LE LÉO'.T
Pendant que ceci s> j^assal d. ns 'a rue C'iai de de ilontpel ier, une ^cèl:e d'un .ispecl liim differ i.t, mais dont le but était le n éme, se dcve.op;).iii dans une elruiie cedale de rhos,.icc (lu Saini-Ksp.'it. Prois liuuimes y éla eut réunis et dibculùitiil vivcuie t en>eu:li!e. Lun ita! Gi.y, rc' teur de l'hi'S, i.-.-; IVii.lre. Vuloii, légal du pape; el le'Iloi.^i( lu , Duniinijuc. Au iiiou;iiit où I ii. us jil û ce pénétrer le secret de lej: eiiir. lien, r'é ailG;iy \u: p;;rlait. '
— Ce que Mius tenez i si m pi ^silde, disait il, et la gri- Tite de vut'e accu.s.ii!-ii la fer,! ce!- OU r. i\on, llo^.er n'est pas coupai le <h' lnut c^ c|Ui".Oiis o»ez lui iiiiisutei', el s'il est vrai qu il ^it ble>sé i iiistiiutiou ne cet ordre u! y i herciiant un obri pour d siniidcies, il n'a poini p.n.s^é.a pro<anaiio i jusqu'à eu taire uu liiii de déuauehe avec une iille "U Malioin.
— Cille accusation sera p.ouvée, répondit froideuieui D jmiuiqi.e.
— Pe.sonns pcurra-'-il en témoigi^er? reprit Guy vi.- Bunt. car je \ûiis e; privim-'^, ilioii Irére, i l'a Rira d'une celle, aliuii^iu ucoini:- llu„ci poin queilas un la i r»ie.
— • a parole vaut l.i sie lU" , ié|:(indii eiicor Dominique, et, s'il le faut, j'y leiudrii ce. le d ^.n^ leaiuie 4. i se iiuuv„ii pr s d- celle c I ub-. ^
luurp.ile.'ii.r la valeur de ce iémoi^r.age, c'est alors ue Do ininue p.ij.iiisii l.t lép um- dÉti.nue:te d.nt n- us avoiib.aré <Lii> lebaplre pitiidin . il lU savaii irop ïur le c ra tère de leite feu me peur n'être pas ùr de sa repon. e eu e.Milai!! à la t'.jis son Dig.i il ei >a ven.-e.inei». i.e premier point po é, on pa. courut itusceux ùe i'a. cu>arn. n que (;oniiiiitju.' co.iqiiit fulminer ..nue liOg^ r ;,nii.is a iliacen .1 trouvait .ans Guy 1< même réï.iS;knce el Ls mentes scrupules; quant à MiiiiUj il niiis>. i. presque toujours l.idi> ussion en se rangeant de l'avis de Duiu. nique, des que celai-ei l'y invitait avec un giS'e parti, ulier. .
A caque fjis Guy ce lait; m,iis alors qu'il f.dlut lire Ten-
semble dece te aeeu^atiin elle lii par l en 'out si gr.ive et si lenilde. liu'il s- refus- netlcmeu' a lappuM'r, et (|uii dé- 1 !aa que ni l.iiiii ses elieva iers ne s ivi;:ieiit le ié^iat. et ne pailiciper.ieni àcc t ijour.eiuenl : Milou l':;-mfme, é!)ranlé parles ioniques objections du le.lenr et ses re us o'isiinés, n'osait ^us iiiterjoser ; on a 10 iié, bien que Dominiciu,' le pressât de pienç^ une n s liiiiou. Le muine al rs se levant et jclan sur cu^^i c ard inilé, s'écria :
— ()b ! la m:il die csi plus ^'rave que je ne pensa's, et i leur insu. les m.eillcnrs clrétims en sont ifiliges: l'hérésie gagne les ui s par l'ambili ui , les 'autres par l.i piiié.
Le re.teur, à qui s s foncions 1 cdésiasliqu: s n'avaient lien ôlé de sa rudesse u.iiiiaire, rc, ondii .'1 Dominique :
— Si quel (ue fàelir'ux esprit gngne les bous chrétiens, mon frère, c'ësi ct^ui de i'accusal'On,et non de l'hérésie : les yfux s'iiabilueiit à voir d.'s coupables quai)d ils eu clierchenl, et si qui'Ique chose m'éli nue, c'e.-^t que ce srit à r>o«;er que l'on s'adresse pour punir la priledion aecor.lée à l'hoiêsie. lorsque Pierre d'An.gon ci le eomie de Toulouse trnt it Montpellier, et lor.-que RajU'o.id Ro^er de Fi.ix t'eni d s comili .bu'es, oii sa ^œur E^chrmonde se l'ait vanité d'appartenir à cette secte inl'àaie. La volonté de notre sain!-p re ne peut pas être que l'on punisse au hasard et selon le caprice d'uu boni me.
En ;is.înt es mois, la fière figure du recteur s'anima d'une liO le expression qui ctuitrastait ave^ lecruel el fauve sou; ira de Doniiniqu-, qi.i répondit :
— La vidonic du s iiut-i)è.'e a frit de ce caprice sa volonté, et de 03 hasard o;i choix. La jusiice viendra p ur lous, et ceux qu'elle ne frappe pas aujourd'hui ne seront peut-èire pas les nii.iiisuiuelliinenl alleiuts. (,)uant à ce que j avais espéré devù.-s parla conviction, je l'exige de voire obéissances
Et comme a ce .mol la lierté du recteur avait tre^sail^i sur son visage, pomiuLiue le répéta insolemment et en élevant la voix :
— De votre obéissince, rnlendez-vous' lui dit il, et ne me fqrrez pas d'écrire au sai.t-père que je 1 ai lioavée Unie et inconqùéie. .
— ^^Ubcis'cz, obéissez, m n fr. re, dit alors Milen d'une voix triste, c'est ma.volonîé. Et ^o.is savez, ajoutat-ii, que je suis le reprcsenlaut ibi \icaiie de Dieu.
