XLIV
— Attendta , messieurs, dit Villemot. Pensez vous que vous alliz mettre à la porte le lé^alaiie iinivei'sel, dont, jusqu'à présent la qualité n'est pas contestée'/'
— Si! si! dit Fraisier; nous nous op|)Osons.à la délivraiice du legs.
— Et sous quel prétexte ?
— Vous le saurez, mon petit! dit railleusement Fraisier. En ce moment, nous ne nous oj)posons pas à ce que le légataire relire ce (ju'il déclarera être à lui dans cette chambre; mais elle sera mise sous les scellés. El monsieur ira se loger oii bon lui semblera.
— Non, dit Villemot, monsieur restera dans sa chambre !...
— Et comment'/
— Je vais vous assigner en référé, reprit Villemot, pour voir dire (]ne nous sommes locataires par moitié de cetapparlcnient, et vous ne nous en chasserez pas... Otez les tableaux, dislinguezce qui est au défunt, ce ((ni esta mon client, mais mon client y restera... mon petit!...
— CÂe m'en irai] dit le vieux musicien (|ui retrouva de l'énergie en écoulant cet affreux débat.
— Vsus ferez mieux I dit Fraisier. Ce parti vons épargnera des frais, car vous ne gagneriez pas l'incident. Le bail est formel...
— Le bail! le bail! dit Villemot, c'est une question de bonne foi !
— Elle ne se prouvera pas, comme dans les affaires criminelles, par des témoins... Allez-vous vous jeter dans des expertises, des vérifications. . des jugemens interlocutoires et une procédure?
— Aon! non! s'écria Schmucke, ellrayé, clié tcménac/ie, elle ni en fais.
La vie de Schmucke était celle d'un philosophe, eyniquesans le savoir, tant elle était réduite au simiile. Il ne possédait que deux paires de souliers, une paire de bottes, deux habillemens complets, douze chemises, douze foulards, douze mouchoirs, quatre gilets et une pipe superbe que Pons lui avait donnée avec une poche à tabac brodée. Il entra dans la chambre, surexcité par la lièvre de l'indignation, il y prit toutes ses bardes, et les mit sur une chaise.
— Doud ceci est à moi\... dit-il avec une simplicité digne de Cincinnatus; le biano est aussi à moi.
— Madame.... dit Fraisier à la Sauvage, faites-vous aider, emportez-le et mettez-le sur le carré, ce piano !
— Vous êtes trop dur aussi, dit Villemot .\ Fraisier. Monsieur le juge-de-paix est maître d'ordonner ce qu'il veut, il est souverain dans cette matière.
— Il y a là des valeurs, dit le greftier en montrant la chambre.
— D'ailleurs, fit observer le juge-de-paix, monsieur sort de bonne volonté.
— On n'a jamais vu de client pareil, dit Villemot indigné, qui se retourna contre Schmucke. Vous êtes mou comme une chiffe.
— Quimbortc oii ion meird, dit Schmucke en sortant. Ces hommes ond des fizaches de digre... Ch'en/errai yerger mes baufres affaires, dit-il.
— Où monsieur va-t-il?
— ./ la crase de Tieu\ répondit le légataire universel en faisant un geste sublime d'indifférence.
— Faites-le moi savoir, dit Villemot.
— Suis le, dit Fi aisier à l'oreille du premier clere-. Madame Caniinet fut constituée gardienne des scellés, et
sur les fonds trouvés on lui alloua une provision de cinquante francs.
—Ça va bien, dit Fraisier A monsieur Vitel, quand Schmucke fut parti. Si'vous voulez donner votre démission en ma faveur, allez voir madame la présidente de MarviHe, vous vous entendrez avec elle.
— Vous avez trouvé un homme de beurre! dit le juge-depaix en montrant Schmucke qui regardait dans la cour une dernière fois les fenêtres de l'appartement.
DE BALZAC
— Oui, l'afaire est dans le sac ! répomlit Fraisier. Vous pourrez marier sans craiule voire petile-lille à Poulain; il sera médecin en chef des Quinze-Vingts.
—Nous verrons ! Adieu, monsieur Fraisier, ditle juge-dcpaix avec un air de camaraderie.
— C'est un homme de moyens, dit le grailler, il ira loin, le mitin.
Il était alors onze heures, le vieil Allemand prit machinalement le chemin qu'il faisait avec Pons en pensant ;1 Pons; il le voyait sans cesse, il le ci oyait à ses c6tés, et il arriva devant le thé^lre d'où sortait son ami Topinard, (|ui venait fie nettoj'er les quinijUi-is de tous les porian!, en pensant à la tyrannie de son directeur.
