croyez pas à l'emportement de la jeunesse, à son irré
«1 tlexiûu, à la vivacité de l'amour jeune offensé, vous vous
11 tromperiez étrangement.
1) J'ai prodigieusement pensé, depuis quinze jours, à la vie,
» à l'amour, à notre union, à nos devoirs mutuels. J'ai connu
1) dans son entier le dévoûment de ma mère, elle m'a dit ses
I douleurs! Elle.est h'Toïque tous les jours, depuis vinft- » trois ans; mais je ne me sens pas la l'une de l'iraiier, non il que je vous aie aimé moins qu'elle aime mon père, mais par .1 des raisons tirées de mon caractère. Notre intérieur de- .. viendrai! un enfer, el je pourrais perdre la tête au point n de vous déshonorer, de me déshonorer, de déshonorer ho. .1 tre enfant. Je ne veux pas être une madame Marneffe; et
II dans cette carrière, une femme de ma trempe ne s'arrête-
DE BALZAC
' rak peut-^tre pas. Je suis, malheureusement pour moi,
■ i:ne Huloi et non pas une Fischer.
» Seule et loin du spfciade (le vos désordres, je réponds de
nM)i, surtout ocrii|ée de no:re enfant, prè.-i de ma forte et
■' sublime mère, dont la vie a|;ira sur les niouvenipus lumid-
» lueux de mon rocur. Là. je puis être une bonne mère, bien
» élever notre fils et vivre. Cliez vous, la femme tuerait la
■ mère, et des quereilcs imessauies aigriraient mon tarac- " 1ère.
■■ J'accepterais la mort d'un coup ; je ne veux pas f tre man lade pendant vingt-cinq ans comme ma mère. Si vous m'a- " vtz trahie après trois ans d'un amour abso'u, continu, pour " la maîtresse de voue heaupère, quelles riNalesneme don- • neriezvous pas plus tard'? Ah! mousicur, vous commen- " cez, bien plus lût que mon père, celle carrière de libert'- » na?e, de prodlg;ilité qw déshonore un lère de famille, qui " diminnue le resteci des enfans, et au bout de laquelle se ■■ trouvent la boi te et le déses oir.
" Je ne suis point imi^lacable. Des sentimens inflexibles » ne conviennent point à des êtres failles qui vivent sous " l'œil de Dieu. Si vous conquérez t'oire et fortune par des .1 traanx soutenus, si vous renoncez aux courtisanes, aux " sentiers ignobles et bourbeux, vous retrouverez une ftmme ' digne de vous.
"Je vous crois trop gentilhomme pour recourir à la loi. " Yôus respecterez ma volonté, monsieur le comte, en me " laissant chez ma mère ; ne vous y présentez jamais. Je vous > ai laissé tout l'arpent que vous a prêté cette odieuse femme. •' Adieu !
Il HORTE\SE HlJLOT.
Cette lettre fut péniblement écrite, Hortense s'abandonnait aux .pleurs, aux cris de la passion égorgée. Elle quii.tait et reprenait la plume pour expiimer simplement ce que l'amnur déclame ordinairement dans ces lettres testamentaires. Le cœur s'exhalait en interjections, en plaintes, en pleurs; mais la raison dictait.
La jeune femme, avertie par Louise que tout éiait prêt, parcourut lentement le jardinet, la chambre, le salon, y regarda tout pour la dernière feis. Puis elle fit à la ciiisiiiière les recommandations les plus vives pour qu'elle veillât au bien-éire de- Monsieur, en lui promettant de la récompenser si elle voulait être honnête.
Enfin, elle monta dans la voiture pour se rendre chez sa mère, le cœur brisé, pleurant ù^t^ire peine à sa f-mme de chambre, et couvrant le peiit Wenceslas de baisers avec une joie délirante qui trahissait encore bien de l'amour pour le père
La baronne savait déj.1 par Lisbeth que le beau-père était pour beaucoup dans la faute de son gendre, elle ne fut pas surprise de voir arriver sa tille, elle l'approuva et consentit à la garder près d'elle.
