LUCILE A GUSTAVE
Tescrainte.« no font qu'auguicnler les miennes, et achever de porter la mort dans mon cœur. Mais comment écouter tes conseils?
AVENTURES DE POTOWSKt.
Une fille sans èire dénaturée ne peut prévenir delà sorte
le refus de ses parents. Taiii que les auteurs de mes jours ne
consentironl pi int à notre union, les Dieux s'y opposent. Si
je n'avois à ci nsuitr que mon cœur, ils le sa\ent,cher Gus-
^.tave, dès ce moment je sercis à toi.
9h De la rue Bressi le 28 octobre 1769.
LETTRE XXIir.
GUSTAVE \ LLCILE.
Ce que je redoulois si fort est enfin arrivé. Nos familles sont divisées : rien ne peut les reconcilier. Tu m'échappes. Je ne puis soutenir ce revers ; mon cœur se brise de douleur. AI), Lucile, que n'as lu suivi mes conseils!
De la rue Neuve le 29 décembre 1769.
LETTRE XXIV
GCST.WE A SIGISMOXD.
A Pinsk.
Je toijchois à l'objet de mes vœux. J'allois m'unir à Lucile. Comblée des dons de la fortune, de la jeunesse, de la beauté, de la vertu, tous ceux qui laconnoissent envioient mon sort. Quemanquoil-il à mon bonheur? L'heure nuptiale étoit arrêtée. J'atteudois mon épouse sous des lambris dorés. Déjà l'illusion faisoit brillera mes yeux ses àîtraits séducteurs, cl mon cœu^- enivré dcjoyese livroit à ses transports.
Mais tandis que le bonheur s'offrait ù moi sous la plus flatteuse image, le destin jaloux le minoit sourdement. Les feux de la discorde, qu'il souftloit de toute part, ont pénétrés jusqu'au sein de nos familles; il m'arrache ma maitresse.
Hélas, mon bonheur s'est évanoui comme un songe. Ces riantes idées qui enchantaient mon ame ont fini par devenir des pensées douloureuses ; et ce palais, qui devoit voir deux époux couronnés, n'est plus qu'un temple de deuil et de larmes.
La source de la joie est tarrie dans mon cœur.Dégoulé du présent, je redoute l'avenir, et suis insensible à tout, excepté à ma douleur.
Aujourd'hui, cher Panin, le soleil s'est couché sur mon b'>nheur ; à son lever qu'il va me trouver malheureux!
De Varsovie le 29 décembre 1769.
LETTRE XXV
DU ÏIEME AU MEME
A Pinsk.
Ah, cher ami, que n'ai-je un père comme le lien. Cet homme aimable ! jamais il ne se livra à la fougue des désirs, et ne ferma son oreille à la voix de la raison. L'expérience des choses du monde le rendit sage de bonne heure, et le calme de son ame le ga'-antit toujours de h, folie des partis. S'il en épousai' un, ce seroit sûrement cc';ui de la justice. Sa vertu est éclairée, et la sagesse seule semble le gouverner.
JNlais le mien est emporté, fier, ambitieux, il ne connoit que ses passions, et ne compte pour rien le malheur d'un fils.
Le voilà maintenant à ne s'occuper que des mecoiilentements des factieux. Il a épousé leur cause avec tant de chaleur qu'il s'est déjà brouillé avec le conte Sobieski, et je tremble qu'il ne s'oublie au poini de pr. luIre partit parmi eux ; malgré tous mes efforis pour l'en détourner.
P. S. Malgré que mon père ait rompu avec le conte f-)bieski, il ne m'a point i'ait un devoir de suivre son exemple. Quel motif iieut l'avoir retenu'? Seroit-cc que sa haine ne s'est point étfudue jusqu'à Lucile? Scroit-ce la honte de rétracter les éloges qu'il en a fhit, ou bien la crainte de porter ledésespoir dans mon cœur? Je ne sais. Je m'apnercois néanmoins, qu'il n'est pas llallé que je continue à la voir si sssiduement.
De Varsovie le 19 janvier 1770.
LETTRE SXVI.
SOPHIE A SA COCSKE.
K Biella.
Qui le croiroit? Lucile me prend pour sa confidente et je suis sa rivale. Me voilà donc maîtresse des secrets de son cœur ; et cela sans l'avoir cherché. Le sort pouvait-il mieux me servir ?
