‹ Le siècleChapitre 29 sur 62 · GUSTAVE A LV COATESSE SOBIESKA · texte numérisé non relu

GUSTAVE A LV COATESSE SOBIESKA

Quittés au plutôt Varsovie, Madame, avec tous ceux qui vous sont etierf. Les confédérés en veulent aux .jours du roi et ne nianqueioiilpas de fuiie outragerions ceux de son pai til. Uelirés vous dans votre terre d'Osselin : il n"y a pas d'apparence qu'ils ayent drs vues de ce côié là.

Je n'ai le tenis que de vous assurer des senlimcns de ma •onsidération, et Lucilede ceux de mon amour.

Dm environs de Sokol le i'i juin i"0

LETTRE XLIII

«L'ST.WE V SIGISMOM).

A Pinsk.

Je gémissols encore de la perle de Loveski, lorsque nous vint la n'iuvelle de la nialiirureuse journée de Kodna. Quelques fuiards arrivés ft Sokol m'ap; rirent iiue plus de onze cents confédérés avoient été taillés en pièces, que Sohoski, Luliow, Bominski étoient restés sur le ciiamp de bataille et que Bressini, dangereusement blessé, s'éloit retiré àSlanislaw.

Tu sais mon at'acliemenl pour ce cher cousin. Comme j'en étois fort peu éloigné, je me rendis jM'ès de lui, et le trouvai a l'extrémité dans les bras de son père, l ne pâleur morielle s'étoit répandue s'.ir sa face, S(s yeux étaient nresqu'éleints. Il voulu faire ses derniers adieux à ceux c|ui l'cnvironnùient ; mais en ouvrant la bouclie, il expira.

A peine eut-il rendu l'ame que son père remplil la chambre de ses tristes gémisscniens.

— ?vîaili''ureu\. s'écrioit-il, d'avoir ve^ni jusqu'il ce jour! Quen'ai-je perdu 'a vie dans le combat ! Je serois mort sans amertume. Maintenant je vai traincj' une vielesse douloureuse. O mon fils ! o mon cher lils I quand je perdis ton frère, je t'a- Yois pour me consoler. Tout est fini pour moi. Antoine? Stanislas! O mes chers enfants, je crois que c'est aujourd'hui que je TOUS perds tous deux : la mort de l'un rouvre les plaies que la mort de l'autre avoit faites au fond de mon cœur. Je ne vous Terrai plus.

Je l'ecoutois dans un morne silence, en mêlant mes larmes aux siennes, tandis que ceux qui éloient auprès de lui s'efforçoient de le consoler.

Cher Panin, suis-je donc destiné à épuiser toutes les rigueurs de la fortune? La cruelle ne se lasse point de mo persécuter. Chaque jour elle m'enlève les parties de moi-même le» unes après les antres, et me hùsse isole sur cette terre. De tant d'amis qui faisoient autrefois mes délices, tu es le seul qui Die reste : et ce n'est plus hélas! que pour verser ma douleur dans ton sein.

Psur surcroit de malheur, je viens de recevoir avis que le Staroste df Sandomir, mon arrière oncle, indigné de voir que mon père étoil entré dans la confédération de Bar, m'avoit déshérité.

Que l'état de mon amc est sombre ! je ne puis plus supporter la compagnie. Je cherche la solitude. Je vais visiter les tombeaux ; et là, assis au milieu des morts, je réfléchis sur la vanité des choses de la vie.

De Sokol le20juin 1770.

P. S. La mauvaise fortune des confédérés If s suit partout. Leur grosse armée a été delTaiie a Joulkna L'ennemi est à leur poursuite. Errans, divisés, sans chefs, ils ne sauroicnt manquer d'être taillés en pièces.

LETTRE XLIV

SCPHIE A SA C0US1.\E.

A Biella.

Pour m'oter un peu de devant les yeux la triste image de Lucile,j'ai été passer quelques jours chés le conte Ogiski, où certainement il n'a tenu ((u'à moi de m'egayer.

Le grand chambellan du roy, ennuie d'un procès qu'il deffendùit contre le conte au sujet d'un héritage considérable, ayant proposé son hymen avec la fille unique de sa parlie adverse comme un moyen de terminer à l'amiable leur différent, sa proposition fut acceptée et la jeune héritière consentit avecjoye à être le gage de réconciliation entre lesdeHV familles.

Il y a trots semaines qu'il s'est rendu ici pour effectuer cette alliance. Dès lors chaque jour a été une nouvelle fête, dont tout ce qui a jamais été inventé pour le plaisir relevolt l'éclat.

La petite contesse est bien la plusjoliebruncqu'ait jamais formé l'amour. Elle a une taille charmante, ses cheveux effacent le noir de l'ébène et son teint la blancheur des lis. Ses yeux étiiîcellanls sont couronnés par deux sourcils admirablement dessinés. Ses lèvres vermeilles laissent entrevoir deux rangées de perles enchâssées dans le corail : une main dflicate et potelée termine un bras loen arron^ii. Elle a une vivacité enchanieresse, une voix brillante, un regard pétillant, et elle semble ne respirer que le plsisir.

L'éponx n'est pas bel homme; mais son raracièreest'char' mani; c'est la gaieté, la complaisance, la îia'aiiterie même.

