DU51EME \V MEME
Ah ! cher Panin ! il semble que les Dieux irrités ayent épuisés leur haine sur ma tête dévouée. Hélas, tout est mort pour moi.
Les confédérés ont fait des incursions dans la grande Pologne, et partout où ils ont passé, on ne trouve que dévastation.
Le joli bourg deBaranow a même été réduit en cendres; les flammes n'ont épargné que quelques édiflces incombustibles. Au milieu des masures consumées-, on voit encore d'espace en espace un temple, une tour, dominer tristement sur les ruines de son enceinte désolée.
Hier j'eus toute la journée devant les yeux cet aliligeant spectacle.
A SanJorair je quittai la route de Piudora pour prendre celle d'Osselin. Je nepouvois me résoudre ù passer si pri'^s de Lucilo, sans la voir. J'avance à grands pas vers ces li«ux où étoitmon trésor. A mesure que j'approi'he, mes noirs soucis disparaissent, la joye renait dans mon cœur. ,Te ne me s?ns pa^»dimpatience; je brûlais d'arriver Déjà je découvre da loin ce charmant séjour; tout me rapcUe un doux souvenir, ces b isquets enchantés où je me promenois avec Lucile, ces bords lîeuris où ma tête reposait sur son sein, ces berce.iux délicieux où je la courroniiois de fleurs, et dans les transports de mon ame je croiois déjà la voir et la press^^r dans mes bras amoureux. J'arrive enlin. Ciel ! quel spectacle s'offre à ma vuel Tout est désert; partout a passé le fer et le feu. , -
Je parcours avec une surprise mêlée d'effroi ces belles campngnes, que je reconnais ;1 peine. Je vole vers le château, ei je ne trouve que des masuri's. A cet aspect, mille idée.s funestes s'offrent à mon esprit trou*)lé et déchirent mon cœur. Je me représente Luoile écrasée sous ces ruines ; j'éprouve d'avancj toutes les horreurs du dés<!spoir, et contemple dans un élonnement stnpide toute l'étendue de mon malheur.
Je sors enfin de cette espèce d'ivresse, pousse de tristes gémissements et cours éperdu, cherchant vainement de tout coté quelqu'un qui m'apprenne ce que sont devenus les maîtres infortunés de ces lieux. ,
O fortune ! ô revers ! ô ma Lucile I seule espérance qui me restait icy bas, où as lu donc été entraînée ? où as tu fui loin des ruines de ce p.ilais embrasé? Et c'est moi qui t'ai cons;iHé d'y venir. Slalheureux ! qu'aije fait ? Quel repentir cruel déchire mon sein ! Mais où la douleur m'égare.
Ah, c'est vous, c'est vous, barbares ennemis (jui avés causé mon malheur. Puissent loiit«s les horreurs de-la guerre, tous les fieaux qui affligent les hommes, retomber sur vos têtes ciiminelles; puissiés vous être réservés à la plus horrible vengeance; que jamais vous ne trouviés d'azile nulle part, qu'un impia able ennemi vous poursuive sans relâche, qu'il vous atteigne, vous égorge et se baigne dans votre sang.
Ce monde oii je vivois autrefois, enivré d'une folle joye, qu'est il devenu? Un séjour de deuil rempli d'emblèmes funèbres que la mort a tracé et suspend autour de moi.
Cruel destin ! ne poavois tu le contenter de tant d'autres victimes? fallait-il que ta haine s'attachât à moi, et me choisit pour s'épuiser sur ma tête. Ne te sUffisoit-îl pas que cinq de tes traits m'eussent atteint coup sur coup sans m'en décocher un sixième !
O Lucile, Lucile, ma chère Lucile! Est-il bien vrai que je t'ai perdu ? A cette idée mon êlre entier se dissout et s'écoule.
Omort! viens à mon aide : haie toi d'arriver; tous les liens qui m'attachoient au monde sont rompus, ton glaive n'a plus qu'à trancher le (il de mes jours .
ÀVENTDKES DE POTOWSKI.
LETTRE LIV
SOPHIE A SA COt'SIKE. '
A Biella.
Je ne sais si tu as pénétré mon dessein.
J'ai déjà gagné que Lucilen'écriTc plus à Gustave; il faut empêcher maintenant que Gustave n'écrive plus à Lucile. Ainsi, morts l'un pour Taulrc, du moins en idée, rien ne m'empecheia de lier avec lui. Qu'en dis tu, Kosette? Cela B'est-il pas bien imaginé?
Mais il y a longtems que nous n'avons des nouvelles de Pot'jwski. J'ai cependant bien recommandé à Antoine de m'envoyer tontes les lettres qui me seroient adressées au ohateau d'Gsselin. Quelle peutélrela cause de te retard?
Inquiette de ce long silence je vais éi'rire à un ami de Gustave avec qui j'ai appris qu'il est en relation ; sûrement il m'en apprendra,<jueli|ue chose.
Mais j'entends des cris dans l'appartement voisin, il faut Toir ce que c'est.
En continuation.
Nous venons de recevoir la fâcheuse nouvelle delà dévastation de la terre d'Gsselin. Le château même a été réduit en cendres après avoir éié livré au pillage.
La contesse est à ce sujet dans une affliction extrême; elle «e félicite néanmoins de l'avoir quitté à tems, et comme par miracle.
Lucile paroit insen-ible à ce désastre; elle voudrait seulement être périe sous les ruines.
Pour moi, j'en suis très fâchée. Voila le conte à peu près ruiné. C'étoit dans ce château où il avoit transporté ses trésors et où il gardoit ses litres. Adieu sa belle collection de tableaux et de statues ! Je crois qu'il en mourra de chagrin.
Je regrelîe surtout le magnifique ameublement de l'apartement d'été. Jamais je ne vis rien de plus riche, de plus galant. Les chaises, les rideaux, la tapisserie, étoient d'un damas bleu de ciel garni de franges d'argent. Le plafond éloit de stuc orné de peintures en camayeu de U même couleur, comme a«ssi les dessus de porte. Et il y avoit entre les trumaux, les deux plus belles glaces du royaume. Quel domage que tout cela soit détruit !
Est-tu donc, chère RoSette, si fort engagée avec ton beau Castellan, que tu ne puisses disposer d'un quart d'heure pour songer à tes amies? Il y a trois mois que tu m'écrivis une petite lettre; mais si petite qu'il semblait que tu n'avois rien à me dire. Dès lors tu ne m'as pas donné le moindre signe de vie. Je n'en agi pas ainsi à ton égard ; je l'écris souvent, et toujours je te fais part de tout ce qui m'arrive, même de mes pensées les plus secrettes.
Souviens toi ([ue j'atiends au plutôt de tes nouvelles, et que si tu ne me dédommage de ton long silence, je te punirai parie mien.
De Lomazy le 2 août 1770.
I Rien n'égale la tristesse de mon ame. Le jour paroit trop court pour suffire à mon tourment: et comme si ce n'était pas assés des phantomes qui m'épouvantent alors; la nuit, ils m'assiègent i-ncore. Le doux repos ne vient plus fermer mes paupières. Après quelques moments d'un sommeil agité, je me reveille en iransses. Je crois voir l'ombre de Lucile pile et sanglante, je crois entendre sa plaintive voix ; et je ne sors de ces rêves effrayants où le désespoir égare ma pensée, que pour me livrer à des idées plus affligeantes encore.
