‹ Le siècle de la renaissanceChapitre 17 sur 51 · I LE DR LA · texte numérisé non relu

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Mais en attendant et du vivant du roi, Diane fut puissante dans l'Etat. Chacun s'adressait à elle ' I

peut dire, déclare le Florentin Ricasoli, à quel point parvenue la grandeur et l'omnipotence de la du Valentinois. » Elle fut un des membres important! du roi. Des autres membres de ce conseil, les uns durent i'-ur influence à elle, les autres à ce que leur esprit offrait de ressemblance dans leurs qualités avec le sien.

Le plus considérable de ces conseillers a été le connétable Anne de Montmorency. Le lendemain du jour où il était monté sur le trône, Henri II, que son père avait tenu é< des affaires et qui manquait d'expérience, avait fait appel à celui qui si longtemps, sous le règne de François I*r, avait dirigé le royaume: le connétable. Dauphin, il ne lavait pas beaucoup aimé; roi, il fit passer les intérêts du royaume avant son goût personnel. Bien lui en prit. Agé de cinquantesix ans, solide de corps, intelligent, très au fait de 1 administration, Anne de Montmorency était un homme de bon sens pratique, de prudence et surtout heureux, car tout, à peu près, lui avait assez bien réussi jusque-là. On lui reprochait seulement d'être orgueilleux et dur. On ne l'aima pas beaucoup à la cour. Il eut des heures de brutalité inexorable. Ainsi en 1548, Bordeaux s'étant révolté à propos d'un impôt de la gabelle et ayant assassiné son gouverneur Monneins, Je connétable accourut avec 20 canons et des troupes, rasa la maison de ville, supprima les privilèges de la cité, obligea les bourgeois à faire amende honorable, à déterrer le corps de Monneins avec les doigts pour l'enterrer honorablement, puis pendit, roua et décapita plus de 100 individus, s'il faut en croire Vieilleville. Par contre, on lui reprochera à d'autres moments son extrême prudence qu'on taxera de lâcheté. Henri II eut une très grande confiance en lui; il le consulta

LA PAIX EXTKRIKURE. — HKNRI II 131

sur toutes les affaires et éprouva pour lu; une amitié très vive Nous avons de ses lettres au connétable; il l'appelle « mon ami », il se dit « son bon ami ». Cette affection est familière et touchante. Elle provenait d'une sympathie étroite d'idées et de manières de voir sur la plupart des points qui faisaient l'objetde leurs délibérations communes. Bien qu'au dire de Lorenzo Contarini, Diane et Montmorency ne se soient pas souvent entendus, à en croire les lettres que les personnages s'écrivent, il semble au contraire qu'il y eut entre eux une sympathie analogue dont le roi formait le lien Le prince et la favorite écrivent ensemble au connétable et signent la même lettre: «Vos anciens et meilleurs amis. Henri, Diane ». Père de 12 enfants, 5 garçons et 7 filles, Montmorency s'occupera beaucoup de les faire avancer ou de les caser. Il poussera surtout les enfants de sa sœur, Louise de Montmorency, qui avait épousé Gaspard de Chàtillon, sire de Coligny, fait maréchal sous le règne précédent. Il avait de ce côté trois neveux qui allaient devenir illustres et passer tous trois au protestantisme, Odet de Chàtillon, archevêque de Toulouse puis cardinal de Chàtillon; Gaspard de Coligny, l'amiral; François, seigneur d'Andelot, colonel général.

Avec Montmorency, Henri appela au conseil Jacques d' Al bon de Saint-André, son ancien gouverneur, qu'il estimait beaucoup et qu'il fit maréchal de France, puis le duc François de Guise : curieuse et attachante figure que celle de ce Guise, qui va devenir si populaire par ses victoires, d< finir assassiné au milieu des guerres religieuses et dont la famille occupe une telle place dans l'histoire !

Au commencement du siècle un cadet de la maison de Lorraine, le troisième fils du duc René II, qui ne pouvait rien faire chez lui, était venu s'établir en France pour chercher fortune : il s'appelait Claude de Lorraine, comte d'Aumale. Il se battit bravement à Marignan et pour la peine, en 1527, François Ier le créa duc de Guise. Son frère, devenu le cardinal de Lorraine, avait été fort influent dans le con du roi. La famille accrut sa puissance avec une extrême r

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de ses hauts Faits I \l ce Fra

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thie provoquée par la communauté identique d'idées. C'était un homme de grandi it du :

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fermeté à toute épreuve. Il a été no dea pi capitaines de notre histoire, actif, voyant bien ce qu'il fallait faire, l'exécutant avec une élégante maestria et entraînant admirablement ses soldats- qui avaient la plus grand fiance en lui. Monluc lui a rendu justice : « Il n'y avoit homme, dit-il, qui ne le jugeât un des vigilants et di lieutenants qui aient été de notre temps, au reste si plein de jugement à savoir prendre son parti qu'aprèa son opinion il ne falloit pas penser en trouver une meilleure. » Au conseil il fut toujours pour les décisions vigoureuses. Avant la mort de son père (1550), il portait le titre de duc d'Aumale. Devenu duc de Guise après le vieux Claude, il passa son titre d'Aumale à son troisième frère, appelé aussi Claude. De ces autres frères, l'aîné Charles, né en 1524, fait archevêque de Reims à quatorze ans, devint cardinal de Lorraine après son oncle qui se nommait ainsi. Il avait vingt-trois ans à l'avènement d'Henri II qui l'appela au conseil. Il allait diriger les finances avec habileté, mais se faire peu aimer par son avarice et son caractère dénué de franchise. Le troisième, Louis, entré aussi dans les ordres, fut fait archevêque de Sens et cardinal en 1553 : c'est le cardinal de Guise. Le cinquième se nommait François, comme l'aîné, et sera général des galères, grand prieur de France. Le dernier, René, est le marquis d'Elbeuf . Quant à la sœur aînée, Marie, on trouva le moyen de lui faire épouser le roi Jacques V d'Ecosse dont elle eut Marie Stuart, et ensuite de donne* Marie Stuart au dauphin, fils de Henri II.

