CHAPITRE IV
LA PAIX i:.\ I KKIKI II! HENRI II
Uenrl II, 1547-1559. La reine Catherine de Médicis et sa cour; les enfants du roi ; Marie S! naît ; Diane de Poitiers ; les co; - leçons fetabl
atmorency, le duc François de Guise et la famille de Guise. Clarté et netteté de la politique française sous le règ Henri II : renoncer à
l'Italie, conquérir au nord, faire la paix. Courte guerre avec l'Angleterre et prise de Boulogne, 1550. Haine de Henri II contre Char>s-Quint. Les princes allemands sollicitent son intervention : conquête des I rvêchôs, Metz, Toul et Verdun, 1552. Charles-Quint fait la paix avec les princes allemands et vient assiéger Metz; son échec 1552-1553. Les I tilkés, le duc de Guise à Renty, 1554. Abdication de Charles-Quint; trêve deVaucelles, 1556. Reprise de la guerre et désastre de Saint-Que 1557. Guise s'empare de Calais, 1558. Traité de Cateau-Cambresis, : Lesfeles des mariages, suites de la paix. Henri II tué dans unejoute, I
Des trois garçons qu'avait eus François Ier, le second, qui lui succédait en 1547, â l'âge de vingt-neuf ! Henri II, était bien celui que le père aimait le moins. Il y avait toujours eu opposition entre les deux natures : autant François Ier était vivant et en dehors, autant Henri, comme l'écrivait le Vénitien Dandolo, était « d'une nature sombre et taciturne, riant rarement, au point que nombre de ceux qui sont à la cour assurent ne l'avoir jamais vu rire une seule fois ». Très grand chasseur, i tout muscles », il passait pour avoir développé ses qualités physiques aux dépens des autres : « Il est plus de vertu corporelle que spirituelle, » affirmait Ta vannes. Sa mélancolie venait, assurait- on, de l'impression ineffaçable qu'avait produite sur lui son emprisonnement en Espagne. François Ier avait d'autres motifs
de n'être pas très fier de son fils : son peu de zèle à l'étude, surtout l'histoire de Diane de Poitiers, une dame âgée de près de vingt ans de plus qu'Henri. Henri II allait régner douze ans et trois mois, et mourir à quarante et un ans, dans la force de l'âge, d'un accident.
Ce sentiment antipathique de François I,r pour son fils n'a pas été partagé par ceux (jui ont approché de près le nouveau roi. De grande et haute (aille, très éléganî de personne, distingué, sentant la race, Henri II a été un plus gentilshommes de nos anciens rois. Sur un corps bien proportionné il avait une tète plutôt petite, une tête fine, sans d'ailleurs beaucoup d'expression en raison de celle vague tristesse répandue sur ses traits. Il était très brun de teint, « un peu moricaud », assure Brantôme ; cheveux et sa barbe étaient noirs, mais il grisonna de bonne heure. Il avait l'apparence d'un homme de bonne santé ; sain de corps, solide et robuste ; il aurait eu une tendance à devenir épais si une vie sobre et beaucoup d'exercice physique n'avaient maintenu sa prestance royale. Il ne se plaignait que de migraine.
Son existence était régulière et méthodique. Levé de bonne heure, r il commençait par tenir conseil sur les affaires de l'Etat avec les trois ou quatre grands personnages de l'expérience et du jugement desquels il s'est fait aider durant son règne. On appelait ce conseil « le conseil étroit ». Puis il allait à la messe, tous les matins, et il y assistait avec dévotion, car il était religieux Après quoi il dînait brièvement, il avait peu d'appétit; il lisait un peu, montait à cheval, allait chasser deux ou trois fois par semaine, ou bien donnait audience. Son accueil était facile, courtois et aimable. En vrai homme du inonde il s'appliquait à ne mécontenter personne. Nul ne le quittait autrement «pie satisfait, écrit Giovanni Soranzo qui a souvent été reçu par lui : il accordait volontiers ce qu'on lui demandait, libéralement, se montrant pour tous « fort affable et doux ». Doué d'une très bonne mémoire, il
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ibliail jamais quelqu'un qu'il liait ni II parlai! l'italien el l'< >l A la fin de la
journée il allait une : hez Diane de J'
pail «-ii public, aimanl raient el enfin consacrai! tes ao reine, Catherine de Médicis, qui loua lei chez elle ra et damea de la cour; il causa '
tout le monde, aimablement et se couchait de bonne heure.