Dominique 1. i versa un regard de mépris; et le recleur, c m Jtenaui que Mi on, vieilLirJ s iiis f.jrce, était sous la doniiuaiioM du- li.oiiie, crut tn.uver dans celle découve:teun no::veau mdit'de résistance au désir de DtmiuiqdO; il s'adressa don.; au légat.
— iMi.n pèr.', lui dit il. vous ne savez pas tous lesd.ingers de lentrepri-e que l'on ve;i; lous faire tenier. Si j'-n crois mes l.:ibus Itimières, c'eat do.iner ,1 I bérr s.e la seule pu's- ^aucc qui lui m;:nque.. elle d une perséiution injus'e; c'est asso i.tr tijus les chevali. rs de la Pi oieiii c à la d. syl.éissauce duvicOmte de iSezi'-rs; c'est tuer, dans un danger cohiuiud, les eau es de dés mion ipii exi-iia ent entre Ciix, et qui lc« Eoumel aiei tairtsi sèpas émeut aux volouiés du saint siège: qu'une li^ue se forme, cl que jai mi I s hcri eurs de la guerre Ihéiisie gr Utilise à leur abii, et la l'rovei ce est perdue puur la ihr. tienié.
Le légar, iiialg é l.i fail)'es<e de son carac ère, supportait impaiie mint l'iiiso eiiie supériori é de Dominique; il se hasarda à prolilrr de l'apiioi iju' 1 ren oniiait d.n- !e relieur pour po.-er quelqugs ■ bje.iioiis ; ux v. loués <!u m due.
— Prenez gare, lion irere, f;il il douceraeiit, que v.. ire zele ne vjdus en, raine au d 'à >.U- ce q. i i->.i pesiib'e; prenez garde que i oUl rite (l:i s:iinl-s:éç- n- perde d; ns eetie unie Ujut. e q i'eLe cspécii. y g g er. Nbtie ii-ti'O Guy sait mieux qtie îious la dispo.-iiiou des c.'tvaliers, it n'iuidiez pas q .e je .-uls ie~[)ons,;i le aux yeuv du m.;.nde ds masures qae lou» pn n iivz con.re ce maihiureUi pajs.
D.^m.u iiue se 1 va aloi'S, et, assombriss.int cncere de plus en |.1js la dure eipi'es^ion desju visage, il répondit aa U'-illard: ^
— Est-ce' pour méiiie'r l'applaudissement du monde que vous è.es venu dans ce lieu et que je vous ai suivi, et faut-il, pour la récompense d'une mission de salut, autre chose que
FREDEIVIC SOULIE.
l'appl udifspment de la consrience ft l'apprftbalion de noire saintpi'i'.-? Mais les pensées inriiKhiiiie-; (liiigenl seu'(sli's actions d(s hommes, à e.' que ji> vois. Fc .u!cz-lcs donc si ii.us le Voulez, mais ij'< uli i"-/. | as iiiii' c'est ii oi qui pii-pare Vau-éole de tiloiie dont le nKMuli! clin tien ceindra votre front; n'oiil)lie7. pas non p'us le serment fait par >^iis de suivre ma volonié en louie chose et de la rcvJ'lir de votre commandement. ^
Aussiiot il tira d ■ son .«ein un lir.f du pape IiinO'Tnt IIl qui ordonnait à Milon de se soumettre, dans tous les cas épineux, à la drertion de Dominique, et qui avertissait en même temps tous les lih de l'Eglise que le moine était le seul dépositaire de ses pensées secrètes. A l'aspeci de cet impnrlunt niessa(,'e, le recteur et le légat se signèrent, et Doiniiii([ue leur en ayant donné Ici ture, le recleur des hospitaliers, ajirés l'avoir attentivement é(Outé, dit à iJouiinique:
— Et maintenant qualtendi'z-vous de moi?
— Ou'à rexeiiiplf d • tous ceux de 1 Eglise vous soyez prêt à me suivre aprês-de I ain. là ou il me piaira de porter l'accusation que Vous venez d'enlendre.
— J'obéirai, répondit irisiement le'rei leur.
Et après s'être mis ;'i genaix prjur recevoir la bénédiction du légat, il se relira. l)om:iiii|iie cl .lliloii restèrent seuls. Le malheureux vieillard, coiiinie un enl'ant <jiii sait i|u'il v.i rerevoir une réprimande, el qui voit S(jrtir celui dunt la présence la suspendait encore, devint iremblant el embarrassé dès cpi'il se vil face àfaie avec Dominique; il le suivait d'un œil irquiel pendant que celui-ei posait devant lui une |ielite table, rapprochait la lampe A pitd qui bridait dans un coin, el plaçait sous ses yeux un parehemin écrit.
— Voici, lui dit-il, l'accusation telle qu'elle devra êlre prononcée par vous, éludiez-cn les moindres parlics, pénélr.'zt8us de chaque pensée et de chaiinc parole, alin qu'au moment où vous la direz, on | uisse vous croire vérit;iblenient inspiré, et (|ue vous ne senibliez pas un écolier, comme il est arrivera Lyon, quand vous avez dû lancer ranatlième sur les parlis^ius de '\ ;idius.
— C'est bien long! répondit Milon en parcourant le parchemin d un œil de., nui ei de degoiU.
On ne sauraii dire quelle expres>ion de mépris et d'impatience anima la ligure de Don:inique à cette puérile el Mupide réponse; C'^ieidanl, il se résigna, car il |.ei;sait bien que, pour trouver un Ik mme qui voulut bien jouer le wMe qu il avait impose à .Milun, il fallait qu'il n'eiU rien d.ns la léie ni dans le cœur, ni intelligence, ni digniié; il se conlenla donc d- lui répéter son ordre, c! il laissa le lé,;al dans la cellule pour aller nouer ailleurs les lils de son audacieuse intrigue.
mois FEMMES.