Tous ces Guises firent de belles alliances. Le <luc François épousa une Italienne, Anne d'Esté, petite-fille de Louis XII par sa mère Renée, duchesse de Ferrare; le duc d'Aumale épousa une des deux filles de Diane de Poitie/s, profitable union qui, par l'intermédiaire de la favorite, contribuera avec tant d'autres éléments à assurer à la cour la situation unique d'une famille de plus en plus puissante. Quel prestige en effet était le sien! Branche cadette d'une maison étrangère régnante — la maison de Lorraine; apparentés avec la famille royale par Renée de France; fri d'une reine, la reine régente d'Ecosse; oncles de la future reine de France, Marie Stuart ; appuyés sur deux cardinaux dont l'un, dit-on, songea môme à la tiare, les Guises étaient au-dessus de toutes les meilleures familles françaises, dans une situation politique sans égale !

Montmorency, François de Guise et le maréchal Saint- André, tel fut le noyau du conseil qu'Henri II constitua près de lui pour l'aider à gouverner le royaume. Ce furent les trois personnages prépondérants. « Par les mains de ces trois, tout passoit », dit Monluc : ils ont été les dirigeants de la politique. Montmorency eut la prééminence : « Celui des conseillers dont le roi fait le plus de cas, écrivait Capello, c'est le connétable, comme le plus âgé et celui dont les avis et les exploits ont le mieux montré le dévouement et le zèle. » Au début môme il chercha à accaparer le roi, le conduisant surtout dans ses châteaux, Chantilly, Ecouen, l'Isle-Adam, tâchant d'être seul le maître. Il n'y réussit pas.

On a dit qu'Henri II n'avait été qu'un pâle fantôme sans initiative et sans intelligence, mené exclusivement par ces conseillers qui firent tout ce qu'ils voulurent. Pour se convaincre du contraire il n'y aurait qu'à penser a ce qu'il advint le lendemain du désastre de Saint-Quentin où le roi. privé de ses frois aides, releva seul les affaires avec résolution. De fait, ayant pris ce conseil au début de son règne en raison de son inexpérience, il so trouva si bien de ses délibérations

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e avait donné à la cour, en diminuant les bals, le nions, réduisant les dépenses de faste, exigeant moins de bruit, plus de réserve et de tenue En politique, de i

avec ses conseillers, il a adopté une ligne de conduite qui fait de son règne un des plus remarquables de notre histoire,

nul autre n'ayant, à un égal degré, poursuivi des ins plus

judicieux, plus sains, plus clairement français et uniquement soucieux de réalités utiles et concrètes. Cette politique peut se résumer en trois termes : finir les guerres intennin.'ibles qui depuis un demi-siècle ruinaient le royaume; reno; définitivement à la chimère absurde de l'Italie qui entraînait la France horsdeses voies naturelles; rétablir enfin ouu ces voies naturelles, à savoir porter l'effort des armes là où vraiment il y avait nécessité à chercher à s'étendre, c'est-àdire vers Test et le nord, dans la région, française de langue et de race, où la proximité trop voisine de la frontière, par rapport à Paris, rendait les attaques de l'ennemi si dangereuses et la moindre défaite si menaçante. Il engagea trois guerres successivement; dans la première il prit Boulogne, dans la seconde Metz, Toul et Verdun, dans la troisième Calais, toutes conquêtes qui restèrent. Il a achevé son règne par la paix de Cateau-Cambrésis qui terminait pour toujours les chevauchées décevantes vers la conquête de Milan ou de Naples et consacrait ces acquisitions. « Sa Majesté causant avec moi, écrivait un ambassadeur, paraissait plutôt envier la paix que souhaiter les plus grandes victoires » ; mais s il fallait faire la guerre pour cou-

LA PAIX KXTIiRlEUai;. — HENRI II 135

traindre l'ennemi à la paix, les Français, disait le roi, « f croient mieux leur profit de ce côté (l'est et le nord) qu'en Italie ». Le problème était ainsi clairement posé; il a été fermement résolu. C'est l'honneur d'Henri II.

De tous les sentiments que pouvait éprouver Henri II en devenant roi en 1547, il n'y en avait aucun d'aussi profond et d'aussi vivace que sa haine contre G ;arles-Quint. La mémoire des dures heures passées dans les cachots espagnols avait laissé dans son cœur un souvenir ineffaçable. « Quant à l'empereur, disait l'ambassadeur vénitien, le roi le hait et montre hautement sa haine; il lui souhaite tout le mal qu'on peut désirer au plus mortel de ses ennemis : cette maladie est si profonde que la mort seule ou la ruine totale de son ennemi pourra le guérir! » Le premier acte d'Henri II fut contre son ennemi un geste de déli et de colère. Oubliant que par des traités formels la France avait renoncé à toute suzeraineté sur la Flandre, il convoqua l'empereur à son sacre à titre de vassal. L'empereur fit répondre qu'il irait, niais à la tête de cinquante mille hommes. Évidemment la trêve entre le royaume et l'empire ne pouvait pas durer. Le roi de France le comprit et se prépara. Il leva des troupes, s'assura des alliances ordinaires, la Turquie, le pape Paul III et au printemps de 1548 alla soigneusement visiter ses frontières de Champagne et de Bourgogne, les pays qu'il occupait, la Savoie, le Piémont.

Avant d'en venir aux mains il y eut un intermède avec l'Angleterre. La sœur des Guises, Marie, reine régente d'Fcosse, avait de grandes difficultés avec ses sujets luthériens que soutenait le roi d'Angleterre Edouard VI. Sur le conseil instant des Guises, Henri II consentit à l'aider et lui envoya 6 000 hommes. Il s'agissait entre autres d'empêcher Edouard VI d'épouser Marie Stuart — par là le roi d'Angleterre eût réuni l'Ecosse à son royaume — et de donner la jeune princesse en mariage au dauphin, fils du roi de France. Naturellement la rupture s'ensuivit avec

