‹ Le siècleChapitre 7 sur 173 · WI1I · texte numérisé non relu

WI1I

sTt:riiE\ a ■"•(. nri.nxi:.

Tu refuses de m'écrire, Ma delrine! Quoi! dans ces longues heures que nous pa I tendre le moment d voir quelques in: lans, n

nir avec ton ami, de. te rappn I en lui écrivant ? cl

quand le mam i

pas de nous voir au jardin ; qua us ne

pouvons que nous voir san ni nos yeux, i • pen*es-lu p is que ji d'emporter quelques paroles d'amour qui nt mon

soin::

Ce qui l'ai ml des préj q l'on l'a inc

dès I ni mi ■■. on l'a dil :j:;>' c'était un Sais-tu qui a font les femmes coquettes etdébau oui inveti jle de vertu ? Sais- tu qu'i :: ne vous di

d'écrire, à vous- autres filles, iuun

vestige de vi tre amour quand votre am >ur c t él loi n'a qu'un but, c'esl d'ôler un frein à l'in etau

parjure. Si criie idée avail pu venir de loi, je te mépriserais. La femme qui dit à un bomme le lui écrire,

trahir plus tard : c'est plus qu'un parjure, c'esl un faux serinent.

Kl d'ailleurs, pauvre onltfnt, qu'avons-nous à faire du moi; ses

ter a no!: ; pCr.

mutons pas de nous rien ('.1er.

On ne peut rien fain é. î al oumets-aux -

tés et à 1*0] inion des autres, ils te défend mer, 1 1 tu leui ; d'ai-

mi r el d'être aimée, tu n'auras eu d'eux qu'un (etq te l'accorderont ci pour laquelle lu

auras donné I ie et t >ute la mienn

til?

Oli! alors, rue de regrels amer:; dans ton pour nous deux se :

qu •, des cbeve .

d'autre vil ;

ihour cl que I | .;. !on

h :tl . ur, :. c ■

eux? Es* . -

Itère? Folle

i:- le |ire bonheur et ils ne le don i, rioii

Q"'U1 peu de prix, qu'ils

ne se donnent pas de la i ériti r de ta

mes parole , Magdelcine, lu tues ton bonheur el le mien, tu • tues ta viee! la mienne; tu ofl msesleciel, i ur'est

son don le plus précieux, el Ta vie pa

comme nue (leur que le soleil n'a pas fait épanouir, qui n'a eu ni cela! ni ; -, , ,,uj |u ,|0I), ,

uni de ta vie, ils riront de la simplicité. El que sont-ils de plus que nous? Lue sainte auréole autour de leur (été nous les montre l-elle comme* de des

Nn ° di sir leur

désir? Pourquoi leur ex, ■ -iv plus de

que la nôtre? Pourquoi auraient-i

dans la rie, el -

raison ont-ils d urerlavi

petit ■ [uines pr

l"'1' '' I uc la

vie qu'il" ont foil - '

el pour moi, ne leur jette plus la vie comme une proie. Tu c à m ù.

MX.

A l'heure où le sole I i rizon,

Brillant de le au loin rongie

Enf mcor ! n c :ux,

D'un i

El d'ui . dieux.

ous lu fwiil Ont i cohccrls;

On n'ontei Balanc ■: "H froni dans li s aii>-.

Dan

Qu'avec • iuj :q>pas

Des d . -, des projets

— Il faudrait, dit M qn i la maiscTn fùl au levant.

— (tyi, ditStephen, mais il f.iut savoir d'abord où nous mettrons noue maison. Nraimeriez-vous ]ias ! sur un coteau, près d'une rivière? L'eau anime le paysage; l'herbe est plus verte dans une plaine . ère, et ce

nous procurerait le plaisir de la pêche, des bains et de la promenade en bateau.

— J'accorde la situation, dit en souriatr ne, mais je maintiens mon opinion sur l'exposition la plus convenable.

— Accordé, dit Slephe.n.

— Il ne nous faut, reprit Magdeleiue, que deux étapes :

' sine ci une chambre de domestique; en haut, votre cabinet, un salon et... Jiambrc.

Magdeleine rougit. Il y eut un moment de silène, après ontinua : — La maison sera couverte en ii.iles, les ardoi Jets seront peints en jrert. •

— Je ne suis pas trop pour les vol i moins qu'ils Vu! d'en vertsombre.

— nt d'un vert sombre. Il faut planter autour de la

malile, d ichèvn feuille.

: lin Cl des .