Adeline, en voyant que la douceur et le dévoliment n'avaient jimais arrêté son Hector, pour qui son estime commençai; à diminuer, trouva que sa fille avait raison de prendre une autre voie.
En vingt jours, la pauvre i;;ère venait de recevoir deux blessures dont les souffrances surpassaient toutes ses tortures |)assées. Le baron avait niis Victorin et sa femme dans la Rêne; puis il était la cause, suivant Lisbeth, du dérangement de Wenceslas, il avait dépravé son gendre.
La majesté de ce père de famille, maintenue pendant si longtemps par des sacrifl.es insensés, était dégradée. Sans regieiter leur argen', les Iluloi jeune concevaient à la fois de .la déllancet des ini|uiéiudes à l'-'^ard t'.xi b;',ron Ce sentiment as>ez visible affligeait profondément Adeline, elle pressentait la dissolution de la lamille.
La baronne logea sa fille dans la salle à manger, qui fut prompiement iiaiisformée en chambre it coucher, grâce à l'argent lUi maréchal ; et l'anlichanii-re devint, comme dans beaucoup"de Uiénagcs, la salle à manger.
Quand Wenceslas revint chez lui, quand il eut achevé de
lire les deux lettres, il éprouva comme un sentiment de joie nê!c de irisiesse.
Gardé'pour ainsi dire à vue par sa femme, il s'était intérieurement rcbe'lé contre cet emprisonnement à la Lisbeth. Gorgé (J'amour d'-puis trois ans. il avait, lui ;.ussi, réfléchi pendant c.=s derniers quinz- jours, il trouvait la famille lourde •I porter. Il venait de s'entendre féliciter par .^tidmann sur la passion qu'il inspirait ù Valérie; car Stidmann, dans uue arrière-pensée assez concevalde, jugeait ù propos de flatter la vanité du maii d'Horlense en espérant de i onsoler la viclime. Wenceslas fut donc heureux de pouvoir retourner chez maJame îlarnetTe. Mais il se rappela le bonheur entier et pur dont il avait ioui, les perfections d'Horteiise. sa sagesse, son iiinocent ei mlf amour, et il la regretta vivement.
Il voulut courir chez sa belle-mere, obtenir son pardon, et il lit comme Hulot et Crevel^ ii alla'voir madame Mar efl'e à laquelle il apporta la lettre de sa femme pour lui montrer le 'lésastre dont elle était la eause, et, pour ainsi dire, escompter cem,lheur, en demandant eu retour des plaisirs â sa maîtresse.
Steiiiboik trouva Crevel chez Valérie. Le maire, bouffi d'orgueil, allait et venait dans le salon, comme un homme agité par des sentimens tumultueux. Il se mettait en position comme s'il voulait parler et il n'osait. Sa physionomie resplendissait, et il courait .1 la croisée tambouriner de ses doigts sur les vitres. Il regardait Valérie d'un air touché, attendri. Heureusement pour lui Lisbeth entra.
— Cousine, lui dit-il à l'oreille, vous savez la nouvelle? je suis père ! Il me semble que j'aime moins ma pauvre Céb stine. Ohl ce que c'est que d'avoir un enfant d'une femme qu'on idolâtre! Joindre la paiernilé du cœur à la paternité du sang ! Oh ! voyez-vous, dites-le à Valérie , je vais travailler pour cet enfant, je le veux riche! Elle m'a dit qu'elle croyait, it certains indices, que ce serait un garçon ! Si c'est un garçon, je veux qu'il se nomine Crevel , je consulterai mon notaire.
— Je sais combien elle vous aime, dit Lisbeth ; niais, au nom de votre avenir et du sien, contenez-vous, ne vous frottez pas les mains à tout moment.
Pfndant que Lisbeth faisait cet àparle avec Crevel, Valérie avait repris sa lettre à Wenceslas, et elle tenait à l'oreille de Wenceslas des propos qui dissipaient sa tristesse.
