qu'u l'un jaune
entendit un chie & et lu-
gubres nui perslitiou comme un
prés :■ ai tirent, et il
ur la terre : ce e d'horriblen enl sini
. on croit aux u neige blanche sur laquelle la
i s S( plusieurs foie qu'ils
b-ujr. d'effacer d rco ur la funeste rm-
p, , s i démon, qui grince des dents en voyant le bonheur du ciel.
ALPHONSE KAHR.