— . lie tapissée de verdure

le j il lin fleuriste. Mus j'ai oublié

— Il nous fa il deux chambres de plus, pour mon père et votre i

— Oui, ine, ils ne nous quitteront pas.

■ — Le jardin fleuriste sera cultivé par mon père; derrière la n seront le verger el le pi ; iger.

— Je veux aussi de 1 herbe épaisse, un beau gazon, el, au-

5, de grands arbres qui donnent une ombre fraîche et 5se.

— Des tilleuls; et le tout sera fermé d'une haie d'aubépine

iers.

— Non, on esl trop exposé aux regards importuns dans un '• i ouvert; il faut représenter continuellement. J'aime mieux un grand mur.

— Al : il faudra tapisser le mur en dedans avec l'aube- 1 ioe -i parfumé s.

— ■ vierge cl du houblon au feuillage d'un vert

au pied des arbres, nous mettrons des Heurs rampj pois de senteur avec leurs fleurs qui ressent-

— Et, d n d'où l'on découvrira un p dut de vue,

pour nous d«!ux; ce petit

- cl de fleurs : des lilas, îles rosiers ci des jasmins,

SOLS LES TILLEULS

— Au milieu du jardin, il faudra un pelit bassin qui nous servira de vivier.

— 11 faudra l'entourer d'un treillage a cause des enfans. Celle idée, qui était échappée à Magdeleine, émut les deux

amans a un point extraordinaire Magdeleine, pour cacher sa rougeur, se baissa pour ramasser une fleur qu'elleavait laissée tomber.

Stephen voulut la prévenir, en se baissant; leurs cheveux se touillèrent , un frisson.leur parcourut tout le corps; on eût dit que c'étaient leurs deux âmes qui s'étaient ainsi touchées.

Quand ils furent plus calmes :

— Nous avons fait bien des projets, dit Magdeleine; et qui sait s'ils seront j -.mais réalisés? l'avenir n'est pas à nous.

— Il est a nous si tu m'aimes! s'écria Stephen; s'il nous est contraire, je le vaincrai.

— Oh ! dit Magdeleine, je ne sais pourquoi j'ai peur. Nous sommes trop heureux.

Et ils devisèrent de lasorle encore quelque temps.

Stephen portait à tes lèvres la main de Magdeleine; elle i hcre.hait à la retirer. En se séparant, il déposa un baiser de feu sur son front ; elle devint toute tremblante et s'enfuit en lui laissant un regard de reproche.

MAGDELELXE A STENIEX.

Stephen, qu'avez-vous fait? ce baiser , qu'il m'a rendue malheureuse j que de reproches je me suis faits! pourtant c'est vous «lui l'avez surpris. Je suis si heureuse près de vous ! je m'abandonne à vous avec tant de confiance ! vous n'en abuserez pas? Fensez à quoi vous nous avez exposés; si quelqu'un nous eût vus , je n'aurais plus osé me montrer, j'en serais morte de honte ; si vous saviez comme j'ai pleuré toute la nuit! comme je me suis retracé toutes ces tristes images de déshonneur dont me parlait la tante qui m'a élevée! Je me sentais moins pure, j'osais à peine adresser ma prière à Dieu; mais j'ai tant pleuré, j'ai tant prié, qu'il a dû me pardonner.

si 1.11:1 \ A MAGDELEINE.

Oui, qu'ai-je fait? J'ai porté une affreuse blessure à mon bonheur.

Quoi ! vous ne pouvez me pardonner un baiser comme en donne un frère à sa sœur? et pourtant, Magdeleine, si j'avais cédé à la fièvre qui me brûlait, c'est un baiser d'amour que je t'aurais donné.

Ce baiser, que je vous ai surpris, il me fait plus de mal qu'à vous; ce n'est pas du banbeur : je vous ai surpris ce que vous deviez me donner; ce baiser, qui courait dans mes veines comme du feu, il ne vous a pas émue, il vous a contrarier; c'est comme un baiser que j'aurais donné au front de marbre d'une statue ou d'une morte; il m'a glacé le cour. Je n'en veux pas non plus, de vos baisers froids; si j'avais m vous le surprendre, ce baiser; si j'avais su que celle que je sentais respirer sur ma poitrine élail calme ei glacée; que son cœur ne battait pas plus fort que d'ordinaire; que son sang ne coulait ni plus chaud ni plus rapide; que sa main dans la mienne ne tremblait que de peur, je l'aurais repoussée loin de moi comme un serpent. Ce que j'aime, Magdeleine, ce n'est pas votre corps, ce n'est pas votre esprit, c'est votre amour. Si vous ne m'aimez pas ou si vous m 'ainu /. d'un froid et ridicule amour de salon, «l'un amour qui ne soil pas toute la vie, ne me craignez pas, Magdc-leine, je ne vous surprendrai pas de faoevrs. L'amour n'accorde pas, encore moins il doil se hït$ dérober; il donna, et il est heureux de ce qu'il donne.