La conformité d'âge et d'état, plus que celle de caractère 410US avoit unies : la pilié a resserré ces nœuds. Depuis quelque tems Lucile me découvre ses inquiétudes et comme rien n'est plus propre à gagner le cœur des malheureux que la part que l'on prend à leur affliction ; je parois si sensible à sa doukur, et la flatte si bien que cette fille crédule ne mes', plus de bornes à l'effusion de son âme.
Je viens de prendre de secreites mesures pour assurer la réussite de mon projet : déjà j'ai commencé à les mettre en exécution, et rien ne pourra les déconcerter. Il semble que lo destin lui-même ail pris à tâche d'en hâter le succès.
Comme Lucile me parloit delà mésintelligence qui règiie de plus en plus entre son père et celui de son amant, —Vous voyés, lui dis-je, que Gustave ne se moat;e plv.s ici, que lorsqu'il est sur de ne pas y trouver le conte. Qui sait si les scnlimens de la conleise à son égard ne s'altéreront pas aussi? Pour l'inlerest de voire amour, Lucile, il serait à propos de ne plus en faire votre confiùeiile : l'aveugle confiance que vous avés en elle pourrait bien un jour entraîner la ruine de voire bonheur. Croies moi, ne lui faites plus voir les lettres que vous recevés de Gus-ave; ei qu'il ne vous eu écrive plus que sous le couvert de quelque personne sur qui vous puissiés conter.
— Je n'eus jamais rien de caché pour ma mère ., me répondit-elle, et jamais je n'eus lieu de m'en repentir.
— Que vous connaisses peu le monde, Lucile! Il y a trois mois qu'on préparoit vos habits de nopces : eussiés vous dit alors que vous sériés aujourd'hui sur le point de perdre votre amant ?
La malheureuse m'écouta; je connaissais s m âme elle n'examina.rien : et comme si ce n'éioit pas assés de s'en laisser imposer, elle même me chargea encore de ce fatal office.
— Vous nous permettez donc de nous servir de votre couvert....
— Si vous ne trouvés personne plus digne de votre confiance, Lucile, je n'ai rien à vous refuser.
— Qui pi us que vous ? ma chère Sophie".
Quelles obscures intrigues je nourris sous ses yeux ! Pour mieux abuser de sa confiance j'affecte que ses iuterestsme sont chers; j'en atteste l'amitié : mais loin d'en remplir les devoirs, je la trahis, je l'immole à mon amour. Eh! avec quel froud? Je lui souris, je la flatte, je la caresse, tout en lui prépavant des soupirs, des larmes et des regrets. Enfin
MARAT
ce qui st 1. comble deraiiiîice: je lui montre un visage abbatu, et puis je ris en secret lies oiaux que je lui ai faiL AU je n'ose y jtenser.
De Varsovie le 26 janvier 4770.
LETTRE XXVir.
crsTWF ^ ircitE.
Touu est perdu, mon pire s'est enroUé dans le partit des confédérés ei il pailedenic faire suivre son exemple.
KûP, non, chère Lucile, je ne te quitteiai pas. Plutôt mourir que de m'éloigner de toi. Mou père n'est pas impiloïable. Pour m'arracber de les bras, il faut qu'il me donne la mort.
Je vais lui parler ; pourras-t il ne pas être touché de mes larmes ? Je me jeiterai à ses pieds, j'eaibratbPrai ses genoux, et ne le laisserai point qu'il lie m'ait permis de rester. S'il refuse; c'en est fa.t, je renonce ù la vie.
De la rue Neuve le 23 février 1770.
LETTRE XXVni.
GUSTAVE A SIGISMOXD.
A Piiisk.
5Ion père vient de s'enroller dans le partit des confédérés.
■! disespoir ; mai er sa démarcli'
MX sans indignation l'en-
- dans leurs injustices!
•^ \ils nioi'f-; ijui les .-q ;enia leurs propres i (iilTormité.
Il' que Ton ne fait que par f di's malheurs qui nous , ifiii,,(.' A ? ticlHs, ii'cbi-ce pas t^jujuurs '-es vieilles semences de dis' oïdc qui dtpuis si Iongt>-ms déooleni la malheureuse Pologne, et la mimnt lentement: ce poison des préjugés religieux, (cs rivi li es nationales, ces viics ambitieuses des factieux? Presque toujours l'état a été divisé en deux partis, dont le plus fort, n'a jamais règne que par la violence. Les dissidents n'onl-ils pas toujours été opprimés?