Hélas ! n'est-ce que pour verser des larmes i|ue mes yeux Vcntr'ouvrent? 0 chaîne de malheurs! Ils viennent rarement seuls; ils aiment à se presser sous les pas d'un malheureux. Occupé à pleurer mes amis, falloit-il aussi pleurer ma maitresse! Tous mes chagrins passés s'habiment dans le sentiment de sa perte. Lucile enlevée de ce monde à la fleur de sou âge, lorsque... A cette idée, comme ma douleur s'aigrit !
Mon âme s'abreuve .1 longs traits d'amertume, mon cœur s« déchire, et la sentiment du bonheur s'écoule pour jamais par cette blessure.
LETTRE LV
Cl STAVE A SIGISHOXD.
APinsk.
De l'endroit où je t'écrivis mon désastre, l'affliction m'a suivie elles mon oncle où je suis venu chercher un azile. Dès lors mes larmes n'ont cessé de couler.
J'ai fait mille vaines recherches. Je ne puis parvenir à tromper ma douleur; tout me ramène à l'objet de mes craintes; et lorsque je viens à me rappeller ces tristes masures, je frissonne d'horreur.
LE 'ÏIBCIE. — II.
LETTRE LVr.
DU HEUE AU MEUE
A Pinsk.
J'apperçois le soleil qui s'abbaisse sous l'horison ; les ombres se projettent au loin dans la plaine; déjà il n'y a plus que le sommet élevé des montagnes qui retienne les derniers rayoBs de lastre disparu.
Voicy l'heure que plein d'impatience je courroisaux lieux fortunés où m'attendoit mon amante : heure autrefois si désirée ! tu n'es plus à présent que celle de mon désespoir !
Lucile n'est plus ! Hélas, sa chère image s'offre sans cesse à mon âme attendrie. Comme ses yeux brilloient d'un doux feu! Combien sa modestie ajoutoit à ses charmes! Quelle candeur, quel enjouement, quelle aménité dans ses entretiens! Que s'a beauté éioit séduisante, et son cœur fait pour aimer! Rien ne lui manquoit. La foi lune et la vertu lui avaient prodigué tous leurs dons. Qu'avoit de plus le ciel à lui accorder?
Ah ! elle étoit trop belle pour vivre; j'étois trop heureux. Le destin jaloux l'a moissonnée tomme une fleur à peine édose.
Tant d'attraits dévoient ils sitôt périr? ^^e la verrat-je donc plus, cette bouche divine me sourire auiourcuscmeut! Je ne l'eniendjai plus cette voix touchaiile dont les doux accens ailoient'â mon cœur! Ses regards tendres n'exciteront plus au fond démon âme d'émotions délicieuses!
0 Lucile, Lucile, dans quel désespoir ta perte a plongé ton amant!
Où retrouver son beau naturel, son ame sensible, ses nobles sentiments? De. quel plaisir eilé enivroit mon cœur dans les épanchements de la coniiance! O douce société! tendre union! non, ce n'étoit point l'union, c'était le mélange de deux cœurs.
Félicité céleste, félicité si rare sur la terre, je l'ai goûtée, je l'ai perdue! Il n'est plus pour moi de Lucile. Elle a courru se perdre dans le gouiire éternel du néant, il ne m'en reste qu'un tiisle souvenir sans cesse présent à mon esprit pour affliger ma pensée.
De dessous un ormeau du bosquet de Radom.
MARAT
LETTRE LMI.
DU MEME AU MEME
A rinsk.
Quelques rayons d'espérances coniniençoient à luire au fond de mon cœur : mais liélas qu'ils ont été bienlôl éieinls !
Un brui', vague courroit (|ue le conte Sobieski, fuiant les ruines de son palais embrasé s'étoit relire avec s;» famille :i Opalin. J'y courrus à l'instant; mais toutes mes redierclies furent vaines; point de Sobieski !
Me voila en chemin pour revenir chés mon oncle, plus désespéré que jamais. Comme je repassois dans mon cs])rit mes infortunes, mon rheval se mit .1 heniret à faire un éoart. Je lève les yeux el n'apperrois rien. 11 refuse d'avancer. Je l'attaque. Il se cabre, se dcflend, et m'emporte ;"i la lin dans un «entier de traverse. Il courrut un bon mille avant nue j'eusse pu l'arrêter. Lorsque j'en fus venu i"! bout, je cherchai à me reconnaître.
Peu après croyant devoir regagné le grand chemin je ne lardai pas à retomber dans mes sombres rêveries. Je n'en fus tiré que par la faim qui commençoit à se faire sentir. Je regarde ma montre. Surpris de voir que le jour fut déjà si avancé, je clierche le soleil, et l'apperçois sur son déclin, alors je ne doutai jilus ([ue je ne fusse égaré.
Je continuai à marcher, et je n'arrivai point. Inquiet comment je passerai la nuil, j'avois gagne lesommel dune légère eminence. Je m'arrête pour promener mes regards autour de Hioi, j'embrasse de l'oeil la longue chaîne des colines, des^ plaines, des forets que j'avois traveisées. Tout à coup j'entends les sons d'un trompe ruslique, et j'appercois à quebiue dislance un berger appaié sur sa hnulelte, lanlis qnexleux chiens el un jeune gardon rassembloient son troupeau.
J'allai à lui. Il parut surpris de me voir.
— Ne craignes rien, liii-dis-je, mon ami : je suis uii voiageur égaré que lu nuir oblige à chercher queliiue part un azile. Voudriés vous me servir de^ guide jusqu'au prociiain ha- \neau?
— Hélas ! repondit-il, cet endroit est désert. Il n'y a qu'un château à deux lieues d'ici, dont le maître est absent. D'ailleurs il seroit nuit avant (jue vous pussiez y arriver, et trop lard pour y élreaiimis. Mais ma cabane n'est pas éloignée. Je n'ai à vous o!!rir que de la pailie pour lit, du lait et du pain iiour uouirilurc C'est loul ce que le ciel m'a donné, je le partagerai ce soir de bon cœur avec vons, et demain je vous remettrai sur voire roule.
J'accfplai ses offres obligeaales. Ainsi, après une longue et fatiguanle journée j'arrive à une méchaule cabane. Je trouvai sur le seuil delà porte une bonne l'emu'.e (c'étoit celle du berger) avec un pciit eiilani sur les genoux. Elle n; tut pas moins élonnee de me voir que ne l'avoit élé le p:'.tre.
Mon pieiiîier soin fut de diercher un endioii puur nictlre mon cheval; et tandis que jeTui préparois une litière et que mon hole rângeoit ses moutons, sa f^mmc alla se di^^poser j nous recevoir.
En entrant dans la chaumière, je fus surpris de l'air mal propre qui y règnoit : tout y prései.toil l'image de la misère la plus affreuse. Je comparois en silence ces wrars entumés aux lambris dorés des palais; et pour la première fuisje lis de douloureuses refleclionssurrinégalité du sortd.sliumains. Nature maràire, disois-je en moi-mcnie, faut-il (|n'uiie pmiie de tes enfants soyent ainsi nés pour la servitude et le iravail, tandis que l'autre n,;gc d.ms l'opulcuic au sein de la mo- Icsse!
Mon hole vint mVn tirer pour prondr.^ pan à leur ptiit souper. Je me place h celle misé 'abic ubie, et b peiile famille se range en silei!ce autour de moi.
