CHAPITRE VI
LA RÉACTION CÀTHOUQ! K. HENRI fil
Causes de la réaction catholique contre le protestantisme âge
d'Henri III. 4574-15S9 Ses difficultés avec son frère le du i et
Henri de Réarn ; paix de Monsieur
1570. Les États généraux de Blois. . te avec les
testants, 4577. Le duc d'Anjou aux Paye-Bas. Guerre des an. paix de P'ieix, Il ivelle expédition du duc d'An, I aux P
1581 ; sa défaite, sa mort, 4584. Le prote .11 r du
trône de France. Violentes protestations. Le comi! 3 a Paris
Impopularité d'Henri III : les mignons. Henri III i 1er à la
Ligue, traité de Nemours, 4585. Guerre contre les protestants; Joyeuse battu à Coutras par le roi de Navarre, 1587 ; victoire de G à Vimory et Auneau, 4587. Hostilité croissante de la foule contre Henri III; la journée des barricades. 1588. Henri III vaincu. Les États généraux de Blois et l'assassinat du duc de Guise, 4588. Soulèvement de la France. Henri III réduit à s'unir avec Henri de Béarn. Marche sur Paris; assassinat d'Henri III. lbS9.
Aux conférences de Saint-Bris de 1 r>8f>. Catherine de Médicis discutant avec l'envoyé d'Henri de Béarn, le vicomte deTurenne, lui disait : a Le roi ne veut qu'une religion en France; » le protestant lui répondit : a Nous le voulons bien aussi. Madame, mais que ce soit la nôtre. » Et ainsi avait-il été fait en Béarn d'où Jeanne d'Albret avait banni le catholicisme. Les huguenul- Mit bien fini par
faire de la France, malgré elle, une nation protestante. La France n'a pas voulu l'être. Le règne d'Henri III est l'histoire de la réaction définitive des catholiques contre les intentions ou les tendances exclusives des réformés.
Jusque vers 1564 le développement du protestantisme
avait été en ascension constante. A partir de cette date il s'est arrêté. Les causes de cet arrêt sont multiples. Parmi les raisons qui ont amené une reprise du catholicisme, le spectacle des ruines accumulées par les huguenots a certainement compté pour une des plus efficaces. Lippomano traversant la France en 1577 relevait avec horreur tous les désastres non réparés qu'il rencontrait, villes dévastées, monastères i cathédrales en ruines, églises effondrées, tombeaux bris cendres déterrées; Orléans, Blois, Tours, Poitiers dans un état lamentable: « Cela fait pitié et peine à voir, disait-il ; on ne comprend pas que des hommes puissent se laisser aller à une si féroce barbarie pour sévir contre des pierres. » La concience publique se souleva. Et ces destructions n'en finissaient pas. Malgré la paix proclamée, notait Jean Faurin, les faits de guerre recommençaient perpétuellement. En vingt-sept ans le même Faurin a relevé dans le Castrais 159 sièges, prises de châteaux ou coups de force. Le peuple fut excédé. L'achèvement du concile de Trente ensuite avait produit dans l'opinion une impression favorable. L'Eglise catholique en présence des critiques dont elle était l'objet, avait revu et précisé sa doctrine, formulé son enseignement, réformé sa discipline. Le concile avait duré longtemps, au milieu de péripéties nombreuses, mais il avait terminé sa tâche et abouti à des décrets dont les définitions semblaient donner aux catholiques troublés satisfaction. Il y eut comme un affermissement de la croyance. Enfin une armée nouvelle adaptée aux temps nouveaux luttait contre la Réforme, la milice des jésuites, fondée par saint Ignace de Loyola en 1540 pour opposer au principe du libre examen dv^ protestants, celui tout opposé de l'obéissance passive, s'int nlisant les dignités ecclésiastiques, s' adaptant à toutes les formes de l'action sacerdotale, prédication, enseignement, confession, science théologique, prêchant partout, fondant des colle'-. Les jésuites se développèrent avec une telle rapidité et une telle puissance qu'à la fin du siècle, devenus un objet universel d'appréhension, ils étaient chassés de partout. Ils ont
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demi voilé de son père Henri II, front lan queuse, Henri III était loin d'être un soi C'était un prince doué de cette intelligence rive qui roit bien lea en sceptique, un peu gouailleur, avec une nu dilettante d'ailleurs amusé et par moment! Il
écrivait un à Villeroy : « Il y eut un roi en la Judée
par mauvais conseil fut perdu. Dieu en garde le roi de France ! Je sais bien, ce me semble, ce qu'il fan d je suis comme ceux qui se voient noyer et, par obéis sont plutôt contents de l'être que de se sauver. Ht puis, je serois seul de mon avis et je peux me tromper î » Puur le roi de France qui s'est trouvé, dans les conjonctures d'histoire intérieure les plus critiques, cet état d'esprit n'était guère celui qu'il fallait pour la fonction. Par aille m Henri ill était bon, d'un caractère doux, affable; il avait des yeux charmants quand il vous regardait en causant, .et de jolis coins de bouche quand il parlait. Il se tenait fort bien, avec un port noble et gracieux. Du reste très roi et pénétré de sa dignité. C'est lui qui a édicté des règlements pour développer le cérémonial autour de sa personne, cérémonial qui sera surtout appliqué sous Louis XIV et qui aboutissait à tenir les g ns écartés du prince, à faire multiplier les révérences « idolâtriques », non seulement devant le roi, mais devant les objets servant à son usage, « singeries, écrivait Claude Dupuy, charroyées ab ultimis Sarmalis en notre France: barbari moris sunt!»