Je ne veux pas justitier la Russie d'avoir épousé leur cause avec tant de chaleur, et d'en être venneù des voies da fait contre quelques uns de leurs adversaires : mais les confédérés ne sont ils pas visiblement dans le lord ?
Les dissidents demandoicnt le libre exercice de leur religion et l'entrée aux emplois publics. Eh! quoi de plus juste, cher Panin, que de les rétablir dans des droits dont ils étoient en possession depuis plusii'urs siècles et dont ils ont été injustement dépouillés au commencemeni de celui ci? Pourquoi avoir voulu maintenir comme loix d'État desabuts introduits par ro]ipres^.ion ? Mais quand les dissidents n'auroient jamais joui de ces droits, que demandoient ils qu'ils ne fu^SiT.i autorisés ;i prétendre? N'esiil lias bien raisonna-
pendues comme un torrent arrêté par une forte digue, rompirenllcur cours au moindre choc.
Linttrrègne qui suivit la mort d'Auguste III fut l'avant coureur d' latempeie. Le mécontentement des ambitieux à qui la crainte avait extorqué leur suffrage en faveur du nouveau roy, ne tarda pasaéclalter. lisse décliaiaerent coulre- Ini, et commencèrent à répandre sourdement les feux de la sédition.
Je neveux pas non plus justifier l'impératrice d'avoir forcé les suffrages des électeurs, et fait tomber le choix sur une de ses créalures. Mais Poniatowski en vaut bien un autre, d« l'aveu même de ses ennemis. Il est plus instruit que les nobles ne le sont généralement parmi bous ; il est moins ami de la crapule; il est d'un naturel doux, humain,généreux,et il aima If-s arts et la paix. Ceux qni s'élèvent contre lui et qiù voudroient lui arracher sa couronne, aurùient-ils choisi mieux? Est-ce la vertu qui décide des voix à la Dieite? IS'est-ce pas au contraire le crédit et la force?
On voit les membres de ces honteuses assemblées traiter des affaires d'Etat, glaive en main ; on y voit les plus intriguants et les plus accrédités proposer ce qui leur plail, et 1« plus fort arracher au plus foibleson consentement.
Les mécontents, qui travailloient a exciter des soulèvements dans l'État, eurent recours au prétexte obscur de la religion et prcjetlerent d'envelopper le monarque dans la destruction de leurs ennemis. Ils mirent donc enjeu les prêtres toujours prétsà enflammer les esprits au nom duDieu de paix. Bientôt le fanatisme représenta les malheureux dissidents comme les ennemis de la divinité. On refusa îi ces sectaires l'entrée aux Diettes, l'admission aux délibérations nationales, et les autres droits de citoyens.
Opprimés dans leur patrie, ils eurent recours à leur protectrice, qui sollicita vivement la république de les rétablir dans leurs droits. Ces sollicitations ne furent point écout*^es. Dans l'espoir de briser leurs chaînes, les dissidents formèrent une confédération. Uimpéiatrlce les prit sous sa protection ; mais elic invita en même lems les nobles Polonois (le s'assembler exirahordinairement pour remédier aux desordres de l'Etal.
Aussitôt il se forma des confédérations particulières; et afin d'obvier aux malheurs de l'anarchie ces confédérations se réunirent en une seule qui demanda le rétablissement de l'ordre public ii une Die'te protégée par la Russie.
la Diette s'élant assemblée^ l'impératrice y fit proposer d'entretenir pf-rpétuellemenl en Pologne un corps auxiliaire d:^ troupes russes pour le maintien de la tranquillité publique. Quelques sénateurs frondcient contre cette pr>q)Osition. Dans les Diettines ils ne cessoient d'enflammer les esprits. L'amhnssadeur rie cette princesse ù notre cour, qui éclairoit leurs démarches les fitanèterde nuit. A T instant les factieux pensant qu'il n'y avoit point de tems à perdre sonnèrent rallarnie et se soulevèrent de toute part. Chaque jour on entemloit parler de quelque nouvelle conjuration. EiiCn on vit de tous cotés les mécoinenis prendre les armes, porter le fer et le feu dans les entrailles de leur patrie, et commettre les plus horribles excès.
Voilà l'ouvrage de ces ambitieux qui se parent du beau titre de patriotes. Ah ! si les Dieux sont justes ils ne doivent attendre de leur inique entreprise que la mort ou la honte d'è:re vaincus, la misère et les fers.