Magdeleine I Magdeleine I vousnecompreuez pas l'anio .r;

il faut que je vous remercie du bonheur que vous m'avez accordé, car j'en ai eu plein mon :eur, je l'ai senti débôrd'r; il faut que je vous remercie, cir ce bonheur, je vous l'ai sur' pris, vous ne l'avez pas parla ;é.

Ô Magdeleine ! au nom du ciel , un mot d'amour, un mot qui nie calme, qui me console , qui me rende la croyance au bonheur.

Et, quoi qu'il arrive, pensez que votre honneur et votre purelé me sont aussi chers qu'à vous-même.

MAGDELEINE A STEPHEX.

Mon ami, que votre letle m'a faitderoal! Pourquoi doute*vous de mon amour? quia pu vous donner d'aussi tristes pensées, et que faut-il faire pour les écarter de votre esprit malade?

Faut-il te dire qua je t'aime plus que ma vie, que ta es mon bonheur et que je ne puis vivre sans toi? Stephen, ne le savais-tu pas? Ai-je balancé à vous dire que je vous aimais quand vous me l'avez demandé, et me croyez-vous capable de vous tromper?

Oh! calmez vous, mon ami ! pardonnez-moi des alarmes peut-être exagérées ; pensez à la situation d'une jeune fille privée, dès les premiers pas de sa vie, de son guide naturel, de sa mère, et qui a la tête pleine des récits des précipices qui bordent la route et des dangers du chemin.

Oui, je me .confie a vous. Vous avez raison : mon amant doit me donner pure à mon époux; c'est vous qui me préserverez pour cous mon innocence et mon honneur. Ils sont a vous, c'est mon seul bien, mon seul trésor avec mon amour. Qu'ils soient votre bien et votre trésor, et défendez-les contre vous et contre moi, s'il en est besoin I

L'air que je respirais près de ma bien-aimée. L'air où se confondait son haleine embaumée,

L'air, le même pour tous les deux...

Et Biei, pour respirer de plus près-gou haleiae, Ma bouche en frémissant s'approchait de la sieane

Et touchait presque ses cheveux.

Presque tous les jours, Stephen et Magdeleine se voyaient aujardinouchez monsieur Millier, qui prenait pour Stephen une affection toujours croissante. Stephen, qui avait quelque instruction, lui faisait faire des découvertes qui l'enchantaient. Il était de tous leurs plaisirs, il les accompagnait dans leurs promenades. Les deux amans, heureux de respirer le même air, s'enivraient de la plus pure félicité sans songera l'avenir et voyaient chaque jour apporter son bonheur. Souvent, après le dîner, Stephen, habile nautonier, les menait errer sur la rivière, et leur promenade se prolongeait quelquefois jusque fort avant dans la nuit.

O les belles nuits d'été!

Quand la terre est encore chaude du soleil du jour, l'air tiède, et de temps à autre une brise fraîche- qui agite et parfume les cheveux I aucun autre- bruit que celui que fout en cadence le mouvement des avirons, et l'eau qui se fend et murmure sur le flanc du bateau, ei, sur le bord, les coasse» mens monotones des grenouilles qui sortent des joncs.

Et la lune qui se lève rouge derrière un rideau de saules et glisse ses rayons bleuâtres à travers le feuillage, puis monte, blanchit, se mire dans l'eau, et fait paraître les peupliers comme de grands fantômes noirs!

El sur la rive, dans l'herbe épaisse et noire, des lucioles, des vers luisaus, scimillans d'une lueur bleue comme celle des étoiles!

Et Magdeleine, au milieu de cet imposant silence, chantait de sa voix pure des chants reiglieux ou des chants d'amour.

ALPHONSE KARR

El quelquefois tous (rois ensemble unissaient leurs voix.

Tant pis pour ceux qui ne comprennent pas ce bonheur là.

Néanmoins, comme Dieu n'a pas voulu que l'homme soit aussi heureux que lui, vous n'avez qu'à chercher au fond de tous les bonheurs humains , vous verrez toujours quelque chose qui fait tache.

