SOS
Au iimiiiiriit 1)11 Poiisii'rti'onlra Si'limiKla-, il voiiailirobleiiir, sans l'avoir iliiuanilé, le bnloii de niai/'clul .lo.s compositeurs inconnus, un Làtoii de crierd'uiclu-siri-! ■ Grince au coiiilo l'opinùl, nlors iniiiislriî, rcKi; place lai silliulée pour le pau\ie musicien, au niûiiieiii on ce. héros bourgeois delà révolulioii de Juillel fiUlûniiei- un privilège (te (lie.Kre à l'un de i es amis dont rougit un ijarvenu, quand, roulant en voilure, il aperçoit dans Paris un ancien camarade lie jeunesse, trisie à patle, sans sous-pieds, velu d'une redingote à teintes invraisemblables, el le nez à de.-, affaires trop élevées pour des capitaux fuyards.
Ancien coiiimis-voyat;eur , cet ami, nommé (iandissaid, avait été jadis fort utile au succès de la yiande maison Popi- ■pûl. Popinol, deveiui comte, devenu pair de France après avoir éiédeiix fois ministre, ne renia poini i.'if.i.iiSTHE Gaii-
niSSARD !
Bien plus, il voulut mettre le voyaf^eur en position de renouveler sa garde-robe et de remplir sa bourse; caria politique, les vanités de la cour citoyenne n'avaient point gâté le cœur de cet ancien droguiste.
Gaudissard, toujours fou des femmes, demanda le privilège d'un thé^lire alors en faillit*", et le ministre, en le lui donnant, eut soin de lui envoyer queli|ues vieux amateurs du beau sexe, assez ricbes pour créer une puissante commandile amoureuse de ce que cachent les maillots.
Pons, parasite de l'hôtel Popinol, fut un appoint du privilège.
La com^taguie Gaudissard , <iul lit d'ailleurs fortune, eut en 1854 l'intention dcréaliscrau Boulevard cette grande idée: un Opéra pour le peuple.
La musique des ballets et des pièces lé8ri,'S exigeait un chef d'orchestre passable et quelque peu compositeur.
L'administration à laquelle succédait la compagnie Gaib dissard élait depuis trop longtemps en faillite pour posséder . un copisle.
Fous introduisit donc Schraucke au théâtre en qualité d'entrepreneur des copies, métier obscur qui veut de sérieuses connaissances musicales.
Scbmucke, par le conseil de Pons, s'entendit avec le chef de ce service à rOpéra-Comique, el n'en eut point les soins mécaniques.
L'association de Schmucke et de Pons produisit un résultat merveilleux. ,
Se.hmucke, très fort comme tous les Allemands sur Iharmoiiie. soigna l'inslrumentatiou dans les partitions dont le 1 hani fut fait par Pons.
Quand les connaisseurs admirèrent quelques fraîches compositions qui servirent d'accompagnement à deux ou trois grandes pisees ;"i succès, ils les expliquèrent par le mot progrès, sans en chercher les auteurs.
Pons et Schmucke s'éclipsèrent dan* la gloire, comme certaines personnes se noient dans leur baignoire.
A Paris, surtout depuis -1830, personne n'arrive sans pousser, qvihvscumqiie r:is, et très foi t. une masse efl'rayante de concurrens ; il faut alors beaucoup trop de force dans les reins, et les deux amis avaient celte gravelle au cœur, qui gène tous les mouvemens ambitieux.
Ordinairement Pons se rentlait a l'orchestre de son théâtre vers huit heures, heure à laquelle se donnent les pièces en faveur, et dont les ouvertures el les accompagnemens exigeaient la tyrannie du bâton.
Cette tolérance existe dans la plupart des petits théâtres; mais Pons élait à cet égard d'autant plus à l'aise, qu'il mettait dans ses rapports avec l'administration un grand désiutéressem'ent.
Schmucke suppléait d'ailleurs Pons au besoin. Avec le temps, la posiiion de Schmucke a rorchestre s'était consolidée.