Pourquoi faut-il que mon père se soit enrollé dans leur partit? Ah, dur Panin; l'indignation s'élève dans mon cœur. .le suis en i)roye îi la tristesse, et dans l'erxè.s de ma douh'urje foule aux pieds cette tcreoù il faudra peut être
nuu^ u.-Mii:> ' ..lie. ijitrs nusseul lialturu
fclalté en dissens ^is la crainte des armes de
la Piussie : mais elles fermentèrent longtems en silence, et <|nani.l plies eurent bien ffruieuic'. (fuiii-^ n s i^^-w.i , cm.
AVENTURES DE POTOWSKI.
LETTRE XXIX
i;ar-
.:llCS
. Couiuie je te savois ooiueiit, et que je n'av^ liuulier j te luarqiier, je iii' l'-.n ;..i.s .Uniiii^ il.' depuis i|iieltiuns mois.
Voilà d.ono un nouvel o:,,,,^ , Clicr
ami, je te plains, c'est tout ce que je ^iuLsà présent pour ton serviLe, d'autres (e précheroient bien fort la patience : mais on me l'a si souvent recommandée en vain, que c'est aujourd'hui pour moi un remède décrié. Lors néamoins que lu seras un peu mieux disposé ù entendre raison, je te dirai que c'est le sort des amours d'être acrompagnés de traverses, et que tu ne dois pas prétendre être seul exempté de lacomune loi. Au reste ta douleur n'est pas bienfùrie, puisqu'elle te permet encore de pliilosoi:lier tout à ton ai?e, non toutefois sans un peu d'humeur et beaucoup de piévention.
Il est dur, je le sens, mon cher Potowski, d'êire obligé de saoritier le bonheur de sa vie aux volontés d'un père": mais ne vas pas l'in-.aginer que Us confédérés soient aussi à blâmer qut tu le piéienJs. Il faudroit êlie bien aveugle pour ne pas s'apperc'voij' que nos malheuis sont l'ouvrage de la Czarine. C'est elle qui a excité sous main les dissidents à réclamer leurs prérogatives et à implorer son secours. C'est elle quia mis de force la couronne de Pologne sur la tête d'une de ses créatures et c'est elle aujourd'hui qui par le fer et le feu nous force de subir le joug.
Je conviens avec toi que les dissidents ont raison de prétendre rentrer dans leurs droits. Ils en ont été dépouillés injustement : mais observe qu'il y a près de soixante ans. D'abord ils se recrièrent fort et implorèrent le secours des puissances voisines. Celles, qui étoient le plus intéressées à maintenir leur religion en Pologne, se contentèrent de solliciter la république de réiablir les dissidents dans la jouissance de leurs droits. Bien que leurs sollicitations ne fussent point écoutées; elles n'ont point prit lait et cause. Il n'y a que Catherine qui par un principe d'humanité et pour des viies purement chréLiennes, comme elle le dit et comme tu as la sottise de le croire, se- soit armée pour eux. Lis attentivement, je te prie, sa déclaraiioa laite en 1766auroyet à la république. Après avoir menace tout Pulonois qui aitaquerqit les dissidents, de le traiter en séditieux et en ennemi de l'État, elle proteste qu'elle se croit au dessus de tous les soupçons par lesquels on pourroit lui prêter des vues particulières contre l'indépendance et les intérêts delà république. (Je le crois, et ceitis elle n'est pas accoutumée à rougir pour si peu de choss;) : puis elle déclare qu'elle n'a formé aucune prétention contre la "Pologne, que loin de chercher dans les troubles qui l'agitent sou aggraudissement personnel, elle ne veut (jue les calmer : que si conire ses intentions l'esprit de discorde allun.e une gueire civile ou une guerre étrangère qui menace les possessiotis de la république, S. &1. 1. les lui garatitit, et rejettera tout traité de paix, qui renfermerottdei articles contraires a cette volonté. L'événement, Gustave, t'apprendra combien peu une tète couronnée se fait de peine d'en imposer, et avec quelle bonne grâce elle sait mentir. En attendant faisons quelques commeuiaires.
Dupes de ces protestations ou plutôt i.vlimidées par les horreurs de l'anarchie,' les cOiU'édérations particulières se réunirent en une confédération générale pour demander le rétablissement de l'ordre public à une Dette protégée par la Russie I.esnolles Polonois firent même la sottise d'envoyer à la Czarine quatre minisUes plénipotentiair s pour : n La remercier en leur nom de l'^ntereNt qu'elle daignait prendre au rétablissement de la formi' d ■ la république, et la supplier au nom de toute la nation d'accorder sa garantie à ce qui seroit stntué par les mem':rcs de l.s Dietie, p9ur le maln'^rn de la paix et la conservation des droits de tout citoyen.
