‹ Le siècle de la renaissanceChapitre 19 sur 51 · LE DB LA "<CK · texte numérisé non relu

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nouvelle Un vent de critique souillait. En 'fiaire, d< dicateura se faisaient soupçonner parce qu'ili qu'effectivement il existait dans l'Eglise des abus tables Peu a peu pénétrait cette idée qu'il y avait évidemment à redire sur des pratiques- accessoires inutilement introduites dans la religion catholique A la cour, la qi tion se présenta sous un aspect particulier.

II existait à Meaux un évéque à l'esprit ouvert et curk Guillaume Briçonnet, qui aimant l'érudition, avait attiré | de lui des savants philologues parmi lesquels se trouvaient le Dauphinois Guillaume Farel et les trois Picards Gérard Roussel, Arnaud et Jacques Lefèvre. Ensemble ces quatre philologues étudièrent la Bible dans les textes hébreux ou grecs et hasardèrent des critiques qui parurent inspirées de l'esprit luthérien. Le parlement de Paris, informé, nomma des commissaires pour faire une enquête ; les quatre érudits, inquiets, passèrent en Allemagne et Briçonnet gourmande s'excusa. Mais Farel et ses amis laissaient derrière eux un novau d'adeptes.

Ce fut ce côté d'érudition qui attira d'abord l'attention de la princesse Marguerite de Valois. Très portée vers les nouveautés, la sœur de François Ier ne pouvait qu'être tentée par ce qui lui paraissait le résultat de l'étude et la constatation de la vérité philologique. En 1527, elle épousait le roi de Navarre, Henri d'Albret, qui était brouillé avec le Saint-Siège; — Jules II, en 1512. ayant excommunié Jean d'Albret, son père, et donné la Navarre espagnole à Ferdinand, roi d'Aragon : façon abusive de disposer des royaumes non mouvant en fief de l'iiglise contre laquelle les rois de Navarre, appuyés par le roi de France, avaient vivement protesté ; — les d'Albret étaient tout préparés à écouter

avec faveur ce qui se dirait contre le pape. Installée en Béarn, Marguerite de Valois accueillit chez elle Jacques Lefèvre, Gérard Roussel qui passait pour un saint et dont elle fit son directeur. Ceux-ci n'étaient pas positivement « luthériens », mais ils critiquaient au nom de l'histoire les institutions catholiques de leur temps, réclamant la communion sous les deux espèces, n'admettant pas rigoureusement la présence réelle dans l'Eucharistie de la môme manière que l'Église, proclamant que l'Eglise avait corrompu la pureté de la religion du Christ par des inventions superstitieuses. Lorsque Marguerite vint retrouver à Paris François Ier, elle chercha à faire partager à son frère les tendances nouvelles.

Ces tendances nouvelles trouvaient déjà un écho sympathique dans le monde léger de la cour. En somme, de quoi s'agissait-il, disait-on, de, prendre et retenir la substance de la doctrine chrétienne « telle que Jésus-Christ l'avait instituée et que les apôtres l'avaient publiée et rédigée par écrit », mais rejeter « les superstitions et superfétations » ajoutées avec le temps et s'en tenir à la pure parole de Dieu, à la vie de la primitive Eglise : adorer Dieu en esprit et en vérité; user de cette « liberté chrétienne qui secoue le joug des superstitions et des traditions des hommes pour s'attacher uniquement à Dieu » ; en définitive « réformer les mœurs et retrancher quelques abus qui s'étaient glissés dans l'Eglise ». Ce n'était pas là se séparer de l'Eglise. Tranquillisé, « chacun, dit Florimond de Raymond, vouloit goûter de la nouveauté ». Lorsque fut mis à la mode le chant « doux et chatouilleux » des psaumes traduits en français par Marot, on trouva la chose jolie; tout le monde chanta ; ce fut une fureur chez les gens de cour : « les psaumes rimes ont attiré les âmes par les harmonies ».