Bientôt mes tristes pensées vinr.-nt m'y iroiivcr; elles mi! suivirent encore sur mon lit de paille. Enfin-, exeé.ié de laiigue, je m'endormis. i
Le lendemaifi je me réveillai îi la pointe du jour el me disposai à partir. Eu entrant dans l'élable, je trouvai mon cheval étendu sur la litière et rendu de fatigue. Il f.dlut rcsti'r.
J'allai trouver mon hôte, et lui fis part de mon embarras.
— Que cela ne vous inquietle pas, seigneur. J'aurai soin de votre bète, et pendant que vous demeurerés avec nous je tacherai de faire de mon mieux.
Touché de sa bonté, je lui donnai quel(|ues ducats, que je le formai d'accepter. Le pauvre homme me baisa la main, et me remercia i genoux.
Pour passer mon ennui, je u'.e mis à errer aux environs de la cabane, et crainte de m'égarer je pris avei; moi son jeune i'arcon.
Attiré par uu charme inconnu vers une petite fortst je m'enfonçai dans sa sombre épaisseur el la traversai triste et irensif: bienti'ît je me trouvai dans une vallée solitaire, coupée d'une petite rivière.
A (|n<lque distance j'apperçu un bouquet de grands arbres, qui halançoient dans les airs leur cime touffue, répandant sur la plaiire, dans un vaste contour, la fraîcheur el ?^mbrage. Je vais me reposer sous leur impénétrable abri. In iiAtre y avoit rassemblé son troupeau brûlé des feux du soleil. J'approche, je reconnois mon bote et m'assois auprès de lui.
J'étois cbaimé de l'innocence de la vie et de l'air de contentement de cet homme.
Si je pouvols ainsi, disois-jc tout bas, finir doucement mes jours dans ipielque coin de la terre! Air pur, frugal lepas, santé du corps, paix de l'ame , précieux dons de la nature, (|ue vous êtes préférables aux faux biens dont le monde est si épris! Oui. c'est de ce simple mortel qu'il faut apiuvndre l'an d'étr£ heureux. Comme nous, il n'est point rongé dede- >irs impuissants. Une prairie fertile est pour lui le laidiu de félicité. Ses plaisirs sont purs et ne laissent point d'amertume : moins vifs (|ue les nôtres, ils >onl aussi pliis durables. L'espérance vaine, les regret-, ledé- espoir m'viennenl jamais emprisonner le cours paisible de ses jours. Pourquoi aller à grands frais chercher le bonheur si loin, lorsiju'il esl si près do nous!
Tandis (jtie j'étois enfoncé dans ces rellections un doux sommeil vint appesantir ma paupière. Hélas I depuis langtems je n'avois plus qu'un repos pénible et plein de troubles.
A mon réveil, mon hôte me présenta des fruits et du laitage, dont je lis mon dinner, et comme le soleil n'étoit déjà plus pii|uaut j'allai cnsuitte promener au bord d'un sombre rivage.
Le chagrin n'avoit fait avec moi qu'une courte trêve : bientôt il revint m'assaillir. J'avois beau vouloir distraire ma pensée du sentiment de mes malheurs, tout m'y rapelloit, tout me retraçoil la chère image de Lucile.
Fleurs (jui émaillés la vt-rdure, vous ainiiés que sa ma^n voes cueillit: lié'as vous ne reposerésplas sur son sein amoureux; vous ne serés plus entre aisées parmi ses belles tresses vous né ponerés plus à ses sens un parfum délicieux. Comme vous elle brilloit du pur éclat de la nature : falloit-il que comme vous e le ne brillât ([u'un jour?
Tandis que j'exhakds ainsi ma douleur, j'entendis de loin une voix mélodieuse dont les accents plaintifs faisoient gémir les échofs. Ils excitèrent dans mon itme une surprise mêlée de joye.
Immobile, je cherchois des yeux d'oli pouvoient venir de si doux nccents. Puis j'avançai parhazard au pied d'un rocher ijui nie les répéloit; m lis je ne pus rien démêler.
L'émotion que ces sons me causoient avoit pour moi des charmes; ils suspeiidoienl le senlimenl de ma doul ur.
— Je ne suis jias le seul, lUsois-je, qui gémisse en ces lieux. C'est sans doute la voix de quelqu'infortunée dont le cœur a besipin de consolation.
Après avoir longtoivis ioni du pl;iisir d" renlnn^-^re, la voix cessa.
En\... .. ,. ., ■. .:.-. . .. .... ;. .,• :■■:,-
regagner ma cabane. Je fii remarquer h mon gwide l'endroit quiî nous quittions et je me retirai à regret, enseveli dans de tristes pensées, mAÎs moins tristes que celles de lav.ille. Lesascents de ceilr t-juCliante voix retenlissoient encore au fond de moname ; je la sentois un peu débarasiée du poids qui ropprinioit. Je ne sais qu'elle émotion s'étoit emparée de
A\^ENTL"RES DE POTOWSKI.
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mes sens, ranimoit mon cœur fl^tiil cl me faisoit trouver ce séjour enchanteur. Je ne pouvois souffrir l'idée de le quitter, «t toiu on mardiaiit i» '■
— Tel ini'iui forçai h loiigtenis ]• mèiieune. vie ajàtce cl.ri'iMiju ■! .s. .uiii.->; i, .M'iX.ji lems (te gouler un peu de repos. A piési-nt que lous les liens qui m'atlaclioienl au monde sont rompus, que je suis dégoûté de ses brillantes follies.et détrompé de ses vaines chimères, qui m'onipêche de* fixer dans ces lieux mon si'jours, et de m'y ménager une tranquile retraite?
J'étois encore occupe des mêmes pensées, lorsque j'arrivai sous mon humble toil, et le sommeil ne vint que fort tard en suspendre le couis. • '
Le leiidefflalû j'allai d'assés bonne heure ra'assoir vis fi vis ilu iiied du rcclier qui m'avoit répéié les accents de celte voix loueliaiite. 11 étoil déjà tard, et li.'s éohois r^anlfiieni encore lu ïiler.ee; m»n chagrin étoil extrême. Mai& tout. â coup ce .sil" ■■' ' ' ' ■"'•' nijju par les chanls de la veille. Ils me pari;' -iincis. J'avançai pour les^mieuxeuSendre; hmi,-. ;i- !■.:, J1-. éif par un lai'g.- fossé, qui entouroil un parc : j'apperçu dans l'enfoncemeni un château d'où je jugeois qu'ils dévoient partir; ils (inirent plutôt que je ne l'aurois voulu.
La nuit conuîiençoit déjà à deploier son noir manteau, et déjà je regagnai tristement ma chaumière, lorsque cette voix plaintive éclata de nouveau dans les airs. Je m'arrête.
— Ilala voila encore! dises je tout seul. Que j"aime ù l'entendre géniii au milieu de ce profond silence! Comme mon cœur palpite de plaisir ! Ha si elle savait le charme qu'elle répand autour d'elle I Tendre Philomèle, comme toi, l'ame blessée d'un trait qui la déchire, j'essaye de tromper ma douleur. Nous envoyons ensemble nos accents vers le ciel, et nous n'avons que les étoiles pour témoins de nos plaintes.
En airivanl mon premier soin fut de m'hiformer du nom du niaitie du chateuu. .Mon hôte ne putms le dire, quoiqu'il habiuit sur ses terres : il savoit seulement qu'il éloit absent ëeijuis quelques mois ; d'ailleurs il ne connai^soit personne au logis que rintendaiit.