Pour ne pa»; inl' rrnmpre noire récit, nous voudrions arri- *er sur-le-champ .'i ce gr.ind j.iiir d.- l'assembée des chevaliers si sotenneilemeni proposée-. Mais ce serait laisser dais l'obscurilé quelques points néicsains sinon marquans, de celte histoire. Ce serait nous forcer îi revenir plus tard sur les lau'csdes (venemens cpic no\is r. ne ntrerons. .\ulai,t Tant donc en finir rlès à pr seul pour n cis Irouvcr à l'aise dans les récits qui nous resieiit à Tiite. Celle n:an:érc il'alleurs nous semble piéferablc en ce. qiu^ le le. leur, tout impatient qu'il puisse cire, vanl mieux qu'un lect'ur dégoûté; et c'e-t ainsi (|u'esl cilui (pii, a rès avoir vu se dé^rlopper un événemeul devani lui. csi forcé d'en eniendie (Xj li|uer les ressvrls serel.s. Ointinuons donc, et disons que tout Hait aussi en grand Irouble dans la maison de Roger pendant que ces inu'réts s'ariinii'nl coiiire lui. Aussitôt la lice finie, A;;nés et Ainauld étaient rentrés sans que la jeune vicomtesse voulût céder aux instances de sa sœur et se rendre à ses invitJlions, pour le fetm i|ui dév,.it avoir lieu dans ses appartemens; elle s'imaginait que la co ère dn vicumte vc- Bait de co qu'elle avait assisl-^ li la lice sans sa permission, cl
elle tremblait en pensant ù l'instant où il renirerait. Elle se ri lira (b ne dans sa chambre et là se laissa aller a p'enrer an.éreuunt.lnr femme élail à coté d'elle qui la regardait avec, ;;ll' nlri sèment; c tte femme élaitFoc. Il ne pouvait y avoir de consul .lion cnire une jei ne lille ijui s'appelait la vicomtc,-se de Heziers et nue enclave niire. Cepeu lanl li doulcar de l'une élait si grande (pfelle appe'a les lamies dans les yeux de l'autie. Agnès mi les voyant ne se sentit pas humiliée d'exciter la pitié d'une si piuvre créature. Cille de sa sœur, Crile d'une châtelaine peut-être l'eusstni blessée parce (|u'elle ei'it prul-êire établi une comparaison entre leur sort et le sien; mais il ne pouvait y avoir d'offense dans la piiié de Foc, pas plus que dans les caresses du chien (jui gén.it doucement lorsqu'il voit souffrir son maître.
lien lésultaune sorte de contidence ([ui commença par le regard et dans lei|uel la pauvie jeune vicom'esse semblait dire • — Oui, lu as raison, bonne esclave, oui, je suis bien malheureuse. Cependant il est probable (|ue nulle conversation Ke se fût élab ie entre elles si un incident imprévu ne les y eiit amenées. Ou ani)o;iça la visite de lîaymond Lombard, el à ce nom, Foê, lonibant à genoux devant lavnomtesse, le visage allé é dune profonde terreur, incapable d'articuler une ))arole, niq^s tournant convnlsivemei t la téie et agi.anl la main, lui cria par cette expression muelle, mais puissante, de son elfroi : — ^iou ! non ! ne le recevez pas! — et la jeune vicomlesse, l'œil Oxé sur l'esc'ave, obéit, sans y songer, ù celle prière ardenle, et lit répondre qu'elle ne pouvait voir pcr onne. La curiosité lit place ensuite à ce sentiment, èl elle interrogea Foc sur les causes de sou é|.'o;ivaute, et celle-ci lui raconta de son histoire ce qu'elle devait en raconler. Ce récit rendit à la vicomtesse toute sa douleur, et lors(|u'il fut terminé, elle ne put s'cnipéchcr de dire avec une larme :
— Ainsi il est noble et généreux pour tous, excepté pour moi!
— Pour vous, dit Foi'.pourvous, son épouse et son égale!...
— Ilclas! rcpondil Agnès, je ne suis l'cpouse de Hoger (|ue de nom, et s'il ne me chasse bientôt, comme le comie de Comminges a faii jadis de ma sœur, je ne \: serai jan'.ais aulrsment; car il ne m'aime pas.
— 11 ne vou^ aime pas? répéta lentement l'esclave, en par- (ouraiil d'un œil oirieux a'tie douce etlouihanle beauté; oh ! il ne vous aime pas!
M la viconcesse ajouta, en fondant en larmes :
— Il en aime une autre ..
— Qui donc':" s'écria vivement Foë, l'œil ouvert, les narines gonflées, le S(iii luilelant: iiou ipi'elle pspér.it que ce fût el'e, mais jalouse de savoir qui Uoger préférait à sa jeune el belle é.jouse.
— Qui? reprit ce'le ci, une file de Montpellier, «ne bourge lise (|u'oii aiqulle Cailler i:iel\el.uffe, celle qi'i a insorcelé aussi n^on frèic d'Ara on; je l'ig v. e aujourt'h li à la lice, insohn'e el fière de sa bejnié; ell.-" était dar.s U' pavillon du roi, l'impudente, qui donne des rendez-vous de nuit, saluée et honorée par tous les sei neurs et c nsuls; el moi, c'est à peine si j'iii trouvé une place, que m'a offerte la courtoisie banale du roi d'Aragon.