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La situation en Allemagne devenait propi< ir une

attaque. Après avoir vaincu le.^ prince* luthériens boh1( cl écrasé l'électeur de Saxe à Muhlberg eu I B Quint s'était cru définitivement le mattre de l'empire On lui prêtait le dessein d'en changer la constitution, de substituer à l'élection impériale l'hérédité dans sa j . famille, d'établir sa toute puissance incontestée. Il se montrait dur et autoritaire. Pour écarter la question i gicuse irritante, il avait eu la singulière idée <!e taire rédiger par deux théologiens catholiques, en collaboration avec un luthérien, une espèce de déclaration, un compromis, contenant ce qu'il autorisait ses sujets réformés à croire — en attendant qu'un concile général en eût décidé — et à pratiquer : la communion sous les deux espèces, le mariage des prêtres, etc. On appela cette base de croyances tolérées l'Intérim (TAugsbourg. Ce fut un toile dans l'empire : que venait l'empereur s'occuper de questions qui ne le regardaient pas ? Que tranchait-il de points de doctrines qui n'étaient pas son affaire? Les villes refusèrent d accepter l'Intérim. Devant les menaces d'accaparement de la toute-puissance impériale et les procédés despotiques du souverain, les princes allemands cherchèrent à se soulever de nouveau. Seuls, ils n'avaient pas pu grand'chose : force leur était de solliciter l'appui de celui qu'ils savaient être l'ennemi irréconciliable de Charles-Quint, et d'ailleurs le seul prince assez fort en Europe pour les aider à ce moment, Henri IL D'Augsbourgoùse tenait la-diète du Saint Empire, une ambassade comptant plus de cent chevaux et à la tète de laquelle se trouvait le comte de Nassau,

Guillaume, père du Taciturne, partit pour Fontainebleau. Elle fut très bien reçue ; les Français multiplièrent les amabilités : une grande fête fut donnée en son honneur dans la salle de bal de Fontainebleau, après quoi on causa. Les Allemands expliquèrent qu'ils ('(aient envoyés par les Etats du Saint Empire afin de solliciter du roi de France son alliance. Ils étaient excédés des agissements de l'empereur : celui-ci menaçait tous les droits, privilèges et statuts de l'Allemagne; les villes libres impérial*-, surtout, se trouvaient menacées, trop faibles pour résister, incapables de s'opposer aux entreprises de Charles-Quint qui simplement mettait la main sur leurs territoires en les joignante ses domaines. Il était trois de ces villes, à proximité de la frontière française, Metz, Toul, Verdun, qui actuellement se trouvaient sous le coup des visées de ce genre de l'empereur. Si Henri II consentait à soutenir les princes allemands, ceux-ci ne voyaient aucun inconvénient à ce que le roi de France occupât provisoirement les trois villes en question afin de les mettre à l'abri de l'ambition impériale.

Au conseil, Henri II se déclara tenté par l'offre des trois villes françaises qu'on lui proposait; il comptait bien non les occuper temporairement, mais « en faire état pour l'étendue des limites de la couronne ». Seulement c'était la guerre immédiate. François de Guise appuya vivement. Excellent homme de guerre, habile et vigoureux, il avait hâte d'entrer en campagne. Anne de Montmorency eût préféré attendre encore. De toutes façons la réponse à faire aux Allemands ne pouvait être que favorable. Toutefois il fallait un traité en bonne et due forme. L'ambassade repartit satisfaite. En Allemagne les princes acceptèrent le traité et en leur nom, après discussion, Maurice de Saxe avec Henri II la

convention secrète de Friedwald, d'octobre 1551, aux ternies de laquelle le roi de France recevait le titre de « vicaire de l'empire » dans les quatre villes impériales de Metz, Toul, Verdun, Cambrai, — ainsi les Allemands tour-

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armes, le roi de Fran e promettait aux pr immédiat de 240000 ôcuad'oret des me

60 000 écus.

Il ne restait plus qu'à entrer en action En Henri II se décida Par un manifeste public il déchu guerre à l'empereur et après avoir confié la 1 e à

Catherine de Médicis, il partit pour Chalona où avait été rassemblée une armée de 10000 bommes du duc François de Guise et du neveu de Mon tin Gaspard de Coligny. La noblesse était accourue ; 1 étaient pleines d'enthousiasme; il semblait qu'en | le chemin de l'est pour aller conquérir des territoires hran dans la direction du Rhin on retrouvât la route qui menait aux efforts vraiment utiles. En réalité Henri II et François de Guise avaient des intentions un peu plus étendues que celles que nécessitait le rôle de vicaire impérial dans trois ou quatre villes. Pont-à-Mousson fut occupé sans coup férir ; Toul envoya ses clefs ; Nancy ouvrit ses portes. A Metz une escorte pénétra sous un prétexte, puis s'empara des pontslevis et fit entrer le reste des troupes. Les allures du roi de France donnèrent quelque inquiétude. L'armée française jusque-là s'était avancée en disant qu'elle a allait pour la liberté de l'Allemagne », suivant le mot de Tavannes, et les villes, apeurées par la crainte de l'empereur, avaient accueilli avec joie les libérateurs. Au lieu de s'arrêter ou de retourner vers Verdun, Henri II maintenant pouvait de l'avant et pénétrait en territoire de langue allemande. Il voulait, répétait-on, faire boire à ses chevaux de l'eau du Rhin. La réception fut cette fois plus froide. Le roi de France put entrer dans Haguenau et Wissembourg, mais Strasbourg ferma ses portes et déclara que pas un piquier français ne pénétrerait. A Spire, les gens de la ville notifièrent à Henri qu'ils le recevraient volontiers, mais seul, sans

ombre d'escorte. L'opinion s'alarmait. On voyait le roi de France parcourir la région jusqu'au Rhin; on lui prêtait «les propos troublants, par exemple : que ces contrées avaient autrefois fait partie de la France, y compris l'Alsace eut; l'Austrasie et ce mot était assez étendu, le paya y passait, loin, du côté du nord. Partout les murailles se h< ent.

Il devenait difficile d'avancer sans que la promenade, qui avait été jusque-là paisible, ne devînt sanglante. Les pri allemands grondèrent. Henri IL inquiet jugea prudent, pour le moment, de ne pas aller plus loin afin de ne pas compromettre les premiers résultats obtenus. Il revint C'était la sagesse même. Un de ses corps alla occuper Verdun. Mais alléchés par les facilités de la conquête et l'occupation des territoires qui leur semblaient devoir si naturellement revenir au royaume, les troupes murmurèrent de ce qu'elles appelèrent une faiblesse.