Le jour suivanl je nie rendis seul au lieu accoutumé et de meilleure heure encore. Je suivis de loin le fossé, et remarquai qu'il ne faisoit pas le tourduc'iateau, et qu'on pouvoit en approclier par les derrières; puis je m'éloignai. De toute la soir-^e la voix ne sefit entendre. J'en étois affligé!
Celte voix, disoisje eu mo--même, suspendoit le sentiment de mes maux. Leciel semb'oit m'aToir ménagé cette faible consolation ; hélas c'étoit la seule que jegoutois encore. Je m'y suis trop abandonné et pour me desespérer le i^ruel destin m'en prive.
Dès qu'il lit obscur, je bazardai d'aller au pied dos mUrs qui reiifernioient celte aiïligée, dans l'espoir de l'en'endre encore. Comme j'en étois fort près j'entrevis delà lumière au travers d'une embrasure. J'avance en tremblant, je prête l'oreille, et n'entends rien ; je veux approcher l'œil et je ne puis y atteindre. Je cherche une pierre psnr m'élever,je la place doucement contre le mur * l monte dessus D'abord je n'apperçus qu'uni-lampe (jui brnloit. A sa pale lueur bientôt je crus découvrir les ruines d'un éJilice antique. J'étois saisi d'horreur à l'aspect de ce lieu Uigubre où règnoit un profond silence. Tout à coup une lumière plus vive y pénètre et j'apperçoisune longue salle voûtée, toute remplie de tombeaux. Dieux! quels o'ojets se présentèrent à ma vue. Un petit noir portant un flambeau devançoit une femme vêtue d'une longue robe flottante et dont la face étoit couverte d'un voile. Elle s'avance lentement une couronne de fleurs à la main, se penche sur une urne cinéraire el la. tient embrassée en poussant de profonds soupirs. Je la contemplois en silence, le ccour saisi d'attendrissement.
Ella resta longtems immobile dans cette attitude; enfin elle se relève, es«uie ses yeux avec un mouchoir blanc, et couronne ruriicen prononçant d'une voix gémissanti ces paroles :
«Il n'est plus, lui ((ui n'auroit jamais du mourir! son cœur bienfaisant étoit l'ami de tout le monde, el il a eu à redouter la haine. Dans le tems même qu'il pr.^noit plaisir à pardon-
ner, il est tombé sous les coups de la vengeance ! Ha partout où la renommée portera son nom et dira sa mort, il recevra les rcjircis des âmes sensibles ! l,a j.jVf est larie poui' janin'>« au foud démon ctuur; il n'est plai> pour moi d'autre [iluisir que celui de m'aiicudrir sur sou sort et de venir pensera lui au milieu des tombeaux. Que ije puut-il voir couler mes larmes, entendre mes géiriissements, rei;evoir mun ûme prête à s'envoler ! Kelas j'esperois que ses mains me ferraeroient les yeux, et c'est moi qui ai recueilli ses cendres. Chère ombre, accepte ces derniers devoirs que te rend ninn amour. "
Ciel ! quelle émotion inconnue parcouroit mes veines, à l'ouie de ses paroles. Mes organes étoient enchaînés de plaisir, mon cœur défailloil de joye, je m'arrêtai un instant pour recueillir mon iiiue, je croiois entendre Lucile. Mais soudain l'iiiiage de Luc-ilo d.tns les bras de la mon se présente a mou esprit; une seciette horreur p.ircourt tout mon cœur, mon sang se giace, une sueur froide coule de mon frond, un tremblement invidontaire me saisit, mes gcsioux se ployenlet je tombe sans connoissance.
Au bout de quelques heures, je reviens de mon évanouissement. Je ne sais ûiije suis. A demi éveillé, je porte mes mains engourdies autour de moi et trouve la terre humide. Je lève les yeux et j'appcrçois les étoiles; je me crois dans un enchantement. Enfin, comme un liomine qui sorliroit d'un lève douloureux, je me reconnois. Le froid m'avoit saisi, j'étois mal h mon aise, je vouLiis me mettre sur la pierre qui U:'avoil servi de marchepied; mais ù peine pusje me remuer. J'avûis envie de me retirer mais comment faire la route? Et quand j'en aurois été en rtat, comment recoiinoitre mon chemin ? 11 fallut donc attendre l'aube du jour. Elle arrive enfin. Je me lève avec difùculté, mes jambes fléchissent sous mon corps, et je marche en cliancelant.
J'étais a peine hors de l'enceinte du château que le soleil se leva. Cherchant les endroits où il donnoit, je venois d'atteindre une petite coline, lorsque les forces me manquèrent tout d'un coup ; je no pu plus avancer, je m'assis.
Exposé à la douce chaleur des rayons naissants, peu à peu je me sens revivre : déjà je puis me lever, et je gagne à pas lents mon humble azile.
Bientôt la fatigue m'oblige de me reposer ; je me couche i» instant -'ur un lalus au bord d'un grand chemin, Tèvant à ma triste avanture.
Peu après je me vois entouré de cinq cavaliers. C'étoient des Russes. Ils s'étonnent de me voir tà, je les regarde avec la même surprise.
-— Aui, me dit l'officier qui étoit à leur tête, levt' s vous ; il faut nous suivre, vous êtes notre prisonnier.
A l'instant trois mettent pied ^i terre, me désarment et ni'entrainent.
— Cruels, m'écriai je, laissés-moi ! vous voyés que je n'ai plus de forces.
— Ile bien, vous aurez un de nos chevaux.
Fn même tems ils me fireiii prendre un peu d'eau-dc-vie et m'aidèrent a monter. Ma douleur se ranime avec mes forces. Nous parlons. Le spectacle de la veille se retrace à mon esprit et mes yeux se tournent malgré moi vers l'endroit où s'étoit passé cette lugubre scène.
Me voilh en chemin au milieu de ses barbares. Ils me faisoient m.ille questions, je gardois le silence.
Vers midi nous arrivâmes dans un petit hameau. Fiers de leur proye ils se livrent a la joye : rangés autour d'une table et la coupe a la-main, ils entonnent leurs chansons brutales, m'invitent à boire et semblent encoie vouloir insulter à moa infortune.
Toute la journée le soleil les vil à leur débauche.
Cependant je cherchois îi charnier ma tristesse : mais la reflcction ne servoit qu'à empoisonner le sentiment de mes maux.
— Quelenchainemenl de malheurs ! medisois-jesans cesse. Hier encore je pouvois du moins dans cette solitude trouver quelque foi: le adoucissement à ma misère : aujourd'hui je n'cs^' même donner un libre cours à ma douleur. La fortune ne se lasse point de me poursuivre : chaque jour me trouve plus malheureux. Comme je sens les blessures de mon Ame
MARAT
s'envenimer! Comme mon caraclère s'aigrit ! Autrefois j'aimois à voirrliacun avec un air gai et content. A présent je ne puis souffrir de visage joyeux ; je voudrois voir gémir tout le monde autour de moi. a" quel affreux état je me vois réduit! Cruels ennemis, laissés vous toucher à mes larmes, et plutôt que de me retenir captif percés moi le sein !
Les voila qui vont se livrer au sommeil. Que ne peut-il aussi m'arracher à mes noirs soucis. Depuis longtems ks plaisirs se sont envolés; si du moins la paix m'éloit laissée, mais elle me fuit maintenant ; et dans l'excès de mes maux, il ne me reste plus autune consolation. Heureux ceux qui frappés dans les combats ont abandonné leur dépouille à la mort et quitl4 le malheureux théâtre de la vie !