C'était surtout un i homme de sport ». Très bon ca lier, il avait la passion des chevaux, en I be
s'occupait personnellement de ses haras de Mehun, Saint- Léger, Oiron et aimait à montrer dana ses écuries ses i belles bêles La chasse surtout l'attirait, prii. Jement la chasse au cerf, qu'il suivait avec sa meute de chi de chiens blancs. En voyage il chassait le : le la route
pour se distraire. Tous les autres genres d'exercice physique étaient non moins goûtés de lui; il jouait à la paume, à la balle, au ballon, au mail ; il tirait des ara quoiqu'il eût gardé le souvenir pénible d'un jour où, étant dauphin, il avait crevé l'œil à un de ses écuyers, M. de Boucard ; il patinait admirablement et c'était la joie des courtisans de le voir, l'hiver, sur l'étang de Fontainebleau, exécuter des voltes élégantes et difficiles. Surtout il s'adonnait aux grands jeux du temps, la joute à cheval, dans laquelle, armés de pied en cap, deux cavaliers courant des deux côtés d'une barrière l'un contre l'autre cherchent à se désarçonner d'un violent coup de lance, quitte à briser cette lance sur la poitrine bardée de fer de l'adversaire ; le tournoi, mêlée violente de cavaliers protégés de pesantes armures, tâchant de se renverser de leurs selles à coups de lance, image réduite des batailles véritables. C'était ce goût des sports qui l'avait décidé, un peu légèrement, au début de son règne, cà autoriser certain duel afin d'en donner le spectacle, à la cour, entre deux jeunes seigneurs, Jarnac et la Châtaigneraie excités l'un contre l'autre à
propos d'un mot infamant prononcé par le premier contre l'honneur du second. François Ier n'avait pas voulu de duel, le sujet en étant incertain et futile; Henri II l'ordonna. Il eut lieu solennellement. De deux coups d'estoc Jarnac trancha le jarret de son adversaire qui s'effondra. On eut quelque peine à décider Henri II à mettre fin à ce duel, en consentant à ce que la Châtaigneraie eût la sauve.
Homme de sport, Henri II eut peu de goût pour les lettres et les arts. Il aimait assez la musique et allait volontiers écouter les concerts qui se donnaient chez la reine; il n'y connaissait pas grand'chose. Il tenait tout ce qui était artistique pour superflu : il avoua cependant, que lui aussi, il aurait fait construire quelque grand château le jour où la cessation de la guerre lui en eût donné le loisir; malheureusement la guerre ne cessa qu'au moment de sa mort. Avant les lettres en minime estime il eut peu de considération pour les écrivains ; il préféra les hommes de guerre et réserva à ceux-ci les honneurs et les pensions.
En définitive, c'était un prince assez doux et aimable. Ses lettres, publiées par J.-B. Gail, révèlent chez lui beaucoup de grâce dans le sentiment, de l'attachement dans l'amitié, une amitié sûre, profonde, inaltérable, sans morgue aucune Il fut un père excellent, adorant ses enfants, s'occupant beaucoup d'eux et de leur santé, veillant à les faire chan d'air dès que quelque danger menaçait. Revenait-il de voyage, il prenait le galop en avant de toute sa suite afin de les embrasser plus tôt. Sa tendresse était touchante II a bien aimé tous ceux qu'il a aimés. Sa femme, Catherine de Médieis, a-t-elle été du nombre?