Pendant ce temps, en Allemagne, les événements se précipitaient. Attaqué brusquement par les princes, Charles- Quint surpris, était bousculé, traqué par Maurice de Saxe qui le suivait vivement l'épée dans les reins; il fuyait à Innspruck, où Maurice pénétrait derrière lui; se sauvait précipitamment, presque seul, sur une mule, à travers le Tyrol et allait se réfugier en Carinthie. Son frère Ferdinand, obligé de signer en son nom le traité de Passau du 2 août 1552, accordait aux princes allemands tout ce qu'ils désiraient : la confirmation de la constitution allemande, c'est-à-dire de la Bulle d'or, et la faeulté pour les protestants de pratiquer sans entrave leur religion. Les princes allemands, cette fois contents, jugèrent qu'ils n'avaient plus besoin de l'alliance d'Henri II dont la conduite les irritait, et Charles Quint se trouva libre de se retourner avec toutes ses forces contre le roi de Fiance, afin de reprendre les villes que le k vicaire impérial » fiançais s'était cru le droit de s'adjuger Bien mieux, les prin se joignirent à lui et en septembre 1552, 80000 Allemands marchaient sur Metz pour en chasser les troupes Iran

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marquis d'Elbeuf, le vidame de Chartre Metz allait être, en effet, un i\(^ plus beaux siècle; elle allait surtout fonder dans l'esprit de» populations, la renommée guerrière de l'habile général commandant la place et mettre mei aent

en relief ses qualités actives d'intelligence et

Aidé par les ingénieurs Pierre Strozzi et Marini, G rempara immédiatement les murailles branlantes de la ville, creusa, épaula, abattit des maisons et des quart entiers de faubourgs afin de déblayer les entoura. Matin soir, sur les chantiers, il excitait les soldats de la voi\ du geste. On dit même qu'il porta la hotte avec ses officiers . Par ses soins, des vivres en grande quantité fin amoncelés. Les munitions abondaient; il fit installer ateliers de poudre, organisa d'avance des hôpitaux où allait se distinguer l'illustre Ambroise Paré qui nous a laissé- un piquant récit du siège, et installa ses canons ; il en monta jusque sur les clochers des églises en utilisant les platesformes. Non content des effectifs qu'il avait amenés avec lui, il embrigada les hommes valides de la ce les

répartit en douze enseignes ou compagnies de fantassins, les fit instruire, entraîner, avec une discipline rigoureuse. Il avait divisé la défense de la place en secteurs, mettant à la tète de chacun d'eux un officier responsable et distribuant habilement son monde. Il assura qu'il pouvait tenir dix mois.

Le 15 septembre, Charles-Quint en personne à la tète de son armée que commandaient le marquis de Marignan et ïe duc d'Albe, franchissait le Rhin et, le 19 octobre, com-

LA PAIX EXTERIEURE. — MKNRI II I4i

mençait l'investissement de la place. Les troupes impériales, amplement munies d'approvisionnements de toutes sortes, mirent en ligne 114 canons. Guise tenta quelques sorties pour se donner de l'air et dans l'une d'elles son frère d'Aumale fut fait prisonnier. L'empereur avait réparti son armée en trois camps et achevé d'environner la place. Le 2G novembre commença le bombardement; la tranchée était déjà ouverte. Les assiégés se défendirent vigoureusement. Toujours au rempart, le duc de Guise donnait ordre à tout avec sang-froid et précision, faisant bouclier les brèches au fur et à mesure, remonter les murs, réparer les terre-pleins. Un mois durant le bombardement donna. L'armée impériale tira plus de 15 000 coups de canon. Grâce à la ténacité des défenseurs le résultat fut inefficace. Les cheminements des tranchées n'avaient pas été plus heureux. Cependant l'hiver se faisait sentir âpre et dur : la neige tombait; des gelées violentes figeaient la terre. L'armée assiégeante insuffisamment abritée eut à subir des souffrances terribles. Les hommes tombèrent au fond des tranchées pour ne plus se relever; le reste se traînait congestionné, les pieds dans la boue glacée, grelottant. Des épidémies survinrent. Ce fut une hécatombe : on parlait de 20 à 30 000 hommes déjà morts, et les autres terrifiés voulaient fuir. Charles-Quint comprit que la partie était perdue; le 26 décembre, après trente jours de bombardement, quarante-cinq de tranchée et soixante-huit de si< il donnait le signal du départ. Bertrand de Salignac qui nous a laissé lerécitde l'événement raconte quelle impression horrible les défenseurs de Metz éprouvèrent lorsque venant visiter les camps abandonnés ils rencontrèrent au milieu des amas misérables de débris de toutes sortes, des morts, des mourants, des soldats à demi gelés, d'autres, malades, croupissant dans la fange. Guise fit transporter ceux qu'on pouvait soigner dans les hôpitaux. Paré en amputa un grand nombre. Le nom du duc de Guise retentit dans la France entière.

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Troia mois après (avril 1 KJS3] , une doulo qui le tortai à la t

11 t envoyait sur la frontière du Nord une nouvelle armée qui envahissait la P I Headin

«•t Thérouanne. Fn apprenant que cette dernière rîlle était entre Ben mains, L'empereur ordonna de la raser; la d truction produisit un deuil j m ne

furent en marche qu'en juillet : on le ! ba viv.-rm--

Montmorency qui, désirant toujours la paix, l'ei n'étail jamais prêt en temps voulu. Encore cette armée de 40 000 hommes, commandée par le connétable lui-même, trop circonspect, ne fit-elle pas grand'chose, demeurant en observation et surveillant le pa

Les hostilités reprirent en 1od4. L'armée impériale attaquée du côté du Hainaut par Antoine de Bourbon et le maréchal de Saint-André recula d'abord, puis reprit l'offensive sous le commandement du jeune et distingué Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, qui, poussant les Français vers le Boulonnais, leur livra bataille près de Saint-Omer, à Renty. Charles-Quint était là, porté dans une litière à cause de la goutte qui le rongeait. Le duc François de Guise, qui se trouvait en avant, subit le choc. D'un vigoureux élan il chargea, et enfonçant les lignes ennemies parvint à enlever 17 enseignes, 5 cornettes et 4 canons. Malheureusement, Montmorency, qui commandait le corps de bataille, ne crut pas devoir le soutenir par prudence, et, les Impériaux demeurant sur leurs positions, l'affaire parut plutôt indécise; finalement les Français se retirèrent. Mais la brillante conduite de Guise avait accru sa popularité. Le mois suivant, tout traîna, les deux adversaires se trouvant impuissants à rien avancer. Charles-Quint était rentré à Bruxelles.