Cependant ia Czarine lit a--surer de nouveau Ir répub ,.. de tout linieresl qu'elle prenait en (|ualité d'aiciettd'allit'e aux troubles qui l'agitoieiii. Des plaisants pou^ roifu i.i...>r-
verquecet interesl étoit effectivement bien vif; laissons les s'egaier; c'est du sérieux qu'il te faut.
Tout alloit donc bien comme tu vois : mais ce n'étoit pas cela que deiii:.ndoiij'notre bonne voisine. Car la Dietie ne. fut paspliii' la'clieyfit propo.ser d'entreteni.
péiueliL I un corps ;ii,\iiiai:edelroi'pes r-
pour L
Quoii;. .. convenus par U^
traiié de Li./.iii, iiMi. iciidoit tropvi
l'asservissement il' i pour passer sans
Elle auroil passé cependant si quatre vr.iispauiou s uu s'y fussent oj)posé.<î, et u'euisent lâché d'en faire appercevoir le danger ;\ leurs concitoyens.
L'ambassadeur rus^e auprès de la république éclairoil leurs démarches, et dan» la crainte qu'ils ne mi.ssent obstacle aux projets de sa souveraine, il les fit arrêter de nuit à Varsovie par les troupi s impériales.
La consternation l'ut générale. Le roi et la Diette .assemblée enjoigniiont à leur résident à Saint-Pétersbourg de demander l'élargis.' eruent des sénateurs arrêtés, tt pour l'obtetenir, d'employer auprès de l'impératrice tout le poids que pouiroit avoir la prière d'un rqi et d'une nation.
Lei.r élargi sèment eut appaisé les esprits maison voulait les enflamii:er.
A()iès avoir exercé un acte inoui de souveraineté, au milieu delà capitale d'un Etat étranger; la Czarine prit un ton tendrement insolent. A tant de basses soumissions qui lui avaient été fa. tes, elle répondit : « Qu'elle ne pouvait se rendre aux prières du roi et de la république, sans renoncer à leur rendre le service le plus réel. " (La buune ame!) « Qu'étant sure de ses principes, sa conduite doii être conséquente. Que son mii'islre en Pologne a exécuté ses ordres » (Oh ! je le crois.) « et n'a rien fait qui n'ait été publiquement annonce dans les délibérations de S. M. I. » (Il n'en fut jamais question.) « Eu faisant arrêter qnattre séditieux indignes des regrets de leur nation. Que les rendre à la république, c'est la leur livrer. » (ÎNoie s'il te piait, que du nombre de ces quatre prétendus séditieux se trouve uu vieillard inlirme, et un jeune homme à peine sorti de l'enfance, personnage^ort ù craindre assurément.)
Cette réponse lit ouvrir les yeux au gros de la nation, et souffrir iuipatieramenl la présence des troupes russes.
Pour étouffer ces murmures, de nouveaux renforts arrivèrent de Russie, malgré qu'on n'eut stipulé que sept mille hommes de troupes auxiliaires.
Cependant la Dielte se termina par un traité solennel , fait sous la garantie de la Russie. Les dissidents furent rétablis dans leurs droits Tout sembloii, pacilié mais de ce calme apparut dévoient biclôt sortir les feux des dissetilioiis civiles.
Les Russes favorisoient leurs protégés d'une manière affectée. Ceux du partit opposé, allariaés des desseins de la Czarine se consultèrent. Ii se forma de toute part des conféderaiions et l'on vit la moitié des citoyens déclarer la guerre a l'autre moitié.