L'illustre Gaudissard avait reconnu, sans en rieii dire, et 'a valeur et l'utilité du collaborateur de Pons,
On avait été obligé d'introduire :'i l'orchestre un piaru comme aux grands théâtres.
Le piano, louché gralis par .Schmucke fui établi auprès du pupitre du chef d'orcheslre, oi'i se plaçait le surnuméraire volontaire.
Quand on comiiil ce bnu Allemand, sans anibitiou ni pri'tenlion, il fui aci'e[ilé par tous les musiciens.
I.'adiuinislraiiûu, pour un modique traitement, chargea S(-hinucke des inslrumens qui ne sont pas re|iréseiUés dans l'orchestre di'S théâtres du Boulevard, et iini sont souvent nécessaires, comme le piiuo, la viole d'amour, le cor anglais, le violoncelle, la iiarpe, les castagnettes de la cachucha, les sonnettes el les inventions de Sax, etc.
Les Allemands, s'ils ne savent pas jouer des grands inslrumens de la Liberté, savent jouer natuielleméut de tous lei inslrumens de musique.
Les deux vieux artistes, excessiveiiieui ainjés au ibcâtre, y vivaient en philosophes.
Ils s'étaient mis sur les yeux une laie pour ne jamais voir les maux iuhéren.î à une troupe quand il s'y trouve un corps de ballet mêlé à des acteurs cl des actrices, l'une des plus aft'reuses lombinaisons que les nécessités de la recette aient créées pour le tourment des direcleui's. des auteur> et des musiciens.
Un grand respect des autres et de lui-même avait valu l'eslime générale au bon et modeste Pons.
D'ailleurs, dans toute sphère, une vie limpide, une lionnêtelé sans lâche commandent une sorte d'admiration aux cœurs les plus mauvais. ,
À Paris, une belle vertu a le succès d'un gros diamant, d'une curiosité rare.
Pas un acteur, pas un auteur, pas une danseuse, quelqus eifrontée qu'elle put être, ne se serait permis la moindre mys.titication ou quelque mauvaise plaisanterie contre Pons ou contre stn ami.
Pons se n<oi!trait quel(|uefois au foyer ; mais Schmucke ne connaissait que le chemin souterrain qui menait de l'extérieur du théâtre à l'orchestre.
Dans les entr'actes, quand il afsistail à une représentation, le bon vieux Allemand se hasardait à regarder la salle et questionnait parfois la première Hùte, un jeune homme né à Strasbourg d'une famille allemande de Kehl, sur les personnages excentriques dont sont presque toujours garnies les Avant-scènes.
Peu à peu l'imagination enfantine de Schmucke, dont l'éducation sociale tut entreprise par cette flûte, admit l'existence fabuleuse de la Lorelte, la possibilité des mariages au Treizième Arrondissement, les prodigalités d'un premier sujet, et le commerce interlope des ouvreuses.
Les innocences du vice p.irurent a ce digne liomme le dernier mol des dépravations babyloniennes, et il y souriait comme à des arabesques chinoises.
Les gens habiles doivent compretidre que Pons et Schmucke étaient exploités, pour se servir d'un mot à la mode ; mais ce ([u'ils perdirent en argent, ils le gagnèrent en considération, en bons procédés.
Après le succès d'ua ballet qui commença la rapide fortune de la ompagiiie Gaudissard, les directeurs envoyèrent à Pons un groupe en argent attribué à Renvenuto Cellini, dont le prix effrayant avait été l'objet d'une conversation au foyer.
Il s'agissait de douze cents francs 1 Le pauvre honnête homme voulut rendre ce cadeau I Gaudissard eut mille peines à le lui faire accepter.
— Ah ! si nous pouvions, dii-il à son asspi ié, trouver des acteurs de cet échantillon-la !
Cette double vie, si calme en apparence, était troublée uniquement par le vice auquel sacriliait Pons. ,-;e besoin féroce de diner en ville.
Aussi toutes les fois que Schmucke se trouvait au logis quand Pons s'habillait, le bon Allemand déplorait-il cette funeste habitude.
— Ewjori' si ça U encr cassait '. s'écriait-il souvent.