Tout à coup se répandit la nouvelle inattendue qu'il abdiquait ! On s'est perdu en conjectures pour savoir quelles raisons ont pu déterminer le puissant empereur à descendre ainsi de son trône, lui le maître des trois quarts

de l'Europe, le souverain de possessions si étendues que depuis Charlemagne on n'avait vu prince aussi redoutable, l'homme autoritaire, froid et déterminé <jue l'on sait. On a parlé de découragement devant l'insuccès : « La fortune est femme, disait-il, elle n'aime pas les vieillards ! » On a invoqué sa lassitude en présence des complications extrêmes d'un gouvernement qui avait à lutter en Allemagne, à lutter sur les frontières, à discuter et combattre partout : on a mis en ligne ses sentiments religieux, le besoin chez lui de se retirer dans la retraite d'un cloître pour finir ses jours dans le silence et la pénitence. Il y a du vrai dans toutes ces raisons, bien que le caractère entier, maître de lui et soutenu de Cliarles-Quint inspire des réserves sur ce prétendu découragement. En réalité son corps était brisé par la souffrance; il lui était impossible de s'occuper d'affaires. La goutte lui nouait tous les membres, le secouant dans des douleurs aiguës et, perpétuel les : « Je souffre tellement, avouait-il à l'ambassadeur vénitien, que je suis quelquefois forcé de me mordre la main et de désirer la mort ! » Et un jour où Coligny était venu lui apporter une lettre de la part d'Henri II, pouvant à peine ouvrir cette lettre tant ses doigts étaient perclus, il disait tristement à son interlocuteur : « Suis-je pas un brave chevalier, pour courir et rompre une lance, moi qui ne puis qu'à grand'peine ouvrir une lettre ! » Le mal l'avait affreusement vieilli. Bien qu'il n'eût que cinquante-cinq ans il était usé, blanchi avant l'âge, ridé, flétri. Il se tenait, courbé, sur une chaise couverte de drap noir, au milieu d'une pièce que par fantaisie lugubre il avait fait tendre entièrement de noir. Il n'en pouvait plus. L'idée d'abdiquer lui est venue bien avant de l'exécuter; il y pensa longtemps. Il eût voulu transmettre à son fils Philippe, qui va être Philippe II d'Ea pagne, alors Agé de vingt-huit ans, l'ensemble de sa puis sance, y compris l'empire. Mais les princes allemands ne voulaient plus être gouvernés par un Espagnol qui avait autre chose à faire qu'à s'occuper d'eux; les protestants,

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nement de Milan, de Naples, des Pays Bas et enfin l'Espagne. La scène finale de l'abdication définitive eut lieu à Bruxelles devant une grande assembl courtisans et des représentants des États des Paya B le 23 octobre 1555. Ce fut un spectacle impressionnant è sa grandeur que celui de ce vieillard rabougri, tout blanc dans un costume noir, les traits contractés par la soufTrai prononçant de son fauteuil, élevé sous un dais, les quel : mots qui de l'empereur du Saint Empire, roi des Espagnes, qu'il était, obéi ou redouté de l'Europe entière, et au nom connu et respecté de l'univers, allaient faire un simple particulier, bientôt une manière de moine. Il parla lentement. Il dit que l'état de sa santé lui rendait impossible la continuation de l'exercice du pouvoir; qu'il se voyait obligé de transmettre ce pouvoir à son fils; il le recommandait à tous. Philippe d'Espagne s'était agenouillé devant lui ; il lui posa la main sur la tète et d'une voix tremblante lui dit : « Mon cher fils, je vous donne absolument tous mes pays patrimoniaux vous recommandant le service de Dieu et la justice » ; puis il le bénit. Son émotion était telle que de grosses larmes, écrit François de Rabutin, « coulaient le long de sa face ternie et pâle et lui arrosaient la barbe blanche. » Il se leva, pria Philippe de s'asseoir dans son fauteuil et descendant deux marches écouta le nouveau souverain le remercier en quelques mots d'une voix non moins troublée. L'assistance était immobile. On termina parla prestation des serments et hommages des seigneurs présents.

Charles-Quint allait se retirer en Espagne, dans l'Estramadure, au monastère de San Yuste où il devait mourir deux ans après.

Lui disparu, il était plus facile à la France, qui avait accueilli avec une joie non dissimulée l'abdication de l'ennemi irréconciliable, d'accepter une cessation des hostilités. Henri II avait témoigné toujours de l'estime pour Ferdinand, « parlant avec respect de ses rares vertus et de la bonté de son caractère » ; il n'avait aucune animosité contre Philippe II. A défaut de la paix, trop malaisée à régler d'un coup, une trêve fut signée à Vaucelles, près de Cambrai, sur le principe du statu quo des deux côtés, le 5 février 1556, pour cinq ans. C'était un répit. Le royaume était las; l'état précaire des finances exigeait ie repos. Mais, comme le mot l'indiquait, ce n'était qu'une trêve. Du moment qu'il avait été reconnu impossible aux premières discussions de s'entendre pour convenir d'une paix définitive, la perspective s'ouvrait de nouveau de campagnes futures à entreprendre. On finirait bien, en frappant l'adversaire dans ses parties sensibles, par le contraindre à en venir à la fin cherchée. Provisoirement, il fallait attendu'

Alors le duc François de Guise, soit impatience de battre, soit ambition, soit toute autre cause obscure, excipant des droits qu'il tenait de Renée d'Anjou, son aïeule, sur le royaume de Naples, demanda la permission d'aller conquérir le pays italien. Allait on voir maintenant reprendre les fastidieuses chevauchées d'antan ? Montmorency s'éleva vivement contre le projet. Il était d'avis de se réserver pour les luttes prochaines, de consolider les frontières en obser vaut religieusement la trêve. Soutenus par Diane de Poitiers qui voyait déjà son gendre d'Aumale frère de roi, par toute la jeune noblesse qui brûlait d'envie de suivre l'heureux duc François à des victoires nouvelles, les Guiseï finirent par obtenir ce qu'ils demandaient. Ils ne purent avoir que 13 000 hommes. Déjà en ir>">i le roi avait lavorisé ies menées de M. de Termes et de quelques cardi-

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monde pour la défendre Strozzi j était allé avec Monta

defl Iroupes : la ville avait été investie; Moulue l'.v défendue d'une manière valeureuse en un ible

qu'il a rendu illustre par un récit non dépourvu d'une

taine exagération gasconne; mais finalement la ville avait capitulé. Guise partit. Il manœuvrait habilement, soue surtout de ne pas laisser entamer ses forces médiocres, lorsque subitement lui arriva un courrier qui lui apprenait que le roi de France venait d'éprouver un terrible dés.i a Saint-Quentin et qu'il le rappelait immédiatement. Que s'était-il donc passé ?

