LA DEMEURE DE JONATHAN WILD
Au moment où l'horloge du temple de Saint-Sépulcre sonnait une heure, pendant la nuit qui suivit la mort de lady Trafford, un cavalier monté sur un cheval vigoureux et suivi à quelques pas de distance par un domestique, galopait dans la direction de Newgate. Tout-à-coup, le cheval, faisant un furieux écart, désarçonna son cavalier qui roula sur le pavé.
— Vous n'êtes pas blessé, j'espère, sir Rowland? — s'écria un individu qui, s'élançant de l'autre côté de la rue, s'empressa de relever le cavalier.
— Ce n'est rien, monsieur Jonathan Wild, merci... — Prenez mon cheval, — ajouta sir Rowland en s'adressant à son domestique, — et retournez à la maison ; je n'ai plus besoin de vous.
— Cette chute est de triste présage, — dit Jonathan lorsque le domestique fui parti; — vous êtes tombé juste en face de la porte par laquelle sortent les condamnés à mort.
— Je ne vous savais pas si superstitieux, monsieur Jonathan,—dit sir Rowland d'un ton de mépris.
— Les faits finissent par convaincre les plus incrédules, — répondit froidement Jondhm, — et si je vous citais...
— C'est bien... c'est bien! — interrompit Rowland, — où est mon neveu ?
— A deux pas d'ici... mais nous avons été sur le point de le perdre, sir Rowland.
— Comment cela ? — demanda celui-ci.
— Voici comment : grâce à l'aide de son camarade Jack Sheppard, il avait réussi à se débarrasser de mes hommes, lorsque, par bonheur, — car le diable n'abandonne jamais ses dévoués serviteurs, sir Rowland, — lorsque, par bonheur, je suis arrivé à temps pour empêcher l'évasion. Mais cette teutative a coûté cher à l'un de mes meilleurs limiers, Abraham Meniez, qui sera hors de service pour huit jours au moins... Après tout, je m'en console, car je lui ai trouvé un successeur intelligent... Jack Sheppard, qui...
—Que m'importe I — interrompit sir Rowland.
— A vous, rien, je le sais... mais, pour moi, la chose est importante. J'ai juré de perdre Jack Sheppard, comme vous avez juré de perdre le jeune Darrell, et je tiendrai mon serment.
— A moins que je ne vous en empêche !— cria tout-à coup une voix retentissante. Et en même temps une balle siffla aux oreilles de Jonathan.
— Ah ! c'est vous!— vociféra Jonathan qui reconnut la voix du meurtrier,— c'est vous, Terry O'Flaherty ! vous avez beau fuir, vous ne m'échapperez pas. Vous serez pendu avant longemps ou j'y perdrai mon nom.
Vous le voyez, sir Rowland, le diab'e me protège.
— Entrons chez vous, — répondit sir Rowland, — j'ai hâte devoir votre prisonnier.
— Il n'est pas chez moi.
— Où est-il?
— Dans un lieu nommé la Maison Noire,— répondit Jonathan.— C'est une sorte de taverne souterraine située tout près de la Tamise et fréquentée par l'équipage du petit navire dont je vous ai parlé. C'est là que j'ai lait conduire votre neveu... Et, soyez tranquille... il ne nous é* happera pas... je l'ai confié à Quiit Arnold et à Rykliart Van Galgebrok, qui ne sont pas des hommes à se laisser jouer... Aussi, gare au jeune homme, s il fait mine de vouloir sortir de leurs mains... \ ous assisterez au départ de vutre neveu, si vous le voulez; mais, comme nous avons du temps devant nous, je vous prierai de m'aecompagner chez moi, afin du régler notre petit compte... D'ailleurs, j'ai quelques ordres à douner à mes gens pour éviter toute surprise... Permettez-moi de vous précéder... par ici, sir Rowland.
La demeure de l'agent secret de la police était une vaste et sombre maison, séparée de la rue par une cour, et défendue par une grille en fer. Même en plein jour, cette habitation avait un lugubre aspect; en ce moment, l'obscurité lui donnait l'air d'une prison, et Jonathan, du reste, prenait plaisir à lui imprimer celte physionomie. C'était ce qu'il appelait : ii embellir 6a demeure. «Les fenêtres étaient armées de barreaux et les portes barricadées ; chaque chambre élait numérotée et ressemblait à une cellule, et le portier, revêtu du costume de geôlier, portait à saceiuture un large trousseau de clefs.