— y/A I Joità mon avioire ! s'écria Schmucke en arrêtant le pauvre gagiste. Dobinart, t\ lias ehi lochemand, toi '•. . .
— Oui, monsieur...
, — ICin nifiiache?...
— Oui, monsieur..,
— lieux-du me brentre en bansion?,.. Oh\ che bayerai pien, chai neiffe ccnde vrancx de rondes... cd che n'ai bas pieu londems a fifre... che ne te chénerai hoin... che manche de doud !.. .Mon seil pe.ssoin est le rimer ma bibe.. . h'd goynme ti est le .leil qui ai bleuré Bons afcc moi, che d'aime I
— Monsieur, ce serait avec bien du plaisir; mais d'ahord figurez-vous que monsieur Gaudissard m'a lichu une perruque soignée...
— FÀne berrucl...
— Une façon de dire qu'il m'a lavé la tèle. ' — Lafi le dMe?
— Il m'a grondé de ni'êire intéressé à vous... Il faudrait donc être bien discret, si vous veniez chez moi! mais je doute que vous y restiez, car vous ne savez pas ce qu'est le ménage d'un pauvre diable comme moi...
— Ch'uime mieux le bauj're ménache d'in home de cuier qui a bleuré Bons, que tes Duileries aj'ec des homes à face de digres ! Ctté sors dej'oir des dujres chez Pons quifotd muncher diU\...
— Venez, monsieur,ditiegagisle,et vous verrez... Mais... Enfin, il y une sou|)enle... Consultons madame Topinard.
Schmucke suivit cTimme un mouton Topinard, qui le conduisit dans une de ces affreuses localités (|u^on i)0uri'ait appeler les cancers de Paris. La chose se nomme cité Bordiu. C'est un passage étroit, bordé de maisons b.ities comme on bâtit |»ar spéculation, qui débouche rue de liondy, dans celte partie de la rue obonibrée par l'immense bâtiment du théâtre de la Porte-Saint-Marlin , une des verrues de Paris. Ce passage, dont la voie est creusée en contrebas de la chaussée de la rue, s'enfonce par une pente vers la rue des Marais-du- Temple. La cité (init par une rue intérieure qui la barre, en figurant la forme d'un T.
Ces deox ruelles, ainsi disposées, contiennent une trentaine de maisons à six et sept étages, dont les cours intérieures, dont tous les appartemens contiennent des magasins, des industries, des fabriques en tout genre. C'est le faubourg Saint-Antoine en minialure. On y fait des meubles, on y cisèle les cuivres, on y coud des coslunies pour les tliéàtres, on y travaille le verre, on y peint les porcelaines, on y fabrique enfin toutes les fantaisies et les variétés de l'article Paris.
Sale et proiluciit comme le commerce, ce passage, toujours plein d'allans et de venans, de charrettes, de baquets, est d'un aspect repoussant, et la population qui y grouille est en harmonie avec les choses et les lieux. C'est le peuple des fabriques, peuple intelligent dans les travaux manuels, mais dont dont rintelligeiice s'y absorbe.
Topinard demeurait dans lette cité llnrissanfe conirre produit, à cause des bas piix des loyers. 11 h.ibilaii la seconde maison dans rentrét;*:"! gaurhe. Son appaïU-ment, situé au sixième étage, avait vue sur cette zone de jardins (|ui subsistent encore et qui diqiçncieni des trois ou quatre grands hôtels de la rue de Bondy
Le logement de Topinard consistait en une cuisine et en deux chambres. Dans la première de ces deux chambres, se tcBaient les enfans On y voyait deux petits lits en bois blanc tl un berceau. La seconde était la chambre des époux Topi-
nard. On mangeait dans la cuisine. Au-dessus, régnait uîi faux grenier élevé de six pieds, ei couvert en zinc, avec un châssis à tabatière pour fenêtre. On y parvenait par un escalier en bois blanc appelé, dans l'argot du bâtiment, ichelle de meunier.
Cette pièce, donnée comme chambre de domestique, permettait d'annoncer le logement de Topinard, comme un àpparlement cûmplet, et de le taxer à quatre cents francs de loyer.
A l'entrée, pour masquer la cuisine, il existait un tambour cintré, éclairé par un œil-de-bœuf sur la cuisine el formé par la réunion de la porte de h première chambre et par celle de la cuisine, en toui trois portes.