En conlinna(io7i.
Ma vie, cber Panin, n'est qu'un continuel tissu de tristes avantures. Je ne suis pas plutôt échappé à un malheur, qu'un autre plus cruel m'attend. Toujours persécuté par le destin, chargé de peines, voila mon lot.
Hier matin, l'oflicier (|ui me tenoit prisonnier m'annonça qu'il alloil me conduire à Lublin, pour me remettre à son commandant.
Depuis que j'étois sous sa garde, j'avois refusé toute espèce de nourriture : il me pressa de prendre quelque chose avant de partir.
Dès les huit heures, nous tînmes la route deLublin. Comme nous traversions un petit taillis, en tournant un coude que fait le chemin, nous apperçumes à quelque dislance une troupe à cheval : mes Russes s'arrêtèrent tout court; ils reconnurent l'uniforme ennemi, prirent la fuite et me laissèrent avec celui dont j'avois la monture. Rienlol je me vis entouré d'une troupe de confédérés. C'étoitlePalatindeMazovie avec ses gens, qui rcvenoit de l'armée. Il s'avance vers moi, me reconnaît, et n'est pas moins surpris de cette rencontre, que j'en étois charmé. Après le récit de mon avanture, il se félicite d'être mon libérateur. lime demanda si j'allois rejoindre mon cflrps. Je lui avouai que ce n'ctoit pas là mon dessein
— Hé quoi, reprit-il, abandonnés-vous ainsi votre père?
— Mon père est en Turquie , où il n'a pas besoin de moi et où. il n'a (|ue faire lui même : plut au ciel qu'il n'eut jamais songé à prendre part aux dissensions qui désolent ce malheiireux pays !
— Vous ne savés donc pas qu'il est de retour et qu'il a rejoint son partit?
— Non vraiment.
— Etonné de ne pas vous trouver, il craiçînoit que vous ne fussiez resté sur le carreau dans quelqu'affaire; mais ayant appris ([ue vous vous étiés retiré, il a témoigné beaucoup de mécontentement.
— Je le crois.
— Je voudrois n'avoir rien d'autre à vous apprendre, mais quelque désagréable qu'il soit d'annoncer de fâcheuses nouvelles, je dois encore vous dire que deux jours après son arrivée, il s'est trouvé dans un léger engagement où il a reçu une assez grande blessure, qui n'aura cependant point do mauvaises suittes. Lors démon départ, il s'est retiré à Derasiiia et doit y rester jusqu'à ce qu'il soit réiabli.
Cette nouvelle qui probablement ne m'eut pas fort affecté il y a cinq mois, mejetia dans de vives allarmes. Il m'importoit sssés peu que mon père désaprouva ma conduilte, mais je ne pouvais supporter l'idée qu'il fut en danger, et je me déterminai sur-le-champ à l'aller joindre.
Que le cœur humain est un mistère profond ! Il me semble que je sens pour mon père un attachement qui ne m'étoit pas ordinaire ; à mesure que mes amis me sont enlevés, ma tendresse se resserre sur ceux qui me restent.
.le vole à son secours.
P. S. Je viens d'écrire ■:> mon oncle de ne pas être inquiet sur mon compte. Le palatin a eu la bonté d'envoyer un de ses gens pour m'amener mon cheval de chés le berger et de me
donner an de ses domestiques pour m'accompagnerjusqu'ft Dcrasnia.
De Bistapi«c le 43 aoust 4770.
LETTRE LVIH.
DU MEME AU MEME
A Pinsk.
A mon arrivée J'ai trouvé mon père hors de danger. Sa blessure, quoique assés légère se trouve malheureusement logée dans une partie fort délicatte.
Je m'attendois qu'il me témoigneroit quelque mécontentement de ce que j'ai abandonné son partit : mais il ne m'en a pas ouvert la bouche.
J'ai retrouvé ici quelques connaissances.
Notre armée est fort é.claircie. La plus part des confédérés paraissent dégoûtés de cette ligue. Ils craignent les Autrichiens qui ont déjs pén>>tré dans nos provinces limitrophes et qui font mettre bas les armes à tous les factieux qu'ils rencontrent. T s se plaignent aussi des brigandages commis. Ils en ressentent à ■icur tour les funestes suittes : mais ils le méritent; car ils ont été les premiers à donner l'exemple de ces horreurs.
Si le Dieu des combats étoit juste, il y a longteras qu'il» auroientdu être tous exterminés.
De Dcrasnia le 20 aoust Iî70.
LETTRE LIX
SOPHIE .\ S.\ COISLVE.
A Biella.
Je viens de recevoir réponse de l'ami de Gusiave.
Après s'être retiré du partit des confédérés , Potovvski est allé rejoindre son père qui di'puis peu est de retour de Turquie. Il doit être à présent arrivé à Derasnia, et y rester quelque temps. A oicy le niunicnt de fairejj'Uer mes ressor.s.
J'envove ordre à Sanstcries de s'éijuip 'r immédiattement eu cavallicret daller sans délai a la découverte de Gustave. Lorsqu'il l'aura découvert, je lui enjoins de se trouver comme par hasard sur ses i)as, et de lui apprendre la mort de Lucile.
Sanstcrres est précisément l'émissaire qu'il me faut; il connaît Gustave, il est rusé, je lui fais sa leçon et j'espère qu'il s'en tirera bien.
Dès qu'il se sera acquitté de sa commission je lui recommande de m'en donner avis, et je n'oublie pas de lui |)romeltrede récompenser son zèle. Certainement il ne me trouvera pas ingraitc si j'ai lieu d'enéire contente.
Tu vois (lue je suis à la fu des événements pour me diriger en conséiiuence. Si je ne craigiiois qu'il n'y eut de la cruauté à se réjouir de l'infortune d'autrui, je te dirai au s-ujet de la (iévastalîou de la terre d'Osselîn; A quelque ehosek malheur est bon. '
De Lomazy le 20 aoust I7T0.
AVENTURES DE POTOWSKI.
LETTRE LX
GUSTAVE A SieiSMOi\D.
A Pinsk.
HtMas il n'est que Irop cerlaiii que Lucile n'est plus.
ComiHe j'étois de garde Lier matin dans un quartier de Derasnia, j'observai A peu de distaiiee un homme qui avoit sans cesse les yeux altactiés sur moi. J'avoisquelqu'idée de l'avoir vu : mais c'étoit fine idée confuse, que je nepouvois démêler.
— Vous ne m'êtes pas inconnu, lui dis-je en l'abordant; mais je ne puis vous remettre.
Il me fixa attentivement et porta sa main à son frond, ccanme un homme (lui à son réveil cherche à se rappelier le songe qui a disparu : puis il s'écria soudain :
— Tous êtes le fils du conte Potowski, qui veniés si souvent autrefois chés le siaroste de Walke, joaer avec nos jeunes messieurs? Comme vous voil;\ grandi ! Il y a si longiemps que je ne vous ai vu, que je ne m'étonne pas sij'aieutant de peine à vous remettre. Hé quoi , ne vous soaveués vous plus deSansterres?
— O Sansterres, c'est toi ! j'ai plaisir à te revoir; donnes moi donc des nouvelles de tes jeunes messieurs.
— Ma foi, cela me seroit un peu difficile. Je ne suis plus avec eux ; il y a sept ans que je passai au service du conte Samoski : dès lors j'ai toujours résidé avec le vieux papa , dans une de ses terres qui n'est pas fort éloignée de celles du conte Sobieski.