L'entreprise engagée contre le royaume de Xaples avait rendu la guerre inévitable avec l'Espagne. Elle avait été déclarée le 3 1 janvier 1557. Le gouvernement de Philip] -• II. résolu à mener vigoureusement les choses, avait rassemblé 50 000 hommes auxquels la reine Marie d'Angleterre, à titre d'alliée, en avait joint 6 000, le tout sous les ordres de l'habile et actif duc de Savoie, Emmanuel-Philibert. Franchissant la frontière, cette armée était venue mettre le siège devant Givet. On a beaucoup reproché à Montmorency son indécision, sa faiblesse. Espérant toujours que les hostilités ne seraient pas poussées à fond, qu'il pourrait encore temporiser en maintenant une paix apparente, il n'avait pas réuni de troupes suffisantes, 26 000 hommes à peine, et encore demeurait-il dans une circonspection prudente. L'opinion s'impatientait, le traitant de a pusillanime, de lâche, d'homme sans cœur » ; des sonnets satiriques couraient sur son compte. S'enhardissant, l'armée impériale prononça alors un fort mouvement en avant et vint mettre le siège devant Saint-Quentin. Cette fois la partie devenait grave. Saint-Quentin pris, le chemin de Paris était ouvert; les Parisiens s'affolèrent. Coligny s'était jeté dans Saint-

Quentin avec 700 hommes, chiffre insuffisant ; il n'avait ni vivres, ni munitions en quantité convenable. Montmorency s'avança à marches rapides pour tâcher d'introduire dans la place, s'il en était temps encore, des renforts et des provisions que menait d'Andelot, frère de Coligny. Avec une imprudence, incompréhensible chez ce général, d'ordinaire si timoré, le connétable osa s'aventurer jusque sur les lignes des assiégeants et poussa une pointe vers des marais qui bordaient un côté de la ville, afin de faire avancer ses renforts par bateaux, de nuit. Les bateaux s'enlizèrent dans la boue; l'affaire était manquée. Alors Philibert-Emmanuel profitant de la position fausse du connétable, ainsi en l'air, en pointe, avec des effectifs très inférieurs aux siens, s'élança. Un habile capitaine eût tâché de se replier en bon ordre, protégeant sa retraite par une série de défenses protectrices organisées dans de bonnes positions, en échelons. Montmorency donna l'ordre précipité de partir en colonne, comme s'il n'avait personne à ses trousses. Le comte d'Egmont rassemblant toute la cavalerie espagnole, chargea vigoureusement larrière-garde française et l'enfonça. Le connétable chercha à mettre le gros de son armée en carrés, mais les bandes impériales arrivant au pas de course, appuyées de toute l'artillerie, donnèrent en masse; il n'y eut pas moyen de résister : ce fut un écrasement qui dura quatre ou cinq heures. A la fin, l'armée française était détruite, le comte d'Enghien, frère d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre, tué, avec nombre de nobles et de soldats, Montmorency blessé et fait prisonnier; pris aussi, le maréchal de Saint- André, Longueville, Montpensier, toute l'artillerie, les bagages, les convois et 80 drapeaux. C'est à peine si M. de Nevers, rassemblant au loin les fuyards, put reconstituer une troupe d'un millier d'hommes d'armes et d'un millier de cavaliers. Depuis Pavie on n'avait rien vu de pareil.

La consternation fut générale. Le roi n'ayant plus d'armée pour défendre son royaume, l'adversaire n'avait qu'à mar-

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cher droit sur Paris, il ne i outrerait mcun

De fait, Philibert-Emmanuel* conseil t Philippe II

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Rabutin. Le siège de Saint Quentin fut | vivera

Le 21 août, l'assaut était donné bous la condu Savoie, la ville emportée, pillée, brù et (lui

envoyé prisonnier aux Payb-Has.De là, Philippe II i vers Noyon,

Lorsqu'on apprit enfin en France que le duc Franc Guise, rappelé d'Italie et rentrant précipitamment, vei de débarquer à Marseille, ce fut dans le royaume un soupir de soulagement. « Une joie s'émut partout de lui, Brantôme, et de lui partout une voix s épandit telle qu'on disoit : Or c'est à ce coup que cet homme nous remettra et restituera la chose toute revirée et contournée à rebours d'un gond à l'autre ! »

Henri II n'avait pas attendu son retour pour prendre les mesures que comportaient les circonstances. Il agit virilement. Privé de ses conseillers ordinaires, il montra qu'il était homme d'initiative et de volonté. Par ses soins, de toutes parts, des troupes furent rassemblées et dirigées sur les points qui étaient menacés. Les places de Picardie lurent munies de défenseurs et de munitions. A sa pr< Catherine de Médicis se rendit au conseil de ville de Paris et demanda 300 000 livres qui lui furent accordées. De tous côtés la noblesse prenait les armes à l'appel de son souverain. Les villes rivalisaient d'ardeur, se mettaient en état de défense et envoyaient les secours. Il y eut comme un élan populaire général. Ajissi . lorsque pour conclure on conseilla à Henri II de quitte! Daris et d'aller se réfu^ derrière la Loire, il refusa : a Reste a avoir bon cœur et à ne s'étonner de rien », écrivait-il fortement à François de Guise.

LA PAIX EXTÉRIEURE. — HENRI II in

Le duc de Guise était le seul homme en effet sur lequel le roi et le royaume pouvaient compter pour rétablir les affaires si compromises. Afin de lui donner pleine autorité on le nomma « lieutenant général en chef dans l'intérieur et hors du royaume », titre exceptionnel (jui, à côté du connétable, prisonnier, lui conférait les mômes pouvoirs qu'à celui-ci. Il prit le commandement de la petite armée qu'Henri II venait de rassembler à Compiègne.

Ce seul mouvement opéra un résultat inattendu Après la prise de Saint-Quentin et la marche sur Noyon, l'armée de Philippe II s'était mise à flotter. Les Anglais fatigués avaient lâché pied, des mutineries s'étaient produites. A l'annonce de l'arrivée d'un général aussi décidé que le duc de Guise, Philippe II ne disposant que d'éléments incertains, jugea impossible de marcher vers Paris. Mieux valait finir la campagne sur la favorable impression des derniers succès. En octobre, subitement, il battait en retraite et il rentrait à Bruxelles.