— Te voilà libre, mon ami, dit-elle ; est-"e que les grands artistes devraient se marier ? Vous n'existez que par la fantaisie et parla liberté! Va, je t'aimerai tant, mou cher poète, que tu ne regretteras jamais ta femme. Mais cependant, si comme beaucoup de gens, tu veux garder le décoium, je me charge de faire revenir Hortense chez toi, dans peu de temps...
— Oh ! si c'était possible.
— J'ensuis sûre, dit Valérie. Ton pauvre beau-père est un homme fini sous tous les rapports, qui par amour-propre
■ veut avoir l'air d'être aimé, veut faire croire qu'il a une maîtresse, et il a tant de vanité sur cet article que je le gouverne entièrement. La baronne aime eniore tant son vieil Hector (il me semble toujours parler de l'Iliade), que les deux vieux obtiefidront d'Hortense ton raccommodement. Seulement, si tu ne veux pas des orages chez toi, ne reste pas vingt jours sans venir voir ta maîtresse... Je me mourrais. Mon petit, on doit deségauls, quand on est gentilhomme, ;'i une femme qu'on a compromise au point oi"! je le suis, surtout quand cette femme a bien des ménagemens à prendre pour sa réputation... H(Sieù dîner, mon ange... Et songe que je dois être d'autant plus froide avec toi, que tu es l'aul(.ur de cetii' trop visible fjule.
Ou annonça le baron Montés; Valérie se leva, courut .i sa reneontre, lui parla pendant queUiucs iustans à l'oreille, et fit avei lui les mêmes réserves pour son maintien iiu'elle venait de faire avec Wenceslas, cz<- le Biésilien eut une contenance diplomatique appropriée à la giande nouvelle qui le comblait de joie, il était certiin desa paieriiLé, lui!...
Glace à -eite straiégie basée sur l'amour-propre de l'homme à l'état dama' I, Valérie eut à sa table, tous joyeux animés, charmés, quatre homme s^ croyant adores, etqueMar-
LES PÀRENS PAUVRES.
Méfie nomma plaisamment ;1 Lisbelh, en s'y comprenant, les cinq pères de l'Kgiiie.
Le baron Hulot seul montra d'abord une figure soucieuse. Voici (Kiurquoi :
Au mumei.t de quitter son cabinet, il était v-nu voir le Directeur du Personnel , un général, son cimarade depuis trente ans, et il lui avait pari'' de nommer Marnefte ;1 la pla e de C')quet, qui const-niaii à donner sa démission.
— Mon ctiei' ami, lui dit-il , je ne voudiais p;is demander cette faveur au maiéclial sans que nous soyons d'accord et que j'aie eu voire agrément.
— Mon cher ami, répondit le Directeur du Personnel, permettez moi de vous faire observer que, pou|^ vous même, vous ne devriez pas insister sur cette nomination. Je vous ai 'déjà dit mon opinion. Ce serait un scandale dans les Bureaux, où l'on s'occupe déjù beaucoup trop de vous et de madame Marnelîe. Cdi, bien entre nous. Je ne veux pas attaquer votre endroit sensible, ni vous désobliger eh quoi que que ce soi!. Je vais vous en donner la preuve. Si vous y tenez absolument, si vous voulez demani?er la place de monsieur Coquet, qui sera vraiment une iterle pour les bureaux de la Guerre, car il y est depuis IS'iO, je partiiai pour quinze jours à la campagne, alin de vous laisser le clianiji librf auprès du maréchal qui vous aime comme son fils. Je ne serai donc ni pour, ni contre, et je n'auiai rien fait contre ma conscience d'administrateur.
— Je vous remercie, répondit le baron, je réfléchirai à ce que vous venez de me dire.