Au premier abord, assez insouciant, François Ier ne préoccupa pas beaucoup des idées nouvelles ; sans les partager, il ne les trouvait pas antipathiques ; il avait fait délivrer Berquin; un instant même il consentit, sur la demande de Marguerite, à mander d'Allemagne le luthérien Philippe

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Le lundi de la Pentecôte 1528, au matin, on trouva à Paris la statuette de la Vierge placée à I maison de M. Harlai devant la porte de l'éf lu petit

Saint-Antoine, paroisse Saint-Germain, brisée. De- h< tiques avaient cassé la t<Me de la Vierge et de l'Enfant L'opinion, déjà prévenue contre les luthériens, i émut extraordinairement. Ce fut une affaire considérable. Le gouvernement et le roi se crurent obligés de partager cette tation. François Ier promit mille écus à qui dénoncerait les coupables ; il remplaça la statuette mutilée par une autre en argent et il voulut venir l'apporter lui-même solennellement en une procession imposante où figurèrent toute- les paroisses de la ville, le parlement, les autorités, pré seigneurs, gentilshommes, au milieu d'un grand concours de peuple.

Le parlement sévit. Louis Berquin, ayant imprudemment fait parler de lui à nouveau, fut repris, mis en jugement. Il avoua franchement ses idées, ne cacha pas qu'il avait écrit des livres luthériens, les montra ; il fut condamné à mort. Le roi était à Blois ; pour empêcher, comme la première fois, que l'intervention du souverain ne sauvât le coupable, on l'exécuta séance tenante avant que François Ier fût prévenu. Le prévôt de Paris, le lieutenant criminel, tous les juges informèrent, condamnèrent. Quand le prévôt rendait une sentence adoucie et que le prévenu en appelait au parlement, celui-ci, par arrêt, aggravait la peine. Conséquence ordinaire des persécutions, loin de se laisser abattre, le

zèle des partisans ce de la nouvelle opinion » s'accrut ; les luthériens ripostèrent par des représailles.

La mutilation de la Vierge de M. Harlai avait été un cas isolé. Le fait se répéta. En mai 1530, des statuettes de Notre-Dame, de l'Enfant Jésus, de saint Roch, de saint Fiacre, placées aux coins des maisons furent brisées de nuit, et provoquèrent autant de processions expiatoires des paroisses accompagnées du parlement en robe rouge. Celui-c» promit vingt écus d'or à qui révélerait un luthérien. L'exci tation populaire était extrême; un dernier attentat plus grave, plus audacieux, la mit à son comble. Le 18 octobre 1534, on trouva partout affichés des placards hérétiques attaquant « le saint sacrement de l'autel et l'honneur des saints » ; il y en eut jusque dans le Louvre, à la porte de la chambre du roi, qui était absent, et se trouvait à Amboise ; on en porta morne à Amboise. L'indignation et la colère furent générales. Le roi outré, manda au parlement de Paris de faire « rigoureuse justice ». Le parlement n'avait pas attendu l'injonction. On procéda à des arrestations innombrables et les exécutions suivirent. L'année 1535 a été la première année sanglante de l'histoire du protestantisme. Toutes sortes de gens furent appréhendés ; il suffisait d'avoir eu chez soi un livre luthérien pour être suspect ; on saisit des cordonniers, des drapiers, des imprimeurs, des libraires, des ecclésiastiques, de riches marchands, des écoliers, des procureurs. Parlement et lieutenant criminel à l'envi condamnèrent. On brûla aux Halles, à la Croix du Trahoir, au bout du pont Saint-Michel, à la place Maubert, au carrefour du puits Sainte-Geneviève, au cimetière Saint-Jean ; on pendit au marché aux pourceaux avec des chaînes «le fer, les condamnés traînés sur la claie au parvis Notre- Dame. Les plus favorisés étaient bannis après avoir tait amende honorable en chemise, pieds nus, tenant un cierge à la main, devant une église, ou pendant une grand 'messe, et après avoir été battus de verges sur une charrette, leurs biens confisqués. Quand il y avait obstination dans les bias-

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seraient brûlés. Le roi expliqua à l'ami» finiano

qu'il avait quelque peine à laisser brûler le^ hérétiques, attendu qu'en Flandre cela ne se fai ts.