L'intérieur et l'ameublement de celte maison offraient une parfaite harmonie avec son extérieur. Les murailles étaient nues et peintes en blanc; les parquets suintaient l'humidité; les lits et les fenêtres étaient dégarnis de rideaux ; et, à l'exception de la chambre d'audience de Jonathan, toutes les pièces éteient dépourvues de sièges et de tables.
De grands escaliers de pierre conduisaient on ne savait où, et de longs corridors sombres remplissaient d'une vague terreur les individus qui pénétraient dans cette maison, où tout semblait ménagé pour effrayer les esprits Aussi racontait-on d'étranges histoires sur ce séjour affreux. Les uns disaient que les greniers étaient occupés par de faux monnayeurs; les autres affirmaient que des passages souterrains s'étendaient jusqu'à iNewgale, ce qui permettait à Jonathan de découvrir de grands mystères, et en même temps d'épargner à la justice certaines exécutions qui réclamaient le silence et l'oubli. Enfin, les bruits les plus é: ranges circulaient dans le public, et, par système, Jonathan contribuait de tout son pouvoirà les répandre et à les accréditer.
En arrivant à sa demeure, Jonathan frappa d'une façon particulière à la po' te, qui fut aussitôt ouverte par le portier dont nous avons dit un mot. Sir Rowland n'eut pas plus tôt franchi le seuil, que deux énormes mâtins se précipitèrent sur lui en poussant des aboiemens furieux. Sir Rowland se mit sur la défensive ; mais il eût été dé hiré en morceaux si des coups énergiquement distribués par le maître du logis ne leur eussent fait lâcher prise.
Après avoir fait des excuses à sir Rowland et gourmande le portier, en l'accusant d'avoir détaché les chiens sans son ordre, Jonathan donna l'ordre à ce dernier de l'éclairer jusqu'à la chambre d'audience.
Sir Rowland suivit son guide à travers un noir corridor, au bout duquel se trouvait la chambre en question, ^es regards se promenèrent alors avec curiosité dans l'appartemenl tan« disque Jonathan donnait, à voix basse, des instructions au portier.
Au premier coup d'œil, sir Rowland se crut transporté dans un cabinet d'antiquités, en voyant les murs garnis d'armoires vitrées et de rayons encombrés de mille objeis étranges.
Curieux d'examiner ces objets, il s'approcha des rayons, mais aussitôt il recula de dégoût à la vue d'un complet assortiment d'armes dont chacune, ainsi que l'indiquait l'étiquette qui y cuit attachée, avait trempé dans le sang.
LE BANDIT DE LONDRES
Ui
Ici c'était un rasoir tout ébréché, à l'aide duquel ua fils avait égorgé son père ; là, une barre de fer dont un bomme s'était servi pour assommer sa femme... Plus loin, la hache d'un exécuteur des hautes œuvres... et, enfin, l'arsenal complet des instrumens de torture... Tous ces hideux objets, dont nous ne voulons pas donner un plus long catalogue, étaient classés, disposés et numérotés avec un soin tout particulier.
Sir Rowland, détournant les yeux de ce dégoûtant spectacle, les porta sur Jonathan, et il ne put s'empêcher de frémir en songeant qu'il s'était volontairement mis au pouvoir de cet homme épouvantable.
A cette époque, Jonathan Wild marchait rapidement à l'horrible célébrité qu'il acquit peu de temps après, et à laquelle, nous l'espérons, personne n'arrivera désormais. Pour conserver cette toute-puissance, il fallait une indomptable énergie, une incessante activité, une audace, une sûreté de coup d'œil à toute épreuve, et Jonath tn possédait toutes ces qualités au suprême degré. Les difficultés et le danger ne le détournaient jamais de Sun but. Ce que son esprit avait conçu, sa main l'exécutait sans crainte. Intel médiaire officiel entre les voleurs et les victimes, il lesdépouill: ment,
et envoyait à la potence les scélérats qui refusaient de partager avec lui le butin.
Il avait divisé Londres en districts, partagés à leur tour à des bandes de voleurs dont les chefs, nommés par lui, recevaient et exécutaient ses ordres. Les environs de Londres étaient divisés de la même manière. Quant aux individus auxquels il donnait des fonctions importantes, c'étaient pour la plupart des criminels libérés, sur lesquels il exerçait une autorité sans bornes... Plus tarJ, et 1er qu'il fut au comble de sa puissance, il organisa, — chose inouïe jusqu'alors,— un trafic de sang humain, c'est-à-dire qu'il parvint à se procurer.de faux témoins à l'aide desquels il faisait condamner à mort tous ceux qui le gênaient.
