DE LA UEUE A LA U£UE
A Biella.
Ali! Rosette, je l'ai \u ce cher ami. Mais qu'il m'a paru changé! Son teint se re.ssent du haie. Il n"a plus ces grâces délicalies qui sont comme la fleur de la première ieunesse. A cetairûuvert et riant q4i'ilporloit partout, a su cédé une douce langueur qui lui donne un air plus tendre. 11 est moins beau, mais il est pl'js inttressant.
A sa vue j'ai senti les pi :s vives émotions. L'idée de tout ce qui pouvoit retarder mon bonheur m'étoit insuporiable : mais plus mon impatience étoit grande, plus je sentois la nécessité de dissimuler.
— C'est à Rosisce, disais-je, que l'amour m'attend. Là, comme seuls dans l'univers, nous serons tout l'un pour l'autre. 11 m'a toujours lémoigné de l'amitié; et de l'amitié ù l'amour, le pa» est glissant à notre âge. Mais il faut lui cacher mon dessein ; s'il le pénètre je suis perdue. Le conduire dans mes terres? L'entreprise est délicate et pleine d'obstacles.
Après avoir mis mon esprit à la torture pour trouver des expédients, je m'avisai enfin de celui-ci :
— Brunissonsun peu ce teint de lys, ce cou d'ivoire, ces mains blanches; imitons une moustache naissante, prenons un nom qui puisse lui être connu, allons le chercher sous cet habit militaire, et tachons de lier avec lui. Il est malheureux, son cœur a besoin de consolation ; en flattant sa douleur, nous pourrons réussir à gagner sa confiance : et puisqu'il ne porte les armes qu'à regret, affectons la même aversion pour le métier de la guerre.
Dis le lendemain je mis mon plan à exécution. J'épiai Gustave, et saisi toutes 4es occasions de me trouver sur ses pas. Il avuit coutume d'ailer seul promener dans u:i petit bois hors ia ville. J'y allai aussi.
L'image de l'affliction a des charmes pour les malheureux.' Je pris un air triste, Gustave le remarqua, et bientôt il rechercha lui-même ma compagnie. Je parvins à la lui reudre agréable; puis nécessaire. Prenant conseil de la situation de son amc, j'affectai du dégoût pour le métier des armes. Il me confia le dessein qu'il avait de se retirer : je lui fis un pareil aveu. Je l'invitai ù venir avec moi passer quelques jours à la' campagne d'un proche parent. Je lui dis que celte campagne se Irouvoit sur sa route, et je l'engageai enfin à m'y suivre.
ÎNous voila en chemin ; mes gens étoient prévenus, nous arrivons, on nous sert quelques rafraîchisseniens; et comme il me paroissoit fatigué, je l'ai pressé de prendre un peu de repos jusqu'à l'heure du souper. En attendant j'ai fait mes préparatifs. Tntit a été bientôt en o^dre.
Quoique fatiguée moi-même, je ne puis fermer l'œil ; les moments qui me restent jusqu'à ce qu'il descende, je ne saurois mieux les employer qu'à l'informer de mon équipée : un peu de patience et je t'en apprendrai le succès.
De Rosisce le 24 septembre n70.