— Du conte Sobieski ! Aurois-tu donc connu la contesse «sa fille?
— Je les ai vues plusieurs fois au château; et même peu de temps avant leur désastre.
— Ah ! mon cher Saiisterres , que leur est-il donc arrivé ?
— Hélas, les confédérés, qui couraient ravageant les provinces, ont brûlé leur châtrau , et l'on ne sait ce. qu'est devenu la famille.
A ces mots, les yeux fixes et attachés à la bouche de cet homme, je reste immobile; un fr.émissemeut d'horreur parcoure et glace tout mon sang ; mes esprits sont arrêtés et ma vie suspendue.
— - Comme vous palissés , monsieur, reprit-il, je vous ai donné là quelque facheu-e nouvelle : j'en suis bien mortifié. • Je fus longtemps à pouvoir parler ; enfin je recouvrai l'usage de la voix et lui répondis : '
— Ha! Sansterres, je connaissois particulièrement la famille : je suis au désespoir de ce qui leur est arrivé* mais ne mecacherien, je teprie. iVe dit-on rien decircùnstantie?
— Le bruit court qu'un jeune seigneur du partit du père, lui avait demandé sa fille en mariai;e et Tavoit obtenue ■ mais elle n'y voulut jamais consentir. Pour se venger, l'ananl se jette dans le parti; opposé, il prit des liaisons avec une troupe de confédérés, et vint un soir à la tête de ces misérables pour l'enlever. Quoi, vous pleures, monsieur? je ne veux pas aller plus avant.
— Achevés de grâce.
— Comme ils s'eœparoient des ponts, on les apperçu ; l'alarme se répandit, on tira sur eux quelques volées de canon, mais on ne pu leur résis'ter; car le conte étoit absent, et l'on no songea plus qu'à fuir. La contesse et sa fille déguisées en servantes, voulurent se sauver parmi la foule : elles furent tuées sur le seuil d'une porte dérobée. On força le cliateau, et tandis que l'amant parcourait les appartements pour trouver sa maîtresse, les autres pillèrent, saccagèrent, passèrent tout au fil de l'épée, et finirent par mcttre'le feu au palais. Tous ceux qui étoient sur la terre furent enveloppés dans ce désastre; un seul domestique échappa, et c'est lui qui en a donné !a nouvelle. Bientôt ceUe nouvelle se t& pandit, vola de bauclie en bouche, et cb,acun versoit des la* mes à l'ouie du sort de ces infortunés!'
— Ha, cherPanin, toutes les playes de mon âme se sont r'ouvertesàlafùis; et l'espoff vient de s'éteindre pour toujours au fond de mon cœur. Elle n'est plus ! Des barbares
l'ont arrachée à la vieîO ma Lucile, quelles idées s'offrent à mon Ame éperdue! J'entends tes derniers gémissements! comme ils percent mon cœur! Je le vois expirai.te sous le glaive; et la cruelle mort effaçant ces traits majestueux, ces grâces touchantes ! O mon ;lme!... je n'en puis plus!... la la douleur consume tous les liens de ma vie. Dans l'excès de mon désespoir, j'éprouve les longs déchirements d'ure séparation éternelle. Je me sens mourir par degrés et m'avance en soufflant vers le terme de mes jours.
Cruel destin, retire ce souffle de vie qui m'anime encore; je n'ai plus la force de souffrir.
LETTRE LXI
DU MEME AU MEME
A Pinsk.
Le tems ne semble s'écoiiler que pour mesurer la longueur de mes souffrances. C'est en vain que je change de situation et de lieu; le calme ne renait point dans mon âme agitée. La pensée me tourmente sans relacbe. La cruelle, loin de me transporter dans l'avenir pour m'y consoler, me ramène sur le passé pour déchirer mon cceurpar le souvenir de ces biens qui ne sont plus. Soigneuse à me chercher partout des ciiagrins, elle me promène dans ces lieux témoins aijtrefois de mes plaisirs et ne m'y montre qu'un désert où leur phantôme est resté pour tourmenter ma mémoire. Elle me présente les richesses évanouies des héritages de mes pères et les débris épars de ma fortune : elle me fait errer tristement autour des tombeaux de mes amis, et fait passer devant moi leurs ombres mélancoliques ; elle me traîne sous les ruines de ce palais où est ensevelie Lucile ! Ha, quel trait elle vient d'enfoncer dans mon cœur ! Que me restc-t'il maintenant pour me faire supporter le fardeau de mon existence?
Quel sombre avenir s'ouvre devant moi ! Qiiel'vuide affreux dans mon ame ! Autrefois caressé de la fortune, environné d'amis, chéri d'une maîtresse chérie, je me trouve dans un aride désert; et c'est dans ce désert que je dois traîner les restes languissants de ma vie. Hélas, que n'ai-je trouvé la mort lorsqu'un fer meurtrier me perça le sein, et qu"ai-je gagné à lui échapper, que le triste privilège de souffrir plus longtemps?
Du matin au sfiir deux ruisseaux de larmes coulent sur mes joues flétries; et cliai|ue instant vient en grossir le cours. Ha j'ai beau en verser je n'en peux épuiser la source.
jP. s. Nous fuions comme des lâches devant les troupes des puissances médiatrices, et nous nous retirons dans le cœur du royaume. Demain nous partirons de Derasnia pour Krasilow où mon pJre a dessein d'attendre son entier rétablissement.
LETTRE LX!I
SOPHIE A SA COUSWE.
A Biella.
Tout concourt à couronner mes vœux. Sansterres a parfaitement rempli le but de sa mission. Gustave est à Krasilow. Je me dispose à aller le trouver.
Le voila dans mes filets. Tu me diras peut être que je ne suis pas au bout ? En vérité voila un grand embarras ! Lorsqu'un amant a perdu sa maîtresse et qu'une jolie femme se trouve sur ses pas, lui fait même quelques avances, est-il besoin d'un miracle pour qu'il en devienne amoureux? Suis-je donc si déchirée, que je ne puisse plus faire de conquêtes?
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MÀRAT.
Mais il faut prendre congé de Lucile. Sa mélancolie n'est plus si noire. Le tems, mieux que tous nos soins, est par-
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deffunl, et quand je la vois ainsi s'attacher à cette ombi-e, peu s'en faut que je n'cclatle de rire.
Ce inaiin, je suis entrée dans sa chamure; après avoir composé mon extérieur de mon mieux.
— Chf-re Lucile, lui ai-je dit du ton le plus pénétré que j'ai pu trouver, nous touchons au moment d'être séparées, peut eue pour toujours ; il m'en coule iiilininieut de vous quitter : mais il faut obeii à la iiécessilé. Adieu, n'oubliés jamais une tendre amie.
Et je m'efforçai de répandre quelqi
— Hélas il IIP ni'' vv^ii.ii .l";iiitre i'.. , , - .
vous posséder. J'. liermatiouieur dans votre
sein ; votre ifiidiL ,.,.,,, , .-soit iinpi'u les noirs soucis
(jui rongeiii lUQu cœur ; et il faut que je vous perde ! lufortunée que je suis, s'écria-t-elle en poussant un profond soupir.
Ses yeux se remplirent de larmes, et elle en arrosait mon cou qu'elle tenoit embrassé.
Te l 'avouera i-je? Ces paroles étoient autant de traits qui me perçoient l'ame. La home coiivroit mon visnge, et nion cœur et .it déchiré de remords, qui la vengeoient en secret de mes artiiices.