En voyant le visage bouleversé de sirRowland, Jonathan devina sans doute les inquiétudes qui agitaient son hôte, car s'avançant vers lui :
— Sir Rowland, — lui dit-il avec un sinistre sourire, — vous admirez, a ce que je vois, mon cabinet de curiosités... oh I bien d'autres l'ont, avant vous, admiré .. et de ceux- à môme qui, plus tard, ont contribué personnellement à ma collection... ah! ah !...Ce crâne,— ajouta-t-il en désignant du doigt une tête de mort,— ce crâne a jadis appartenu àTom Sheppard, le père du jeune drôle que vous connaissez et dont le crâne sera, quelque jour, sur ce rayon, à coté de celui-ci...
— Occupons-nous de notre affaire, monsieur! — dit sir Rowland, pale d'horreur.
— Soit, sirTiOwland, je suis a vos ordres.
— Voici la somme que vous m'avez demandée, —dit sir Rowland en jetant un portefeuille sur la table; — comptez.
Jonathan ouvrit un œil avide 1 1 compta les bank-notes.
— \ ous vous êtes trompé, sir Rowland,— dit-il après un instant de silence,— je trouve cenl livres de trop.
— Gardez-les,— répondit hautement sir Rowland.
— Je les porti rai à votre crédit, — répliqua Jonathan avec un sourire significatif.— El maintenant,— ajouta- 1 il,— allons voir votre neveu.
— Un mol. encore , —dit sir Rowland.
— Je vous écoute. -
— Je voudrais avoir quelques détails au sujet du père de cet enfant.
— Je puis vous satisfaire.
— Sans nouvelle contribution de ma part?— demanda sir Rowland.
— Pas précisément,— répondit froidement Jonathan.— Je n'ai pas l'habitude de me séparer ainsi d'un secrel important. Cependant, je vous ai p trais de ne vous point imposer de trop dures conditions, et je tiendrai parole... Nous sommes seuis, sir Rowland, ajouta t-il en mouchant les chandelles et en promenant ses regards autour de la chambre...— confidence pour confidence..! et vous vous en trouverez bien...
— Je ne vous comprends pas, monsieur, —dit sirRowland.
— Je vais m'expliquer très clairement... Vous êtes impliqué dans les complots du parti jacobite...
— Ha ! s'écria sir Rowlan I.
—Et, par conséquent,— continua Jonathan sans avoir l'air de remarquer l'interruption, — et, par conséquent, vous êtes en correspondance avec les chefs du parti...
— Quel droit avez-vous de faire de semblables suppositions, monsieur? — demanda fièrement Rowland.
— Un peu de patience, sir Rowland, et vous allez le savoir. Si vous consentez à me donner une liste de vos complices, ainsi que la preuve de leur trahison, j'assurerai non-seulement votre sûreté, mais je vous ferai connaître, en outre, le rang et le véritable nom du mari de votre sœur Aliva... J'ajouterai même à ces renseiguemens quelques particulités fort curieuses concernant votre sœur Constance, perdue depuis tant d'années,
— Ma sœur Constance! Parlez!... que savez vous?
— Ainsi, vous accepte/, ma proposition ? — dit Jonathau.
— Me prenez-vous pour un scélérat de votre espèce? — réponditsir Rowland avec i 'le mépris.
— Je vous prenais, — répliqua sèchement Jonathan, — pour un homme avide de saisir toutes les chances favorables à ses intérêts... Je me suis trompé, à ce qu'il parait... ne parlons donc plus de celte affaire. Mais un temps viendra... et ce temps n'est pas éloigné... où vous serez disposé a acheter ces secrets à un prix encore plus élevé.
— Etes-vous prêt ? — dit sir Rowland en s'avançant vers la porte.
— Je suis prêt , — répondit Jonathan en le suivant, — et les espion de vous survei. 1er sont prêts aussi, — ajon ta-t-i 1 en baissant la voix.
Peu d'instaus après ils quittèrent la maison.
L AXTItE \OCTin\E.
î quelques minutes d'une marche rapide et silencieuse, Jonathan Wild et sir Rowland arrivèrent dans une ctroiîe rue longeant la Tamise.