Ainsi Magdcbinc disait souvent à Stephen : « Mon ami, nous sommes trop heureux. »

Stephen la rassnrait. Et cependant il y a un instinct dans le eœur de l'homme qui le fait s'effrayer d'un bonheur sans nuage. Il lui semble qu'il doit au malheur la dîme de sa vie, et que ce qu'il ne paie pas porte intérêt, s'amasse et grossit énormément une dette qu'il lui faudra acquitter lit ou tard.

Stephen songeait de son côté que son père allait se retirer des affaires, et que sa retraite ne lui permettrait plus de lui continuer sa modique pensien. Il voyait arriver le moment ou il ne pourrait plus rester ainsi sans gagner sa vie, et où U faudrait quitter sa petite chambre.

Et monsieur Mûller craignait pour la santé d'un oranger ou d'un camélia. Un nuage noir se formant sur un ciel pur lui présageait delà grêle et lui causaient parfois de vives inquiétudes ; et d'ailleurs, il ne pouyaitvenir a bout de déterrer l'origine de ranunculus.

U. MILLER A STLI'ilLV

Vous savez, monsieur, avec quelle cordialité je vous ai reçu chez moi et combien je suis reconnaissant de l'amitié que vou» nous témoignez, à moi et à ma fil le. Cependant, aujourd'hui, j'ai acquis l'entière conviction que cette amitié n'est pas aussi désintéressée que je l'avais pensé, et qu'il eit démon devoir de réparer ce que je n'ai pu prévenir.

D'après cette conviction, vous comprenez que je ne puis plus, comme par le passé, vous recevoir chez moi ; veuillez donc bien, monsieur, cesser totalenientvos visites, qui, sous bien des rapports, m'étaient infiniment agréables et"auxquclles je ne renonce qu'avec un sensible regret, mais qu'une impérieuse nécessité me défend d'accueillir désormais.

Vous êtes trop sincère pour tenter de me nier un fait qui m'est prouvé; de plus, ce serait vainement que vous combattriez une résolution prise après un mûr examen et de sérieuses réflexions; toute observation verbale ou par écrit n'y changerait rien, et je vous prie en grâce de me les épargner. Je pense que vous me conserverez des senlimens d'estime dont je ^ense être digne.

Daignez recevoir ici l'assurance de ma considération distinguée et me croire votre très dévoué serviteur.

J1LLLER.

Je voguais ; tout à coup le vent m'a délaissé : J'ai vu tomber ma voile vide.

Cn. Romev.

Ea lisant celte lettre, la sueur sortait du front de Stephen. Quand elle fHt finie, quand il ne put plus douter de ce qu'elle contenait, celle sueur se glaça, ses bras tombèrent et son rvgard devint lixe et slupide.

l'endant quelque temps il resta dans une ewmplèle insensibilité; puis tout-t-coup, d'un mouvemenl convulsion releva la tête, et frappant sa poitrine et sa trie...— c'est mei, «'est bien moi... je ne rêve pas; voici la lettre ! La lettre... 0 mon Dieu", et les yeux bejns, il la relui

Lue horrible torpeur pesa sur lui. Il ne sentait rien, pas même sa douleur; il était devenu comme une pie.ire.

— Oui, oui, chasse' Mon bonheur est morl.Cei homme le renverse de la main sans effort; d'un aeie (ta s.i volonté il t 11' ice, toutes mes espérances, il tua mon avenir et ma vie.

» Magdeleine ! Ou veut me séparer de Magdeleine! la chair

de ma < hair ! » Et il se mit a ricaner comme le démon : ■ Non, non, vieillard , lu n'es pas assez fort... Il D'est pas si facile d'arracher le cœur de ma poitrine... >• Et il poussa un rugissement comme une bote f< i

■ 0 mon Dieul dit-il après quelques iostaus de silence , pourquoi i tous ainsi? 1-M-ee pour me punir d'a-

voir levé si haut la tète et i!e ui'êlic laissé par 000 bonheur éffcver au-dessus de l'humanité I Ob! si c'est un crime, il est expié. ■ Et des laimes s'ouvrirent un passage; elles inonderenl sa poitrine.

• Oh! non, dit-il, c'est impossible; je dors, je réve ; réveiilez-moi, parpilié, réveillez moi! -

El il se frappait, il se déchirait la poitrine avec st s ongles.

i Non, no n, je suis éveillé, bien éveillé; e'est quand j'étais heureux que je levais.