F.i I) pauvre vicomtesse linit sa longue phrase dans ses sang'ois, taiidis que Fié, le froiri a;ipuyé sirr une de ses mains, seniaii tontes ce> paroles lui lonb.r sur le C'Pur, brûlantes et acérées; alors il si- pas<a une éra-ge ciiS' dans cette âme de femme, une fatilej.ilo isic s'y él v.! : elle prit en haine la pré*id«e m iitres.-.« du Mcoiiile, et en p lié celle ipii é'ait sacrili, c (omnie elle. .M.iis, fi vrai dire, si la vieonrlesse eût élé l'objet de l'aorour de Hoger. ce sentiment n'eût piûnl pénétré dans l'Ame de l'esclave La mi-.eral)le Foi' fni rcsiée résignée dans sa douleur et son abamlin. si ce malheur ei cet abandon f.!s.-e t venus d'un amour légitime pour une femme si haut placée au dessus d'elle. La pauvre lille noire n'ei'it janiiiis agité en elle li pensée (lu'clle pût détourner le vicomte de lieziers d'un tel dev ir; mais du moment iju'il se jeta l dans le désordre, elle se trouvait digue d'être celle qui Ir- causait; la mailressfi du vicomte Roger, quelle ([u'elle fût, lui parut son égale. Cependatit comme elle n'espéra pas pouvoir ni la
LE VICOMTE DE BEZIKRS
faire oublipr, ni l'altciiKlre. elle mil furtivement sa cause dans relie de l'éiinii^ç; elle rêvii h' iiiiniphe de sa I aine cacli'e dans relui des diois saerés d'A,.né<el pciisi (lu'cji reiulaiil leeueiirdii viioniie ù son épouse', elle je Liait dans 1 âme de Caiiieiine le mèine désispuii' (jûi rongeail la sieiin^;. Ce tut sous eetio pen.-é.' (lu'i Ile iv poiidii fi la vicoiiites.se :
— C'eu (|iie pour le M'iluire elle a des secrets que vous ne couiia'ssez point: e'e-t iiu'elle lui [Todigue sans puiliur des caresses nui de vous seule pourraient être innocrnies.
l.a jeune vicoin'es>e ne coni;uit |iùinl ce que voulait dire Foë; mais, celle ci, ardente Atiicaiiie, (|ui sivail de sa propre expérience combien le \ii:onite pouvait se laisser aller à une surprise des sens, et qui l'avait vu troublé si vivement de ce qu'elle a>aitosé, ne recula pas l'evant l'id c d'aborder avec cette jeiuie tiU ■ uu sujet si éirant.'e pour elle.
— Est-ce que le vicomte, lui dit-elle, ne vous trouve point belle?
— Hélas! rejjril Agnès, il ne ne connaît pas, et s"il m'a vue aitjour.t'iiiii à la lice, c'est sans doute bien malgré lui.
— Et vous ne ehercliez javais ses regards? lui dit lesd ive.
— Je sais (juc ma présence lui est odieuse, et ;e lui donne au noins ce lémoijiiiage de mon amour de lui épargner ma rencontre, répliiiua Agiit's.
— Oh! repiilFoé, ce n'est pas ainsi que vous le ramènerez ; il faut vous montrer souvent à lui, gracieuse, prévenante, toujours belle et parée; Il faut, s'il entre jamais dans votre apparlenitiit , raccueiilir avec transport et vous jeter avec amour dans ses bras.
— Moi! dit Agnès, dont le visage se couvrit de rou^^eur.
— >'est-il I as votre époux? dit Foe, et les liommes u'ainienl-ils pas qu'où les prévienne dans leurS désirs?
Avec toute autre qu'une enfant , Foë eût trouvé mile obstacles avant de lui persuader que c'était la le vrai ino\en de reprendie le cœur de sou époux, mais pour Agnès, si ignorante et si faib'e, les rai>onnemeiis de l'esclave devaient paraître sans répli(|ue; d'ailleurs, on lui assurait qne c'éia't ainsi que Catherin-; avait sans douie acquis sou pouvoir, et la jeune épouse le crut. Foi le croyait de iiu'me. La furieuse Africaine n'aait pas compris qu^ ce qui, dans sa nature brûlante et [lassionnée, pouvait sii(n séduire, du moins troubler, serait guuche et peut-être iépuL;iiant dans une en- . fant timide ei faible.
L'ne demi-biur ■ à peine aiirès cet entretien, une femme vint annoncer le vicomte IV'.ger, cl iminé.liateinenî après il fntra. La p uvre Agnès, poussée par les cous,- ils de Foé, ne le vit p;is plus loi pégélier djiis s.t chambre (|u'elle se jeta à son cou et qie, l'embrassant teiilrinent, elle lui dit : Oli! mon époux ! qne je suis h; ureuse île vofis \oir!
La suririse île Roger fut i.rande; et soit q> e, <lomiiié par sa sombie luiui iir, il n'eût d autre soin en léie, soit qu'il s'irritîil même d'une caresse ,u il n'avait point désiré.^, il la repoussa rudement en lui disant :
— Noila détraïues t anspoils, madame, et vous êtes heureuse à b-n marché; p..is se tourn.'.iu vers Arnaul I de Hlarvoill c.ui éiaii entié en inème ten ps (pie I i, il lui dit aigrement, comme en faisant allusion ii uu en reiien (lu'ils avaient eu ensemble :
— Est-ce à ce manège que vous a.ez dressé cette p: r e de beauté et dinnoceiice '?
La honte et l.i douleur qui se peignirent ù la fois sur le visage d'Agnès, la stupeur où elle dciiMira en face d ■ son époux, ne le fiappérent point, tant son humeur était grande et tant el'e avait enco e été augmentée par ce nouvel incident. Arnauhl lui même en demeura fort surpris. La pauvre vicomtesse se prit à fondre en larmes J\oger continua :
— Ah! madame, ces'ezvos larmes, je les crois de même franchise que vos caresses. C n'est pas le moment .les enf ntillages ni des eomèdii s. Il faut que vous m' coul ez, et que vous n,e répondiez sur des affaires d'un- gravi é au dessus de voire i'ige peut-êae, mais s;ir 1 squclbs vous cousu tfrez ceux en q^ii vous avez cfinilaiice, vdn:e frère d'Ara ,011, par exemple, qui vous donne pLce a s s coiésdaiis son [rivillon. Mais pour Dieu! ne pleurez plus ainsi et ne sanglotez p,:s si fort.
— .Te ir.o tais... je me lais... répcindit la vicomtesse en essuyant ses pleurs et en dévorant .ses sanglots... l'arlei... parlez.
lit comme elle pleurait encore plus fort en parlant ainsi, U vicomte Uogcr s'éoria :
— Venez, /Xniauld, so tons, nous n'en finirions pas. Mais, comme'.il allait pai lir, Agnès s'écria :
— Seigneur, monseigneur, Roger, restez, je me lais.