A cette époque, les rues principales de la métropole étaient à peine éclairées, c; les quartiers moins fréquentés restaient, loul ongés dans une entière obscurité; aussi, le
attardé éprouvait-il toutes les peines du monde à trouver son chemin. Mais Jonathan connaissait les plus mystérieux d tours de la ville, et ses yeux de chat- tigre déliaient les plus épaisses ténèbres. Voyant que sirRowland n'avait- . qu'ave : hésitation, Jonathan le prit par le bras et i immandant de marcher avec précaution, il le conduisit dans une êtroil 1 1 toi : n use allée, a l'extrémité de laquelle se trouvait un escalier sans rampes et dangereux, même es I marches étaient glissantes. Au risqua de se dcou, tous deux descendirent lentement, et auboutde quelques minutes, ils arrivèrent à une porte basse que Jonathan ouvrit sans bruit et qu'il referma avec soin après avoir fait entrer sir Rowland.
L'espèce de caveau dans lequel ils venaient de pénétrer ressemblait à la cabine d'un petit navire marchand. Le plafond, soutenu par des solives à peine sies, était si bas qu'un homme de hait ■ li tou hé de la tête. Djiis un coin de ce trou souterrain, flambait un grand feu autour des hommes de fort mauvaise mine.
La majoriti i octurne se composait deceshareurs des bords de la Tamise, dont la spécialité consiste à déiober des marchandises dans les do< kset dans les ux quais. Outre ces bandits, il y avait 1 i de ces hommes au regard oblique qui achètent et recèlent la meilleure part du butin; puis, quelques Unîmes aux larges hanches, juiant et buvant à qui mieux mieux.
A1NSW0RTU.
La perle de telle aimable réunion éiait une femme t!e trentecinq ans environ, découplée comme un grenadier aux ga et denée de ce g mre de bea M q l'on admire à la halle. tress Spurlinr:, — on la nommait ainsi, — était brune de teint autant qu'une mulâtresse, et sa lèvre supérieure se dessinait sous l'ombre d'une nioust;che dont un midshipman eût été fier.
La dame en question avait été partir.nl ireu-e
dans ses connexions matrimoniales. Si mieis ma-
ris étaient morts de la fièvre de chanvre pi et le qua-
trième, condamné deux fois a la potence, avait dû son lut à Jonathan qui , da<.s un but facile à dei i.er, l'avait ait nommer aux fonctions importantes de porte-clefs à la prison de Newgate.
A l'arrivée de l'agent de police, mistressSpurling, accroupie près du foy r, surveillait une préparation culinaire, mais en voyant entrer Jonathan, elle se leva soudain, et se frayant un chemin jusqu'à lui, à grands renforts de coups de poings, elle le conduisit, ainsi que «àr Row an I, dans une pièce voisine où se trouvaient attablés Quia Arnold et Van Galgebrok. Celle introduction terminée, misiress Spurling se retira discrètement.
Lesdeux hommes se levèrent en apercevant Jonathan et son compagnon.
— Voici le gentleman, — dit Jonathan Wild en montrant sir Rowland au capitaine du sloop, — il veut vous recommander lui-même son jeune par. M.
— Sa seigneurie beut gompfcï sur moi, — répondit Van Galgebroken faisant un profo idsaluf àsir Rowland, — seulement, je ne rebonds pas ; accidens qui bourraient arriver tendant le foyage .. tels que bar exemble... une chute imbréi-ue par dessus bord... on ne sait bas ce qui 6et/Jarriverl
— Où est le jeune homme? — demanda sir Rowland, en promenant amour de la chambre un regard soucieux, — je ne le vois pas.
— Il est là-dessous... —répondit le capitaine en montrant dudoist le sol. —Allez le chercher, Quilt.
Ce disant, il poussa décote la table, et Quilt se mit en devoir de soulever une trappe.
— Hup ! bup ! — ( ria-t-il par l'ouverture de la trappe, — on a besoin de vous ici.
N'entendant aucune réponse, Quilt plongea son bras dans le trou, et, après de grands efforts, il parvint à tirer Tamise Darrell hors de l'affreux r. duit.
Le pauvre enfant, les mains attachés derrière le dos, était d'une pâleur livide, mais son i égard ne trahissait au un effroi.
— Pourquoi n'êtes-vous pas moiré quand jevous ai appelé, chien? —cria Quilt d'une voix féroce.