Et Schmucke rêvait aux moyens de guérir son ami de ce
DE BALZAC
vice dégradant, car les amis véritables jouissent, dans iordre moral, de la perficlion dont ( si doué l'odorat des chiens ; ils flairent les chaprins de leurs amis, ils en devinent les causes, ils s'en préoccupent.
Pons, qui portait toujours, au petit doigt de la main droite, une bague à diamant tolérée sous l'Empire, et de^enue ridicule aujourd'hui, Pons, beaucoup trop troubadour et trop Français, n'offrait pas dans sa physionomie la sérénité divine qui tempérait l'effroyable laideur de Schmutke.
L Allemand avait reconnu daus l'expression mélancolique de la figure de son ami, les difficultés croissantes qui rendaient ce métier de|)arasile de plus en plus pénible.
En effet, en octobre 18H, le nombre des maisons où dinait Pons était naturellement (rés restreint.
I.e pauvre chef d'orchestre, réduit i^ parcourir le cercle de la famille, avait, comme on va le voir, beaucoup trop étendu la .signification du mot famille.
I-'ancien lauréat était le cousin jïermain de la première femme de monsieur Camusot, le riche marchand de soieries de la rue des Bourdonnais, une demoiselle Pons, unique héritière d'un des fameux Pons frères, les brodeurs de la cour, maison où le père et la mère du musicien élaienl commanditaires après l'avoir fondée avant la Révolution de 1789, et qui fut achetée par monsieur Rivet, en 181S, du père de la première madame Camusot.
Ce Camusot, retiré des affaires depuis dix ans, se trouvait en 18-'»^ membre du conseil eénéral des manufactures, député, etc.
Pris en amitié par la tribu des Camusot. le bonhomme Pons se considéra comm.e étant cousin des enfans que le marchand de soieries eut-de son second lit, quoiqu ils ne fussent rien, pas même alliés.
La deuxième madame Camusot étant une demoiselle Cardot, Pons .s'introduisit à tiire de parent dans la nombreuse lamillc des Cardot, deuxième iribu bourgeoise, qui par ses alliances, formait toute une société non moins puissanle ijae celle des Camusot.
Cardot le notaire, frère de la seconde madame Camusot, avait épousé une demoiselle Chiffreville.
La célèbre famille des Chiffreville, la reine des produils chimiques, était liéf avec la grosse droguerie dont le coq fut peiidant longtemps monsieur Anselme Popinot que la révolution de juillet avait lame, comme on sait, au canir de la politique la plus dynastique.
Et Pons de venir à la queue des Camusot et des Cardot chez les Chiffreville, et de là chtz les Popinoi, toujours en qualité de cousin des cousins.
Ce simple aperçu des dernières relations du vieux musicien fait crmiprendrc comment il pouvait être encore rev:i familièrement en 1855 :
1° Chez monsieur le comte Popinot, pair de France, ancien ministre de l'agriculture et du commerce ;
2" Chez monsieur Cardot, ancien notaire, maire et député d'un arrondissement de Paris;
.T'Chez le vieux monsieur Camu.sot, déi)Uté, membre du conseil municipal de Paris et du conseil-général des manufactures, en route vers la pairie;
i" Chez monsieur Camusot de Marville, fils du premier lit, ei partait le vrai, le seul cousin réel de Pons, quoique peiit-cousin.
Ce Camusol, qui, pour se distinguer de son père et t!e son frère du second lit, avait ajouté à son nom celui de la terre de Marville, était, en \HU, président de chambre à la cour royale de Paris.
L'ancien notaire Cardot, ayant marié sa fille à son successeur, nommé Hcrthior, Pons, fai.sant partie de la charge, sut garder ce dîner, par devant notaire, disait-il.
Voilà le (irmamenl bourgeois que Pons appelait sa famille, et où il avait si péniblcnunt conservé droit de fourchette.
De ces dix maisons, celle où l'artiste devait être le mieux accueilli, la maison du président Camusol, était l'objet de ses plus grands soins.
