‹ Le siècleChapitre 40 sur 62 · LETTRE LXXVI · texte numérisé non relu

LETTRE LXXVI

6CSTAVE A tA COMTESSE SODIESKA.

Par quel caprice bizare, Lucile refuse-t-elle le nom d'épouse, pour conserver celui d'amante?

C'est de Lucile, madame, que dépend le bonheur de ma vie. .Te vous supplie de vouloir bien employer en ma faveur votre autorité auprès d'elle. Hélas, faut-il que je sois force d'avoir ^ecour^ à un pareil expédient, moi qui a'auroit voulu recevoir sa main que de celle de l'amour?

Le II courrant, de la rue Neuve.

LETTRE LXXVU.

LACOKTESSE SOBIESR \ A ni'ST.iTS.

Vous êtes trop sensé, cherPoi.-,,.,», ^uur prétendre que dans un cas de cette nature j'emploie l'autorité maiernelle.

L'hymen, rorùme l'amour, veut être libre, vous le savés ; tout cequeje t)uis faire pour vo>k obligervC'est de travailler à pénétrer les raisons du refus de Lucile.

De larueBrPîs! !■' î2 rjiV.-.-irilv- e îT-ro

LETTRE' LXXVUi.

Enûn ma nlie a cède à mes lustanciii), elle m'a ouvert son cœur.

Pour vous mettre au fait, cher Gustave, des raisons secrètes de ce changement mystérieux , je vais vous rapporter notre entrelien.

— Autrefois Lucile, tu n'avois rien de caché pour moij et je ne sache pas t'avoir jamais donné lieu de t'en repentir.

— Non maman. .. ., :

— Pourquoi donc aujourd'hui cette réserve opiniâtre au sujet de Potowski? Je ne te répéterai pas combien elle m'humilie : si jamais tu deviens mère, tu le sauras un jour.

Elle hésiia un instant; p^iis elle me paria ainsi :

— Il va trois semaines que je passai la journée chés le Casie'ilan de Berzin Vous savés tout ce qu'il a fait pour obtenir la main de sa femme. Elle en étoit assez coeffée, mais il

MARAT

raimâit à la fureur; et il ne l'a certainement épousée que parce qu'elle étoit de son goût. D'après rela, qui ne s'attendroit à voir ce couple heureux ? Il n'en est rien cependant, et même je n'ai point vu d'époux plus mal assortis. Toujours roéconlens l'un de l'autre, ils se querellent tant qu'ils sont ensemble, et ne vivent en paix que lorsqu'ils sont éloignés. Le mari d'ailleurs prend avec la fenîme des Ions qui ne conviennent point : j'en ai été scandalisée au possible; d'autant plus qu'ils sont nouveaux mariés.

— He bien, Lucile, que veux-tu dire par là?

— Un instant, maman, je vous prie. Vous savés que du cûlé de la naissance, elle ne lui cède point; cela est bien différent du côté, de la furtuni'. Le Castellan a des biens immenses. Mademoiselle Saboski no lui a rien apporté en dotle.

— A présent ma fille je l'endends. Quoi donc feroistu à Gustave l'injustice de lui prêter des procédés aussi bas? lui dont tu connais la belle Ame!

— Non, non, maman, je ne crains pas de sa part de bas procédés; je connais ses nobles senllmcns. Mais le monde, qui aime à jaser, dit que la Saboski n'a épousé le Castellan que par des vues d'Intérest, et il pourroit bien tenir de jiareils propos sur mon compte.. Cela ne serait pas flatteur. Cependant on pourroit encore prendre patience. Depuis peu la fortune de Gustave a considérablement augmentée et la nôtre s'est fondue. S'il m'épouse on verra bien qu'il n'y a <iue l'amour qui l'ait engagé à demander ma main ; mais comment verra-t-on qu'il n'y a que l'amour qui m'ait engagée à la lui accorder? Lui même en pourroit douter. Voila le malheur que je redoute. Et puisqu'il ne me reste point de sacrifice à lui faire, il faut que je renonce à lui.

— Je ne veux point, ma lille, blâmer ta délicatesse; mais je te plains de ta prévention ; elle fera le malheur de la vie de ton amant, et sûrement elle ne fera pas le bonheur de la tienne.

Voila, mon cher Potowski, le résultat de la démarche que j'ai faite auprès de Lucile à votre égard. Si vous ne pouvez vivre sans elle, c'est à vous à vaincre ses scrupules.

De la rue Bressi — le 19 novembre UTO.

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