— Parce que je savais ceque vous vouliez faite de moi, — répondit Tamise avec ferai
— Et quoi donc, s'il vous
— Vous voulez me tuer,— dit Tamise, — pour obéir aux' ordres cruels de mon oncle... Ah !... c'est lui! — s'écria-t-il en apercevant sir Rowland. — Ma mère !... q devenue ? — ajoula-t-il en regardant avidement sir Rowland.
— Votre mère est moif, — dit bru al ni. ■ut, lonathan.
— Morte! — répéta Tamise, — morte!... oh ! ..
n'est pas... vous ditescela pour m'effrayer... pour éprouver mon courage .. Monsieur! — ajoula t-il sir Rowland, —dites-moi que cet homme a menti... dites-moi que ma mère est vivante... et faites de moi ce que vous voudrez...
— Votre mère n'est plus ! — ré, ondlt sir Rowland en s'abandonnantà une vive émolion.
— Ma mère!... ma ; e '... articula Tamise qui tomba sur ses genoux et fondit en rmes. — Oi >:... je ne la reverrai plus!... je n'entendrai plussavoix i " Hâtez- vous doue, boutreaux... tuez-moi... carj'iri
dre ma pauvre unie!...
— Rien ne presse,— ré) liqu'a sèchement J na
— Je n'irai pas plus loin, — dit sir Rowland, — donnezlui la liberté.
— Vous me remercierez plus tard de vous avoir désobéi,— répondit Jonathan. — Bâillonna ce jeune drôle, — ajouta-l-
il en poussant brutalement Tamise vers Quilt Arnold, — et m
— Vo n est inutile... je ne crierai pas, — dit le
. I Arnold introduisit de force
un morceau de fer dans la bouche de Tamise Darrell, puis
11 le • - de la chai.
Sir Row and, p s la stupeur, ne fit pas un peste,
roni nça pas une parole, tau lis qu'on entraînait ainsi son
neveu.
— f>e sloop est-il prêt a mettre à la voile? — demanda Jonathan sais quitter des yeux sir Rowland.
— Ya, — répondit Van Galgebrok, — je bartiral quand \oas foudrez.
— \ oici vos dépêches, — ajouta Jonathan en donnant au Ho landais un . — vous les ouvrirez lorsque vous serez aux large, et vous vous confermerez au instru -.lions qu'elles contiennent.
— Je ' . — répondit Van Galgebrok en grimaçant un hi eux sourire d'intelligence, je combrendêï
— Sir Rowland, dit Jonathan, — voulez vousres'er ici jusqu'à mon retour, ou , us m'accompagner?
— Je veux vous suivre, — répondit sir Rowland qui avait repris son calme habituel et rappelé ses méchans instincts.
— Venez alors, — répliqua Jonalhan en marchant vers la pore, — nous n'avons pas de temps à perdre.
Les t; ois liommes sortirent de I antre nocturne et gagnèrent rapidement les bords de la Tamise. Us ne tardèrent pas à retrouver Quill Arnold qui les attendait rès d'une embarcation dans laquelle il av^it jeté son piisonnier. Après avoir échangé quelques motsavi tme qui re rit aussitôt le chemin de la taverne, Jonalhan, suivi désir Rowland et de Van Galg. brok. s'embarqua dans le bateau qui s'éloigna rapidement du riv ' s avirons exercés de deux ba eliers.
Bien quela nuit fût dejà fortavanc e, les ténèbres avaient iaru, grâce à la lune qui venait de se lever. Au moment où l'embarcation approchait du pont de Londres, J»nathan ordonna tout bas à Van Galgebrok qui tenait la barre.de gouverner de façon à passer s ius une des arches du pont qu'il lui d signa du doigt. En entrant sous la voûte, sir Rowland fut pris d'nn tremblement nerveux
— Vous rappelez- ous ce qui s'est passé en cet endroit, il y a douze ans? — lui demanda Jouathan en accentuant chaque mot.
— Je ne me le rappelle que trop!... Force de rames ! — t ajouta-l-il en s'adressant aux bateliers, — il fait un froid* mortel ici
Pas un mot ne ftt prononcé ajrèï cet incident, et l'embarcation accosta mystérieusement le sloop. G pendant, l'éq 1, ag était ras pont, et une éi lie. le détordes
• i té jetée dans le bateau, Van Galgebrok grimpa lesledans s n navire. Oaaut à Tamise, il fui his.-é au moyen d'une corde que Jonalhan lui attacha solidement autour uu corps.