Mais, hélas! la présidente, flUe du feu sieur Tlurion, huis-
sier du cabinet des rois Louis XVIII et Charles X. n'avait ja mais bien traité le petit-cousin de son mari.
A L'icber d'adoucir celle terrible pareille, Pons avait pen!» son temps, car après avoir donné gratuitement des leçons A mademoiselle Camusot, il lui avait été impo<silrie de faire une musicienne de celte flile un peu rousse.
Or, Pons, la main sur l'objet précieux, se dirigeait en ce moment chez S'jn cousin le président, où il croyait en entrant, être aux Tuileries, tant les solennel'es draperies vertes, lés tentures couleur carméliie et les tapis en moquette, les meubles graves de cet apparlenit-nt où respirait h plus sévère n;agistrature, agissaient sur son moral.
Chose étrange! il se sentait ù l'aise a l'hùlel Popinot, rue Basse-du-Rempart, sans doute à cause des objets d'art qui s'y trouvaient, car l'ancien ministre avait, depuis son avènement en politique, conlraclé la manie de collertionner les belles choses, sans doute pour faire opposition a la politique qui collectionne secrètement les actions les oliis laides.
Le président de Marville demeurait rue de Hanovre, dans une maison achetée depuis dix ans par la présidente, après la mort de son père et de sa mère, les sieur et dame Thirion, tîui lui laissèrent envir'in cent cinquante mille fran-s d'économie.
Cette maison, d'un aspect assez sorjbre .-ur la rue où la façade est à Texposiiion du nord, jouit de l'exposition du midi sur l;i cour, ensuite de laquelle se trouve un assez beau Jardin.
Lemagistratoccup. foui le premier étagequi,sousLouisX\ . avait logo l'un de?, plus puis.sans financiers de ce !rmps.
Le second étant l<'ué J une riche et vieille dame, cette demeure présente un a^pe.'i n'inquil''- .»t honorable qui sied ;i kla magistrature.
Les restes de l.i magnifique terre de ^larville. îi l'acqiiisition desquels le magistral avait employé ses économies de vingt ans ainsi (|uc l'héritage de sa mère, se coiniio^ent du château, s'plcndidc monument comme il s'en reni:oiilre encore en Normandie, et dune bonne ferme de douze mille francs.
Un parc de cent hectares entoure le ch;'iteau.
Ce luxe, aujourd'hui princier, coule un millier d'écus au président, en sorle que la terre ne rapporte guère que neuf mille francs en sac, comme on dit
Ces neuf mille francs et son irailenieul donnaient alors au président une fortune d'environ vingt mille francs de rente, en apparence suffisante, surtout en attendant la moitié qui devait lui revenir dans la succession de sou père, où il représentait à lui seul tout un lit -, mais la vie de Paris et les convenances de leur posilion avaient obligé monsieur et madame de Marville A dépenser la presque totalité de leurs revenus.
Jusqu'en 183.i, ils s'étaient trouvés gênés.
Cet inventaire explique pourciuoi mademoiselle de Marville, jeune fille âgée de vingt-trois ans, n'était pas encore mariée, malgré cent mille francs de dot, et malgré l'appât de ses espérances, Ji-sbilemeut et souvent, mais vainement, présenté.
Depuis cinq ans, If cousin Pons écoulait les doléances de la présidente qui voyait tous les substituts mariés, les nouveaux juges au tribunal déjà pères, après avoir inutilement fait briller les espérances de mademoiselle de Alaiville aux yeux peu charmés du jeune vicomte Poiiinol, fils aîné du coq de la droguerie, au profit de qui, selon les envieux du quartier des Lombards, la révolution de juillet avait été faite, au moin , autant qu'à celui de la branche cadette.
Arrivé rue Clioiseul el sur le point de tourner la rue de lia novre.Pons éprouva celle inexplicable émotinu qui lournicnic les consciences pures, qui leur inllige les sui)plii:fs res.sentis par les plus grands scélérats, à l'aspect d'un gendarme, el causiV uniquement par la iiuesiion de ,>^avoir comment le recevrait la présidente.