Mais l'impulsion était donnée et François Ier devait encore voir ses magistrats, soutenus de l'opinion publique, dépasser les limites de ses propres intentions II y avait dans villages de la Provence un certain nombre de gens qui professaient depuis longtemps, dès le XIIIe siècle, disait-on, fies idées assez hétérodoxes Ils s'inspiraient de l'Ecriture Sainte ; ils disaient que puisque les mots de messe, de pape, de purgatoire ne se trouvaient pas dans l'Evangile, il n'y avait pas lieu de les admettre. Ils détestaient le catholicisme. On les appelait des Vaudois. Attirés par certaine communauté de sentiments, les protestants les étudièrent avec sympathie comme des précurseurs. De leur côté, les Vaudois prirent des idées de Luther. Là-dessus, il v eut des incidents. Le vice-légat d'Avignon ayant voulu informer contre quelquesuns d'entre eux, ceux-ci prirent les armes, pillèrent, tuèrent. Le parlement d'Aix ouvrit une enquête et avant convaincu d'hérésie les habitants surtout de deux bourgs, Mérindol et Cabrières, rendit un arrêt, le 18 novembre 1540, qui prescrivait de détruire ces deux villages et d'en bannir les habitants. François Ier, ennuyé de cette affaire, ordonna de suspendre l'effet de l'arrêt. Au bout de quatre années, résolu d'en finir, le parlement d'Aix, à l'instigation de son premier président d'Oppède et de l'avocat général Guillaume Gué-

rin, nommait une commission de cinq membres alin de procéder à l'exécution. Les commissaires s'entendirent avec le capitaine Paulin, baron de la Garde, dont les dats, débridés, se livrèrent à tous les excès; ils m;i renî la population, incendièrent 24 villages; on parla de 3 000 victimes et de 900 maisons brûlées. L'affaire eut un grand retentissement. François Pr, indigné, résolu à pas laisser ces excès impunis, décida de mettre en jugent] devant le parlement de Paris les magistrats d'Aix. La procédure traîna. François Pr ne devait pas en voir la fin, et sous Henri II, les idées étant changées, après un dernier procès qui dura cinquante audiences, d'Oppède, trois commissaires furent absous, ainsi que Paulin ; seul, Guillaume Guérin fut convaincu d'avoir produit de fausses pièces et pour ce fait décapité en place de Grève. En somme, tout en étant convaincu, par instinct de gouvernement, de l'impossibilité d'accepter l'hérésie, afin de ne pas compromet lie l'unité de l'Etat, François Ipr eût été plutôt de tendances tolérantes, si des provocations ne l'avaient irrité. Ses magistrats, catholiques entiers, et soucieux de maintenir fermement l'ordre public, l'avaient débordé.

Avec Henri II il en fut autrement. Le développement, du protestantisme n'avait fait que s'étendre. « 11 n'était nouvelle, dit Pierre de la Place dans son Etal de lu religion et de la république, que de l'accroissement du nombre des luthériens, quelque sévères ordonnances et punitions que l'on en eût dû faire, et ne parlait on que des assemb' secrètes qui se faisaient jour et nuit en maints lieux notamment dans la ville de Paris. » D'isolés qu'ils éta auparavant, les luthériens en effet se groupaient mail dans des réunions, en se cachant, pour prier ensemble s'exhorter mutuellement Comme tout ce qui es! m ces réunions excitèrent l'inquiétude de la foule. Sa éclata un soir. Rue Saint-Jacques devant le collège du Plessis, on découvrit une assemblée de 100 a 120 personnes. La foule s'attroupa. Les assistants cherchant à s'enfuir

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furent attaqués el assommés; le^ femme* battues, ronl/^s en chevoui dani la I i le; il y eut I '

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Celte histoire d'assemblées provoqua une recr la répression. D'esprit beaucoup moins ouvert qœ son père, Henri II n'avait pas cette manière de scepticisme qui prédispose à l'indulgence. Il était plus rigide catholique et le scandalisait de voir contester ce qu'il jugeait la vérité divine; d'autre part le progrès de plus en plus m< de la Réforme constituant pour l'iMatun danger chaque jour plus grave, le conseil s'effrayait encore davantage. Henri II commença en 1549 par établir au parlement de Paris une chambre spéciale qui fut destinée à poursuivre l'hérésie, ce fut « la chambre ardente ». En 1551 il publia un édit dit de Ghâteaubriant qui codifiait en 46 articles toutes les mesures précédemment prises contre les luthériens et réglait la jurisprudence. Il était grand temps, disait le préambule, d'aviser : « l'erreur, de jour en jour et d'heure en heure, allait croissant; elle était devenue une commune maladie de peste » ; « c'était la cause de Dieu où chacun devait prêter l'épaule et s'employer de toutes ses forces ! » Il était donc interdit d'imprimer, de vendre, de posséder des livres hérétiques; les dénonciateurs d'hérétiques auraient le tiers des biens de ceux-ci ; tout individu convaincu de professer des idées luthériennes serait condamné à mort. Afin d'alléger les parlements de la poursuite de ces crimes, les tribunaux inférieurs, dits présidiaux, pourraient en connaître. Mais, singulier contraste des choses, tandis que sous François Ier les magistrats avaient été les plus ardents instigateurs de la répression, le bruit courait maintenant que l'hérésie, gagnant de plus en plus, infestait même leurs rangs

