L.\ BARRE DE FER
Le premier soin de Jack fut de se débarrasser de ses menottes. Il serra fortement entre ses dents la chaîne à laquelle étaient assujettis les bracelets de fer , et , .pressant étroitement ses doigts les uns contre les autres , il parvint à dégager ses poignets de leurs entraves. Ce premier succès obtenu, il tordit la chaîne qui accouplait ses jambes, et, moitié par force, moitié par des secousses données habilement, il brisa le fragment adhérent a l'anneau scellé dans la muraille; puis, au moyen.de quelques lambeaux de linge, il attacha les bouts de la chaîne brisée autour de ses jambes, de manière à prévenir un bruyant contact et à pouvoir marcher en liberté.
Dans une première tentative, pour grimper dans la cheminée, Jack avait échoué, comme ou se le rappelle sans doute, a la rencontre d'une énorme barre de fer. Pour écarter cet obstacle , il était nécessaire de pratiquer une hrge brèche dans la muraille. A l'aide du fragment détaché delà chaîne, Jack ne tarda pas à faire un trou profond dans le plâtre du manteau de la cheminée.
Suivant ses prévisions, le mur était solidement construit en briques et en pierres, aussi fallut-il des efforts inouïs pour détaxer la première brique. Cela fait , cependant, Jack comprit que le reste serait co ; parativement facile, et lançant contre terre ce mince fragment si péniblement obtenu, il s'écria d'une voix triomphante : — Le premier pas est fait, le plus redoutable obstacle est surmonté !
Animé par ce premier succès, Jack redoubla d'ardeur, et bientôt un monceau de briques, de pierres et de mortier, jonchant le so!, signala la rapidité de sa mar.he;au bout d'une heure, il avait creusé dans la cheminée une ouverture assez large pour s'y tenir d< bout. Il n'était plus séparé de la barre de 1er que par une faible distance, et, s'introduisant dans le trou, il poursuivit sa tache avec énergie.
Au risque d'être écrasé par les débris qui pleuvaient autour de lui, au risque d'être trahi par le bruit de leur chute, il continua son œuvre de démolition.
Enfin, apiés un travail opiniâtre, Jack, à demi étouffé par des nuages de poussière, découvrit la barre de fer. L'empoignant à de. ix mains, il la secoua jusqu'à ce qu'il l'eût arrachée; puis il sauta a terre
— Cette barre de fer me paie libéralement de mon travail, et, grâce ù elle, je réussirai I — s'écria Jack en brandissant son trophée.
Tandis qu'il s'aban Jonnait à l'espoir du succès, il crut entendre le grincement d'une clef dans une serrure. Un frisson parcourut tout ses membres; mais, recouvrant soudain son calice habituel, ii .saisit l'arme redoutable qu'il venait de conquérir, et se prépara à terrasser la première personne qui t - ■ ti t ; ait. de pénétrer dans le cacliul. Après avoir attentivement écoule, eu retenant sa respiration, il reconnut qu'il s'étajt trompe, et, reprenant courage, il s'assit sur la chaise pour se reposer un instant avant de se livrer à de nouveaux efforts;
Grâce à sa connaissance parfaite de la prison, Jack savait qu'il ne pouvait s'évader que par le toit, mais que, pour y arriver, il fallait à la fois un grand bonheur et un travail gigantesque. l'ourlant l'entreprise était possible, et les difficultés ne^rent que redoubler le courage du prisonnier.
La simple énumération des obstacles à vaincre aurait infailliblement arrêté tout autre que Jack. Il n'ignorait pas qu'avant d'arriver aux plombs et de tenter une descente effroyablement périlleuse, il lui faudrait nécessairement forcer six des plus fortes portes de la prison , sans parler d'une foule de dangers imminens. En dépit de tout, Jack ne désespéra pas du succès.
— Mon nom, — se dit-il, — ne sera connu que comme celui d'un vo'.eur, mais d'un voleur audacieux , et l'entreprise que je lente en ce moment, dût-elle avorter, ne me fera pas moins distinguer des voleurs ordinaires.
Animé par ces réflexions mêlées à sa profonde anxiété pour sa mère et à son ardente soif de vengeance contre Jonathan , il saisit la barre de fer qu'il avait posée sur ses genoux, puis il se leva et traversa la chambre d'un pas rapide. Dans ce court trajet il lui fallut passer par dessus l'énorme tas de décombres qui encombraient les abords de la cheminée.
— Quelle triste figure fera Auslin en entrant ici demain matin ! — pens3 Jack. — Il faudra, j'en suis sûr, plus de temps pour reconstruire que je n'en ai mis à démolir toute cette maçonii'-i ie
Avant de se remettre à l'œuvre, il se demanda s'il ne serait pas ; ossible de barricader la porte ; mais comme la barre de fer eût été indispensable pour l'exécution de ce proji t , il y renonça , et résolût de se fier à la fortune qui l'avait toujours si bien secondé dans ses précédentes entreprises
Il grimpa de nouveau dans la cheminée jusqu'au niveau de l'étage supérieur, et recommença son opération avec une vigueur incroyable Grâce à la barre de fer, il ne tarda pas à pratiquer une brèche dans la muraille.
— Chaque brique détachée de ce mur, — s'écria Jack,— me rapproche de ma mère I
xvin.
LA Ca\MBRE ROUGE.
La pièce dans laquelle Jack Sheppard s'efforçait de pénétrer éiait nommée la chambre rouge, parce que ses murs avaient autrefois été peints en cette couleur dont les traces avaient depu's longtemps disparu. Cette chambre, réservée aux prisonniers d'Etat , n'avait pas été occupée depuis la révolte de Preston, c'est à-dire depuis l'année 1T<6.
Après avoir pratiqué dans la muraille une ouverture asset large pour y passer, Jack jeta la barre de fer dans la chambre et s'y introduisit aussitôt.
Tandis qu'il la traversait, il ressentit au pied une douleur aiguë, et s'étant baissé pour voir ce qui lavait causée, il aperçut un long clou rouillé dont la pointe sortait du plancher. Il s'empressa d'arracher ce clou qui ne tarda pas à devenir entre ses mains un précieux outil.
Jack alla de suite examiner la porte ; mais la serrure ayant fait résistance, il enleva avec sa barre de fer la plaque qui recouvrait cette serrure et réussit à tirer le verrou.
La porte une fois ouverte, il franchit un passage étroit et obscur conduisant à la chapelle. A l'extrémité du couloir, il fut arrêté par une énorme porte, et après avoir, pendant quelques instans, cherché la serrure, il reconnut, à sa douloureuse surprise, que celte serrure se trouvait de l'autre de la porte. Cet obstacle était redoutable; néanmoins, à l'aide de la barre de fer et du clou, Jack parvint à laire sauter la serrure; puis, passant sa main à travers l'étroite ouverture, il tira les Jeux verrous extérieurs.
La porte s'ouvrit aussitôt, et il entra dans la chapelle.
ÀINSWORTH.