Au moment où il se seulil en'ever, Tamise jetant sur son oncle un regard pénétrant et lerr.b.e, lui dit d'une voix
— Nous nous reverrons !
— Pas en ce momie, — repartit Jonathan. — Allons... levez l'ancre, — ajoula-t-il en faisa t un sig e d'adieu à Van
brok; — sM-iuut n'oubliez pas de consulter vos dépêches.
— Pon'.fon!— ré| ot d t le Hollandais qui, s'emparant de
, disparut ans Ptu u ii.: tans après, a du sloop et
it la iiiiir.ni, Joua-
es iur la rive, i uvauQuiit Aruold tenant un
A une i ince, on vevait une voilure altciéo de
. ux.
— Enfin I... je puis respirer en libellé! — dit sir Rtwland eu sautant du bateau sur la grève.
LE BANDIT DE LONDRES
— Pas encore, sir Rowland, — répondit Jonathan, — vous êtes mon prisonnier.
— Comment ! — s'écria sir Rowland en tirant son épée et en faisant deux pas en an i
— Je vous arrêie pour crime de hante trahison, — ajouta Jonathan qui, d'une main, ajusta sir Rowland avec un pistolet, tandis que de l'autre il lui montra un parchemin.— "Voit i l'ordre !
— Traître! — articula sir Rowland d'une voix vibrante. — Traître infâme!
— Emmenez cethomme,— dit Jonathan ù ses agens, qui saisirent sir Rowland et le portèrent cl • u s la voilure avant qu'il eût le temps de prononcer une autre parole, — chez monsieur Walpole d'abord, puis à Newgate... et vous, — ajoula-t-il en s'adressantà Quilt, courez a la maison ronde de Saint-Giles, et si monsieur Wood y est encore, ordonnez de ma part qu'il soit relâché... Libre à lui, maintenant, de courir après son fils adoptif... Vous me. retrouverez dans le Mint, où je veux voir te que devient Jack Sbeppard.
A ces mots, Jonathan monta lestement à cheval et partit au galop.
COMMENT JACK SHEPPATtD S'EWOLA DE LA CAGE DE WILLESDEN.
Le cri déchirant poussé par mistress Sheppard dans l'église de Willesden, eut pour son lilsles plus funestes conséquences Profitant du trouble occasionné dans 1 1 congrégation, Jonathan Wild parvint à sortir du temple sans attirer l'attention; mais il n'en fut pas de même de Jack Sheppard, qui fut arrêté, au moment où il se glissait vers la porte, par des individus témoins de tout ce qui s'étail pâss
Cependant monsieur Kneebone ayant senti une légère secousse imprimée à ses vêleniens, mit instinctiven eut la main dans sa poche. Mais quel fut son effroi en s'apercevant de la dispa.iiiou de son portefeuille, qui contenait des lettres et desdeeumens fort c .mpromeitans et relatifs an complot jacobite. Certain d'avoir été victime d'un vol, monsieur K bone regarda avec anxiété derrière lui dans l'espoir de découvrir le \o\- iir, et il ne fut pas moins surplis que d en voyant arrêté .Ta' k Sheppard, car, en dépit de ses faiblesses, le marchand drapier avait le iœur bon. Cette arrestation lut uir-trait de lumière pour monsieur Kneebone, qui comprit alors la cause du cri poussé par mistress Sh< p| ard, et les regards étranges qu'elle avait jetés sur lui, tandis que Jack exécutait le vol.
Monsieur Kneebone s'approcha du conslablequi venait de s'assurer de la personne du jeune homme, et lui faisant part de ses soupçons, il le pria de conduire le prisonnier dans le cimetière attenant à 1 église, afin d'éviter les embarras de la foule Monsieur John Dump, — tel était le nom du consiable, —accueillit favorablement celte demande, et dèsq e.iaikeut quitté l'église, on le fouilla de la tête aux pieds, mais sans succès. En vain monsieur Kneebone lui pron.il-il sa libf rté et même une forte récompense s'il consentait à lui rendre sou portefeuille ou bien à lui nommer le complice entre les mains duquel il était passé, Jack protesta hautement de son innocence et Unit par menacer ses- accusateurs.