» Quoi! je ne la verrai plus! Oh! il fallait m'aveitir : Je ne l'ai pas assez regardée hier, je ne nie suis pas abreuvé de sa vue! Je ne* la verrai pius, jamais, jamais !

» E cel homme qui me prend pour un séducteur, pour un traître ! Est-ce que je voulais autre chose que son Lonhenr, à elle?

o Et de quel droit la sépare-t-il de moi? de quel droit ma mesure t-il la vie elle bonheur?

•> Et sa fille, doit-il régler sa fidélité et son avenir plein de sève sur son passé mort et sa froide raison ?

» Doit il la condajnner à vivre de sa vie d'huilre?

» Djit-il couperet mettre au grenier l'herbe verte et vivace avec la paille sèche?

» Dieu laisse les hommes, ses créatures, disposer de leur vie; et lui, le vieillard, il veut être plus maître que Dieu!

» Oh! non, je ne serai pas un bœuf qui se laisse égorger sans défense! je défendrai la vie et le bonheur qu'on m'arrache.

» Vieux fou méchant! il a dépensé sa vie, il veut prendre la nôtre, comme ce tyran qui buvait re sang des enfans pour prolonger ses jours et réchauffer et réparer son sang froid pourri.

u Et celte lettre qui me lue , il la termine par cette affreuse ironie: « f olre très dévoué seroiïeùrl » Malédiction sur toi, vieillard! tu traites celle affaire comme une lettre d'invitation à diner; tu te sers d'une formule ordinaire avec moi que tu assassines!

» Tu veux sucrer le poison !

» Tu ôtes ton chapeau et tu me salues avant de me poignarder 1 »

El Stephen marchait à grands pas.

Enfin, épuisé de fatigue, il tomba sur son lit, pleura longtemps et s'endormit. I ne heure après, il se réveilla, écrivit plusieurs leiires, les déchira ; elles étaient menaçantes, puis cn i avlicla une dans laquelle il avait mis plus de modéraiiun.

Minuit! autour de moi règne un calme sauvage ; Le ve;,i loger du soir fait Liembler le icml a^e.

Des nu igesn crans La lune dégageant sa lumière incertaine D'une pale lueur »rgi nie au loin la plaine

Kl Us ailues inouvans.

Monsieur Mù'li r n'était pas un méchant ni un fou, ma s u i homme froid el prudent : plusieurs bus dans leurs prome- . Sli pben avait asoué p'il n'avait ni fortune ni profession, 1 1 monsieur Mû 1er, qui n'était pas très riche lui-même, ne pouvait admettre l'idée de livrer sa iule a la pauvreté et Iheur.

Quand il ittre dont les morceaux déchirés

avaii Léëe savant, a; pris ce qui se passait,

il se fil de vifs reproches de son aveuglement , el seul avec Mi gdi h iue, lui dil :

— Crois-en mon expérience et mon amitié, tu me tenteri e ras plus lard de ce que je fais aujourd'hui ; mais ma reso-

SOUS LES TILLEULS

lution est irrévocable , jamais je ne (e donnerai à monsieur Stephen , non que je ne le croie un bon et honnête jeune homme-, mais, sa position et, je le crains, son caractère ne lui permettent pas fie se marier.

Magdeleine fit observer à demi-voix à son père que Stephen était jeune et savant et que son travail pouvait lui ouvrir un bel avenir et une honorab'e aisance; qu'il ne fallait qu'attendre et l'encourager : qu'elle aiiendrait.

— Non, dit monsieur Millier il a dans le cœur un orgueil qui l'empêchera de réussir en rien, et tu passerais ta jeunesse dans un triste et inutile abandon.

Magdeleine pria et supplia, mais vainement.

— Magdeleine, je serai ton ami et ton appui, je te consolerai, et tu l'oublieras.

Et il la laissa.

Magdeh ine descendit au jardin et y resta une partie de la journée; sa physionomie étaitcalme, elle avait pris une résolution ; mais Stephen ne descendit pas, et toute la journée se passa sans qu'on le vit paraître.

Le >oir, après que monsieur Millier eût fumé sa dernière pipe, il embrassa sa tille comme de coutume.

Il croyait tout fini, et lui dit :

— Bien, très bien, Madeleine! Tu vois ce que peuvent la raison et le courage.