— Si je me permets cette observation, mon cher ami, c'est qu'il y va beaucoup plus de votre intérêt personnel que de mon affaire ou de mon amour-propre. Le man'c hal < si le maître, d'abord. Puis, mon cher, on nous reproche tant de (hoses, qu'une de plus ou de moins...., nous n'en sommes pas à notre virginité en fait de critiques. Sous laRestauraiion, on a nonnué des ^ens pour leur donner des appointemeiis et sans s'embarrasser du service... ÎNous sommes de vieux camarade. .
— Oui, répondit le baron, el c'est bien pour ne pas altérer notre vieille et précieuse ainitiéque je...
— Allons, reprit le Dirccieur du Personnel, en voyant l'embarras peint sur la ti^'ure de Hulot, je voyagerai, mon vieux... Mais prenez garde I vous avez des ennemis, c'est-àdire des gens qui convoitent votre mag-àfique traiiement; vous n'êtes amarré que sur une ancre. Ah ! si vous étiez dépâté comme moi, vous ne craindriez rien ; aussi tenez-vous bien...
Ce discours, plein d'amitié, lit une vive impression sur le Conseiller-d'Etat.
— Mais enlin, Roger, qu'y a-t-il ? Ne faites pas le mystérieux avec moi !
Le personnage que Hulot nommait Roger, regarda Hulot, lui prit la main, la lui serra.
— Nous sommes de trop vieux amis pour que je ne vous donne pas un avis. Si vous voulez rester, il faudrait \ous faire
' votre lit de repos vous-même. Ainsi, dans votre position, au lieu de demander au maréchal la place de monsieur Coquet pour monsieur MarnelTe, je le prierais d'uSer de son influence pour me reserver le Conseil-d'Élat en service ordinaire, où je mourrais tranquille; et, comme le castor, j'abandonnerais ma Direction générale aux chasseurs.
— Comment, le maréchal oublierait.'..
— Mon vieux, le maréciial vous a si bien défendu en plein conseil des ministres, qu'on ne songe plus à vous dégommer; mais il i-n a éié question!... Ainsi ne donnez pas de prétextes... Je ne veux pas vous en dire davantage. En ce moment, vous pouvez faire vos condiiions, être Canseiller-d'État cl pair de Fran e. Si vous attendez trsp, si vous donnez, prise sur vous, je ne réponds de rien..l Dois-je voyager?...
— At!ondez,ie verrai le maréchal, répondit Hului, et j'enverrai mon frère souder le ierrain près du patron.
On peut romijrendre en qoelle liun:euc re>int le baron chez madame ^iariirffi• ; il avait presque oublié qu'il était père, car Rog-'c venait de taire acte de vraie et bonna camaraderie, en ,ui éclairant sa position.
Telle était l'inlluence de ^'aléric, qu'au milieu du diner, le baron se mit a l'unisson, et devint d'autant plus gai qu'il avait plus de soucis à éioi.ffer ; mais le malheureux ne se doutait pas que, dans cette soirée, il alla' t se trouver entre son bonheur ou le danger signalé par le Directeur du Personnel, c'està-dire forcé d'opter entre madame Marneffe et sa position.
Vers onze heures, au moment où la soirée atteignait à son apogée d'animation, car le salon était plein de monde, ^ alerte pritavjjc elle Hector dans un coin de son divan.
— Mon bon vieux, lui dit-elle à l'oreille, ta tille s'est si fort irritée de ce que Wencèslas vient ici, qu'elle l'a planté là. C'est une mauvaise icle (|u Hortense. Demande à VVenceslas de voir la leiire que cette petite gaupe lui a écriie. Celte séparation de deux amoureux dont on veut que je sois la cause, Ijcut me faire un lort inouï, car voilà la manière dont s'attaquent entre eles les femmes vertueuses. C'est un scandale que de jouer à la victime, pour jeter le blâme sur une lemme nui n'a d'autres toi ts que d'avoir une maison agréable. Si tu m'aimes, lu me disculperas'en rapairiani les deux tourtereaux. Je ne liens pas du tout, d'ailleurs, à recevoir ton gendre, c'est toi qui me l'as amené, remporte-le. Si tu as de l'autorité dans ta lamille, il me semble que lu pourrais bien exiger de ta femiiie qu'el e fit ce raccon.modemenl. Dis lui de ma part, à celte bonne vieille, que si l'on me donne injustement le tort d'avoir brouille un jeune ménage, de troubler l'union d'une famille, et de prendre a la tois le pu-e et le gendre, je mériterai ma répulaiion en les tracassant à ma façon! Nevoilâ-t il pas Lisbeih qui parle de me quitter!... Elle me préfère sa famille, je ne veux pas l'en l lâmer. Elle ne rsste ici, m'a-t-elle dit, que si les jeunes gens se raccommodent. Nous voilà propres, la -iépensesera Irip'ée ici!...