Ces trois pièrcs carrelées en briques, lendues d'affreux papier, à six sous le rouleau , décorées de cheminées dites à la capucine, peintes en peinture vulgaire, couleur de bois, conlcuaicnt ce ménage de cinq personnes dont trois enfans. Aussi chacun peut il entrevoir les égratignurcs profondes que faisaient les Irois enfans â la hauteur où leurs bras pouvaient atteindre.
Les riches n'imaginerai, nt pas la simplicité de la batterie de cuisine qui consistait en une cuisinière, un chaudron, un gril, une casserole, deux ou trois marabouts, et une poêle à frire. La vaisselle en fayence, brune et blanche, valait bien douze francs. La table servait à la fois de table de cuisine ^t de table à manger. Le mobilier consistait en-deux chaises et deux tabourets. Sous le fournée en hotte se trouvait la provision decharijo'i et de bois. Et dat;s un coin, s'élevait le baquet où se savonnait, souvent pendant la nuit, le linge de la famille.
La pièce où se tenaient les enfans, traversée par des cordes à sécher le linge, était bariolée d'affiches de spectacle et de gravures prises dans des journaux ou provenant des prospectus ùts livres illuslrés.
Évidemment l'ainé de la famille Topinard, dont les livres de classe se voyaient dans un coin, élail chargé du ménage, lorsqu'à six heures, le père et la mère faisaient leur service au théiilre. Dans beaucoup de familles de la classe inférieure, dès qu'un enfant atlcinl ù l'âge de six ou sept ans, il joue le rôle de la mère vis-à-vis de ses sueurs et de ses frères.
On conçoit, sur ce léger croquis, que les Topinard étaient, selon la phrase lievenue proverbiale, pauvres mais hcunêtes. Topinard avait environ ijuaranteans, et sa femme, ancienne coryphée des chœurs, maîtresse , dit-on, du directeur en faillite à qui Gaudissard avait succédé, devait avoir trente ans.
Lolûtte avait été belle femme, mais les malheurs de la précédente administration avaient tellement réagi sur elle qu'elle s'était vue dans la nécessité de contracter avec Topinard un mariage de théâtre. Elle ne meltail pas en daule que dès que leur ménage se verrait à la tête de cent ciiKiuante francs, Topinard réaliserait ses sernicns devant la loi, ne fût-ce que pour légitimer ses enfans qu'il adorait.
Le matin, pendant ses momens libres, madame Topinard cousait pour le magasin du théâtre. Ces courageux gagistes réalisaient iiar des travaux gigantesques neuf cents francs par an.
— Encore un étage! disait depuis le troisième Topinard à Schmucke, qui ne savait seulement pas s'il. descendait ou s'il montaitj tant il élail abimé dans la douleur.
Au moment où le gagiste velu de toile blanche comme tous les gens de service, ouvrit la porte de la chambre, on entendit la voix de madame Topinard criant : —Allons! enfans, taisez-vous, voilù papa !
El comme sans doule les enfans faisaienl ce (ju'ils voulaient (le pai)a, raillé conlinua de commander une charge en souvenir du Cirque-Olympique, à cheval sur un manche à balai , le second â souffler dans un lifre de ferblanc, (t le troisième â suivre de son mieux le gros de l'armée. I.a mère cousait un costume de théâtre.
— Taisez-vous, cria Toiiinard d'une voix formidable, ou je tape ! — Faut toujouis leur dire cela, ajouta t-il tout bas à Schmucke. — Tiens, ma petite, dit le gagiste à l'ouvreuse, voici monsieur Schmucke, l'ami de ce pauvre monsieur Pons,
LES PARENS PAUVRES
U ne sait pas où aller, et il vomirait venir chez nous; j'ai eu beau l'avertir ([ue nous n'étions pas llambans que nous étions au sixième, que nous n'avions qu'une soupente à lui offrir, il y tient...
Scliniucke s'était assis sur une chaise que la femme lui avait avait avancée, elles enfans, tout interdits par l'arrivée d'un inconnu, s'étaient ramassés eu un groupe pour se livrer il cet examen approfondi, muet et si tôt tini, qui dislingue l'enfance, habituée comme les chiens à flairer plutôt mi'à juger. Schmucke se mit à regarder ce groupe si joli un se trouvait une petite lille, âgée de cinq ans, celle qui soufflait dans la Irompette et qui avait de si magiiiliques cheveux l)lor.ds.