et qu'on ne pouvait être sûr d'eux. L'édit spécifiai! qu'à l'avenir on informerait contre les juges suspects de négligence à l'égard des luthériens; que tous les trois mois il y aurait dans les chambres de justice des séances dites mercun. au cours desquelles il serait parlé de religion afin de maintenir les magistrats dans la bonne doctrine et de tâcher de découvrir si quelqu'un d'entre eux devenait suspect; qu'enfin, dorénavant, nul ne serait nommé juge s'il ne produisait un certificat constatant qu'il était bon catholique romain.

Mais ce n'était pas seulement parmi les magistrats que les idées nouvelles faisaient des adeptes. Toutes les classes sociales se trouvaient l'une après l'autre atteintes. Des gentilshommes avaient puun instant, sousFram;ois Ior, être attires sans que d'ailleurs leurs convictions fussent bien profonde-, Maintenant de grands personnages de la cour, des seigneurs de haute importance, des princes même, trahissaient leurs sympathies raisonnées pour l'hérésie. En 4558, le cardinal de Lorraine étant allé traiter de la paix sur la frontière des Pays-Bas avec le ministre espagnol Granvelle, évéque d'Arras, celui-ci lui révéla qu'il avait la preuve que le royaume de France était infesté de luthériens et que l'un des plus marquants était le neveu môme du connétable de Montmorency, d'Andelot; il l'avertit que d'Andelot avait dernièrement adressé à son frère Colignv, prisonnier, un livre qui parlait abominablement de la messe. De retour à Paris, le cardinal de Lorraine prévint le roi. Celui < i irrité et tout de môme, en raison de son affection pour le connétable, embarrassé, chargea le frère de d'Andelot, le cardinal de Chàlillon, détacher d'obtenir du coupable quelque explication suffisante au sujet de ses doctrines. D'Andelot se borna à répondre qu'on ne lui ferait rien dire de contra:!'' à sa conscience. Sur ces entrefaites ayant eu occasion d'aller au château de Montceaux où se trouvait Henri II. celui-ci ne put se contenir et l'interpellant vivement lui demanda s'il était vrai, ainsi qu'on le lui avait affirmé, qu'il tînt la m< pour une abomination. Très fermement d'Andelot rej

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important de princes du sang; les Bourbons, qui, jo aux Châtillon — - d'Andelot et Coligny — allaient former une manière d'état-major imposant et redoutable.

Cette assurance se propagea. Il était décidément que la magistrature s'empoisonnait chaque jour : la chambre criminelle du parlement de Paris devenait singulii indulgente pour les hérétiques, ne les condamnant plu?, se bornant à les renvoyer devant l'évèque. Si le chiffre des luthériens augmentait comme il le faisait, déclarait le cardinal de Lorraine, courroucé, c'était que le public sentait la connivence des juges. L'irritation du gouvernement fut extrême. Une fois où le président de la Tournelle, Séguier, venait réclamer au roi les gages de ses magistrats, non payés depuis vingt- deux mois : « On ne veut empêcher vos gages, lui dit brusquement le cardinal de Lorraine, pourvu que vous exécutiez fidèlement votre charge »; et comme l'autre répondait qu'il ne pensait pas qu'on y eût manqué : « Si, répliqua le cardinal, en ce que vous ne punissez pas les hérétiques ! » Le président protesta, ce Vous les renvoyez devant leurs évêques, reprit Lorraine, vraiment voilà une belle expédition ! » Séguier répondant qu'on ne pouvait

LE UKAMK PitOTI-iSTAftï. — FRANÇOIS II 167

pourtant pas juger contre sa conscience : « Vous 6tes eau s'exclama le ministre, <]ue la France es1 toute remplie de cette vermine qui s'augmente et pullule sur l'espérance de vous ! »