Qu'allait faire François de Guise de son armée prête et impatiente? L'opinion réclamait un effort après l'élan général que tout le pays avait donné. Il y allait de la popularité dû jeune héros. C'est alors que le duc de Guise conçut le hardi dessein de courir sur Calais, — ville anglaise, prise par Edouard III il y avait longtemps, deux cent dix ans, en 1347, maintenant si anglaise qu'on ne croyait pas qu'elle pût jamais redevenir française, — la surprendre derrière ses marais, désarmée, au cours de l'hiver, et s'en emparer. Personne ne se doutait d'une semblable entreprise, les Anglais moins que les auti persuadés qu'ils étaient que Calais était imprenable derrière sa ceinture de larges marécages, ses fossés profonds, dans lesquels une rivière coulait, ses hautes murailles Le gouverneur, lord Wentworth, avait renvoyé en Angleterre une partie de ses troupes. Il avait bien entendu dire que M. de Sénarpont, gouverneur du Boulonnais, caressait l'idée

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canonna violemment, les enleva par surprise, après que portant du côté de la mer attaqua la forteresse pU dessus du port. La garnison était ahurie : un feu inte eut raison. De là, Guise dirigea ses efforts contre le c' mit ses batteries sur la plage : il tirait à n. te et

couvrait ses pièces quand le flot montait. La brèche p quée, d'Aumale monta vivement à l'assaut; le château fut enlevé, la ville capitula. Il n'y avait que 500 homm œ troupes anglaises, mais des munitions en quantité, magasins énormes et 300 canons.

Ce fut une stupéfaction quand on apprit la nouvel' Enlever avec pareille prestesse une des places de guerre les plus imprenables de l'Europe était « un des miracles et cas émerveillables de ce siècle » ! François de Rabutin écrivait que c'était l'œuvre de Dieu et non des hommes : « Les faits de l'omnipotent surpassent, disait-il, toutes les puissances et préméditations des hommes, quelque grands qu'ils puissent être ! » On fit des feux de joie dans tout le royaume. Henri II s'empressa de venir visiter sa nouvelle ville, prescrivit d'expulser les Anglais installés dans Calais en les forçant de vendre leurs maisons et acheva la prise de possession de ce qu'on appela « le pays reconquis » en s'emparant de Guines et de Ham. Lorsqu'il rentra à Paris avec Guise à ses côtés, l'accueil de la population fut enthousiaste. Les acclamations étaient délirantes. L'heureux général jouissait d'une popularité extraordinaire : la royauté était encore trop forte pour en prendre ombrage. Quant aux Anglais le coup fut un des plus terribles qu'ils

eussent subis. La reine Marie disait que si on lui ouvrait le cœur on y trouverait gravé le nom de Calais, tellement la perte de cette place lui avait causé une inconsolable douleur.

L'année suivante, 1558, — hésitation chez Philippe II, désir d'arriver à la paix chez Henri II, — les hostilités traînèrent. A tout hasard Guise avait réuni une armée de 50 à 60 000 hommes. Pour les utiliser il marcha sur Thionville et s'en empara avec le bonheur et la rapidité dont il était coutumier; en revanche, dans le nord, M. de Termes, gouverneur de Calais, se faisait battre à Gravelines.

Il parut en 1559 qu'il était temps de voir si les circonstances ne seraient pas meilleures pour discuter une entente définitive. Les plénipotentiaires français et espagnols se réunirent à l'abbaye de Cercamps. Au nom de Philippe II traitaient le cardinal de Granvelle, le duc d'Albe, le prince d'Orange ; et au nom d'Henri II, Montmorency, le maréchal de Saint-André, laissés libres pour négocier, le cardinal de Lorraine. La discussion fut orageuse. Des deux cotés on demandait que toutes les conquêtes respectives fussent de part et d'autre restituées : la France y eut lo plus perdu. Les Anglais insistaient surtout pour qu'on leur rendit Calais. Mais sur ces entrefaites, Marie Tudor étant morte et ayant été remplacée par Elisabeth, fille de Henri VIII et de Anne Boleyn, Elisabeth se tourna vers la Réforme, moitié par goût, moitié par intérêt, et Philippe II, outré, décida de ne pas soutenir les prétentions anglaises. Finalement, il fut décidé que Henri II garderait Calais huit ans, après quoi il paierait 100 000 écus d'or s'il ne rendait pas la ville : on sait que Calais est demeurée française. Du côté de l'est, Henri II entendait conserver les Trois-Lvôchés. C'était l'affaire de l'empereur Ferdinand. Ferdinand, très absorbé par les protestants et les Turcs, ne résista que pour la forme et céda. Avec l'Espagne on fit une cote mal taillée. Philippe II rendit Saint-

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donna en dot précisément la Savoie et le Piémont Par caution, toutefois, Henri Iï conserva provisoirement qi ques places, Turin, Pignerol, Cliivasso, Villanova Afin cimenter la réconciliation avec l'Espagne, il fut décidé Philippe II épouserait la fille de Henri II, Elisabeth Tout étant enfin conclu, on signa le traité définitif à Cateau-C brésis le 3 avril 1559.

Ce traité de Cateau-Cambrésis est un des plus importants de notre histoire. Après le rude et dur labeur des premier» Capétiens qui avaient eu à établir leur autorité dans leurs propres possessions; après le travail pénible de leurs successeurs qui eurent à rassembler la terre de France sous leur sceptre, la royauté avait entrepris de porter ses efforts hors du royaume : ses campagnes en Italie avaient été une erreur, elle n'avait eu que faire à s'entêter après des conquêtes de régions étrangères impossibles à conserver, ruineuses à reprendre, lointaines, pour délaisser des pays bien français, dont la trop grande proximité de Paris rendait la conquête deux fois indispensable. Cateau-Cambrésis a mis définitivement fin aux guerres italiennes qui duraient depuis soixante-cinq ans et a orienté la politique française vers le nord et vers l'est, c'est-à-dire dans sa vioe

normale. La foule ne s'y trompa pas et elle accueillit la paix avec une joie profonde.

