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COMMENT WACBLECE ENDURA LA PEINE FORTE ET DCRE

Dès le jour suivant, la nouvelle de l'évasion de Jack Sheppard s'étant répandue dans le public, une foule considérable de curieux se présentèrent à Newgate, avec l'espoir d'être admis dans le cachot du piisonmier; mais, d'après l'ordre formel du gouverneur, conseillé par Jonathan Wild, l'accès de la prison fut sévèrement interdit.

On doutait que l'exécution du condamné pût avoir lieu sans un nouveau jugement : à cet égard, les avis étaient partagés. Pour couper court à cette difficulté, le gouverneur de Newgate partit pour Windsor, après avoir délégué l'intérim de ses fonctions à Jonathan, qui, profitant de sa toute-puissance passagère, prit, contre le prisonnier, les mesures les plus rigoureuses.

Jack, après avoir été dépouillé de ses élégans habits, revêtu de haillons sordides et chargé de fers, avait été transporté du cachot des condamnés dans le cachot de pierre, — le plus horrible lieu de la prison. Là, plougé dans une obscurité complète et dans une solitude troublée seulemenJ par les courtes et régulières visites d'Austin qui jamais ne prononçait un seul rjot, — n'ayant pour toute nourriture que du pain moisi 'et de l'eau bourbeuse; — couché sur les dalles humides, sans posséder même un morceau de couverture pour réchauffer ses membres glacés, — Jack sentit son énergie l'abandonner, et bientôt il tomba dans un profond accablement. Il appelait de tous ses vœux l'heure fatale qui devait l'arracher à ses souffrances par une mort violente ; — mais 11 ne devait pas mourir encore.

Monsieur Pitt était revenu de Windsor avec l'ordre de suspendre l'exécution, et deux éminens jurisconsultes, sir William Thomson et monsieur Raby, ayant été consultés, il fut décidé qu'il fallait constater, par les voies judiciaires, que Jack Sheppard était bien le même individu condamné antérieurement à l'évasion, avant de faire exécuter la sentence ; ce qui nécessiterait le renvoi de cette question à l'époque des prochaines assises.

Cependant, le malheureux prisonnier, ignorant ce délai, languissait dans son affreux cachot, et, après trois semaines expirées, il tomba si sérieusement malade, qu'on fut convaincu de sa fin prochaine- 11 refusait de prendre aucune nourriture, et des alimens meilleurs lui ayant été pré entés, il les repoussa de même. Comme ce genre de mort n'était pas ce que désirait Jonathan, il fut convenu que Jack serait transféré dans un lieu plus aéré et qu'on s'efforcerait, par un traitement convenable, d'opérer sa guérison, ou, du moins, de prolonger son existence jusqu'au jour du supplice.

Dans ce but, on porta Ja< k dans la partie de la prison connue sous le nom de château, — un vaste donjon situé dans l'aile de l'ouest, et considéré comme le plus sûr 4e la prison.

Les murs avaient une immense épaisseur; les étroites lucarnes étaient défendues par une double rangée de barreaux; la cheminée était bouchée, et, pour tout meuble, il y avait un lit de camp divisé en deux conrparlimens. Ce lit, occupant un des coins de la chambre, avait environ douze pieds de haut, neuf de large et quatorze de long; il était, en outre, séparé de l'intérieur de la chambre par une double porte extrêment solide.

Comme Jack dépérissait à vue d'oeil, on le débarrassa de ses fers, on lui rendit ses propres vêtemens, et on lui donna un matelas, des draps et une couverture. Mistress Spuriing fut chargée de l'emploi de garde-malade, et, grâce à ses soins, les progrès du mal furent arrêtés, et, peu à peu, Jack sentit ses forces renaître.