— Oh ! quant à cela, dit le baron en apprenant l'esclandre de sa tille, j v me. irai bon ordre.
— Eh bieii ! reprit Valérie, à autre chose. Et la place de Coquet?...
— Ceci, répondit Hector en baissant les yeux, est plus difficile, pour ne pas dire impossible !...
— Iniiiossible, mon cher Hecto'-, dit madame Marneffe à l'oreille du baron ; mais tu ne sais pas à quelles exirémiiés va se porter iiarncffe; je suis en son pouvoir ; il est immoral dans son inlérèi, comme la plupart des hommes, mais il est e.\ces^ivenienl vindicaiif a la fai;on des i eliis espriis, des impuissans. Dans la situation où lu m'as u ise, je suis à sa discrétion. Obligée de me remettre ave. lui pour quelques jours, il est capable de n.' plus quitier ma chambre.
Hulot fit un p;odigieux hautle-corps.
— Il me laissait tranquille à la condition d'être chef de bureau. C'est infâme, mais c'est logique.
— Valérie, m'aiiues-tu?...
— Cette question dans l'état où je suis est, mon cher, nue ■injustice de laquais...
— Eh bien ! si je veux tenter, seulement tenter, de demander au maréchal une place pour Marneffe, je ne suis plus rien et Marneft'e est destitué.
— Je croyais que le prince et toi, vous étiez deux amis intimes.
— Certes, il me l'a bien prouvé; mais, mon entant, audessus du maréchal, il y a quelqu'un, et il y a encore tout le conseil des ministres, par exemple... Avec un peu de temps, en louvoyant, nous arriverons. Pour réussir, il faut atienûre le moment où l'on me demandera quelque sersice à moi. Je pourrai dire alors: Je vous passe laçasse, passez-moi le séné...
— Si je dis cela, mon pauvre Hector, à Marneffe, il nous jouera quelque méchant tour. Tiens, dis lui toi-même qu'il faut attendre, je ne m'en charge pas. Oh ! je connais mon son, il sait comment me punir, il ne quittera pas ma chambie... N'oublie pas les douze cents francs de rentes pour le petit.
Hulot prit monsieur Marneffe à part, en se sentani u.enacé dans son plaisir; et, pour la première fois, il quitta le ton hautain qu'il avait gardé jusqu'alors, tant il était épouvanté par la perspective de cet agonisant dans la chambre de cette jolie femme,
— Marneffe, mon cher ami, dit-il, il a été question de vous
DE BALZAC
aujourd'hui ! Mais vous ne serez pas Chef de bureau d'emblée... 11 nous faut du temps.
— Je le strai, niouiieur le baron, répliqua nettement Marnefle.
— Mais, mou cber...
— Je le sPiai, monsieur I' 'barûu, réiieta iroideiceui Mar- TifiS^e en ret'^r.îant aliernalivemeiit le baron et Valérie. Vous avez mis ir.a femme dans la nécessilé de se raecomiuùder avec moi, je ia tarde ; car, tHon cher ami, elle est ihai manie, ajûuta-i-il avec une i-pouvaiiiable ironie. Je suis le maître ici, plus ijue vous ne lï'les au .Miiiisli-re.
Le Làrùn sentit en lui-même une de ces douleurs iiui produisent dans le cœur l'effet d'une rage de dénis, et il faillit laisser vofr des larmes dans ses yeux.