— Ele a l'air d'une bedide Allemante ! dit Schmucke en lui faisant signe de vehir à lui.
— Monsieur serait là bien mal dit l'ouvreuse ; si je n'étais pas obligée d'avoir mes enfans près de moi, je proposerais bien noire chambre,
Elle ouvrit la chambre et y lit passer Schmucke. Cette chambre était tout le luxe de l'appartement. Le lit en acajou était orné de rideaux en calicot bleu , bordé de franges blanches. Le même calicot bleu, drapé en rideaux, garnissait la fenêtre. La commode, le secrétaire, les chaises, quoiqu'en acajou, étaient tenus proprement. Il y avait sur la cheminée une pendule et des flambeaux, évidemment donnés jadis par le failli, dont le portrait, un affreux portrait de Pierre Grassou, se trouvait .au-dessus de la commode. Aussi les enfans à qui l'entrée du lien réservé était défendue essayèrent-ils d'y jeter des regards curieux.
— Monsieur serait bien là, dit l'ouvreuse.
— !SoH,non-, répondit Schmucke. //e! che n'ai pas loudems à fifre, che ne feux qu'un goin bir mûrir.
La porte de la chambre fermée, on monta dans la mansarde, et dès que Schmucke y fut, il s'écria : Foilà mon avvairc. Jfand d'être afec Bons, che n'édais, chamais mieux loche (jue zela.
— Eh bien ! il n'y a qu'à acheter un lit de sangle, deux matelas, un traversin , un oreiller, deux chaises et une table. Ce n'est pas la mort d'un homme .. ça peut coûter cinquante écus, avec la cuvette, le pot, et un petit tapis de lit...
Tout fut convenu. Seulement les cinquante écus manquaient. Schraucke, qui se trouvait à deux pas du théâtre, pensa naturellement à demander ses appointemens au directeur, en voyant la détresse de ses nouveaux amis... 11 alla sur-le-champ au théâtre, et y trouva Gaudissard.
Le directeur reçut Schmucke avec la politesse un peu tendue qu'il déployait pour les artistes, et fut étonné de la demande faite par Schmucke d'un mois d'appointemens. Néanmoins, véritication faite, la réclamation se tronva j'usle.
— Ah! diable, mon brave! lui dit le directeur, les Allemands savent toujours bien compter, même dans les larmes... Je croyais que vous auriez été s.ensible à la gratification de mille francs! une dernière année d'appointement que je vous ai donnée, et que cela valait quittance!
— Nus n'afons rien rési, dit le boa Allemand., Edsiche fiensà fus, c'esda que che z-uis tans la vieetsans-eineliart... A qui afez-'fus remis la cradirigalion ?
— A votre portière !...
— Madame Zibodl s'écria le musicien. Ele a due Bons, ele l'a folié, elle l'a fenti... Ele fouleid. prùler son- desdamand... C'esde eine goguinel eine monsdre.
— Mais, mon brave, comniei.t ètcs-voii.s sans le sou, dans la rue, sans asile, avec votre position de légataire universel? Ça n'est pas logique, coin lue nous t'usons.
— On m'a mis à la borde... Che.zuis édrencher, che ne gonnais rien aux lois... ■■ c.';.'- -."' ■■<■--
. 1 — Pauvre bonhoiiime! pensa G;:udi ssard en entrevoyant la (in probable d'unelutto inégale. ' — Ecoulez, lui dit-il, savcz-vous ce ([ue vous avez à faire ?
— Ch''ai eine homme d'avrairc.-: !
— Eh bien 1 .transigez sur-le-ch^mp a ,veu les hériliers, vous
aurez d'eux une somme et une rente viagère, et vous vivrez tranquille...
— Che ne feu.v bas audre chosse\ répondit Schraucke.
— Eh bien ! laissez-moi vous arranger cela, dit Gaudissard à qui, la veille. Fraisier avait dit son plan.
Gaudissard pensa pouvoir se faire un mérile auprès de la jeune vicomtesse Popinol et de sa mère de la conclusion de cette sale affaire, cl il serait au moins Conseiller-d'État un jour, se disait-il.
— Che fus tonne mes bouvoirs...
— Eh bien! voyons! D'abord tenez, dit le Napoléon des théAtres du boulevard, voici cent écus...
11 prit dans sa bourse quinze louis et les lendit au musicien.
