LETTRE LXXII
GUSTAVE A. SIGISMO\0.
La fortune me sourit de nouveau et autant elle a jiris plaisie à m'abaiss.r, autant elle senibl.' en prendr.- à méiever. Ses dons sont c ependant toujours accompagnés de quelque amertume, comme si elle craignait que je n'y lusse trop sensible.
Tu sauras donc cher ami, que le Palatin de Vilna, mon oncle niaieriiel, vient de tiuitier la vie après cfi avoir joui pendant près de ([ual e vingts ans, et que de tous scs»4iéri.ier8 je suis le seul à qui il ait laissé ses vastes domaines.
« — Voila de belles roses, diras-tu, mais où soiil les épines? Quelques larmes qu' I faudra verser ou faire semblant d« verser à son oraison funèbre, et des pleureuse!) qu'il faudra porter pendant quelque temps? »
Je sais bien, cher ami, que tu ne verrois rien là d'affligeant, mais tu sais aussi que nous ne sommes pas de la même trempe.
Le l'alatln était un si aimable homme, il avait conservé jusques dans ses derniers jours une liumeùr si agréjble, si douce, si l)ienfar=:ante, qu'il n'yapers'mne de ceux qui l'ont coiinu.de ijui il n'emporte les regrets; juges un peu si je dois être affligé, moi pour qui il eut toujours la tendresse d'un père. Depuis mo^ lelouf'i Varsovie, il nra\oit téiiivigné plus d'amilié que jiimais et vouloii m'avoir continuellement au|)rès de lui. Due malheureuse chuie qu'il fit, il y a quelques jours, en sortant de table, l'obligea à s'a'iter. Dès lors il n'a plus pu se remeti>e, malgré ious les secours de l'art. Je îie sais s'il scnioit approcher sa lin : mais il paroiïsoit aiiendie la mort comme un doux sommeil.
Lundy malin il rendit le dernier soupir dans mes bras.
Ce i|i;i adûucii un jieu le chagrin d^- s^ perle, c'est son grand âge, puisqu'il a plu à la naïuieilenousconipler ici bas un eertaiii nombre de jours qu on passe rarement.
Il est décidé que mon mariage avec Lucile n'aura lieu qu'après les trois iiremiers mois du deuil ; car, dit mon peie, il faut pouvoir deeei'iii'eiil se présentera cette fête, avec un visage gai.
Ce retard ne m aicijmmodè guères, et la raison qu'on en donne me paroit assés mauvaise. Je ne sais, mais il me semble que je pourrois bien m'egayer avei ma b?lle sans manquer aux bienséances, ni choquer les yeux du public.
C'est dans le p;ilais que m'a laissé mon oncle, que je la recevrai en souveraine. En ai tendant je vais m'oecuper du soin de le remettre eu oidre. Il faut que tout y respire l'élégance, le goût, l'agrément ; que tout contribue a le rendre le lempla d s plaisirs et de !a volupté.
C'e^t aussi la où, réuni a tout ce que j'ai de cher dans ce monde, je verrai dans peu l'amour et 1 amlié s'applaudir tour à tour. Je fais mon bonheur de l'un et de l'autre, tu le sais, et tu n'ignores pas, cher Panin, quelle place lu occupes dans mon cœur.
De Varsovie, le 3 novembre 1770.
' vrai, Lucile, que tu r^luses le nom chéri d'é-
pc. ! m'y serois-je attendu V
Je croiois toucher enfin au moment de voir finir pour toujours mes longues souffrances. L'n riant avenir s'ouvroit devant moi. .ic t'avois reirouvée. Que manquoit-il à mon bonheur, que de Kcevoir des mains de l'hymen le prix de mon . . amour? Je l'attendois plein d'espé<-ance. Hier encore je m'en-
AMENTURES DE POTOTVSK.I.
mnis (|iipI aiïreiix réveil !
bandeau! C'est celle
•lorniis dans cette douce ill\isinn Et c'est la inaii> cruelle, qui .■ qui mepeive leatitr!
Comme J8 sers de jouet A la T
sous ma mai" ■'■■- ■'■ >■■ •■ -'ix le ^a, .,, , , ... , ,. , ...
de moi df s q ois-je donc ainsi toujours pour-
suivre le boihu li .>a,,> luiiLindre jamais? Iiilortuné que je suis! Sous q)iel astre sinistre, i quelle heure fuueste, ai-je reçu le jour?
Ha. je le vois, le sort perfide se fait un jeu de me persécuter saus relâche, mais toi Lucile, pourquoi conspirer avec lui?
Quelles noires pensées s'offrent à mon esprit! quelle sombre tristesse llélrit mon cœur! quel nouveau désespoir saisit mon Smr! Cioiel destin, (yian l'arouclie, pourquoi m'imposer la vie, si tu voulais retenir le bonheur!
Mercredy soir. De la rue Neuve.
LETTRE !-XX