A quelque temps de là avait lieu la mercuriale prescrite par l'ordonnance. Le roi recommanda que le parquet parlât avec fermeté. Au jour dit — c'était le dernier men d'avril iou9, la séance avait lieu au couventdes Augustins, sur le quai, le Palais étant pris pour les fêtes des mariai — le parlement se trouva assemblé en nombre, 1UU à 120 magistrats. Le procureur général Bourdin prenant la parole s'éleva avec véhémence contre les magistrats « qui sentoient mal de la foi et adliéroient à la fausse doctrine de Luther; » que voulait dire que la Tournelle ne condamnât plus à mort les hérétiques et les rendit à la liberté, ce (jui était contraire aux ordonnances ? Il y avait contradiction entre les arrêts de la Grand'chambre qui, elle, appliquait les édits et ceux de la Tournelle qui ne faisait que bannir les luthériens : cette contradiction était un « scandale » ! Suivant l'usage, les harangues terminées, on passa aux avis et chaque magistrat, l'un après l'autre, opina. Bravement, ceux qui penchaient pour les idées nouvelles déclarèrent qu'on ne pouvait nier qu'il y eût des abus et des erreurs dans les pratiques de l'Eglise catholique; que nombre de bons esprits réclamaient la réunion d'un concile général afin d'en décider et de les extirper et qu'en attendant il était raisonnable de ne pas appliquer la peine capitale à des gens exprimant des critiques, lesquelles pourraient être ensuite reconnues fondées par le concile. De cette opinion furent, entre autres, le président aux enquêtes du Ferrie] Antoine Fumée. La séance fut levée avant la fin des et la continuation renvoyée à l'assemblée suivante. Entre temps les présidents Le Maître et Minard étaient venus rendre compte au roi des opinions qu'on avait exprimées à la mercuriale. Ainsi, il n'y avait plus de doute, les héréti< osaient s'afiieher en plein parlement, sur les baucs des

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présidée par !<■ roi, tandis que les magistrats cath réclamaient l'application pure el simple dos édita • des conseillers, Claude Viole, Louis Dufaur, Anne du Bourg se prononcèrent [•oui- la suspension de la ; capitale en attendant le concile Dufaur étai Anne du Bourg, jeune magistrat de trente sepl ans, éloquent : ce dernier parla avec chaleur et vivacité Es montre de plus de courage que de prudence Lorsque tout fut fini, Henri II, sèchement, ordonna au greffier Saint- Germain de lire le procès-verbal de toutes les opinions émises; puis il prononça qu'il y avait dans le parlemenl des magistrats « dévoyés de la foi » ; qu'il était dé les châtier. Alors se retournant du cùté du connétable qui était présent il lui commanda d'arrêter immédia Louis Dufaur, Anne du Bourg, Claude Viole. Antoine Fumée, du Ferrier et trois autres qu'un capitaine des gardes conduirait immédiatement à la Bastille. De retour dans son palais le roi, hors de lui, dit « qu'il iroit voir de ses deux yeux brûler du Bourg ». Une commission judiciaire fut nommée pour juger les prévenus, composée d'un pi dent en parlement, d'un maître des requêtes, de deux conseillers, de l'évêque de Paris, d'un inquisiteur de la toi. Henri II ne devait pas assister à la fin du procès, ni « voir brûler du Bourg » : la lance de Mongommery l'abattait quelques jours après.

Loin d'arrêter le mouvement ascensionnel de la Réforme, la politique répressive d'Henri II n'avait fait en définitive que l'accentuer. Mais à défaut de cette circonstance occasionnelle un fait considérable assurait depuis quelque temps déjà la force et le développement progressif de l'hérésie : Calvin venait de lui donner une doctrine, une discipline et une organisation.

Nature puissante et personnalité fougueuse, Martin Luther

LE DItAME PR0TE8TANT. - FRANÇ018 II lf,9

avait moins contribué à fonder une « religion » nouvelle qu'à ébranler dans toute la chrétienté l'antique loi comp; du Moyen âge. Il avait commencé par critiquer le fait abusif de la vente à l'encan des indulgences spirituelles : Rome n'avait pas admis qu'on critiquai quoi que ce soit; sûr de ce qu'il disait Luther avait pei soutenu

par l'opinion, il avait étendu ses critiques. Devant les mesures coercitives des autorités ecclésiastiques qui ne discutaient pas, mais condamnaient, il avait attaqué, provoquant l'enthousiasme des foules de son éloquence ardente pour une cause qui devenait populaire. De proche en proche, emporté par son tempérament et la faveur de l'opinion, il était arrivé jusqu'à saper dans ses fondements les bases mêmes du catholicisme. Il avait ainsi détruit aux veux des populations qui jusque-là considéraient l'enseignement de l'Eglise comme l'expression de la véri lé éternelle, le prestige de l'absolu. Chacun se crut la faculté de diquer l'arche sainte et, suivant ses goûts, sa science ou ses tendances, de faire le départ de ce qu'il jugeait acceptable et de ce qu'il rejetait comme faux. Le luthéranisme n'a été pour les sujets de François Ier que le droit de discuter le catholicisme. C'est dans ce sens que des érudits comme Farel et ses amis de Meaux ont été luthériens. En réalité s'ils s'accordaient pour nier ils divergeaient sur les points à admettre. Il était réservé à Jean Calvin de fixer la croyance.