L'amour t'aveugle, cher Gustave; et cela n'est pas étrange, puir.ju'il a fait déraisonner tant de sages : mais il n'est que trop certain que Catherine II cache sous des prétextes artificieux d -s vues ambitieuses. Ele suit un projet formé depuis longtems par ses prédécesseurs. Pourquoi entietenlrdes troupes en Pologne, si ce n'est i)0ur l'asservir ? Pourquoi ces nouvelles légions qui viennent inonder les terres de la répubiqne^si ce n'est pour retenir par la terreur des armes ceux qui voudroient s'oppos r ù ses desseins'? Quoi, tout cet appareil formidable ne seroit que pour soutenir U'i petit partit qui l'intéresse peu, si même il l'inteiesse du tout ? Et ces actes de souverain-'ié exercés chés u.ue puissance éirangère ne seroient que ie devoir d'uni; puissance al'iée ? T'on. non, ee sont autant d' de la servitude ;;
lirépare;
i'u me fa' j: ■'le.Wjivi,, monarque, un monarque poio;
-r,'.'..^ .'Te- ,ï.. fVetn n-ilei '■:.'[■ v-
MARAT
i-une lies vertus <}ue doiv-'nt avoir les rois. Faible, inappliqué, sans fermeié, sans soin des affaires de la nation, et sans amour pour ses poup'es-, on va commencer sou règne par des f^ies, et il coniinuera de même. Mollement endormi sur le Ihroiif, on occupe de soins frivoles, il consume en délices ses gros revenus, rassemblant autour de lui une troupe d'artistes, de comédiens, de balla'lins.^de viriuosi de toute esp • r cl piss- son teins à légler les décorations d'une sène, l'ii.]'ii i-racnt d'un acteur, l'économie d'une toilette, quand lo.insftâs il n'est pas à languir auprès d'une femme. Ce lies! pas 1:1, tu dois en convenir, le devoir d'un prince, quoiiiuece soit maiheureusi-menl le métier delà plupart des reis.
Encore si se réveillant de sa léthargie au bruit dis disseiitious civiles, renonçant à sa houleuse mollesse, ei rappellant ù son esprit la diiiuiiéde son emploi, il eut cherché .'i prendre de sages mesures jiour appaiser les esprits irrités; ou du moins, si se reposant tièrement sur son courage, et se mettant à la tête de ses partisans, il eut essayé de soumettre les séditieux. .Mais non, tranquile au fond de son palais, il voit d'un œil apatique ses Etats envahis et ses sujets s'enircgorgcr.
Funestes dissentions I Quoique je n'aye point épousé de partit déjà j'en ai goûté les fruits amers. La plus part de mes parents, comme de faux amis doit la tendresse s'est changée en baine s'élèvent contre moi et déchirent le s in qu'ils ont caressé. Mais ce n'est pas là le plus fort de mes chagrins. .le vois avec effroi les malheurs [wéts à toiidre sur la Pologne. Cher Potowski ! (juel Dieu bienfaisant aura pitié de nous?
L'avenir me fait trembler, le présent m'humilie lors même que nous n'aurions rien à craindre de l'ambition de nos voisins.
Semblables à des enfants mutins qui ne savent pas se conduire eux-mêmes : des étrangers viennent s'interférer dans nos démêles, faire la loi chez nous ; et il faut que nous le trouvions bon. Si nous nous récrions on nous menace du fouet. Ce n'est pas que ces médiateurs oflicie!ix s'embarassent aucunement de notre bonheur : mais il est doux de commander chcs les autres, et ils satisfont leur orgaouil à nos dépeudii!*Pour un vaste empire, comme le notre, quel Irisle rôle nous jouons da'is le morde! Mais c'est notre faute. Nous vivons dans une espèce d'anarchie. Nous ne savons ce <|ue c'est que ne nous soumeilrc à la jiislice. Pour des riens nous avons recours au fer ; et des affaires, souvent peu imporlanles, nous réduisent aux plus fâcheuses extrémités. Que si au lieu de nous entre déchirer, nous tournions nos armes contre nos ennemis communs, nous nous ferions respecter, nous serions en état de faire la loi chez les autres : au lieu d'être forcés de la recevoir honteusement chez nous.
De Pinsk le 3 mars 1770.
LETTRE XXX
GISTAVE A SIGISJIOXD.
 Pinsk.
Il y a quelques jours que mon père me fit sentir que je devois me disposer à entrer en campagne avec lui. Je me flattûis que la chose n'étoit pas si sérieuse, iiu'il le faisoit.paroitre. Toutesfois pour ne pas lui donner lieu de s'expliijucr plus clairement, je ne témoignai aucune répugnance: mais j'évitai de me trouver têle à tèicaveclui: je fis même unep.rtiu de chasse sur ia terre de Miusko. A mon retour, il ne me parla de rien : je crotois son projet oublié , et déjà je comijiençfiis à me livrer à la joie. M<ii5 qu'elle a été de courte durée ! Hier matin, il entra dans ma chambre et me demanda si me., ptéparatifs étoienl faits; il ajouta qu'il n'altcudoit que moi pour partir.
