LA CASERNE DL QUAI D'ORSAY
— Dans la caserne de ma garde du quai d'Orsay vous avez oublié les gouttières, monsieur.
— Ali! sire, repartit aussitôt l'architecte, que le léger sourire qui effleurait les lèvres de l'empereur avait un peu rassuré, aardonnez-moi, je croyais que les grenadiers de Votre Majesté ne craignaient pas plus l'eau que le Ou !
Ce trait d'esprit acheva de désarmer Napoléon, qui se prit à rire, et répondit à l'architecte :
— Mes soldais ne craignent ni l'eau ni le feu, mais ils craignent les rhumes, elll est urgent île placer des gouttières aux toits de leurs casernes; je compte que vous réparerez au plus tôt cet oubli.
Quelques jours après, les gouttières étaient posées, el le grenadier critique disait à sps camarades •
— Le petit caporal a suivi mon conseil, il a fait poser des gouttières au quartier : les choses vont aller carrément, et nous ne serons pas ob'igfs, comme les soldats du pape, de prendre des parapluies pour traverser la cour.
Nous tenons cette an< cdote de leu monsieur Baraguey, ancien architecte du sénat et de la chambre des pairs.
La garde impériale, infanterie et cava'eric,oceupa la easerne du quai d'Orsay dans lés quatre années qui suivirent sa fondation. En 181 î. les premiers g mies du corps de Louis XVIII y furent installés jusqu'au 20 mars 1 8 l.'i époque à laquelle on la rendit à la garde impériale à son retour de l'ile d'Elbe.
Après la secon 'e restauration, elle fut envahie, comme tons les édifices mîlil ires, p: r les prétendus vainqueurs de 1815, et l'ancien quartier Napoléon, qu'on n'appela plus autrement que caserne d Orsay, fut réoccupé par les troupes françaises.
En «819. Louis XYlil lit construire sa la gauche du bâtiment principal un nouvel appendice qui acheva de donner à* cet édifice militaire un caractère grandiose. Le bâtiment central fut consacré à la compagnie des gai des du corps de service à Paris, et put le nom -Je llô'el des gard< s du corps du roi. Les deux casernes qui flanquent cet hôtel devinrent des logeroens pour l'administration et pour les officiers supérieurs des gardes.
D'après les données certaines qus nous avons puisées à des sources authentiques, nous devons ajouter que le quartier de cavalerie contient cinq cent dix-sept hommes, quaire cent quatre-vingt-quatre chevaux, deux colonels, deux chefs d'eseadrons, neuf capitaines et treize lieutenans et souslieutpnans.
Lors des événemens de juillet (830, une masse considérable de combattans s'empara de l'hôtel des gardes du corps, où i) n'y avait personne, puisque la compagnie était de service auprès de Charles X, à Saint-Cloud. On vit alors un de ces spectacles grotesques tels que Paris n'en avait point vu depuis les trouble; de ls Ligue. Des gens du peuple revêtirent sur leurs blouses les brillaas uniformes des gardes du corps, se harnachèrent de leurs casques, de leurs épées, s'armèrent de leurs pistolets et de leurs mousqueton*, et promenèrent par la vil e ces grotesques dépouilles.
Il est un fait a constater en passant , c'est que mademoiselle Dubos,qai tenait la pension de messieurs les gardes du corps, à l'hôtel d'Orsay, et a qui il était dû près de 60,000 fr. par messieurs les gardes, ne perdit pas un écu; tous s'acquittèrent, malgré le changement de position qu'ils eurent à subir. Mais reportons-nous encore une fois au temps où le quartier Napoléon, habité par les premiers soldats du monde, présentait un aspect martial.
Lorsqu'une partie delà garde revint d'Erfurth,où Napoléon était allé recevoir les hommages de tant de rois et les assurances d'amitié du c.ar Alexandre, les chasseurs offrirent un dîner aux grenadiers dans la caserne Napoléon. Le festin, dont les journaux du temps ont enregistré le menu, se passa avec cet enthousiasme et cette fraternité qu'on rencontrait surtout dans la garde. Après de nombreusis santés portées à l'empereur, à l'armée, aux divers corps de la garde impériale, monsieur Gauehet, maréchal-dés logis aux chasseurs à cheval, chanta nue chanson militaire dont nous ne reproduirons que ces deux stances.
Faisant allusion à la longueur du temps que les greua*
diers avaient mis à franchir la distance d'Eiïurlh à Paris, le poète disait :
Des invincibles grenadiers
En Frare- s'avance l'élite ;
Mai^i hargèt qn i'~ -J>m de lauriers,
Ils dp penventmareber bien vile.