Pendant celte courie scène, \alérie notiiiait à l'oreille de Heiti i Montés la prétendue volonté de Manieffe, el se débarrassait ainsi de lui pour quelque temps.
Des qu.^lre liiléles, Crevel seul, possesseur de sa petite maison économique, était excepté de celte mesure; aussi montrait-il sur sa physionomie un air de béatitude vraiment insolent, malgié les espèces de réprimandes que lui adressait Valérie par des froncemens de sourcils et des mines si^nilicatives; mais sa radieuse paternité se jouait dans tous ses traits.
A un mot de reproche que Valérie alla lui jeter à l'oreille, il la saisit par la main et lui répondit :
— Demain, ma duchesse, tu auras ton petit hùlel !... c'est demain l'adjudication délinitive.
— El le mobilier? répondit-elle en souriant.
— J'ai mille actions de Versailles, rive gauche, achetées i ("ent vinutcinq francs, et elles iront à trois cents, à cause d'une fusion des deux chemins, dans le secret de laquelle j'ai été mis. Tu seras meublée comme une reine!... Mais tu ne serds plus qu'à moi, n'est-Ce pas?...
— Oui, gros maire, dit en souriant cette madame de Merteuil bourgeoise; mais de la tenue ! respecte la future madame Crevel.
— Mon cher cousin, disait Lisbeth au baron, je serai demain chez Adeline de bonne heure, car, vous comprenez, je ne peux décemment rester ici. J'irai tenir le m.éjiage de votre frère le maréchal.
— Je retourne ce soir chez moi, dit le baron.
— Eh liien: j'y viendrai déjeuner demain, répondit Lisbeth en souriant.
Elle comprit combien sa présence était nécessaire ù la ssènc de famille qui devait avoir lieu, le lendemain. Aussi, dès le matin, alla-t-elle chez Victorin à qui elle apprit la séparation d'Ilorlense cl Wenccslas.
Lorsque le baron entra chez lui, vers dix heures et demie du iûir, Maiicilc et Loui.se, dont la journée avait été laborieuse, fermaient la porte de l'apparlemenl, Ilulot n'eut donc pas besoin de sonner.
Le. mari, très contrarié d'être vertueux, alla droit à la chambre de sa femme ; et, iiar la porte entrouverte, il la vit proslernce devant son crucilix, abîmée dans la prière, et dans une de ces poses expressives qui font la gloire des peintres ou des sculpteurs assez heureux pour les bien rendre après les avuir trouvées.
Adeline, emportée par l'exaltation, disait à hanti' vi>ix: " Mon Dieu! faites-nous la grâce d^' l'cclairer!...
Ainsi la baronne priait pour son Hector.
A ce spectacle, si différent de celui <iu'il quittait, en entendant Cille phrase diclée par l'événement de cette journée, le baron aiiendri laissa partir un soupir. Adeline se retourna, le visage couvert de larmes. Elle crut si bien sa prière exaucée qu'elle lit un bond, et saisit son Hector avec la force que donne la passion heureuse.
Adeline avait dépouillé tout intérêt de femme, la douleur éteignait jusqu'au souvenir. Il n'y avait plus en elle que maternité, honneur de famille, el l'attachement ie plus pur d'une épouse chrétienne pour un mari fourvoyé, celte sainte tendresse qui survit à tout dans le coeur de la femme. Tout cela se devinait.
— Hector! dit-elle enfin, nous reviendrais-tu? Dieu preedrait-il en pitié notre famille?
— Chère Adeline! reprit le baron en entrant et asseyant sa femme sur un fauteuil à côté de lui, lu es la plus sainte créature que je connaisse, et il y a longtemps que je ne me trouve plus disne de toi.
— Tu aurais peu de chose à faire, mon ami, dit-elle en tenant la main de Hulot et tremblant si fort qu'elle semblait avoir un tic nerveux, bien peu de chose pour rétablir l'ordre...