Quand la jeune fille pensa que tout le monde était endormi, Geneviève et son père, elle se mit à genoux et pria Dieu avec ferveur, et les pieds nus pour ne pas faire de bruit, elle ouvrit doucement la porte de la chambre et celle de la salle à manger, au moindre mouvement retenant son haleine et prêtant l'oreille-, puis elle monta l'escalier.

Et arrivée à la porte de Stephen , il lui prit un tel battement de cœur qu'elle fut forcée de s'arrêter quelques instans. La elle se mit à genoux, et, les mains fortement serrées, appela Dieu à son aide; puis elle frappa en appelant à demi voix : —stephen !

Le pauvre garçon était encore sur son lit, épuisé par les larmes, la fureur et le besoin d'alimens, car il n'était pas sorti de sa chambre de toute la journée.

Il lui sembla entendre la voix d'un ange; il ouvrit, et quand Magdeleine lui eut dit : — Stephen, c'est moi, c'est Magdeleine, — il lui prit la main; et tous deux, pensant à leur cruelle séparation, se prirent à pleurer amèrement.

Un faible rayon de la lune éclairait seul- la chambre.

— Stephen, dit Magdeleine, notre amour n'est pas un amour vulgaire. J'ai pensé que je pouvais venir sans crainte auprès de toi, et que mon honneur ne pouvait être aussi en sûreté que sous ta sauvegarde.

— Qui oserait, dit Stephen, souiller d'une seule pensée ta céleste innocence?

— Les instans sont précieux. Fouille dans ton cœur; te sens-tu autre chose que le désespoir? te sens-tu la force de lutter avec moi contre le sort et de conquérir le bonheur pour toi et pour moi?

— Oui, dit Stephen, avec toi je suis fort, je suis plus fort que tout.

— Eh bien ! Stephen, il n'y a plus pour nous d'espoir qu'es nous et dans l'aide du ciel. Mon père a brûlé ta lettre sans la lire. Mais moi, je ne crois pas que sa volonté puisse nous désunir. C'est à la face de Dieu que je t'ai pris pour mon fiancé. Je suis à toi, Stephen. Si tu as du courage et de la force, j'en aurai aussi. J'attendrai, j'attendrai long-temps, j'attendrai toujours. Je conserverai pur et digne de toi le cœur de ta.Magdelaine. Toi , pars, travaille , atteins seulement sur la route de la fortune le commun des hommes , fais-loi un état , une profession, et reviens me demander à mon père.

Stephen alors se releva de son abattement.

— Oui, dit-il, je pars, je vais travailler ; mais, pour me donner de la force, ne recevrai-je jamais de toi ni nouvelles ni eni ouragemens?

— Je t'éeriiai, dit Magdeleine, et tu me répondras; tu adresseras tes lettres à Geneviève : elle ne sait pas lire , et ses lettres me passent nécessairement par les mains; je reconnaîtrai ton écriture. Du courage , delà force, Stephen,

mon fiancé! Encore une fois, à la face du ciel, je te jure de n'appartenir jamais à un autre que toi. 0 mon Dieu, dit-elle, vous entendez mes sermens ; punissez moi si je suis parjure,

— O mon Dieu, dit Stephen, bénissez-nous !

— Demain, dit Magdeleine, il faut partir; il ne faut pas laisser amortir notre courage : reçois mes adieux, mes plus tendres adieux ! Oh ! que ne puis-je partager tes fatigues et tes ennuis ! mais je ne puis rien, rien que t'attendre. Adieu ! adieu I le plus chéri des hommes ; adieu ! toute ma joie et tout mon bonheur !

Et elle coupa une tresse de ses cheveux noirs, et Stephen lui donna des siens en échange.

— Adieu ! dit-elle encore : c'est la dernière fois que nous nous voyons jusqu'au retour; mais alors ce sera pour ne plus nous séparer.

— Adieu! dit Stephen; que ton coeur veille sur moi, et mon courage se raidira et grandira contre les obstacles.

— Stephen, reprit Magdeleine, ne te laisse pas abattra ; conserve-toi pour Magdeleine, pour le bonheur ! Je t'écrirai, je t'aimerai de tc£4e mon âme. Ne m'oublie pas ; aime ta Magdeleine ; ne m'oublie pas : je t'écrirai souvent; et toi, dismoi tout, tes fatigues et tes dégoûts. Je veux ma part de tout. Adieu! mon Stephen, mon ami, mon fiancé! Séparons-nous, il le faut. Adieu!...

Ils se serrèrent les mains et se quittèrent. Stephen voulut la suivre; mais elle lui fit signe de rester, et sa forra» légère se perdit dans l'ombre.

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