Ce grain de sable, qui lui déchirait les ûhres du cœur, ne
!-ES PARENS PAUVRES
i'était jamais arronài; les ausitt t'u ii< -riuiei'; u., |.m.- ^i. plus aigus, et les gens de celle maison ' fi ravivaient incessamment les arêtes.
En effet, le peu de cas que les Camusot faisaient de leur cousin Pons, sa donionélisatioa au sein de la famille, afîissait sur les domesticiues (|ui, sans man(|uer dt!i,'ardb envers lui, le considéraient comme une variété du Pauvre.
CVnnemi capital de l'ons était une certaine Madeleine Vivet, vieille tille sèche et mince, la femme de chambre de madame C de ^larville et de sa tille.
Celle Madeleine, malgré la couperose.de son leint, et peutêtre à cause de cette couperose et de sa longueur vipérine, s'était mis en tète de devenir madame Pons.
-Madeleine étala vainement vingt mille francs d'écoHomies aux yeux du vieux célibataire, Pons avait refusé ce bonheur par Irop couperosé.
Aussi cette Didon d'antichambre, qui voulait devenir la cousine de ses maîtres, jouait-elle les plus méchans tours au pauvre musicien.
Madeleine s" écriait très bien :
' — Ah ! voili le pique-assiette! ■ en entendant le bonhomme dans l'escalier et en lâchant d'flre entendue par lui.
Si elle servait à table, en l'absence du valet de chambre, elle versait peu de vin et beaucoup d'eau dans le verre de sa victime, en lui donnant la tâche difficile de conduire à sa bouche, sans en rien verser, un verre près de déborder.
Elle oubliait de servir le bonhomme, et se le faisait dire par la présidente (de quel ton?... le cousin eu rougissaili, ou elle lui renversait de la sauce sur ses habits.
C'était enûu la guerre de l'inférieur qui se sait impuni, contre un supérieur malheureux.
k la fois lernme de charge et femnle de chambre, Madeleine avait suivi monsieur et madame Camusot depuis leur mariage.
Elle avait vu ses maîires dans la pénurie de leurs commencemens, en province, quand monsieur était juge au tribunal d'Alençon; elle les avait aidés à vivre lorsque, président au tribunal de Mantes, monsieur Camusot vint S Paris en 1828. où il fut nommé juge d'instruction.
Elle appartenait donc trop ù la famille pour ne pas avoir des raisons de s'en venger.
Ce désir de jouer à l'orgueilleuse et ambitieuse présidente le tour d'être la cousine de monsieur, devait cacher une de ces haines sourdes, engendrées par un de ces graviers qui font les avalanches.
— Madame! voilà votre monsieur Pons, et en spencer encore! viut dire Madeleine ,'i la p:ésidente ■. i! devrait bien me dire par quel procédé il le conserve depuis vinq-cinq ans !
En entendant un pas d'homme dans le petit salon, qui se trouvait entre son grand salon et sa chambre a coucher, madame Camusot regarda sa fille et haussa les épaules.
— \ ous me prévenez toujours avec tant d'intelligence, Madfileine, que je n'ai plu» le temps de prendre un parti, dit la présidente.
— Madame, Jean est sorti, j'étais seule, monsieur Pons a sonné, je lui ai ouvert la porte, et comme il est presque de la maison, je ne pouvais pas l'empêcher de me suivre; il est là qui se débarrasse de son spencer,
— Ma pauvre Minette, dit la présidente à sa fille, nous sommes prises, nous devons maintenant dîner ici.
—-Voyons, reprit-elle, en voyant à sa chère Minetle une figure piteuse, faut-il nous débarrasser de lui pour toujours:-'
— Oh! pauvre homme! répondit niadCiBoiselle Camusot, 1« priver d'un de ses dîners!
Le petit salon retentit de la fausse toi «série d'un homme qui voulait dire ainsi: Je vous aitends.
— Eh bien I qu'il entre! dit madame Camusot à Madeleine en faisant un geste d'épaules.
