SOPHIE A SA COL'SIXE
ABiella. ,^1 Qu'il est difficile de toujours lutter contre un penchant pi plail! I.onj;temps j'ai taché de vaincre ma passion pour Gustave : mais mon foible cœur ne peut plus s'en délîeiidre. Je ne puis vivre sans lui ; à peine puis je être un jour sans le voir, et son absence ne m'est pas moins pénible qu'à Lucile. Hé bien, il faut que je la supplante. Hélas où mon esprit s'égare! Dans quel nouvel habime je vais me idonger! Ah ! ma chère, que ne peut point la beauté sur une ame, puisqu'elle lui fait oublier son devoir et le soin de son repos?
Pour être aimé de Gustave, il faut gagner la confiance de Lucile, se rendre maiiresse de ses secrets, faire naître adroitlement entr'eux de la jalousie, et les brouiller l'un avec l'autre. Quoi, j'oublierai la pitié? Je serai fausse par sistème'? J'irai d'erreur en erreur, de crime en crime? Je me rendrai méprisable à mes proiires yeux? Mais que m'imporlc de vivre sans remords, s'il faut vivre infortunée! Les maximes de mon siècle seront mon excuse. Ne m'as-tu pas dit toi même cent fois que la vertu n'est uniiiuement faite que pour les sols qui y croient; qu'il ne faut avoir d'autre règle de conduitle que son plaisir, que la sagesse consiste ù savoir jouir du présent, et que tout finit avec nous. Tu n'as fait de ces maximes (ju'uirt; trop heureuse expérience : depuis longtemps tu ne vis que pour toi. Que ne puis-je t'imiter, et être aussi fortunée!
/'. S. Il s'est élevé un différent entre les contes Sobieski et Potowski au sujet des confédérés. On craint une rupture. Lucile est dans destranc.es continuelles dont je ne suis pas fâchée, etje ne sais pourquoi-
De Varsovie le 13 octobre 1769.
LETTRE XXI
GUSTAVE A LUCILE
Depuis quelque tems je vois avec chagrin les débats de nos pareils au sujet des confédérés. Déjà ils ont fait nailre du refiûidisspment entre nos familles; le jour de notre union est renvoyé, je ne puis plus te voir aussi souvent (jue je le souhaite, et je tremble (pi'à la lin cette mésiiilelligence n'ait des suites funestes pour notre bonheur.
Hélas nous touchons peut être au iiioniPiit d'être séparés pour jamais. Chère Lucile, prévenons par un nœud indissuluble leconp fatal dont le deslin nous menace. Mens, ame de ma vie, viens, présentons nous aux autels de rhyni(Ui,et qu'un doux lien nous unisse. Nous tenons encore dans nos mains l'arrêt de notre sort : le laisserons nous prononcer sans retour? G ma Lucile, ne ferme pas ton oreille ù la voix de ton amant. ]\end toi ù son ardente prière, ouvre ton .'ime anxiilus doux scnlimenstt garde toi bien de résister au plus puissants des Dieux qm veut courronuer notre bonheur.
De la rue Neuve, le 27 octobre 1769.
LETTRE XXII