— C'est à vous, c'est six mois d'appointemens qne vous aurez; et puis, si vous quittez le théâtre, vous me le» rerfdrez. Gflmptoiis ! que dépensez-vous par an ? Que vous fautil pour être heureux? Allez! allez! faites-vous une vie de Sardanapale!...
— Che n'ai pessoin que Veine habilement d'ifer et ine d'édé...
— Trois cents francs ! dit Gaudissard.
— Tes zouliers, quadrc baires...
— Soixante francs.
— Tis pas...
— Douze ! c'est trente-six francs
— Sisse ç/emisses...
— Six" chemises en calicot, vingt-quatre francs, autant en toile, quarantt-huit : nous disons soixante douze. Nous sommes à quatre cent soixante-huit, mettons cinq cents avec les cravates et les mouchoirs, et cent francs de blanchissage... six cents livres! Après, que vous faut-il pour vivre ?... trois francs par jour ?...
— Non, c'isde drob ! . . .
— Enfin, il vous faut aussi des chapeaux... — Ça fdit quinze cents francs et cinq cents francs de loyer, deux mille. Voulez-vous que je vous obtienne deux mille francs de renies viagères... bien garanties...
— Et mon dapac ?
— Deux mille quatre cents francs !... Ah ! papa Schmucke vous appelez ça le tabac, on voas flanquera du Ubac. Cest donc deux mille quatre cents francs de rentes viagères... ;
— Ze n'esd bas dud ! che feux eine zôme ! gondand... '
— Les épingles!... c'est cela! Ces Allemands ! ça se dit naïf, vieux Robert Macaire!... pensa Gaudissard. Que voulez-vous? répéta-t il Mais plus rien après.
— C'est bir aguidder ein tedde zagrée.
— Une dette! se dit Gaudissard, quel filou ! c'est pis qu'un fils de famille! il va inventer des lettres-de-change! H faut finir raide! ce Fraisier ne voit pas^en grand! Quelle dette, mon brave? dites!...
— Ile n'y ha gu'eine home qui aid hîettré Bons afeemoi.^ il a eine chentiUe bedide fille qui a tes gcveux manivîques, chaigrufoir dud-à-l'he'ircle chénie de mabavfre .Allemagne que che n'aurais chamais ta guidder... Paris n'est bas pon bir les Allemands, on se mogue feux... dit-il en faisant le petit geste de tête d'un homme qui croit voir clair dans les choses de ce bis monde.
— Il est fou ! se dit Gaudissard.
Et, pris de pitié pour cet innocent, le directeur eut une
larme à l'œil.
..— //al fous megombrenez.\ monsir le Urecdirl hé pieu \ ccd home à la bedide file est Dobinard, qui serd l'orgueslre et allime les latnbes ; Bons l'aimait et le segourait, c'esde le seil gui aid aggombagné mon inique ami au gonfoi, à l'êclise, au zimediére... Ché feux drois mille vrancs bir lui, et drois mille vrancs bir la bedite file...
— Pauvre homme!... se dit Gaudissard.
Ce féroce parvenu fut touché de cette noblesse et de cette reconnaissance pour une chose de rien aux yeux du monde, et qui, aux yeux de cet agneau divin, pesait, comme le verre d'eau de Bossuet, plus que les victoires des conquérans. Gaudissard cachait sous ses vanités, sous^sa brutale envie de parvenir, et de se hausser jusqu'à son ami Popinot, un
sso
bon cœur, une bonne nature. Donc, il effaça ses jugemens téméraires sur Scbmuc ko, et passa de son côté.
— Vous aurez tout celai mais je ferai mieux, mon cher Schmucke. Topinard es», un homme de probité...
— L'i, che rciifii diid-à-l' heure, dans non haufre ménnche où il rst yoniena uftc ses enfons...
— Je lui donnerai la place de caissier, car le père Baudraud me quitte...
— J/a 1 gue Tieu/us pénissel s'écria Schmucke.
— Eh bien! mon bon et brave homme, venez, à quatre heures, ce soir, chez monsieur Bcrlhicr, nelaire, tout sera prêt, et vous serez à l'abri du besoin pour le reste de vos Jours... YOBS toucherez vos six miilc francs, el vous ferez aux mêmes appointements, avec Garsngeot, ce que vous faisiez avec Pons.
— yon\ dit Schmucke, che ne ffrai boind\... che n'ai bits le ciieir à run .. che me sens addaqué...