La reine Catherine de Médieis n'était guère une séduisante créature. Du même âge que son mari — elle avait à peine treize jours de moins que lui, — elle était affl d'une grosse figure, épaisse, surmontée de cheveux noirs, avec deux gros yeux saillants, des sourcils accusés, un nez
fort, des I minent tombantes, le tout iut un
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réfléchi, elle s'était appliquée, dn temps de I !
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bonne grâce. Mlle y avait réussi. François I'. <ju *-!!•• suivait à cheval à la chasse, appréciait son in te 11 E fermeté, et l'aimait ; la duchesse d']\t;nn; de la
sympathie pour elle, ainsi que Montmorency, Brion, d'Annebaut, tous les puissants. Elle surveillait extrêmement conduite.
Une fois reine, elle se transforma en maîtresse de maison accomplie, recevant beaucoup, multipliant bilités, se faisant charmante et séduisante pour chacun On fut enchanté d'elle : la cour entière la trouva parfaite. Elle s'habillait d'ordinaire assez simplement, d'une façon sévère; mais, aux jours de réception, elle portait des habits extrêmement élégants et riches, couverts de nombreux joyaux ciselés dont elle indiquait elle-même les sujets aux orfèvres. Elle donna aux réunions de cour une régularité et un éclat incomparables. Très riche, de par sa famille, elle ne compta pas pour accroître le succès de ses réceptions. Sa table fut abondamment pourvue. Elle attacha à sa personne quantité de dames et de demoiselles d honneur afin d'avoir des assemblées plus sûrement composées comme elle le voulait ; elle fit libéralement des cadeaux substantiels autour d'elle : elle se montra très bonne, mariant les jeunes filles en les dotant, dépensant beaucoup pour les siens en costumes, aidant généreusement les uns et les autres. Ce n'était pas calcul chez elle, car son mari étant jeune et fort, que pouvait-elle espérer ou craindre? Femme
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du monde, aimant et pouvant recevoir, elle se livrait à sou plaisir favori.
La cour devint le centre d'une des sociétés les plus brillantes. Jolies femmes et jeunes seigneurs! pleins <l train, en firent le noyau attirant; et, de toutes parts, ce qu'il y avait de mieux dans le royaume accourut. Hais, soirées <1<î musique, banquets se succédèrent sans interruption. « La cour de Catherine de Médicis, écrivait Brantôme, «'tait un vrai paradis du monde et école de toute honnêteté et l'ornement de la France; on y voyait reluire les dames comme étoiles au ciel en temps serein. » Elle présidait à tout avec dignité et grâce. « Vous êtes seule reine, lui disait Pierre Arétin : il y a en vous de la femme et de la déesse! » Beaucoup plus intelligente que son mari, elle protégeait artistes et hommes de lettres, faisait travailler Délia Robia, l'émailleur Léonard Limosin, choisissait Amyot comme précepteur de ses enfants, organisait des représentations d'uaivres de Mellin de Saint-Gclais. Plus tard, on crut, d'ailleurs à tort, au xvne siècle, que c'était elle qui avait introduit en France le raffinement de la vie de cour en y faisant connaître la politesse italienne. Entourée de princesses charmantes, sa belle-sœur Marguerite, toujours une et distinguée — qui lui présenta Ronsard et encouragea du Bellay — sa petite bru, Marie Stuart, ses propres filles, elle dirigea avec tact toute cette vie de plaisirs et d'élégances.
A l'égard de son mari, cet homme distingué, un peu froid, très séduisant, elle avait une véritable passion ; elle l'adorait ; elle craignait toujours de lui déplaire ; elle sentait bien qu'Henri II n'avait pour elle que de l'estime. Elle écrivait en 1560 à sa fille la reine d'Espagne. « Vous m'avez vue aussi contente que vous, ne pensant jamais a\oir autre tribulation que de n'être assez aimée à mon gré du roi, votre père, qui m'honorai! plus que je ne méritais; mais je l'aimais tant que j'avais toujours peur, comme vous savez. » Elle souffrait de ne pas posséder toute sa ten-