Et serrant alor> ses deuts avec violence, regardant avec lixité devrait elle, elle arrêta toudainemenl sanglots et larmes qui reiombaienl sur son (œurei le dévoraient.
— Agnès, dit le vicom e, il y a (|uelques jours je suis venu :"> r>ezi rs cl je vous y ai amenée dans le dessein de vous y p;é-cnter comme mon épouse devant Dieu et devant Iti hommes.
La figure d'Ai'iauld témoigna da la surprise, mais celle d'Agnès gar ia son immobilité.
— Oui, messire Arnauld , .continua dédaigneusement le vicomte, tel était mon projet. Je connaissais ceux de mon oncle et de mon frère Pierre, mariés chacun selon son gré et sa volonté, et j'espérais leur faire honte de 'eurs infâmes répu;liations en leur mnilrant mon respect pour un lien qui m'avait été imposé. Une autre mesure a déjoué leurs coinplols contre des femiiCs,etno i-mêuie je ne suis plus en position de faire ce que j'avais projeté poisr Agni'S.
— .Te comprenJs, répondit Anianld, cela ne vous est [lus héces^aire.
— Arnauld, dit le vicomte sans s'irrit'T de cette amère rénexion. Dieu vous garde d un ami tel que vous. Puis il ajouta en s'jdressant de nouveau à la vicomtesse ;
— Maintenant, Agnès, voici ce q .1 arrive; demain, peutêtre, jo serai en guerre avec la moilié de la Provence, je serai en guerre avec l'armée des lég Is, et je n'aurai d'autre asile ii donnera ma femme (|u'une t< ur armée; peut-être bientôt ne ser.i-ce qu'une lente errante qui n'aura d'autre défense que mon épée. Qui peutpévijir jiisqi'i.ù iront les malheurs de ce le époque et de lette lutie? Eh bien ! je n'ai pas le droit de vous la faire paita.er. Vous nêies mon épouse que par un noeud sa ré, que peut rompre celui qui l'a formé. Vous êtes jeunes belle, et vous irouveicz parmi les plus nobles chevaliers de la Proven c un plu> heureux époux, car il estimera luieux que je ne fais le bonheur ■ c vous posséder. Et puis, je ncvous lendrai pas votre liberté ccjmme vous l'avez [lerdue, (Il nuée de fortune cl de domaines. Ce ipii peut vuus convenir dans mes ([uatre comtés, an choix de vus amis, je vous le doiineiai, taudis ([ue je le puis encore, pendant qu'il me reste une ville on je pourrui vous signer cet acte de donation.
La vicomtesse ne («mprenail pas, et Arnauld, frappé de l'air de iirofonde tristes.-,e de Roger, ne put s'empêcher de s'écrier :
— FM*iT \h ce (lue prévoit le vicomte de Beziers? son courage n'a t il |)as d'autre espéran.e?
— Oui .. une autre, dit amèrement Roger, mais si éIoi« gm'e ipie si j'y arrive ce ne sera sans doute (jne lorsque mes cheveux blaio hirout: et que veux-tu, ((ue devienne une femme pendanl ce iemps? Voyons, Agnès, que préieiulez-vous faire?
— Puis je répondre? et (|ui peut m'éclairer sur ce qui est mon devoir? répondit Agnès; ne suis-je pas orpheline? Je vous obéirai, monseigneur.
— Non, Agnès, reprit lloger ; ce n'est point un ordre que je veux vous donner ; c'est à vous ii décider ce que vous voulez faire; du reste, je vous le dis encore, consultez vos amis.
— Eh bien! d't la vicomtesse avec une dignité timide, je prendrai et je suivrai un conseil : si je ne puis dire que ce soit celui d'un ami, du moins sera-ce celui du plus brave chevalier de la Provence. A ce chevalier, je demanderai de me faire agir comme il ferait une sœar, je le supplierai de prendre en consiilération l'honneur de nion nom plutôt (|ue le bonheur de ma vie, cl je ferai ce qu'il me dira, parce que jf' le tien» piur loyal cl que je suis assurée ([u'il sera pour moi comiBe pour tous.
— Vous avez raison, répondit le vicomte qui l'avait écoulée avec intérêt, il faut le consulter.
— Alors, reprit la jeune fille en levant les yeux sur lui,
FREDERIC SOULEE.
a!f>r», viromlp de Bczitrs , que constillez-vous ùA;,;.fs d:> R.'onljii^lliiT?
<'e sirii|i'e yppH h s'in lionipttr loui-ha vivciiieni .. .. )l c<iiisii!iTa Agi!("-s un ni'.nieiilaYuciuciTlilmlo, iiuiss'adixsfaut à Marvoill, il lui ilit:
— N<n, non, je ne vi nx pns l'i nrh;iînerà moi. Ji' n"«i à lui offrir aiicun honliour, ni puissan e, ni amour; no:i, il viiut mieux i:ous sojaivr. Mais je lui ■/iinli-rai'ci lU' |ari d'Innrioiir (juMle rtH-lami'. Je ne lui (iounnai [as la lionle d'avoir tyd'tué le viioiiite ncg.T (juand il iiaU «un ne dé Ir.ules If.s infnrluni's. C'i'sl UK'i i|iii la ([iitlkrji* C'i-sl moi (j\ii la rcnvoie ei qui la cliass'\ \ ou<; la r.iniL'ut'iez chez l'ieire d'Araïion , Marvoill ; vous la rcnn lirez ;'i sa sœur, et nous briserons plus lard le nœud niisèiahle qui nous lie.
En disant ces parole.-;, levirOinie sorlii, laissant .\rnau!d el Agnès dans lasiupéfaction de celle résolulion soudain^'.