Hier il ratifia son mariage au pied des autels et il falloit voir les transports de sa joie au relour de la cérémonie '

Ha ! chère r>osette, c'est à moi seule que l'amour n'a point ouvert ses trésors. Ces i rails brulaiis dont il blesse les amants heureux, celle douce ivresse et ces Iransports ravissans où il les plonge tour à tour, je ne les connu jamais. Qu'il est triste d'avoir vu s'écouler devant moi sans plaisir tant d'années qui pouYoient être délicieuses ' Devroil-ce être lu le sort d'unu femme de vingt-deux ans. . a (pii le ciei a accordé le don de flaire et plus encore celui d'aimer?

En continvatiou :

Qu'ils sont heureux ! Leurs regards expriment le délire de deux cœurs ennivrés. Ils s'aiment sansinquiélu.:e...et ne sont occupés qu'?! jouir de leur bonheur.

La jolie chose. Rosette, que le mariage, tant que ramour garantit les amants de la froideur des époux.

De Suross en Polakie, le 21 juin 1770.

LETTRE XL\

SICISiBOKD A GUSTAVE.

A Sokol.

J'étois allé faire une petite course à Cracovie. A mon retour j'ai trouvé un paquet de ies lettres, où j'ai vu avec chagrin le long enchaînement de te- malheurs et la triste tin de notre ami commun. Je te pi ins, cher Gustave : mais mes larmessont pour Loveski. Imprudent jeûné homme! fallait-il ainsi courir au devant du desiin ; pour laisser après soi tant de rtgrels?

Je te remercie, Potowski, au nom de l'amitié la plus teijdre, des soins que lu as pris de lui rendie les derniers devoirs. Mais que je suis indigné contre ces faux amis qui l'ont ainsi abandonné dans ses derniers momenis ' Ah, les traîtres ! qu'ils

MARAT

ue Yiennent Jamais se présenter devant moi, ou je saurai les démas(iuer!

Hélas, quel triste lliéâ're est devenu notre malheureuse Pologne! On n'entend nulle part que les cris des dissenssions civiles. Toiit le royaume est en feu, et dans ce concours tumultueux d'Iioninies acharnés les uns contre les autres, ce n'est plus que vengeance, fureur, dévastations et massacres. 11 n'y a presque point de famille dans l'État qui ne soit plongée dans l'affliction. Ici, une mère éplorcc redemande son (ils, une épouse sou époux: là, les sieurs pleurent un frère, les amis un ami.

Ilelas, j'ai eu beau m'éluigner de la lolie dos factions ; nie voilà moi-même envcluppé dans le désastre commun , ma maison n'en est pas moiiib remplie de deuil et de larmes.

Insensés que nous sommes d'attirer ainsi sur nous la désolation et la mort!

Heureux les peuples assés sages pour vouloir jouir de» douceurs da la paix.

DaPinslt^le -iSjuin IT70.

LErrRE XL\I.

AOFHIE A S\ r.Ol'SIXK.

A Biella.

K mon retour de Suross, j'ai trouvé Luciledans l'aftliction au sujet d'un briiil ((ui s'est répandu de l'entière défaite des confédérés à Broda, où Gustave doit s'être trouvé. Elle craint qu'il ne soit resté dans l'affaire.

u Ah! chère Sophie, s'écria-t-elle , en me voyant, c'en est fait je ne le reverrai plus ; piesque tous ceux de son parlit ont été taillés (n pièces, le reste a été fait piLsoniiier, aucun n'a échappé. Je n'o!-e même me llaiter qu'il soit dans les fers: tout ce qu'il y a de plus sinistre vient s'oflrir à mon esprit, t'Our mettre li^ comble à mon désespoir. Je me le représente peicé de mille coups ; je crois voir sa léte séparée de son corps, et ce corps pâle et livide étendu sur la poudre. »

Je me mis auprès d'elle pour tacher de la consoler, mais elle ne m'écouta point.

" Hélas devoit-il donc périr ainsi à la (leur de ses ans, con tinua-t-elle en se penchant sur mon cou? Les barbares I ils ont eu le cœur de plonger leurs mains dans son sang. Quel sentiment de vengean(« s'élève dans mon c(cur! Soleil éclipse-toi ; refuse ta lumière à cette race odieuse de brigands, ou si tu te montres encore, que ce soit pour les consumer de tes feux. Infortunée que je suis ! hélas, qu'est devenu ce bonheur dont je m'étois flattée, ce! avenir dont je m'étois formé de si riantes imagps, retle chaîne de jours fortunés ? Ils ont disparu comme un songe, cl n'ont laissé après eux que douleur, tristesse et désolation. Ah! la vie n'est plus pour moi qu'un fardeau insuportable. Que ne puis-je à présent finir ma triste «arriére. Cruel destin ! Si lu voulois m'arracher à ce que j'avois de plus cher au monde, que n'ai-je aussi été en bute ù tes coups, ijue le même tombeau ne m'a-t-il pas réuni ;\ mon amant? «

En prononçant ces mots elle tomba dans mes bras et resta tans sentiment.

Faut il le dire. Rosette, je n'ai plus pour Lu' lie la même amitié, depuis iiue je suis d-venue sa rivale; et ses larmes commencent déjà ti ne plus me toucher.

Laionj'incture est favorable, il faut en proliter. Depuis que le bruit de cette bataille s'est répandu, l.ucile tremble que Gustave n'ait paie de sa vie : faisons qu'elle n'en doute plus.

Du chaleaud'Oâselin, le 25 juin 1770.

LETTRE XLVIl.

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