— lia, mon père, m'ccriai-je d'un ton de désespoir, je mour-
rai plutôt que de quitter Lucile ; arrachés moi la vie ; mais n'exigés pas de moi ce cruel sacrifice. A peine avoi s-je achevé ces mots qu'il me dit avec aigreur :
— Fils indigne du père qui t'a donné le jour : voila donc comment tu soutiens l'honneur de ton nom. Quoi, lorsque l'orgueil d'une princesse étrangère attente à la liberté de l'Etat; lorsque des ambitieux nous dépouillent des honneurs qui nous appartiennent en propre, et que des ennemis cruels ont résolu la perte de ton pays, tu ne te prépares pas à le vanger ?
Je ne répondis que par mon silence. Dieux quel combat s'éleva dans mon faible cwur entre l'amour et la nature?
— Allons Gustave, décide loi ; obéis ou renonce à ma tendresse.
Le trouble de mon âme me tencit immobile, je n'avois pss la force d'ouvrir la bouche
— Quoi, lu balances entre une maîtresse et ton père?
— Vous me percés le cœur.
— !!>; Lien reste, fils dénaturé, mais crains ma malédiction, A l'ûuie de ces paroles terribles, je croiois sortir d'un sommeil douloureux, je gardois le silence; enfin je revins à moi, et je répondis :
— Non, mon père, jene veux pas me charger de votre malédiction: et puisque l'honneur m'enchaine à vos destinées, je suis résolu de vous suivre. La seule grâce que je vous demande, c'est de me donner le temps de préparer Lucile à mon départ.
— J'entends, tu espères qu'en tirant en longueur tu pourras me fléchir. L'indigne fils que j'ai ! Te voila vaincu par le» ( harmes d'une fille, par les attraits d'une vie lâche et voluptueuse ! Sont ce là des sentimens dignes de tes ancêtres ?
— 0 mon père, pardonnes à ma douleur; maintenant je ne puis que m'afiliger ; peut-être dans la suiite scrai-je plus disposé à me montrer digne d'eux. Laissés moi un instant pleurer Lucile ; vous savés mieux que moi combien elle mérit* d'être pleurée.
En prononçant ces mots je fundois en larmes, et les sanglots étouffèrent ma voix :
Blon père, ne voulant pas donner à ma douleur le tems d« s'exhalter par de tristes refleciions, redoubla ses instances, et me flit d'un ton sévère :
— Connois ton devoir !
Puis ine saisissant la main avec effort :
— Suis-moi, ajouta-t-il, je te l'ordonne !
Entraîné par son autorité, il fallut obéir. Il me conduisit dans son appartement, où je trouvai deux domestiques à faire des malcs.
— Vois ce que tu veux emporter, Gustave, et dépêche ! A trois heures, il faut que nos équipages soyent prêts.
Je fis à la hâte une liste de ce dont j'avois le plus besoin, et la donnai à mon valet de chambre.
Comme je voiois embaler mon bagage, j'entendis tout à coup dans la cour un bruit confus d'hommes et de chevaux. Je m'approchai de la fenêtre. C'étoit un détachement des vasseaux de mon père qui s'étoienl rendus à ses ordres.
Tandis qu'il étoit occupé avec eux, je m'échappai un instant pour prendre congé de Lucile. Elle étoit sortie avec Sophie; je ne trouvai que la comtesse au logis.
— lié quoij vous nous quittés Gustave, me dit-elle, vous laissés Lu( Ile. Que de regrets vous allés causer !
— Je ne suis pas à moi, vous le savés, madame ; mon père m'ordonne de le suivre. Que voudriés vous que je fis? Renoncerai-je à son amitié? Irai-je me charger de sa malédiction? Saerifierai-je le devoir à l'amour? Je chéris Lucile; mais il faut la quitter. Les Dieux savent ce qu'il m'en coule; j'en mounai de douleur.
A CCS mots elle me serra dans ses bras, et me dit d'un ton attendri :
— Il faut donc se soumettre au destin.
On avait envoyé quelques domestiques après Lucile. luipalient de la voir' venir, j'étois sans cesse à regarder ma mop- Ire. Le moment de partir approchoit, et elle ne venoitpas.
Désespéré de ce contre tems, je m'avance vers la contesse pour lui faire mes adieux :
AVENTDRES DE POTOWSKI.
— Allés, me dit-elle, en m'embrassaiU, allés digne fils d'un meilleur père ; je ne vous retiens plus : allés, soyés heureux, et que le ciel vous rende bienlôl à nos désirs.