Pri'sqiie aussiîôi. il se rendit c'icz Calticrine. I.e soir élait T(nu, et la ville de Monipellierre.sjjl.'mlissaii comme si un incfndie teriilde l'eùl éclairée. Les milliers de nambi-aux qui brûlaient aux pr ries des maisons rougis.-aii'n: au-dessus des toits les flots de fuii^ée noire et épaisse (|ui sVclia|;|)a:enl di's hrani;lies de résine el des ruisi'n's en plein air où se ré;.a'<ii( nt les élraiiL-er.s. l'iOgiT so glissa dans la foule qui encombrait les rues. En écoulant les propos (|ui y eireulaicnt, il cniendit ROiivenl prononcer son nom. Sa conduite ù U lice élait lolijel de mille supposil!iRseontradii;l»ires,mais un accord unanin;e de dés:i|)prid)alion n-préscnlail celle conduite comme celic d'une jeune liomiiie qu'il fallrti enlin ni.':rigér,er. L'on a-.Hu>ail iiiëice de fuiLle-'^se le roi d' .Aragon et le conde de Toulouse i.our ne pas av.àr pvui. Tun l'insiletice (\c son hif, l'autre celle de son vassal. Quehiuesuiis allaient plus loin et appelaient leur retenue du nom de là' lieté.
— C'esl la lourde cpée du vicomte (jui leur Lit peur, disait l'uiv. — La freli quel, aji U'.ail un secimd, que J'écrasiMais cuire niet>d;ux p.-iiigsciiniine une amande eniic deux doigis. — Lu liéréti(iue enragé, tuntinu.i nn iruisième, (|hc le p.ipe devi:iit ex((-.rami:nier. — In lruu1)!e-fêtc, qui fera quelque cs.lardre a>anl la lin de la (i'i:e.
Ro, er poursuivait sa route, et|-.ar:onl son nom, arc 'UipagHi' d'- qiielqiie remar(;ue l'àclnuse, de iiuclqiîs m:iiédic.iio!i ou de i;ue!(in4' souliailde mallieur, i'averiiss lit desmauviiises dis|i'!sili ins d.i peup e a .-soii éi^.ird ; il en r.sseiilii un eruel niéc'inlen:eniei.t el la c.lére i|iii l'avait l nu louîe la journée se cliaiigea peu a peu en une pr.iicin.le Irisu-sse. I arriva ainsi chez Cailierine. Conin;c:'i l'ordiuiire, il ei.tra jar la porle <l'j j.irdin: mais il in' lioiivajioii l Ca herine, i-iimme a l'ordinaire, l'ailenduni imp.lien.méni prcs de celle puite. Dans >a précc upation, il avait oalilie (ju'elle divail as'-istci' à la fê.e que d-.,nnait le suir la iiine d'Aiagon. Il traversa le jardin et im nia dans la elianilr'- de Caiherine; il Oniendit sa voi.t fr.îiclie et jovi uscci.ur,.ni capririt-uscment sur ^'s deux ou Irols ni. les graves d'un < In.nt d'ég' ise, île UKiniOre qu'ele scmblaii ehanier ua g.iie clirnson.
— Ein'.îiit, dii-il, ajrés >'étre ariè;é un moment pour l'érouler, c'e.~l une prière des nmits avec lai|m'!le si voix joue ainsi, (ili! n'iS;-.-e pas de inénie qi.e rbiiinmc fiil souvent dans sa jiun.sM. ! n les plus seneusis iIio.m'S, L'S plus solennelles el les pu» lenil)lesnc se plieiiledes pas ai. si au gié lie sa fi ivuldé ei de su) in.^ouciaiiee, jusqu'à re que lOiit nprci.ne sa piice l't son viai sens, cl que les prières rei nu>sent sur i.n cercueil! .
Oppressé par celle penréc, il laissa écliappor un profond .sf.upir, eismeva la por;ièrct|ui frinMit !a ciiamhie de Callurinr. A. ce Iriiii, ille poussa un cri et ser'loiiiiia vivement; eHe claii presque nue, et jela rapidement sur S"ii cou )a i<;ile (U: lin avec laquelle elle essuyait ses bras qu'elle lavait dans une eau embaumée de rose; elle reconnut IVoger, el, plus honteuse d'. ire surprise par mi dans cet élal que si un étraugir fût arri\é^ elle devint rouvre d'une pudeur ili\ine, et, rachani niodeslemeni ses bras eus derrière elle, elle dil avec nr:C voix plus iremldanle que fâchée:
— Ah ! Ro^.er, ce n'est pas lien. Allez-vous en.
Le viror.ie ilcî'^eura immi biie à la iViCir.li r. Jamais il n'av-ait vu Cuiberine en ceLf tat. Souvent il avait couvert ses blan-
c'ies maiiis de bai^ers, i;i!e'iiuc!ols il j-v^it senti son jeune sein liaUre contre sa poitrine, ii avait re>i.iré sa fraid'e haleine: mais jamais ni ce euu d' voiic, ni éc.^ épaules il.. ides <H pures, ni ces pie Is nu^ el d Iica .> n'avaicn! ap.ie'é cl rcieuu son re^arl Catherine, i-n!us ,lui répeiaii avec prière de siiriir. Slais lui la rejçard il toujours. < epeivlai t son ail n'avait |ias (i'i;e animation iln disir, cel;e j:,ie ipe donne au Cf-nr nn' biauié rêvée si b.'l'e, et d couverte plus belle enlOre. duùie joie qni semb'ail devoir pa'jiileren lui ù ce momeni : il regirdail Calheiine m;ii< o'un .lir de prolond atendiisemenl. Sansd uie il avait vu toutes ces grâces |.aif.ites, jnais ce n'était pas l'heiiie. où il eût él lieiiieux de les voir; car, en venant eliez Catherin.-, ii n'avait pensé ni aux douces caresses qu'il avait csulume de lui dunner, ni ii ces longues COI lemplalions de l'amour oà il nr'y.fit son 'nne dans ses souvenirs du passé e! ses esj)érane-s de l'avenir; il avait pen^^éà la jeune fille tiniide et f èle doit il av lil lié !a vie h 1 1 sienne, le Sui l au sien, ei il avait pensé que l'avenir qui s'assom rissait pour lui devenait triste pour elle; el en la trouvant si belle pour être heureuse, il ne i)nt s'empêcher de laisser éch;!pper une byme, lui qui venait lui parler de muUieur. Catherine vil cette larme, si pudeur s'échappa devant sa crainte, elle devint | Sle el coun.i vers Roger.