De ces lieu\ ils n'ont pu fêler
La transformation soudaine (1);
Mais à ce retour du Premier (2).
Cbassours ! redoublons la neuvaine, t-ic.
D'autres louplels remplis dâ-propos furent chantés par plusieurs autres sous-officiers des deux corps, et la léie se termina à minuit par un rineerl exécuté par les musiques reunies du premier uniment de grenadiers et de» chasseurs à cheval.
En 1810, quelques Jours après lemariage deN3po'*on et de l'archiduchesse Marie-Louise, la garde, qui avait aussi §a part de toutes les joies intimes du grand capilaine, se réunit de même dans l'École militaire, de Courbe-
voie et de Ru il; o:i bonheur et son ivresse
furent doublés, car l'empereur, Réchappant des Tuileries avec quelques-uns des officiel* de sa maison militaire, tomba à l'impro isle au milieu du festin. D crire la commotion électrique que celte visite inattendue produisit parmi les convins du quartier Na;olé n serait chose imposable Tous, a u nombre de huit cents hommes, au eur de quatre tables placées circulairement sous une vaste lente dans la cour, se levèrent spontanément, et tirent retentir l'air des iris de: Vive l'empereur ! Napoléon parcourut les tables, la figure rayonnante de la joie de ses soldats, el avisant un vieux sa^peur ù la barbe grise et dont la manch? était décorée de trois chevrons :
— Eli bien! lui dit-il, tu te Irouves mieux i <-î que dans h s marais d* la Moravie, n'est-ce pas? »
— Certainement, mon empe-eur, la chose n'est pas d bilative; cependant en Moravie nous buvions aussi bien a votre santé qu'ici ; mais en Egypte, par exemple, c'était différent, nous ne pouvions boire à la santé de personne, attendu que le liquide, manquait totalement.
— Ah cà' expliquons-nous, reprit Napoléon en posant l'index sur la poitrine du vieux soldat : tu as été en Egypte, distu, et lu n'es pas décoré? Ily aquelqie chose là-dessous.
<^Rien du tout, mon empereur ! répondit le sapeur. C'est toiît bonnement hisioire de distraction de la part.... du Père Eternel, ajouta le soldat, qui, n'osant cas dire à l'empereur que c'était de la sienne, remplaça sa personne, dans son jargon, par le nom de Père Eternel.
— Alors, fit Napoléon, qui ne fut pas dupe de la réticence du sapeur, je veux te dédommager de la distraction du Père Éternel en i ép: rrint sa négligence : je le donne la croix.
— Bravo! mon empereur! cria le sapeur hors de lui; je l'aurais mieux aimé recevoir sur le champ de bataille ; mais le brimborion est bon à prendre partout, et autant ici qu'a/- Heun... Vive l'empereur I
Napoléon rit de bon cœur de la joie du vieux soldat, et après avoir distribué ça et là quelques mots affectueux, il se retira au milieu d'interminables acclamations.
Après la révolution de juillet, le quartier Napoléon, qu'on ne nomme plus maintenant que caserne d'Orsay, fut occupé parla cavalerie. Tantôt c'étaient des lanciers ou des cuirassiers, tantôtdes dragonsou des carabiniers, tantôt des chasseurs ou des hussards.
Depuis la glorieuse révolution de février, la caserne du quai d'Orsay semble avoir reconquis son ancien pre.tige ; les souvenirs de la République de 1818 viendront un jour se joindre aux souvenirs de l'Empire, el confondre ainsi ces deux époques de gloire et de poétique grandeur.
(1) A celle époque on venait d'adjoindre le bâtiment en arrière
du quartier Eugène) où on mit un es.ailron eu sus de ceux qui y étaient déjà casernes.
(2) Premier s'entend [ci pour désigner la premier régiment de grenadiers à pied de la vieille garde, paafe qu'alors ce régiment
1 avait été dédoublé et on en avait forme deux, le premier et le . deuxième. m
.ftouget ht l'îôlr.
FIERVAL
OC IE FâNMMON DÉMASQUÉ,
COMÉDIE EN IN ACTE ET EN \KKs.
Pacii indign
/'/ RSOJ\ \ li.l S
FIERVAI., prétendu d'Herlense.
UÉRONTE, père d'Hofiensc.
HORTENSK, amante de d'Albtos.
U 'ALBINS, araani .ill>.
LISETTE, suivante dHortense 1 RONTIN, \ ;»let de d'Albin*.
La scène est à Paris, dans l'antichambre du salon de Géronte. )