A peine enlra-t-il en convalescence, que Jonathan recommença ses odieux traitemens. Les objets de literie furent enlevés; mistress Spuriing reçut l'ordre de cesser ses soins et ses visites, et Jack fut, derechef, chargé de chaînes et réduit à un affreux régime alimentaire. En dépit de tout, Jack recouvra la santé, et avec la santé, son indomptable énergie

Jusque-là, aucune personne du dehors n'avait obtenu l'autorisation d'arriver jusqu'à lui ; mais, l'époque du nouveau jugement étant proche, on se relâcha de cette rigueur insolite, et quelques personnes furent admises dans le donjon, mais à de rares intervalles, et toujours sous la surveillance d'Austin. Aucune d'elles, cependant, ue put donner à Jack des nouvelles de Tamise Darrell, non plus que de mistress Sheppard et de la famille Wood. Sur ce point Austin, à qui Jonathan avait fait la leçon, gardait un silence impénétrable.

Un mois environ se passa de la sorte. On touchait aux premiers jours d'octobre, et les assises allaient s'ouvrir.

Une nuit, au moment où Austin allait fermer la porte principale, Jonathan et ses deux acolytes entrèrent dans la loge avec un prisonnier qui avait pieds et mains liés. C'était Peaubleue. Dès qu'on eut détache ses liens, il s'élança comme un furieux sur Jonathan, le terrassa , et, le serrant à la gorge, il l'aurait infailliblement étranglé , si les gardiens ne le lui eussent arraché des mains. Encore eurent-ils toutes les peines à le dompter, tant sa force était redoutable, et ce ne fut qu'après une lutte acharnée que Peaubleue put être enchaîné. A l'en croire, il avait été pris dans son sommeil et grâce à un narcotique jeté dans sa boi'son, autrement , dirait il , on ne l'eût pas eu vivant. Jonathan, affirma t-il, lui avait, de plus, volé une somme considérable , et il ajouta que si cette somme ne lui était restituée, il ne répondrait à aucun interrogatoire.

— Nous verrons cela,— répliqua Jonathan. — Qu'on le conduise aux ceps, et qu'on le laisse réflécuir, après l'avoir solidement enchaîné. Qu'il réponde ou non aux interrogatoires, il n'en sera pas moins pendu en compagnie de son complice Jack Sheppard.

En entendant prononcer le nom de son capitaine , Peaubleue sentit frissonner ses membres athlétiques.

— Où est il? — cria Peaubleue. — Laissez moi le voir, lui dire quelques mots seulement, et je vous abandonne tout l'argent.

Sans répondre une seule parole, Jonathan fit signe qu'on l'emmenât.

Cela fait, Jonathan donna ordre à Ireton et à Austin de l'accompagner au château. La porte massive fut ouverte et ils entrèrentdans la chambre. Quelle fut leur surprise en la trouvant vide ! Jonathan eut peine à en croire ses yeux. Il regarda fixement les deux gardiens , comme pour deviner leurs pensées ; mais lien qu'ils fussent intimidés et consternés,ni l'un ni l'autre ne parut être coupable. Avant qu'un seul mot fût prononcé, on entendit un léger bruit dans la cheminée, et Jack, chargé desesfers, en sortit aussitôt. Sans faife la moindre observation, sans trahir le plus léger troubla, il alla tranquillement s'asseoir.

— Incroyable ! — s'écria Jonathan. — Comment a-t-il pu détacher sa chaîne? Austin, je m'en prends à votre négligence.

LE BANDIT DE LONDRES

— A ma négligence, monsieur Jonathan! — répondit le pprte-clefs tremblant de ta ssesn — Je vous affirme, monsieur, que Jack était encore enchaîné i! y a une heure à peine. Ma surprise est égaleà la vôtre. Mais, en vérité, je ne puis être responsable de cet accident.

— Je vous dis, moi, que je m'en prends a vous, — répondit J >nathan exaspéré.

— Ansiin n'est pas coupable, — dit Jack en se levant. — J'ai ouvert le cadenas avec ce clou que j'ai trouve d^ns un coin. SI vous étiez arrivés dix minutes plus tard, ou si je n'avais rencontré daiis la cheminée une barre de fer que je n'ai pas eu le temps d'enlever, je serais , a cette heure , à l'abri de vos poursuites.

— Vous parlez hardiment , — repartit Jonath?n. — Allez a la chambre de fer, Austin, et diles à deux des partenaires d'apporter un nouveau cadenas et les menottes les plus solides qu'ils puissent trouver. Nous verrons s'il parvient encore à s'échapper.