— Ami, lui dil-elle, qu'at-:u? lu pleures, Roger, tu plenres?
— Ne tp pi'i*parais-tu pas pour la fêle de la reine? lui répondit tri;.lemeiil le vie(in;le.
— Oui, sans doute, dit la jeune fille reprenant sa confusion à ce mol qui lui rappelait en quel éiat wlle avait été sur- |irise.
— E!) bien ! va, répliqua Roger en lui serrant Iristemenl la main ; v.;, je rcvieiid ai demain; va ce soir ê.rc heureuse et par.'C, P'Uvre C .therin-'.
— Roger, lui i-ria-t elle en le retenant comme il voulait sortir; e.>-lu fâché? ([ue t'ai-je fait? Si tu veux, je n'irai pas a cette t'éte?
A c -s mots, il jeta encore sur elle un regard plein d'une émiilion douloureuse, et il l'utiira dans ses lii'as.
— Cailierine, lui dit-il, va à celte fèir, sois-y joyeuse et belle, eS^c^ toutes les finîmes qui y s. roui ; je le délire, je la veux.
— Eli ■ icn ' T'i rit la jeune ' I e en souriani do cenient, c« sra ci.mne lu veux, car lorsq'i- je l'y verrai, ici le i his beatj d^s eii.vali rs, j ■ sens q.ii; je se ai si lièiee. si Jituleu-e qiej' -irai aussi a pus h lie.
— ic n'i ai p s a lellc lêie, ié|,ondii Ro.'cr d ^nl les paroK-S(':tCàl i-r.ne iiavai^-ni , oi l -ff ce la risi s ••.
I.a ;euoe D>r a suii lune s. piii:i le regar er avec aUcnlion; uîL- it-maïqua i a anla.e b sombre prco cup;iiion qui ai^.^o.■'bail le viconae; de epiou -a no elTrui iev neili •• a l'aspecl lie celle seveii é inaciouiuméc, et >'ée'ia s n ia ncmeiit:
— Roger ! il y a un iial eur, un m.i h-ur pour mi ?
— Et, ;i ce ail vrai, lui léinnnl'.t I.; vicomi cil cherchant .'i l'ii ii;i:e compien re le sens iuiiiue ne s^s iiamles, si e'cla t vrai, qued r i>-tn, dllie. iue"?
— Ah ! qu- c'e.'l un ma Inur pour ; ous deux.
— E' (lue «-rM-ln, eniaiili'
— 'i'.ul ce nnf. lu vuiiilias, si lu oidontes; tout ce que je pdu;rai, si t i ne veux r en.
— iu as doin- l'i il 'il (-iTurase. Ciitlier'ne?
— Ce mallieur, ce n'est pas la inori ; loul le reste a ce l'espérance.
— Oui, dil le vicomte en entrant tont-à-fail dans la cham.b'C el m s'assevaiit p es de Caiberine ipii ce pr^naii pins garde ù la n dite de ses épaules et de ses 1 ras, voilée pour ainsi dire par sa d uleur; oui, de l'espérance! ton regaul m» la fit luire enco e dans ua vie. Mdis il y aura bien des Irawrses avant le bi.n':eiM\ il y aura des dang rs qoe lu courra» seule, si lu n'osais pa-. laite ce que je vais te dcinaii'lrr.
El comme elle éeouuit Loger s^ns lépondie, il continua:
— Catherine, si M. iilpeilier n'ilail plus un asile -ùr pour loi, si lin;! p aisanterie que je croyais sans 'langer l'e.\poSdlt à la colère du roi d'Aragon, si moi même, bienidt en guerre avec lui, je ne pouvais plus t'y protéger, oseiais-lu wnir te
LE VICOMTE DE BE/IERS
mettre à l'abri de ma main? Oserais- tu le coiiUer à Roger?
— Hoger, dit la jeune lille, j? ne crains pas la colère du roi d'Aragon ; la ville de Monlpellicr est puissante, je suis sapupille, et elle me proiégera. (,)ue veuxlu que le roi d'Aragon fasse conirc une faible femme ? (ju'll me prenne mes biens ;' est-ca pour des biens misérables ((ue le comte de Beziers aime C:ilherine? Si rii he que je sois, ne suis-je pas toujours pauvre h côlé du suzerain de quatre comté.-?
— Ah ! c'est que tu n'es pas seulement à la merci de Pierre, reprit Roger; le légat du pape est à Montpel ier, ta maison a servi de refuge à Mauran.
— Est-ce un crime? s'écria Catherine.
— Ils en feront un, reprit Roger. Écoiite, enfant, je ne sais si la tristesse dj mon cœur e-t un ficheux pressentiment, mais j'ai peur. Apres-de nain, il peut arriv>r tel événement qui jette nos belles contrées dans une puerre de désolation. Si ce'a est ainsi, chacun frappera ses ennemis comme il pourra, avec le fer, avec la trahison, avec le désespoir. Je crois Pierre d'Aragon un assez noble cœur pour ne marcher contre moi qu'avec sa lance et son épée. Mon oncle de Toulouse croira m'avoir fait tout le mal qu'un homme peut souffrir, quand il aura semé la désunion parmi mes chevaliers: mais Rome est plus habile, elle sait mieux qu'eux tous les chemins par où l'on arrive à tuer un homme , elle pensera peut-être à te condamner.
— Moi, moi! reprit Catherine avec un doux sourire d'incrédulité, une pauvre fille, qu'ils ne connaissent pas !
— Un homme le connaît, un homme dont je ne puis m'expliqucr la puissance, mais dont l'aspect m'avertit iju'il me sera fatal.
Catherine regardait Roger sans le comprendre. Cet abattement dans un si énergique courage lui semblait inexplicable; enfin elle lui dit:
— Eh bien! si tous ces d.;ngers sont réels, que faut-il faire ?