Né à Noyon en 4509 d'un père, Gérard Cauyin (Calvin est le nom latinisé de Cauvin), qui était procureur, greffier de l'officialité diocésaine, notaire du chapitre, procureur fiscal du comté épiscopal,en somme une manière d'homme d'affaires du clergé, Jean Calvin eut pour premier spectacle dans le inonde les démêlés de son père avec les autorités tiques. Sommé à un moment donné de rendre ses comp Gérard Cauvin s'y était refusé; on l'avait blâmé, men excommunié, et en 1531 le malheureux procureur était mort honni, sans sépulture religieuse. L'aîné de ses quatre iils

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vaillant beaucoup, mangeant peu, délicat et l'estomac : on remarqua chez lui u: le, et

grande aptitude a la dialectique. Devenu licencié en droit, il s'adonna à la littérature grecque, se prit d'un g très vif pour les études littéraires; il renonça même au droit, se consacra à l'humanisme et revint à vingt deux ans à Pai L'année suivante (1532), un an après la mort de son | il faisait paraître son premier livre, un commentaire du De Clementia de Sénèque, qui le mit dans la misère, car il n'était pas riche et l'impression lui avait coûté cl Préparé par les sentiments qu'avaient pu lui inspirer les affaires de sa famille, et ses études, il éprouva une curiosité sympathique à l'égard des idées luthériennes. Il fréquentait beaucoup chez un de ses compatriotes, riche marchand de la rue Saint-Martin, Utienne de la Forge, qui recevait dans sa maison tout un groupe d'amis hérétiques, et

re autres Gérard Roussel. L'évolution de la crovance s'est

faite dans l'esprit de Calvin lentement et progressivement. Les moments étaient difficiles. La sanglante année 1535 fut fatale au groupe de la rue Saint-Martin. Dénoncé et appréhendé, Etienne de la Forge monta sur le bûcher le 16 février; ses amis traqués, Calvin dut s'enfuir précipitamment. Il erra : il alla à Nérac, à Poitiers, à Noyon, où il fut reconnu, saisi et emprisonné. Rendu à la liberté, il passa la frontière, gagna Râle où il acheva son livre de religion qui devait avoir un si considérable succès, 1 Institution

LE DRAMti PROTESTANT. — FRANÇOIS II 171

chrétienne et qu'il imprima en lo36 ; enfin, cette même année, à vingt-sept ans, encore modeste personnage inconnu, il arrivait à Genève.

Vieille ville contemporaine des Romains, Genève avait eu une existence mouvementée au Moyen âge, la seigneurie de son territoire s'étant trouvée perpétuel lement disputée entre son évêque et le comte puis duc de Savoie. Au milieu des deux compétiteurs les bourgeois avaient fini par soutenir qu'ils n'appartenaient ni à l'un ni à l'autre, qu'ils étaient citoyens d'une ville libre impériale et qu'ils devaient être indépendants. On nommait les partisans de cette théorie libertins ». Les libertins cherchèrent un appui au dehors, le trouvèrent, se confédérèrent avec les cantons de Fribourg et de Berne, d'où, dit-on, le nom allemand de contédéi sidgenossen, origirtè du mot huguenots, et, finalement, ayant chassé les partisans des ducs de Savoie — ceux de l'éveque avaient disparu de bonne heure — demeurèrent les mail. Genève devint comme une sorte de république libre sous la vague domination de l'empereur germanique, avec un grand conseil pour la diriger. Les idées luthériennes accueillies avec faveur, se développèrent sans trop de peine Un instant il y eut quelque résistance, mais le grand conseil décida de laisser aux bourgeois la complète liberté de leurs croyances. Là-dessus l'hérésie se développa au point qu'elle finit par avoir la majorité dans la ville. Alors se produisit un phénomène que nous verrons se répéter en France. Ayant acquis la prépondérance, les protestants décidèrent qu'il ne leur était plus possible de tolérer à côté d'eux « l'erreur, l'idolâtrie, la superstition», qu'il fallait « secouer le joug de L'antechrist romain», et le 27 août I' le grand conseil abolissait à Genève l'exercice de la religion catholique. Les images et les croix des églises furent abattues, les autels renversés, les prêtres bannis. Asile assuré désormais de la doctrine nouvelle, Genève pouvait être le refuge de ceux qui en France fuyaient la persécution et qui accoururent. Un des premiers se trouva être Guillaume

