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DC MÊME XV HC«E

A Pinsk.

Cher Loveski, digne flis du meilleur des pères, toi dort l'âme vertueuse étoit un trésor de morale, dont la bouche éloquente étoit l'organe de la sagesse, dont le cœur simple et droit étoit l'azile de la candeur : le sourire sur les lèvres, lu prodiguois autour de toi la tendresse et ppanchois sans réserve ton âme pure dans le sein de l'amitié. Avec quel plaisir nous nous entretenions ensemble de sujets badip.- et serifux, liilii de ces hommes vains et superbes, consacrés à la frivolité. Nous nous aimions pour devenir4ilus sasres. Que de beaux jocrs ri'éié nou« avons embellis, assis enseicble au bord d'un ruisseau el rcspiriint «vec la fraii he haleine du zéphir le doux sentimeui de l'amitié ! Que de jours d'hiver nous avons égaies, assis ensemble au coin du feu, et versant dans nos cnpis les saillies et la joie !

Helas, il n'est plus! Dans le printems de sa vie, lorsque le feu de la jeunesse brilloit dans ses yeux et que la santé i ét illoit dans ses veines, il est toii bé sous le fer d'un cruel en* nemi. Infortuné jeune homme! Tes vertus ne t'assuroientelles pas déjà l'esiime publique? falloit-il encore piiur t illustrer des marques de distinction ? Séduit par leur éclat, em-

porté par la fougue de la passion, tu accepieî plein de joy« ce poste dangereux, te promettant les succès que se promettoit ton jeune i œur. Heias. eus lu pensé que lu courrois à ta perle ?

RfVétu de ses nouvelles m.irques de dignité, i aitendoit avec impatience le lever du soleil, brûlant d'envie de signaler sa valeur Lejnur renait, l'heure fatale arrive; les er.nemis s'approchent, ils passent, je donne le signal. Déjà Loveski avançoil à latéiedeses brigades. Il découvre leurs poudreux escadrons : ù leur vue, il ne peut modérer son arJeur, il fond sur eux le sabre à la main. L'ennemi étonné veut reculer. Je sors d'embuscade. Nous le serrons de près, ses escadronn sont enfoncés, ils fuient; nos com'catlans les poursuivent, ei ne songent plus qu'a en faire carnage.

Au milieu de la mêlée, tout à coup j'entends retentir le nom de Loveski. Mes yeux le cherchent. Je le vois seul, poursuivant un de leurs chefs. Soudain quelques fuyards fonlvolte face, et veulent l'envelopper; il se delfend, je vole à son secours avec deux des miens : déjà nous sommes preis à le joindre, mais il tombe à nos yeux percé du coup fatal qui vient de trancher le lil de ses jours. On l'emporte à l'écart. Le voila dans un lieu de sûreté. Je m'efforce de le rappeler k la vie. Il ouvre enfin les yeux, et reconnoit son ami.

{■'es plaies s'envenimoient; il sent le danger de son état et n'en est point a'iarnié.

Ah cher Panin! comment te faire le t'tuchant portrait de Loveski dans les bras de la mort? Quel air de Iranquililé il cons-rvoit an milieu de ses tourments! Quel air triomphant dans ses traits au milieu des ombres du trépas! Lui-même il me consoloit et soutenoit mon" courage.

Séduit par sa constance, je croyois sa fin éloignée : la joie renail dans mon ame. 5Iais hélas combien elle dura peu! liientot les forces l'abandonnent. Penché sur son lit funèbre, le coeur dans des angoisses mortelles, j'essuiois ses froides blessures et soutenois sa tête défaillante. Déjà le nambcaude sa vie nejclioilplus que de faibles lueurs, je comptois avec effroi lesniomenis qui luiresinient ù vivre : il veut élever sa voix mourante, ses yeux prcsqu'éteints me cherchent encore. Ses mourantes mains serrent faiblement les miennes et je recueille ses derniers soupirs.

Le bruit de sa mort se répand. Mais au lieu de voir ses amis accourir en foule, se ranger avec respect autour de sa tombe, comme dans un posie d'nonnenr, pleins d'envie et de haine, i's l'nientlous. et dédaignent de lui rendre les devoirs delà sépulture.

Ainsi, après avoir quitté la vie sans bruit, il est descend» sans appareil dans l'empire des morts. Les solemnités les plus simples ont été négligées ; et celui qu'avoient illustré les vertus les plus sublimes, le génie le plus vaste, la naissance la plus disiinguée, ne reçu pas même des honneurs vulgaires. Chère ombre, pardonne ù la nécessité!

Atteint moi même d'un trait cruel el tout couvert de sang, je lui creuse une fosse ; me* mains tremblâmes l'y portent, je lui ('lève à la hAlc un monument. J'arro~e sa tombe de mes larmes, et lui fais mes derniers adieux d'une voix étouffée de sanglots.

Quand la mort nous enlève un ami, ceux qui nous restent nous evbortent à nous consoler de sa perle. Ils s'empressent d'essuier nos larmes. Ah cruels ! gardés vos soins officieux, laissés couler mes pleurs. Après la perte que J'ai faite, puisje trop en répandre?

A la triste nouvelle de Loveski décédé, cher Panin, je vois cou'er tes larmes, j'entends tes regreis e; comme moi tu ne craindras pas de trop l'abandonner ii la douleur.

Que d'autres conservent la mémuirc de leurs amis dans un bu.";le ou une triste épitaphe. Pour moi je porterai elle de Loveski gravée dans mon ame. Chaque jour j'irai pleurer sur sa fosse, et mon cœur sera la lanije sépulcrale qui brûlera sur son tombeau.

Do Boukovina le lOjuin 1770.

AVENTURES DE POTOWSK[.

LETTRE XLH.

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