Jack resta silencieux, mais un dédaigneux sourire courba ses lèvres.

Austin ne tarda pas à revenir avec les deux hommes, portant chacun un lourd marteau. Ils se mirent aussitôt a l'ouvrage, et les menottes ayant été solidement ajustées, le cadenas fortement assujetti, ils se retirèrent.

— Laissez moi seul un instant avec lui , — ordonaa Jonathan.

Les gardiens sortirent à leur tour.

Jack, — dii Jonathan avec un regard de malignité triomphante, — je vais vous dire ce que j'ai fait. Tous mes plans ont réussi. Avant un mois votre mère sera ma femme Les domaines de !a famille de sir Rowland m'appartiendront, car sir Rowland n'est plus et Tamise Darrell est à jamais perdu. I'eaubleuc, qui s'est échappé après m'avoir enlevé les papiers et l'argent , est ici prisonnier et périra sur le même gibet déjà dressé pour vous. Ma vengeance est complète.

Sansalttndrela réponse de Jack, Jonathan, après lui avoir lancé un horrible regard, quitta la chambre, dont il ferma la porte.à double verrou.

— Il me reste quelque dio e à faire , — dit l'agent de police en rejoiguant les gardiens; — je veux voir dans quel état se trouve Peaubleue. J'ai une question à lui adresser. Donnez-moi les clefs et une lumic-r?; j'irai seui.

Après ces paroles, il descendit un petit escalier tournant, puis ayant traversé une longue galerie , il arriva , par un étroit passage, au cachot de Peau bji

Le prisonnier fut éveillé parle bruit de la porte qui s'ouvrait, et, malgré la pesanteur de ses fers, il se leva précipitamment.

— Que me voulez-vous? — cria-t-il d'une voix rude en reconnaissant Jonathan.

— Je veux savoir ce. que vous avez fait des bank-notes, de l'or et des papiers que vous asez volés chez moi!

— Eh bienl voici tout ce que vous saurez-, — répondit Peaubleue en grimaçant un sourire de satisfaction, ces l notes, cet or et tes papiers sont en lieu de sûreté. Vous ne les trouverez pas, je vous en réponds ; mais quelqu'un les trouvera, et cela avant longtemps.

— Ecoutez-moi, Peaublcue, —dit Jonathan qui s'efforça de paraître calme. — Si vous consentez a me dire ou sont ces valeurs, et si je les trouve à l'endroit désigné, \t vous rends la liberté. De plus vous aurez voire part du butin.

— Je vais vous dire ce que je consens à faire, — répondit Peaubleue. — Mettez en liberté le capitaine Sbe ppard, et dès que je le saurai en sûreté, — mais pas avant, — je vous rendrai possesseur de l'argent, des papiers, et, pardessus le marché d'une fou c d'autres choses doni voue ignorez l'existence.

— Vous êtes fou! — répondit Jonathan. — Pensez vous donc qu'à de pan itles conditioi s je rais à ma pics din jvengeam .

Cela dit, il sortil c! ferma vii

Dix fours "i: if '1 -, •

devant un tribunal, sous une accusation de vols, refusa de

. jusqu'à ce que la .somme de cinq cents livres ster-

Jonathan Wild lui avait volée, lui fût intégralement

cette somme, réclamée par Jonathan à titre

Ce récompense et d'encouragement, lui fut accordée par la

cour, aux term lii récent.

Comme Peaubleue s'obstinait a garder le silenee, le greffier lut à haute voix le texte du jugement applicable aux accusés refusant de répondre aux interrogatoires. Ce jugement, conçu comme il suit, produisit dans l'auditoire une vive sensation Quant à Peaubleue, son insouciance et soa sang froid dédaigneux ne l'abandonnèrent pas un seul ius? tant.

