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LISETTE, FIERVAL

FIERVAL

C'est loi, belle Lisette; est-on visible ici? LISETTE, brusquement.

monsieur dort encore et ma maîtresse aussi.

FIERVAL

Fi ! quel air refro;;né ! quel ton atrabilaire !... Fierval eu quelque chose a-til pu vous déplaire?

LISETTE

Je n'aime point les fats.

FIERVAL

Le compli • ent est doux, Et j'en sens tout le piix... Mais, Lisette, entre nous. Que me reproches N ?

LISETTE

Vous piquez ma franchise, Monsieur !... je pourrais bien dire quelque soll

FIERVAL

N'importe, je le veux, explique-loi...

LISETTE

. C'est-olair!

Monsieur le veut... Je vais parler à cœur ou i e qui me choque en vous.c" I vous... oui, c'est vous-même, Au physique, au moral .. c'est l'amour propre extrême Qui, vous dissimulant le peu que vous valez, Vous peint comtn inix à vos yeux aveugles ;

Qui vous rend insensible aux mérites des autres, Pour n'admirer que ceux que vous dites les vôtres

Ce qui me choque en vous, c'est ce ton décisif

Qui ne respecte rien; cet Mr impératif.

Ce soin d'adontser votre chère ligure*,

Ce soin de vous vanter vous et votre to.irr.ure,

Ce maintien arrogant, ce regard effronté

Qui fespire l'orgueil et la fatuité.

Ce qui me choque en vous...

nriu M.

' Permets que je l'arrêt-'.

D'un portrait si flatleur mon âme est satisfaite ; Il est digne en tout point de la causticité... \ ous me faites pitié, Lisette, en vérité! Eh quoi ! tous les talens m'échurent en partage ; J'ai su de tout Paris captiver le suffrage; Je me vois a trente ans, sans exagérer rien, L'idole de ton sexe et l'oracle du mien; Quoique bien jeune encor, en dépit de l'envie. Les plus briilans succès ont illustré ma vie, Et tu viens ravaler par mille traits railleurs Celui qu'avec transport ou préconise. ailleurs ; Et lu m'oses blâmer d'un orgueil légitime, Que tu devrais louer, loin de m'en faire un crime Tu voudrais qu'à moi-même injuste et rigoureux, Sur t ,ul ce que je vaux, je fermasse les yeux!... Va. tant d'humilité d'un sot est' l'apanage-. Va , je croirais du ciel déshenorer l'ouvrage, Que de ne pas savoir apprécier ses dons. Que \ieHS-tu me parler de mes airs fanfarons ?

I la raison toujours par ma bouche s'explique. Pourquoi me reprocher a fermeté stoïque Qui dicte mes avis et sait les soutenir ? A qui puis je, dis-moi, céder sans en rougir ? Je ne vois que des gens fi vains, si sots, si bêt-'s ! Des bouffuiis sa as pudeur, des diseurs de sornettes, De mots qu'on leur apprend insipides échos : Un Licidas, un fat, un soi disant héros, Qui vingt fois dans un jour fait la nomenclature De sièges, de combats qu'il n'a vus qu'en peinture! Cet auteur qui, bouffi d't;n orgueil effronté, Sa fait peindre et graver sur un aigle porté, Pygmée impertinent, qui se croit un Hercule !... Moi qu'on ne voit donner dans aucun ridicule...

LISETTE

C'est les réunir lous que de s'en croire exempt. Si vous vous contemplez d'un œil si complaisant, Je vous l'ai dit, monsieur, et j'en suis un cxemp'e, D'un œil bien différent le public vous contemple.

!TF.R\ AL.

Le public !... est -il fait pour oser me juger? Il a le goût si faux et l'esprit si léger !... Et d'ailleurs quel est-il ce public si sévère, Que tu mets de moitié dans ta critique amèref Je les cherche partout ces aus;ères censeurs, Je ne trouve partout que des admirateurs. Cite-t-on de Fierval un mot, une saillie, Avec enthousiasme on la voit accueillie. Parais je dans un cercle, a peine on nf aperçoit, Qu'un murmure flatleur s'élève autour de moi ; J'entends de tout cote retentir la louange. Proposé-je un avis , soudain chacun s'y range. Stul, je sers de, modèle an du jour ;

Tous mes goftts sont suivis à lu ville, a la cour. Est-il une b auté qui m'ait été cruelle? M'a-t-on vu quelquefois pleurer une infidèle.' ( rire et de persuader,

icux que moi jamais a su le posséder?

Eli ! sans chercher plus loin, regarde ton vieux maiire,

tes propres dépens tu dois si bien eon aiire : Qu'onl pu ga ncr sur lui ce u'Allons, ton héros, F.t la douceur d'Horlétase et les brusques propos7 a pefn il me connaît, oe vieillard irascible

FIERVAL, OU LE FANFARON DEMASQUE

Devient entre mes mains une cire flexible, Que je pétris sans peine et façonne a mon gré.

LISETTE

Et ce portrait, monsieur, n'est point exagéré ? Peste! quel coloris ! quelle imaginative !... Tenez, je vois en vous la grenouille chétive Qui s'enflait sans relâche en consultant sa sœur, Pour atteindre d'un bœuf la forme cl la grosseur. Ce j irgon suffisant, cette forfanterie, Ont séduit quelque sot, quelque jsune étourdie-, Vous voilà, selon vous, un être plus qu'humain I... Combien vous vous trompez ! Connafssez-VBOS Frontin ? Fronlin n'est qu'un maraud sans grâce, sans figure ; Il r.'a qu'un gros bon sens qu'il doit à la nature. Eh bien ! voyez un pou mon goût original : ■le ne donnerais pas Frontin pour cent Fierval.

FIERVAL, avec un ri? fnrcé.

Bon ! lu veux rire.

LISETTE

l.h non ! je vous le certifie, J'aime mieux un butor qui sent son ineptie, Qu'un pédant virtuose, un bel esprit aliipr...

i ierval.

On vient...

LISETTE, avec une révérence.

Mon second point vaut au moins le premier; Je suis à vous, monsieur, quand vous voudrez l'entendre.

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