— Il faut, Catherine, que tu me promettes de venir dans une de mes ville», à Carcassoune ou à Beziers, sous la protection de mon épée. IVe t'a arme pas ainsi : il ,'e peut que toutes mes craintes s'évanouissent bientôt; et n.ême, je dois l'espérer, la rai^on le veut. Cependant, si après-demain je te fiis dire de quitter Montpellier, n'hésite pas, Catherine, et lie-toi à ma prudence pour ne pas te faire faire une démarche inutile.
— Une démarche après laquelle, dit la jeune fille les yeux en larmes, après laquelle il ne me restera plus que ton amour.
— Et c'est parce que cet amour ne te manquera jamais, reprit Roger, que j'ose l'offrir de t'assotier à tout mon sort. Ton amour m'est si puissant et me tiendrait si bien lieu de fortune et presque de gloire, qu'il me semble ([ue le mien te remplacera tout ce que je te ferai perdre.
— Tout, dit Catherine, tout, mon Roger, je suis ton esclave et t'obéirai: mais ils m'appelleront une lille perdue.
Et en prononçant ces dernières paroles, elle se laissa aller avec des sanglots dans les bras de Roger, et comme il cherchait à la calmer, la portière se souleva, et le sire de Rastoing parut devant eux.
— Diru vivant ! s'écria t-il, voilà donc la fête pour laquelle vous oubliez celle de notre reine :
A son aspect, Catherine se leva, et reconnaissant son tuteur, elle poussa un cri et s'cifuit dans une pièce voisine.
— Sire de Rastoing, lui dit Roger, ne prononcez pas trop vile sur ce que vous avez vu. Catherine est pure comme les anges du ciel.
— Une fille demi-nue qui s'échappe des bras du vicomte de Beziers n'a pas d'ordinaire ce renom: gardez-la maintenant, puisque vous êies si assuré de sa pureté; mais la ville de
Montpellier ne demeurera pas un jour de plus la tutrice d'uae lille perdue.
Roger eàt peut-être puni le vieux consul de cette cruelle paioie, mais un second cri parti de la chambre voisine appela son alteiilinu: il s'y prc(ipila cl trouva Catherine qui suffo- (juait de larmes et de sanglots en répétant: —Une lille perdue ! — une fille perdue ! ! ! Le vicomte se mit à genoux devant elle. Il lui |)rodiguail les plus tendres caresses.
— Catherine, lui disait-il, <|ue t'importent les propos de ce vieillard brutal? Caîherine, tu seras mon épouse, j'en jure Dieu ! tu seras vicomtesse de Beziers, et les misérables courberont devant toi leurs têtes insolentes. Ecoute moi, Catherine.
Il lui parlait; mais elle, domptant ses larmes et ses sanglots, ne semblait écouter que sa pensée; enfin elle se leva avec l'expression amère d'une résolution désespérée:
— Eh bien, soit! s'écria-l-elle, ils ont rompu le dernier lien. Je suis une fille perdue. C'est dit: je te suivrai, Roger.
— Oui, tu me suivras ; mais je détromperai le sire de Rastoing; ai-je le droit de te laisser soupçonner?
Et tout aussitôt, l'àme de la jeune fille rentrant dans sa faiblesse pudi(|ue, elle laissa échapper encore de nouvelles larmes et dit rapidement:
— Oui, mon Roger, dis-lui que je suis innocente; que Je t'aime, mais que je suis innocente ; tu le sais bien, toi ; lu le lui jurerais sur la foi de chevalier, sur le Christ mourant, et il te croira,, n'est-ce pas?
— Oui, oui, dit Roger ; j'y vais. 11 ne faut pas que, dans un premier moment de fureur aveugle, un seul mot s'échappe de sa bouche.
— Va, va, lui cria Catherine en le serrant contre son sein j puis elle s'arracha de ses bras, et tombant ii genoux: — Va, Roger, continua telle ; moi, je vais prier Dieu.
Le vicomte la quitta; il repassa par la porte du jardin, il l'avait laissée entr'ouverte; il la trouva fermée. Il marcha rapi" dément vers la maison du sire de Rastoing. Au moment où il était sur le point de l'atteindre, i aperçut, près de la porte, le consul causant avec Dominique. Il s'élança vers eux, mais, au moment où il approchait assez près pour leur parler, ils se séparèrent, et il n'entendit que les dernières paroles de Rastoing:
— Oh ! mon frère, que ne m'aviez-vous averti plus tôt! Roger comprit alors l'apparition subiie et inattendue du
consul, secrètement averti par Dominique; il devina que c'était une lutle acharnée qu'il aurait à soutenir contre cet homme inconnu, qui se jetait témérairement au travers de toutes ses actions ; et, malgré lui, il en éprouva une terreur que n'avait jamais pu lui inspirer la vue d'un danger si grand qu'il fût, dès (ju'il était nettement posé, dès qu'il pouvait le combattre par les forces de l'esprit ou celles du corps. Un moment, rid?c d'attendre Domnique, de le forcer i une explication, s'empara de lui : mais, avant tout, il était venu pour parler au sire de Rastoing. Le vieux consul était là; Roger l'entraîna dans sa maison. Longtemps le vieillard refusa de croire â ses pro estations ; mais enfin, vaincu par cette persuasion que la vérité porte en soi, il ne fit plus qu'accuser l'imprudence du vicomte, et jura de garder son secret et de pardonner à Catherine. Tout aussitôi, dans son indulgence palcnelle, il rciourna près rie la pauvre fille qu'il trouva à genoux et en larmes. Il la consola, et, pour se faire pardonner de l'avoir soupçonnée, il exigea qu'elle se préparât pour la fête, et l'y conduis'l bientôt après. Arrivé chez la reine, il s'en échappa un moment pour aller jusqu'à l'hospice du Saint-Esprt; mais il y deniaiula vainement Dominique; il n'était pas rentré, et le naïf consul se dit paisiblement, en retournant a la fête:
— Demain il se. a temps de prévenir le bon frère qu'il se trompait, et qu'il doit se taire comme je ferai.
LL SIECLL
FREDERIC SOLLIE.