Convaincu de l'inutilité de ses efforts, monsieur kneebone interrogea plusieurs hahitans du village, et l'un d'eux lui apprit qu'un étranger venait de partir a Franc ét| ier dans la direction de Londres, et que cet homme u'avait pas l'air très honii
Malgré le c ra tère extrêm mi i vague de cette information, monsieui netlre à la poursuite dftl'bo ,» du consiable , i gagna rapidi nu ut I ko • rie, <• anda son t, sautanl lé èrement en selie.il partit au galop sur les traces île l'étranger.
Pendant ce temps, monsieur Dump et les autorités du village, après une courte délibération, avaient décidé que Jack
Sheppard serait renfermé dans la cage, c'est-à-dire dans une ■ de prison ainsi nommée dans le pays. En conséquence, le jeune coupable fut conduit à sa nouvelle demeure ■bustes gailiaids qui se métamorphosèrent ns delà force armée.
du cimetière, Jack Sheppard fut témoin d'un in : lit sur lui une impression pro-
fonde. Assise, ou plutôt couchée au pied d'un arbre, une femme aux traits souffrans et pâles r. avait les soins empressés dune foule de personnes. Cette femme était mistress Sheppard.
En reconnaissant sa mère, Jack se sentit mordre au cœur par un remords cruel, et pressant le pas pour se dérober à ce douloureux spectacle, il arriva bientôt à ia porte de la prison.
La cage de Willesden était,— ou plutôt, car elle existe encore,—est un petit bâtiment, circulaire haut de huit pieds environ, et surmonté d'un toit en forme de dôme. On entre dans evite cage par une porte solidement construite, et dont la partie supérieure est garnie de barreaux de fer.
Jack Sheppard, après avoir été renfermé dans ce Heu, resta pendant quelque, temps plongé dans un complet découragement. Abandonné par l'instigateur du crime, par ce Jonathan sur l'appui duquel il comptait, Jack, dé: olé d'ailleurs par le souvenir de sa mère, en vint à désespérer de lui-même, car malgré l'énormité des fautes qu'il avait commises depuis quelques jours, son cœur n'était pas encore endurci.
En proie aux déchirantes pensées qui tourmentaient son esprit. Jack se laissa tomber sur la litière de paille qui couvrait le sol de sa prison, et bientôt, cédant à une fatigue accablante, il s'endormit profondément.
A son rév il. il trouva le jour déjà fort avancé, mais personne ne le vint visiter dans sa triste solitude; seulement, quelques curieux grimpant le long de la porte, de la cage, erent, a travers les barreaux de fer, leurs gros yeux hébétés e( h urs bouches stupidement béantes.
Cependant la faim se faisant sentir, Jack promena ses regards amour dé la cage, et il vit dans un coin un petit pain noir et une cruche en terre. Il se traîna jusque-là et se mit à manger ; p>ii s il but avidement quelques gorgées d'eau. Si maigre que fût ce repas, Jack sentit soudain ses forces renaître, et avec ses forces cette énergie, celte audace, dont plus tard il donna des p euves fi merveilleuses.
11 examina attentivement sa prison, et résolut de tenter une évasion. I a porte était trop solide pour qu'il lui fût possible de la briser... Quant aux murs, leur effrayante épaisseur ne lui offrait aucune chance d'issue... mais il ne douta pas de pouvoir se frayer un chemin à travers le toit, si touis il parvenait à grimper jusque-là.
Taillis 'i sur la paille, il méditait l'exécution de
ce projet, il aperçut, à quelques pas de lui, une vieille fourchette couverte de rouille... Il s'en empara sur-le champ et la cacha soigneusement.
Quelques instans après, monsieur Dump entra dans la renouvelâtes provisions de bouche de son prisonnier; puis il se retira gravement et sans mot dire. Au moment où l il refermait la porte, Jack le pria, mais en vain, de lui taire passer un peu de gin. Celte demande, dédaigneusement ac- | cueillie par le respectable fonctionnaire, lit une impression ! bien différente sur l'un des curieux qui se pressaient à la' de la cage. Eu effet, aussitôt après le départ de monsieur D imp, Jack entendit frapper à la porte, et s'élant appio. I.é pour savoir ce qu'on lui voulait, il aperçut un long tuyau de pipé qu'une main charitable passait entre les barreaux de fer.
Devinai t aussitôt le but de cette manœuvre ingénieuse, J-ok appliqua le tul à ses lèvi - ci bientôt il aspira la liqueur favorite qu'il avait demandée vainement au con stable.