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être autorisé à remplir les fonctions de pasteur Son BU< fut rapide; il jouit bientôt d'une autorité incontestable A quelque temps delà les pastcm- s'étanl rassemblés pour

décider la rédaction d'un catéchisme, ce fut lui <jui fut chargé du travail. Grâce à la ferveur néophyte des tants de la ville, la réunion des pasteurs jouissait d'un pouvoir moral extraordinaire, susceptible m le faire é> au pouvoir politique du grand conseil Par zèle religieux, les pasteurs décidèrent, afin de mettre les mœurs de leur ville en conformité avec la doctrine chrétienne, de faire un règlement disciplinaire qui contraindrait les habitant pratiquer la vertu et à éviter le péché sous des peines sévères; c'était instituer un gouvernement ecclésiastique. Calvin rédigea le règlement : il le fit rigide. Àuss nombre de bourgeois protestèrent avec véhémence contre cette invasion dans le domaine politique des faits de conscience. Un parti s'organisa qui se posa en défenseur de? vieux Genevois soucieux de conserver intactes les libertés de la ville et l'indépendance du corps politique, contre ce qu'ils appelaient « les étrangers ». Le corps pastoral appela ses adversaires les « libertins » et la lutte s'institua avec âpreté. Les libertins eurent le dessus ; ils chassèrent les pasteurs. Calvin, réduit de nouveau à l'exil, se réfugia à Strasbourg où il ouvrit encore un cours de théologie afin de trouver de quoi vivre : il était dans une gène extrême, dut vendre sa bibliothèque, et prendre des pensionnaires. Mais entre temps, à Genève, la révolution changeait la face des choses; indisposé par les imprudences des libertins,

!o populaire se soulevait, et rendait la majorité aux partisans des pasteurs, dénommés les « évangéliques ». Calvin rappelé rentra le 13 septembre 1541. Définitivement les maîtres, cette fois, les pasteurs imposèrent leurs règlements disciplinaires, et, sur l'initiative de Calvin, organisèrent la cité conformément aux idées de celui-ci. Aux ministres appartenait d'enseigner la doctrine et de conférer les sacrements. Douze anciens élus et les ministres réunis formaient un consistoire qui veillait sur les mœurs des citoyens, punissait les coupables de réprimandes, de censures, d'excommunications, et, pour les peines corporelles, signalait les délinquants au grand conseil. Tout luxe était prohibé ; les fêtes étaient interdites; les réjouissances réglementées; les opinions de chacun surveillées; la vie devenait austère et triste. Sous la direction de Calvin, dont l'autorité allait chaque jour grandissant et qui imposait peu à peu ses conceptions, le culte prit un aspect sévère. Il n'y eut plus de cérémonies; la prédication, la prière, la lecture de l'évangile, le chant des psaumes suffirent. Le baptême et la cène étant les deux seuls sacrements qu'on trouvât dans le Nouveau Testament, Calvin les conserva, mais le pain et le vin de la cène ne furent que des signes ou des témoignages et non, comme pour les catholiques, le corps et le sang du Christ. Par ses prédications journalières, ses leçons de thé >logie ininterrompues, bientôt si réputées qu'on venait de partout l'entendre, Calvin précisa et circonscrivit la doctrine. Sa renommée se répandit dans la France entière. On lui écrivit afin d'avoir des directions; infatigable et d'une activité prodigieuse, il entretint une correspondance universelle, encourageant, fortifiant, recommandant la constitution d'églises sur le modèle de celle de Genève, soutenant 1 écutés,

le tout dans cette langue qui fit le succès de son Institution chrétienne et le range parmi les bons écrivains français, souple, nette, ferme et claire. On accourait près de lui. De 13 000 âmes que Genève comptait en i;')43, elle passait à 20 000 en 1550. Calvin instruisait les ministres, puis les

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