Je me irouvois indign.? du nom d'amie qu'elle me drninoii, en me pressant lendrement lonire son sein. Je n'osois plus mêler mes feintes diresses à la sincérité de ses regrets; je me serois mêu e arrachée de ses bras si je l'eusse osé. Dans ce niome t je senlois tout l'avantage qu'a la vertu sur le vice.
— Quelle candeur, quelle tendresse, qurlle générosité que :a sienne! medisois-je en secret. Ha! malheureuse Lucile! :i tu connoissois cette perfide amie que tu tiens embrassée,
■ ~ d'horreur ! .
itoit en proie à mille cruels mouvci. ^1=
1; iviiic jcs étouffoit sois delà iiassesse de
'^■;f-t iii'océdés; je rouf;; -es de Liicili', je rou-
■ k' mes pleurs.
— i s ne sont, pens0:s-je, qu'Ain indigne arliiice. Quoi, sans interest pour elle, je l'arrose ue larmes!..
Mes joues étoient Cl. mrae de feu. Pour lui-dérober ma confusion, j'enveloppai moM visage de mon mouchoir et je fus cacher (.'ans un coin de la chambre mon trouble et mon embaras, qu'elle prit pour un excès de douleur. Ainsi jusqu'au dernier moment elle étoil dupe de ma duplicité.
Peu après je partis, trop satisfaite d'aller loin d'elle finir mes obsrures intrigue?.
Quelle foible créalure jesuis, diras tu Roselte, de n'avoir pu encore triompher du préjugé !
' ma pensée du sentiment de mes maux, ol parcourir un instant les scènes de la vie.
Q'jfl ihéaire de tristes vicissitudco ., i, . . . I '. h,:i]U8
heure entante quelque révolution nouvelle. Les astres malr ;.; ;ii .jui roulent sur nos tét«s, entrainent tout dans la de leur incoBstaece.Ledestin impitoyable vamois- ;, ,.,,.„. , os plaisirs à mesure qu'ils naissent, et se fait un jeu cruel de détruire notre bonheur.
Avec quelle rapidité j'ai vu le mien s'évanouir ! Dans les jours fortunés de ma jeunesse, de quelles riches couleurs je me peignois l'avenir! Ccn'étoit que riants tableaux, perspectives agréables, jouissances enchanteresses; que plaisirs sur plaisirs dans un long enchaînement. Avec quelle ardeur je me ira:.'-^;''i!ioi'' tluns ce clj^rr.vint s-^jou;' ;:v';ivoi! j.ari mo)i ' aux
f'-^rn: ,,■ ;..i,s!
res I qu'êtes vous devenues? iJe cette lélicili
■ ':M cllivréi* r,U'' ww ii>N<'!-;i :'i nr-'-i'i.: im'.^n
hi'S; entrané par k tière Bellone loin dune délicieuse demeure, arraché des bras d'une maîtresse 'chérie, et du sein des plaisirs ; atteint d'un fer meurîrier, errant de provinces en provinces, vil jouet de la fortune ; j'ai vu mon bonheui» s'évanouir comme un songe.
De quelles pensées amères ma douleur se repait ! De quelles peines cruellessont suvis mes transports ! 0 ma for;une I ô mes amis! 0 ma Lucile ! Itappé de terreur, lorsque je viens a jeitc!' les veiix sur moi, je frémis en me voyant si misérable.
Ha ! mes maux sont en trup grand nombre, pour leur donner à chacun un soupir.
D'Opalin, le ^ septembre 4770.
LETTRE LXIIL
GUSTAVE A *IGIS.1I0ND.
' . APlnsk.
Voici l'heure oh la garde veille autour des soldats endormis, et elle me trouve encore les yeux ouverts sur mes malheurs.
Doux sommeil ! dont le baume répare la nalure épuisée, hélas, il m'abandonne; il fuit les malheureux, i! évite la demeure où il entend gémir, et va se reposer sur des yeux qui ne sont point trcmiiés de hrmes.
Je voudrois faire quelque trêve à mes chagrins, distraire
.\ l'insk.
Hier, moii pcre qui se irouve e itiéreiiient rétabli, me proposa de prendre l'air avec lui. Nous allumes promener daHS un petit bosquet aux environs de la ville.
D'abord il me parla de choses indifférentes, puis il me tint ce discours :
— Mon fils, vous avez abandonné le corps pendant mon absence: si vous l'aviés fait par lâcheté j'en serois au désespoir : giais je ne puis attribuer voire désertion à un manque de coeur, puisque vous portés d'honorables marques de courage. Que les pouvoieut donc être vos raisons?
— L'horrerir que m'inspiroit celle ftireur brutale qui, sous le beau nom de valeur et de gloire, va follement ravageant le monde, et la honte de me trouver parmi des scélérats (\u\ pour des riens portent partout le fer et le feu, égorgent sans pilié le malheureux sans deffence et ne connoissent rien de sacré.
— Yenés, mon fils, que je vous embrasse Ces senliments vous font plus d'honneur encore que les blessures que vous avez reçues. Je veux à mon tour vous ouvrir mon cœur. Je suis entré dans le partit des confédérés peut-être un peu trop à la légère :mais le temps et la retlection m'ont enfin dessillé les yeux. Vous le dirois-je? j'aui,ure mal des suittes de cftle guerre; ci je saisirai la première occasion de me retirer : dès ce moment je ne vous fais plus un devoir de rester auprès de moi. Vous êtes libre.
Aces mots, je lui sautai au cou pour l'embrasser.
— En passant dans l'éiranger, poursuivi!-il, j'ai eu lien (le comparer leurs usages aux nôtres, et de r!.!marquer bien des choses qui échappent à ceux qui ne voycnt que des yeux de riiabitude. Vous savés quels ont été les succès des armes ottomanes: j'en ai honte et pour eux et pour nous. Mais voilà a présent que nous avons sur les bras toutes les forces de la Russie: peut-être aurons nous encore bientôt toutes
AVENTURES DE POTOVVSKI.