Cependant je l'arrosai de mes larmes, je gémissois, jecommençois des paroles entrecoupées et n'en pouvois achever aucune : enfin je la quittai.
En rentrant je trouvai mon père à table qui m'atlendoil. Je pris un niorcoau ; puis nous inonlâmes à cheval, et ji! partis on maudissant le destin.
Qu'il est cruel, cher Paiiin. de renoncer au monde lorsfjue l'on commence d'eu jouir, d'clre enlrainé d'une maison dont la préscni-e de tant d'amis faisoit une demeure dclicieuse, cl de (initier une malliesse chérie, au moment où on dressoit l'autel nuptial.
Ah! lorsque la beauté me sourit et me tend les bras; t'aible jouet des caprices d'un père ! faut-il que je serve de victime â son ambition ! Qu'elle m'a déjà coulé de larmes ! qu'elle va m'en couler encore !
De Parcow, le 25 mars 1770.
LETTRE XXXI
LLCILE K CHAHLOTTE.
 Lublin.
l'ut;riois-tu !e croire? Gustave est parti sans me dire adieu. Cruel amant, va chercher une folle gloire dans les combats : fuis où ton cœur t'appelle: mais puisse l'image de la malheuleuse Lucile en proie à son désespoir te poursuivre sans cesse.
Je roule dans mon àrae de sombres pensées. Fatigues, famine, maladies, combats, carnage; tout ce qu'il y a de plus sinistre se présente à mon espiit: et comme si ce n'ttoit pas assés de ces maux, la jalousie s'y joint encore pour déchirer mon cœur. Hélas ! loin de moi, il m'abandonnera peut-être : peut-être que quelqu'autre captivera son cœur.
Ah 1 Charlotte, je succombe à la douleur, ei dans l'excès de ma tristesse, je n'ai pas même la force de verser des larmes.
De Varsovie, le 26 mars 1770.
LETTRE XXXIL
GCST.WE A LtCULE.
 Varsovie.
Entraîné loin de toi par l'autorité d'un père barbare j'ai longtemps cherché l'occasion de lui échapper. Elle s'est offerte «nfin pour mon repos, mais trop lard au gré de mes désirs.
A peine arrivés au rendes vous général, que le soi t vient de nous séparer. Je me déroberai pendant la nuit, je marcherai à la clarté de la lune : demain au couciier du soleil, je me rendrai au kikajon du parc. Jeté conjure d'aller m'y attendre, je ne vis que pour loi.
De Parcow, le 27 mars (770.
LETTRE XXXIlî.
LICILE A CHARLOTÏK.
A Luiiliii.
.l'accusais Guslave de criiaulé, ah ! je lui faisais toi'd. A la nouvelle du partit que voulait lui faire prendre son
père, je fus pénétrée du plus mortel chagrin. Je m'altcndai à le voir. Trois jours s'étaient passés et il ne paraissait point. 'J'rois jours se passèrent encore !i l'attendre vainement.
Comme j'étdis en proie h mon inciuiétude, j'appris entin qu'il éloit partit. Rien n'égaloit ma douleur. Dieux! dans quel étatse trouvoit mon ame, lorsque j'en reçu un billet. Il me donnoit un rendes vous. J'y allai avant l'heure fixée. L'amour et l'impatieine précipitoicnt mes pas.
L"s yeux tournés vers l'endroit d'où il doit venir, au moindre bruit mon cœur palpite. La porte s'ouvre ; c'est lui, il court, il vole, il me presse contre son sein et me lixe en soupirant; son cœur estprétàéclatter : puis tout h coup oubliant sa douleur, il i)aroit enivré de plaisir, et dans un transport de joye , il me saisit et me serre éplorée entre ses bras... Le feu de son cœur pénètre dans le mien; nos regards se rencontrent et nos âmes cherchent à se confondre; nous nous jurons cent fois un amour éternel.
Soudain il suspend ses caresses, garde (juelque temps le silence, pousse de longs gémissements, appuie sa tête sur mon sein qu'il arrose de ses larmes, et d'une voix glacée par le desespoir :
n Chère Lucile, dit-il, le cruel destin nous sépare, maisje te laisse mon cœur ; je vole où m'appelle un injuste devoir. Sois-moi fidèle, bientôt le ciel propice le rendra ton amant. •
A ces mots, il s'arrache avec effort de mes bras, et me laisse défaillante dans ceux de Baboushow.
De Varsovie le I avril 1770.