‹ Le siècleChapitre 9 sur 62 · Livre €lciislc8sac · texte numérisé non relu

Livre €lciislc8sac

C\Ti!ERnE.

— Vous dites qu'il vous a montré l'image d'une femme Joiille i;om vous est elicr, et (jue vous lui avez promis de lui accorfier sa première demande, disait Catherine l\ebuffi' au vicomte de 8eziers assis à ses pieds ; quelle est cette fesme, Roger? je veux le savoir.

— Celle femme, répondit le liconiîe avec tristesse, je ne puis te dire qui elle (Si, et je voudrais ne pas l'avoir vue.

— Ah! dit Catherine en se déîournanl légèrement de lui et en repoussant sa tête qui reposait sur ses genoux, encore quelque maîtresse, n'est-ce pas? encore quelqu'une de ces femmes ((ui regardent votre amour d'aujourd'hui comme un a'naissemenl de votre cœur, comp e un vol à leurs coquetteries? O) ! noble viconre, pourquoi vous ai-je aimé?

— INon , Catherine, réponeiit Rog.T en souriant , celle femme n'était point une maîtresse : elle avait un litre plus sacré que celui du mon amour ou de mon caprice.

— Etait-ce donc l'image de votre épouse? dit curieuàcmcut Catherine.

— Ce n'cUiit pas elle, répliqua encore Roger pensif.

— Alors, s'écria vivement la jeune lille, c'était donc?... Roger leva sur elle un regard presque sévère, et Catherine

se tut. Elle baissa humblement les yeux, garda le silence, et, comprenant en son cœur qu'elle avait deviné, elle releva la tête de Roger sur ses genoux, et, lui passant doucement les mains dans ses cheveux, elle lui dit :

— Et puis, mon Roger?...

— Kt puis, continua le vicomte, après que nous fûmes sortis, coa-.me je te l'ai dit, nous nous éloiguAraes avec Kacb de toute la vitesse de nos chevaux. Nous «fîmes bientôt rejoint le petit nombre de ciievalicrs (|u'il avait re;icontros sur la roule se rendant à Montpellier, et qu'il avait instruits do ma mésavenuire. Ils voulaient à toute force allerreprendreMontàDicu; miis je ne me suis pas senti le droit de jeter ce nouvel embarras à liuat, et je les en ai dissuadés. Mais ce que je ne puis m'expliquer, c'est (lue cet infernal moine arriva presque aussitôt que nous, el je ne puis oublier le regard bingulier ([u'il attachait sur moi, tan lis que je détournais lis chevaliers de leur entreprise.

— Ce moine me fait peur, Roger, .lit Catherine avec un tressailleaumt d'enfant qui lui fît presser doucement la tête de Roger .sur ses genoux.

— Peur! dit Roger ([ui rcpond-d^pcut être plus a sa propre pensée <iu'aux paroles de Catherine; peur 1 non certes, ma s dégoilt.

— Et puis? dit en.'ore la belle fille.

— Et puis, dit Roger en se metlanl ft genoux sur le cous-

sin où il était assis, el en regardant Catherine, les yeux et la bouche souriant, et puis, j'ai laissé <e pauvre A idal et ton oncle aux soins de ces chevaliers, et je suis accouru avec Kaëb qui m'a quitté à (|ueli|ues lieues de Montpellier.

— Lue seconde fuis? dit Caiherine avec, curiosité.

— Lue seconde fois, n iioiulit Ro:er en lui baisant les mains et en parcourant du regard son frais visage avec un amour vani:eux de la trouver si belle.

— C'est bien, c'est bien, dit la jeune bourgeoise en retirant sa main ; mais comment at-il appris votre captivité? et pourquoi vous a t-il encore quitté?

— Je ne sais, répondit Roger en caressant les cheveux bruns de sa jeune maîtresse.

— Coiunii-ni ! dit Catlierine, tout en essayant de maintenir les mains dePiOger dans les siennes, vous n'avei pas demandé à voire esclave où il allait ainsi ?

— Je pensais où j'allais, reprit le \icomte, et je ne me sentais ni l'humeur ni le loisir de lui casser un bras. Kaëb est mou esclave; m;iis comme le chat qui habite notre maison il m'appartient, mais je n'eu suis pas le maître.

— Et vous ne craignez |>as que cet homme vous trahisse? ditl^alherino, plus curieu-c à mesure qu'il parlait.

— .le ne crains d'autre trahison que la tienne, dit Roger en souriant dans un baiser.

— Ah! Pxûger, dit en rougissant la jeune fil'e, puisque j« t'ai dit que je t'ainw, que veux-tu? laisse-moi. IN'cs-îu pas heureux ainsi?

— Quoi! dit Koger dont la voix s'adoucit avec le regard, ne désirts-lu rien au delà de notre amour ?

— Rien, mon be.iu Ro^er, répondit Catherine en souriant-, tu m'aimes, toi, le plus noble chevalier de la Provence, que veux-tu (jne dé.iiiede plus une pauvre orpheline?

— Oh ! reprit Hoger, quand tu attaches ainsi les yeux sur les miens, lime semble que ton regard descend jusqu'à mon cœur, et je le sens qji segonlle et bondit avec fureur! Quund ta voix me dit : Je l'ai.iu', elle m'agite comme un soufile d'orage; quand la main me touche, elle me brûle! IS'éprouvestu donc rien de ces douleurs, de cestourniens,dc ces désirs':?

— Rien, vraiment, dit Catlierine moitié étonnée , moitié attendrie : ta rae^^ls toujou.s (|ue tu souQ'res ! Puis, après CCS paioles, elle le regarda avec un doux sourire malicieux; puis, i Pleurant elle-même les lèvres de Roger d'un baise!* rapide :

— Tiens, méchant, lui dit-tlle, je ^ais bien ce que tu voulais.

Et, comme une fée légère, elle glissa entre les bras de Roger qui n'osa 11 retenir; cai'. parmi les iransporls qui lui dévoraient le cœur, ce qui lui plaisait f neore plus, c'était ce frais et pudique amour de Catli..rine, enfant di-nU'igoorance lui ménageait chaque faveur plus Icnlemeiit que 'a plus a'roite.

LE VICOMTE DE BEZIERS

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