Par contre, chez les « militaires, » ce fut un concert de récriminations et de colères. Abandonner ainsi l'Italie disaient-ils, qui, depuis un demi-siècle, était un champ d'exercice incomparable pour ceux qui voulaient apprendre le métier de la guerre ; sacrifier la Savoie, le Piémont, nombre de villes, de places, quantité d'approvisionnements, sans coup férir, d'une simple signature, il ne se pouvait rien imaginer de plus exorbitant ! « Ceux qui aimoient la France en pleuroient » ! gémit Brantôme. « En une heure et par un trait de plume, tout rendre et souiller et noircir toutes nos belles victoires passées de trois ou quatre gouttes d'encré, cela troubloit l'esprit et dragonnoit l'âme », s'écriait Vieilleville. Brissac, Monluc, faisaient chorus. Moulue compta qu'on donnait 180 places et estima qu'on livrait quelque chose comme le tiers du royaume. Pour Brissac, le Piémont à lui seul valait autant que la Bourgogne et la Champagne. « Ainsi on quittait tant de provinces, villes et châteaux avec une si émerveillable étendue de pays qui avait coûté au feu roi et à la couronne de France plus de 40 millions d'or et cent mille tôtes à conquérir! » Mais l'ambassadeur à Constantinople, M. de la Vigne, écrivait avec plus de jugement et de sens politique : « Il faut faire une seconde loi sali que que le premier conseiller qui parlera d'entreprendre plus la guerre en Italie et de jamais rendre ni changer les villes de Metz ou de Calais, soit brûlé comme un hérétique! » II avait raison.

Pour mieux faire participer le peuple à la joie de la paix obtenue, Henri II décida que les mariages de sa sœur et de sa fille auraient lieu solennellement à Paris, au cours d'une longue série de fêtes fastueuses, en juin 1559. Le duc d'Albe arriva pour représenter le roi d'Espagne, avec une magnifique suite de 500 cavaliers. Emmanuel-Philibert de Savoie vint personnellement : on déménagea le parlement qu'on envoya aux Augustins, sur le quai, afin de disposer de

LE -il i Ll DE LA HI.NM-

tout le Palais qu'on tendit de I

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d'Albe, — on dressa ni ille pro mr Is

constance Dans la grand* Saint-Anl

champs clos pour les tournois el les joui barrières el échafauds tendus de tapisi Les fêtes commencèrent : il y eut d tins et ta-

quets. Le prévôt des marchands et les é

irent les hôtes du roi à l'IIotel de Ville Les !

joutes se succédèrent au milieu d'un grand oo - de

peuple venu de toutes les provinces et à la satisfaction de ce peuple qui constatait la supériorité des Français sur les Espagnols. Henri II ne craignit pas de prendre part aux jeux ; monté sur un dextrier, couvert d'une puissante arm il voulut rompre lui aussi des lances. Le 30 juin avaient lieu aux lices de la rue Saint-Antoine des joutes à cheval. Le roi manifesta l'intention de courir. Selon l'usage il devait rompre trois lances sur trois adversaires sans broncher de la selle. Il rompit dans de bonnes conditions les deux premières contre le duc de Savoie et le duc de Guise. Au troisième coup se présenta devant lui le fils de M. de Lorges, son capitaine des gardes, Mongommery, « grand et roide jeune homme », dit Vieilleville. Les deux cavaliers s'élancèrent et Mongommery, de sa lance, ébranla si fort le prince, qu'il manqua lui faire vider les étriers. Très dépité, Henri II exigeait sa revanche; l'autre, hésitant, déclinait; le roi insista; il fallut courir de nouveau. Cette fois, les deux lances se brisèrent; mais, en relevant le tronçon de la sienne, Mongommery attrapa la visière d'Henri II qui fut soulevée, et, emporté par l'élan de sa monture, engagea dans l'œil du roi son arme cassée qui défonça le crâne. Le roi tomba sur le col de son cheval, l'étreignant de ses bras ; on arrêta la béte ; on descendit le prince, on le coucha, on le déshabilla, puis on le porta dans sa chambre où cinq à six chirurgiens tâchèrent en vain d'extraire les esquilles ; Henri II resta sans connaissance pendant neuf jours ; le

LA PAIX EXTKRiEURi;. — HENRI II 155

dixième, il expirait; il avait quarante et un ans. La veille de sa mort à minuit, dans l'église Saint-Paul, on avait rapidement célébré les cérémonies religieuses des mariages : « (

ressemblait mieux à un convoi mortuaire et à des funérailles qu'à autre chose. » La consternation du peuple était générale. Catherine de Médicis, bouleversée, demeura un prostrée de douleur, sans pouvoir dire un mot : « Je crains une grande maladie », mandait Marie Stuart à sa m Catherine de Médicis portera toute sa vie le deuil de celui qu'elle avait tant aimé et qu'elle perdait brusquement dune façon si tragique !

1. Sources. Lettresde Catherine de Médicis, éd. LaFerriére et Baguenault de Puchesse ; Brantôme, Œuvres complètes, éd. Lalanne; Torami Relations des ambassadeurs vénitiens, 1838; Alb>'ri, Relazioni degli ambasciatori veneti al senato, 1839; Maréchal de Vieilleville, Mémoires, éd. Michaud et Poujoulat (sur ce texte, voir G. Marchand, Le maréchal de Vieilleville et ses mémoires, 1893) ; Gaspard de Saulx-Tavanncs, Mémoires, éd. Michaud et Poujoulat; Monluc, Commentaires et lettres, éd. do Ruble, 4804; François de Rabulin, Commentaires sur le fuit des dernières guerres, éd. Buchon, 1836 ;,Pierre de la IMace, Commentaires de l'état de la religion et république, 1505; Lettres inédites de Henri II, 1818; J.-B. Gail, Lettres inédites de Henri II, Diane de Poitiers, Marie Stuart, 1828; G. GuilTrey, Lel très inédites de Diane de Poitiers, 18C6; Amb. Paré, Relation du de Metz en 1552, 1847 ; Bertrand de Salignac, Le siège de Metz en l'an 1552, éd. Michaud et Poujoulat.

Ouvrages. Léooo'd Ranke, Histoire de France pendant le XVI* et le XYIP siècle, traduction Porchat, 1854; E. de la Barre-Duparcq, Histoire de Henri II, 1887; H. Bouchot, Catherine de Médicis, 1899; M. Hay, Madame Dianne de Pogliers, 1900; F. Décrue, Anne de Montmorency, 18^9; II. neron, Les ducs de Guise et leur époque, 1877; J. Dclaborde, Gasparl de Coligny, amiral de France, 1879 ; Chabert, Le sièye de Metz en 1552, 1 Mignet, Charles-Quint, son abdication, 1857; Gachard, Retraite et mort de Charles-Quint, t8.*>2; La guerre de ib57 en Picardie t bataille de Saint- Laurent, siège de Saint-Quentin, 1896; A. de Ruble, Le traité de Coteau- Camùi'csis. 1889; P. Courteault, R luise de Monluc, V

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