: — ïvioiirc iiiiiiiicai oijiiiu iicUic, umii cousin, dit Cécile j Cuniusot en prenant un petit air câlin, que vous nous ayez
surprises au moment où ma mère allait s'habiller. Le cousin Pons, à qui le mouvement d'épaules de la pré-
sideiile n'avait pas échappé, fut si cruellement atleinl, qu'il ne
trouva pas un c(mipliment à dire, et il se contenta de ce mot
profond :
— Vous êtes toujours charmante, ma petite cousine ! Puis se tournant vers la mère et la saluant:
— Chère cousine, reprit-il, vous ne sauriez m'en touloirde venir un jieu jikis tôt que de coutume, je vous apporte ce que vous m'avez fait le p^sir de me demander...
Et le' pauvre Pons, qui sciait en deux le président, la présidente et Cécile chaque fois qu'il les appelait coi/shi ou cousine^ tira de la poche de côté de son habit une ravissante petite boite olilongue eu bois de Sainte-Lucie, divinement sculptée.
— Ah ! je l'avais oubliée i dit sèchement la présidente. Cette exclamation n'était-elle pas atroce ? n'ôlait-elle pas tout
mérite au soin du parent, dont le seul tort était d'être un parent pauvre?
— Mais, reprit-elle, vous êtes bien bon, mon cousin. Vous dois-je beaucoup d'argent pour cette petite bêtise?
Cette demande causa comme un tressaillement intérieur au cousin ; il avait la prétention de solder tous ses diners par l'offrande de ce bijou.
— J'ai cru que vous me permettiez de vous l'offrir, dit-il d'une voix émue.
— Comment! comment! reprit la présidente, mais, entre nous, pas de céréniunies, nous nous connaissons assez pour laver notre linge ensemble. /
Je sais que vous n'êtes pas assez riche pour faire la guerre à vos dépens.
IN'est-ce pas déjà beaucoup que vous ayez pris la peine de perdre votre temps à courir chez les marchands?...
— Vous ne voudriez pas de cet éventail, ma chère cousine," si vous deviez en donner la valeur, répliqua le pauvre homme oftensé, car c'est un chef-d'œuvre de Watteau qui l'a peint des deux cotés ; mais soyez tranquille, ma cousine, je n'ai pas payé la centième partie du prix d'art.
Dire à un riche : " Vous êtes pauvre ! » c'est dire à l'archevêque de Grenade que ses homélies ne valent rien.
Madame la présidente était beaucoup trop orgueilleuse de la position de son mari, de la possession de la terre de Marville, et de ses invitations aux bals de la cour, pour ne pas être atteinte au vif par une semblable observation, surtout partant d'un misérable musicien vis-à-vis de qui elle se po" sait en bienfaitrice.
— Ils sont donc bien bêtes les gens à qui vous achetez ces choses-là ?... dit vivement la présidente.
— On ne connaît pas à Paris de marchands bêtes, répliqua Pons presque sèchement.
— C'est alors vous qui avez beaucoup d'esprit, dit Cécile pour calmer le débat.
— Ma petite cousine, j'ai l'esprit de connaître Lancret, Pater, AValteau, Greuze; mais j'avais surtout le désir de plaire à votre chère maman.
Ignorante et vaniteuse, madame de Marville ne voulait pas avoir l'air de lecevoir la moindre chose de son pique-assiette, et son ignorance la servait admirablement, elle ne connaissait pas le nom de Watleau.
Si quelque chose peut exprimer jusqu'où va l'amour-propre des collectionneurs, qui certes, est un des plus vifs, car il rivalise avec l'amour-propre d'auteur, c'est l'audace que Pons venait d'avoir en tenant tête à sa cousine, pour la première fois depuis vingt ans.
Stupéfait de sa hardiesse, Pons reprit une contenance pacitique en détaillant à Cécile les beautés de la fine sculpture det branches de ce merveilleux éventail.
Mais pour être dans tout le secret de la trépidation corl diale à laquelle le bonhomme était en proie, il est nécessaire
Ide donner une légère esquisse de la présidente. A quarante-six ans, madame de Marville, autrefois petite, f blonde, grasse et fraîche, toujours petite, était devenue sèehe.