« Accusé, — portait le jugement, —vous serez reconduit dans la prison d'où, voas sortez, et là vous serez jeté dans un cachot obccur, et étendu sur la dure, sans paille, sans litière d'aucune sorte, sans vètemens et sans aucune couverture. Vous serez couché sur le dos, la face couverte et les pieds nus Vos bras et vos jambes seront étendus en croix, et sur votre corps on placera autant de fer ou de pierres que vous en pourrez supporter, et plus Le premier jour, on vous donnera trois morceaux de pain de seigle, sans aucune boisson, et le second jour, vous pourrez boire, en trois fois, et en aussi grande quantité que vous le voudraz, de l'eaa pure; mais vous n'aurez pas de pain. Et tel sera votre régime alimentaire jusqu'à ce que vous mourriez. >•

Il se fit, dans l'auditoire, un profond silence. Tous les yeux se fixèrent sur l'accusé ; mais comme il persista a ne pas répondre, on le fit sortir de la salle d'audience, et on le conduisit à Newgate pour être jeté dans le pressoir.

Le pressoir était une petite chambre carrée, avec des murs et un pavé en pierres. Dans chaque coin de cette chambre se dressait une forte poutre carrée qui touchait au plafond. A chaque poutre était attaché un lourd appareil en bois qui pouvait être, à volonté, haussé ou baissé, au moyen de poulies.

Quatre gros anneaux en fer étaient fixés sur les dalles a neuf pieds de distance l'un de l'autre. Aussitôt que le prisonnier fut installé dans cette chambre, on commença les préparatifs de la torture, et comme on connaissait sa force extraordinaire, Marvel, l'exécuteur des hautes œuvres, avait jugé prudent d'appeler à son aide Caliban et les quatre partenaires.

Peaubleue, néanmoins, se montra plus soumis qu'on ne l'espérait, et ne fil aucune résistance, tandis qu'on le dépouillait de ses vètemens. Mais, au moment où ils allaient l'étendre à terre, il s'échappa de leurs mains, et bondit comme un tigre sur Jonathan qui, les bras croisés, se tenait près de la porte en simple spectateur.

La tentative de Peaubleue échoua complètement. En un instant il fut terrassé par les quatre partenaires, qui se cramponnèrent à ses bras et à ses jambes, tandis que Caliban s'efforçait de renverser en arrière la tête du malheureux qui, saisissant entre ses dents, un des doigts du nègre. Spara presque de la main avant qu'on pût secourir ce dernier.

Pendant ce temps, l'exécuteur des hautes oeuvres avait attaché de grosses cordes aux poignets et aux coude-pieds de Peaubleue, puis il avait solidement amarré ces cordes aux anneaux d fait, il détacha la poulie, et la pesante

macb.il e descendit lentement sur la poitrine du pa'.ient.

Marvel prit alors deux poids en fer de cent livres chacun, et les posa dans l'intérieur de la machine; pois, au bout de Cinq minutes, ce poids paraissant insuffisant, il y ajouta cent autres livres.

LcprisonHier respirait avec difficulté.

sa constitution robuste, il résista.

Cette torture durait depuis une heure, lorsque Jonathan or-

: d'ajouter encore i ent livres. p

|Ues minul ni changement effrayant s'opéra.

j,' | du front s'enflèrent et bleuirent.

I , s ■ victime sortirent de leurs orbites et restèrent

:t tixes, «ne sueur abondante perla sur son front i

la bouche, des oreilles et des narines.

A1NSW0RTH.

— L'eau ! — râla Peaubleue.

Le bourreau hocha la tête d'une façon sinistre.

— Vous soumettez-vous? demanda Jonathan.

Pour toute réponse, Peaubleue rejeta violemment sa tête contre les dalles; maison se hâta de mettre obstacle à cette tentative de suicide.

— Essayez de cent autres livres, — dit Jonatban.

— Arrêtez! — articula faiblement Peaubleue.

— Répondrez-vous? — demanda rudement Jonathan.

— Oui.

— Délivrez-le donc,— reprit Jonathan.— Nous l'avons guéri de son obstination, comme vous voyez, ajouta-t-il en s'adres sant à Marvel.

Oui ! — cria Peaubleue en lançant à Jonathan un regard de haine mortelle; — je veux vivre pour me venger de vous!

Et comme on enlevait les poids, il s'évanouit.

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