— Pauvre mouton ! se dit Gatidissard en saluant l' Allemand qui se retirait. On vit de cùteleltes après tout. Et comme dit le sublime Béraiif;er :
, l'auvies raouloDs, toujours ou vous tondra.
El il chania celte opinion politique pour chasser son émolion.
— Faites avancer ma voilure l dit-il à son garçon de bureau.
11 descendit el rris au coilicr : —Rue de Hanovre! JiiJbiftmbiiieux avait reparu tout entier! Il vovait le Conseil-
itn»-> |Mii'i ..
'MM -.1. ^ -lie, CONCLUSION.
moy li-iiiKi >iiwi
SchniU( ke achetait en ce moment des (leurs, el il les apporta presque joyeux avec des gâteaux pour les ciifans de j;Ç^pM. ,„ ,, ,,.
.'*{fïïifJif,f[>wJfh<;à;ç.(fft^^'.... dilil avec un sourire.
^.,iÇç,sqVf'i(fî;W^.H''f! HVW'ni'/l"' ^iiit SU'' SCS 'f'^i'cs depuis 'trois mois, et qui l'eût vu, eii eût frémi.
— Che tes lunne a liiw (jondhsion.
i^iâmx^mM? m l'0'î>.i!WP,lf,','.|:i •'■^ '^ mère.
.ïl)<lA\,toll !,■,^^^^^)w■ '.Mil > l.llA 'nV) ' \<il\w
Qlt,'a,4>j);.(()],f,,rai(<is rljSi^t, q9.,(jue yeO^ monsieur... du i;etivwi.''e |ÇH;p;ft(wi,l,mi,a)r sevi^ref, „.['^ ,^.,j;,,
\c croulez pa^^i/u^ hç,{Uj/i;,A/içj)i^il^..' s n-ria Schmucke ,
i^é\|je(iW|'lle.,
qui voyait sa chère ^IJt^niaiifiç, ,ij^|m i;e|l(
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pir dud jiai/er... .yais^-oiis ajez une cT\(iutite jemme, yns
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— Qui vous a du cela? ,, , ''^""i
-Monsieur Cauti.sard] ., '';";;;^' ''•!' -n .1; «•....,!.
^T,^)^)^^ç•>»^ A o.çvewr,^9ii;}|é ioi;e(... fâi rdi^ tf^^
va-t-on bisquer au théAlrc!... Mais ce n est pas poASibre, re-
., ., Il II I k iiii if.i
a-tiiiTmMiVftbic|if^iteM\',!J«'lff^MM9S,S!','',^h^,»i'^"'^"''3''a''-. Î.I ■A(rT'('"A.,' jiî(r-fl.''fy'ïV'v!,/'.''"s,<("/.f;('"' « Ji/'c- (lit 'Si'hmti'c
Madame Camuwt;i^^)Niiiji:^i)|g clair ç^ii' pVJi^ë Mjip ^iVe;
;", ,. ,Bflrl,lii'gr!,' )e flpl^jjre; ' çjifepà'és^haV; fÀ,V8ué;' legàWiilfcnT k i.,)je^^i^nt faisl|,pài:fî^^?^^6.l^ires en nréset\ce''de déuxlPffi j,,,«iûpirogjiii^ltgauail,iç; à .jMi^sç de la iliknierè ilWte'ilortt Li'O' ^,,PQli4.,l^I^çgiai^)■av^^ Cqipulê. Scïù'h l'htiiiTieft' GoU(^chàl SchinUcke, si"soii conseil afctùe] pifseifait à le tromj^ei^, fini^
rail par être éclairé, ne fût-ce que par un de ces avocats qui, ])0ur se distinguer, ont recours à des actes de gérérosité, de délicatesse. Les deux officiers ministériels quittèrent donc la présidente en l'engageant à se délier de Fraisier, sur qui naturellement ils avaient pris des renseiguemens.
En ce moment Fraisier, revenu de l'apposition des scellés, minutait une assignation dans le cabinet du président, où madame de Marville l'avait fait entrer sur l'invitation des deux officiers ministériels , qui voyaient l'affaire trop sale pour qu'un président s'y fourrât, selon leur mot, et qui avaient voulu donner leur opinion ù madame de IMarville, sans que Fraisier les écoulAl.
-^ Eh bien! madame, oii sont ces messieurs? demanda l'ancien avoué de Manies.
— Partis ! en me disant de renoncera l'affaire! répondit madame de Marville.
— Renoncer ! dit Fraisier avec un accent de rage contenue. Écoutez, madame...