celles de la Prusse et de l'Empire; et certes il n'en faut pas autant pour nous réduire. Nous n'avons point d'armées régulières A opposer à des troupes réglées. Nous n'avons que de' la cavalleiie, toujours peu eu état de résister à rinfan'.erie. Nos eavalliers ne sont même que des troupes légères qui ne savent pas combattre en c rps. Dans une action on les voit soudain foudre sur l'eiuieuii ; puis disparoitrc avec une égale rapidité. Ils peuvent tout au plus passer pour de petits eiigageniens: mais ue sauroient tenir en baiai.le rangée. Que feroient leurs pistolets et leurs sabres contre la bayoïinelte, le le fusil, le canon ? Je ne dis rien de leur maiique de discipline ei de leur licence, qui les rendent plus semblables à des brigands qu'à des guerriers. S'il y a peu a contei' sur les combaiians, il y a m .ins a conlyr eniore sur les chefs. Le poste de général est toujours très épineux, il faut du mérite pour le remplir dignement ; et chez nous plus que partout ailleurs. Outre -une profonde connaissance de la guene, il exige encore le talent d'un politique consommé. Effectivement, quelle difficulté n'y a-t-il pas ù se ménager parmi tant de chefs jaloux des uns des autres et à tirer partit de tout? Mais on a beau examiner ceux qui sont à la léte des confédérés; on n'en trouve aucun ijui ail les talents requis. Pour s'en convaincre, il n'est pas nécessaire de les passer tous en revue : tenons-nous en aux plus capables ; je parle de de Pouluwski et de Biiiuski. Ce ui-ci connoit assez le métier de la guerre, mais 1! est d'un naturel ardent et empoi te. Il ne faut rien trouver d'impossible, <|iiaud il ouvre uu avis. 11 est xl'ailieurs opiniâtre et superbe ; jamais les revers de la fortune ne purent rhumiiier et jamais il ne profile des leçons de l'expérience. L'autre au contraire est assés souple, assés^ire- Tenaut, asses caressant; mais jl n'a aucunes de ces qualités qui peuvent assurer le ^i .^;.^ Tp.; grandes entreprises. 11 ne saii point distinguer l, ne sait point avoir recours
aux lumières d'amriii. m ». nv i . a son iiistiiicl sans retlectiou et suit loujo'irs ses petites idées. Les autres ne s'eiudient qu'à les traverser. En toute occasion ils les contredisent, me prisent leurs avis, et cliercbeut à les rendre oiiieux à tous les confédérés. Ainsi, comme si les Dieux s'étoient mêlés de nos querelles, pour nous confondre, le courage a été ôté à nos soldats et la sagesse à nos générau.\. Le peu de mérite des chefs et le manque d'harmonie entre les officiers, joints à la licence et au deffaui de discipline des soldats ne sauroient donc manquer de ruiner nos affaires. Mais que dis-je, ne le «ont-elles pas déjà? Vaincus par nos propres dissensions, pour triompher de nous-, l'ennemi n'a plus qu'à se montrer. L'ignorance et la lâcheté des confédérés me dégoûtent: leur ci'uauté et leurs excès barbai es me révoltent. Ils n^ savent que dévaster, piller, assassiner. Semblables à des bêtes féroces, qui voni de tout coté, égorgea U les faibles troupeaux. Ceux même qui paroissenl les plus braves n'ont pas asés de courage pour vaincre sans trahir. Il faut que je vous f;isse part d'un trait qui vient de se passer sous mes yeux. Le Palatin de C... dont le partit avoit été fort affaibli dans la dernière rencontre s'étoil retiré prés de Trombula avec les débris de sa petite armée. Après avoir reçu quelque renfort, il forma le dessein de surprendre à son tour l'ennemi. Tandis qu'il se disposoit 'j. l'exécuter, un transfuge vint lui offrir d'en assassiner le commandant. Il disoit avoir des intelligences secreHes pour entrer à toute heure dans sa tente. Le Palatin comrauniqus cette aliaire dans un conseil de guerre, sur quoi le Castellan deP... représenta le fâcheux état de nos affaires, o- pina qu'il ne fallait pas laisser échapper une occasion aussi favùra'ole. Ce lâche conseil aurait du couvrir de hiiiii-^ vAii anieiir: iii;iis pourrtés-vous le croire'/ presque tous : lié de celte ouverture, je fis les dernùTS ..i^^ner. — u Quoi donc, leur dis-je, nous '.core réduits aux dernières extrémités; et ^^^i.,'i^! i. .-,1 ./■ "■ "■ ■■;--i;ous plus le cienr de chercher notre salut dan .? Combattons, mourrons s'il le
faut: mais rejeUini-.s '-■.■, uidigne conseil Oui quand aucun de iKUiS ne devroit échapper ; mieux vaut cent fois périr que rie irioniphei' par de tels moyens. Pour uiui je n'aiir.e pas assés la vie ptur vouloir la conserver à ce^jrix^ » Mes efforts furent vains . les lâches refusèrent de se rendre. C'en est fait : je les
abandonne, je parlirois même sur le champ, si je ne devois avoir des ménagemeiis pour votre oncle Stanislas, qui est encore un des plus passionés. Mais je trouverai bien moyen de prendre congé de lui. Je vous le répèle donc, mon tils: Parti s (|uand vous le vuidrés, je ne vous retiens plus.
— Non, mon père, lui répondi--je en l'embrassant. Je ne vous q litierai point : tant que vous resterés, je partagerai vos hazards.
Il se passa alors enlre nous une scène assés ailendn<:<'ai>t-. Je senlois renaître, je ue sais quoi de calme au fopil cœur.
Ch je fu du mon père: aujourd'hui il me semble ravoir retrouvé.
De Krasilow, le 10 septembre 1770.
LETTRE LXV
SOPHIE .4 SA CODSIXE.
A Bien a.
Je touche au moment de voir ce que j'ai de plus cher an monde. Me voici en ét^uipage de cavallierâ l'endroit que Sunsterres m'a indiqué.
— C'est là, disois-je en approchant, qu'est l'objet de mes plus douces espérances.
.Mou cœur palpitoit de plaisir et je ne me sentois pas d'inipatien e d'arriver.
J'arrive enlln. Après quelques recherches, j'apprends que Gusiave est dans les environs : mes vœux paraissent remplis. La nuit tombe, je soupire api-ès le lever du soleil. Qu'il me parut tardif!
Quoique fatiguée, le sommeil ne vint pas de longlems se poser sur mes yeux : l'amour les tenoit ouverts, un doux espoir flattoit mes désirs, et mon esprit se livroit aux plus agréables idées. Déjà je croiois avoir l'avant goût de ces heures délicieuses dont le charme attache les amants; je croiois ressentir ces transports ravissants de deux cœurs amoureux. Mon âme nageoit dans la joye : enfin au milieu des pensée? délicieuses qui m'occupoient le sommeil s'empara de mes sens. L'image de Gustave me poursuivit dans le sein du repos.
Mais quelles illusions abusèrent alors mon esprit ! Je croiois être transportée dans un séjour enchante. J'y attendois Gusiave sur uu lit de roses au pied d'un grand arbre touffu. Près de moi un ruisseau d'une onde plus pure que le cristal fuioit en murmurant; tandis que les oiseaux cachés sous le feuillage remplissoient les airs de leurs chants amoureux. Une troupe de petits génies m'environnoieiit; les uns me piésentûient toutes sortes de fruits exquis, les autres m'offraient des guirlandes de ileurs : tandis que les grâces étoient attentives à me servir et que des nymphes légères et à demi nues dansoient autour de moi sur uiitapis de verdure émaillé de violettes et d'emarantas.
L'amour étoit caché derrière un buisson de mirthe, qui me décochait un trait, en souriant d'un air malin.
Mon â'me étoil enivrée de volupté. Remplie d'une impatiente ardeur, je soupirois après mon amant. IParrive eniin, il s'avance vers moi, je m'élance vers lui, je veux l'embrasser, raais-fl s'éloigne à l'iustant, je cours j)Our l'atteindre, il fuit toujours et semble se jouer de mes feux.Enlinje vois que je poursuis une ombro impalpable, qui s'obstine à me fuir.
. Toutà coup cette scène change;^ dans une
sombre forest. A quelques pas étoit une ^i ■. ae orscure. 'Une maiu invisiblem'y entraii.a malgré moi. A niesureque je m'y eni'onçai, je- découvris, à la somiire lueur deiiuelqijes flambeaux, des furies, leurlouei à la main. A leur approche je fug saisie de terreur.
MAJRAT.
J'éîûis dans une cruelle agitatioiij rien n'égaloit mon trouble; je m'éveillai enfin, et me trouvai dans mon lit baignée de sueur et de larmes.
On dit (jue les songes ne sont que dévalues illusions pendant, je le l'avoue, celui-ci m'attriste.
De Krasilow, le 16 septembre 4770.
ce-
LETTRE LXVI