Apiè- avoir bu suffisais t ri i 'obligeant in-
connu, Jack alla de nouveau s'étendre sur la paille et résolut d'attendre la nuit pour accomplir son projet d évasion. Mais la trop torte dose de gin qu'il avait bue le plongea dans un sommeil perfide, et lorsqu'il s'éveilla, le jour commençait a poiudre.
ATNSWORTH.
Maudissant sa pnres-e, Jack l mmc un rhevreau
surpris par le cba sl se mit-
à l'œuvre.
A. l'aide d - ;,s l!'' '■ >" tei ll '-':
ait, i in iu puis, appuyai «du
Hua dans le plâ rc une
bientôt ii ■■ ■
finit, a foi Hlll'r (1';:
poutre, ta main, jl ari
plus voisines.
Le reste nefut plus qu'un jeu pour lui, et au bout de quelques minutes, il avait pratiqué dans le toit une ouverture assez largo pour que toul " se prép
à sortir par cette voie, lorsqu'il i n dop d'un
val, et il n'eut que le temps de rentier sa tête et ses bras déjà en dehors de l'ouverture.
Au lieu de passer outre, comme Jack l'espérait, le cavalier s'arrêta juste en face de la cage. Bientôt, un second cavalier vint se joindre au
Jack était dans des traînes mortelles, car il ne doutait pas que ces. hommes ne fussent des officiers de justice qui le venaient chercher; mais ayant prêté l'oreille, ses craintes se changèrent en joie, en reconnaissant deux voix amies.
— Hâtez-vous, Peaubleue,— dit l'un des cavaliers, —dans deux minutes tout le village sera sur pied... Forcez la porte...
— Inutile, monsieur Jonathan, — s'écria Jack en paraissant sur le toit, — le tour est fait.
— Comment ! Jack, c'est vous?
— J'aime à le croire, — répondit Jack d'un ton insouciant.
— Bravo! — dit Jonathan.
— Ma foi ! —ajouta Peaubleue,— cela passe tout ce que j'ai vu de plus fort en ce genre.
— Mais, comment allez-vous descendre? — demanda Jonathan.
— Voici! — répondit Jack en sautant aux pieds de ce dernier.— Tenez, monsieur Jonathan, — ajouta-t-il en riant,— quand on voudra me retenir, o loisir une prison plus solide.
— Oui... oui... — répliqua Jonathan, je crois, — en effet, que vous donnerez du fil ;'■. retordre aux gardiens des prisons de Sa Majesté.. Allons. . Paubleue!... — ajouta-t-il, — en route...
— Montez en croupe sur mon cheval, — dit PeaHbleue à Jack, — et je vous mènerai I 'à Londres. Edgeworlh Bess et Poil Maggot sont inconsolables depuis votre disparition... Quant à monsieur ECneebone, n'ayez aucune inquiétude, monsieur Jonathan s'est chargé de son affaire.
— Oui... oui... — dit en riant c ilui-ci, — il tient maintenant compagnie à sir Rowland... A propos, Jack, je suis tentde vous, car le. portefeuille de ce galant capitaine c liait les papiers et les lettres dont j'avais besoin... Allons, montez derrière Peaubleue, et en route.
— Avant de quitter ce village, je veux voir ma mère.
— Etes-vous fou? — dit brusquement Jonathan.
— Voulez-vous donc vous ei pos ir à de nouveaux dan
.• — Peu m'importe, — répondit Jack, —je » ux voir ma mère et je la verrai... Pr vans... je vous rejoi
! ce soir à la taverne... je vous le promets.
i — Puisque vous avez rés >lu de faire cette folie, — d nathan qui sans doute avait ses raisons pour ne pas contrarier le jeune bomme, — je ne ■ "donnerai pas. Peau bleue va garder les chevaux, et je vous votre mère.
A ces mots, il descendit de cheval, et passant la bride au bras de Peaubleue en lui recommandant de continuer la au pas, il suivit Ja k dans un étroit senti r qui au cottage de mistress Sh ppard.
— Voici la demeure de n a mère, — dil ïa '.. en montrant à Jonathan une charmante petite maisonnetti
était endos un parterre tout peuplé d'œillets et de t< ses. — Attendez-moi... je serai de retour dan
— Ne vous pressez pas, — répondit Jonathan, attendrai.
je Vous