El e n'osa poursuivre, elle sentit que chaque mol serait un blâme, et elle ne voulait pas troubler le boulieur que celte en- Irevuelui versait à torrens dans l'àme.
-— Hortense m'amène ici, reprit Hulot. Cette petite fille peut nous faire plus de mal par sa démarche précipitée que ne nous en a fait moffabsurde passion pour Valérie. Mais nous causerons de tout cela demain malin. Hortense dort, m'a dit Mariette, laissûusla tranqui le. '
— Oui, dit madame Hulot envahie soudaiu par une profonde tristesse.
Elle devina que le baron revenait chez lui, ramené moins par le d^sir de voir sa famille, que par un inlérêl étranger-
— laissons-la tranquille encore demain, car la pauvre enfant est dans un étal déplorable, elle a pleuré pendant toute la journée, dit la baronne.
Le lendemain, .'i neuf heures du matin, le baron, en attendant sa lille à laquelle il avait fait dire de venir, se promenail dans l'immense salon inhabité, cherchant des raisons k donner puur vaincre l'entétemeut le plus difficile à dompter, celui d'une jeune femme offensée el implacable, comme l'est la jeunesse irréprochable, à qui les honteux ménagemens du monde sont inconnus, parce qu'elle en ignore les passions el les intérêts.
— Me voici, papa ! dit d'une voix tremblante Hortense, que ses souffrances avaient pAlie.
Hulot, assis sur une chaise, prit sa fille par la taille et la forva de se mettre sur ses genoux.
— Eh bien ! mon enfant, dit-il en l'embrassant au front, il' y a donc de la brouille dans le ménage, et nous avons fait un coup de télé! Ce n'est pas d'une fille bien élevée. Mon Hortense ne devait pas prendre à elle seule uu parti décisif, comme celui de quitter sa maison, d'aband'onner son mari, sans consulter ses pareils. Si ma chère Hortense était venue voir sa bonne el excellenie mère, elle ne m'auraii pas causé le violent chagrin que je ressens!.. . Tu ne connais pas le monde, il e-l bien méchant. On peut dire que c'est ton mari qui t'a renvoyée à tes parens. Les«enfans élevés, comn>e vous, dans le giron maternel, restant plus longtemps enfaiis que les aunes, ils ne savent pas la vie! La pas ion naïve et fiaîche. comme celle que tu as pour A^'enceslas, ne calcule mal'ieuleusimeut ritiî, elle est toute à ses premiers mouvcmens ^'ùtl•e petit cœur part, la tête suit. On brûlerait Paris pour se venger, sans penser à la cour d'assises ! Quand ton vieux père vient le dire que tn n'as pas gardé les convenances, tu peux le croire ; el je ne te parle pas encore de la profonde douleur que j'ai ressentie, elle est bien amère, car tu jett s le blâme sur une femme dont le cœur ne l'est pas connu, dont l'inimitié peut devenir terribf'... Hélas! toi, si pleine de candeur, d'innocence, de pur.ité, tune doutes de rien : lu peux être salie, calomniée. D'ailleurs, mon cher petit ange, lu as pris au sérieux une plaisanterie, et je puis, moi, te garantir rinnocencc de ton mari. Madame .^larnetfe...
Jnsque-Jù le baron, comme un artiste en diplomatie, modula t admirablement bien ses remontrances. H avait, comme on le voit, supérieurement ménagé l'introduction de ce nom; mais, en reiilendaiit. Hortense fit le geste d'une personne blessée au vif.
— Écoute-moi, j'ai de l'expérience etj'ai tout observé, reprit le père en empêchant sa fille de parler. Cette dame traite ton mari irès froidement, tu as été l'objet d'une mysiificalion', je t'en donne les preuves. Tiens hier, Wenceslas était à diuer...
— 11 y dînait?... demanda la Jeune femme en se dressant sur ses pieds el regardant son père avec l'horreur peinte sur le visage. Hier! après avoir lu ma lettre?... Oh ! monDieu !...
LES PARENS PAUVRES