Mais si Henri III, intelligent et spirituel, voyait bien les choses, à défaut d'énergie pour les diriger ; si, conscient de son titre, il voulait par les formes extérieures de respect inspirer le respect, beaucoup d'autres éléments venaient contrarier ces qualités. «Tout secontredit en lui », disait Morosini. Très délicat de santé, de constitution malsaine, sujet à des maux de
tête violents, à des abcès dans l'oreille, à une affection d<J peau où les médecins voyaient « certaine gale » pour laquelle ils lui faisaient prendre des bains de mer, à des Indigestions perpétuelles, il avait des goûts et des habitudes qui trahissaient un tempérament de dégénéré. Tous ceux <jui l'onl approché Font traité « d'efféminé ». Contrairement aux traditi de sa famille, il détestait les exercices physiques, avait en horreur de chasser et de monter à cheval, restait très tard au lit. En revanche il apportait à sa toilette un soin d'une exagération ridicule. Il inventaitdes modes plus extravagantes les unes que les autres, se couvrait de pierreries, mettait des pendants d'oreilles, des bracelets, des flots de bagues, se frisait les cheveux; surtout abusait des parfums, semait partout de la poudre de violette musquée ou des sacs de roa jusque dans son lit. Puis il adorait s'amuser. Très indifférent aux affaires — ■ surtout au début, ensuite il lui fallut bien s'en occuper — n'aimant pas le travail, il se jeta dans les plaisirs. Ce fut un homme de fêtes. Le médaillon de Germain Pilon qui le représente donne bien cette impression. En compagnie de camarades de son âge, ses amis, qui ne le quittèrent plus, il s'adonna à toutes les folies que des jeunes gens riches, insolents, ayant le droit de tout oser, peuvent se permettre. Il organisa une fois un dîner où le service eta.it fait par les dames de la cour habillées en hommes, tout le monde revêtu de soie verte; une autre fois, àChenonceaux, sur la terrasse, eut lieu un autre dîner dans lequel des jeunes femmes de la cour servaient encore, les cheveux ('pars sur les épaules et dans un décolletage exagéré. Mais les mascarades furent son triomphe. Au mardi gras, il s'habillait en femme, mettait une « jupe à la matelote, » rouge, noir, blanc et orange, un masque, et avec huit ou dix jeun - allait
rôderdans les rues, tapant les gens, s* introduisant dan- les maisons pour faire mille insolences, toute la nuit, jusqu'à heures du matin. Aux hais, il se déguisait avec une robe, « ouvroit son pourpoint, etdécouvroit sa . \ portant un
collier de perles et trois collets de toile ». Son -ont extrême
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naire De la pari d'un homme de pla lire, le un peu surprenant, On le vil aller en pèlerinaj et ;'i Cléry, à pied, de Pari a II se rendait d avec deux ou trois personnes • et tenant en m main patenôtres, les allait disant et marmonnant par I Il suivait des pro is de pénitents bleus, le i
un sac muni de deux trous pour les veux, la nuit, à la lueur des torches; il institua la confi
tion Notre-Dame et processionna coiffé d'un»- cagoule, cierge à lamain. Le peuple se moquait de lui, l'appelait « marguillierde Saint-Germain TAuxerrois, gendre dé Colas i I. se fit faire un chapelet dont les grain- sentaient des
tètes de mort, — il avait pris pour emblème la tète de mort. on la voit sur ses reliures, — et dansa dans les bals portant ce chapelet suspendu à sa ceinture. Henri III n'a pa> d'enfant. Ce prince distingué, spirituel, efféminé, 1 représente une fin dégénérée de race de cour.
Il était en Pologne, à Gracovie, lorsqu'il apprit la mort de son frère Charles IX, auquel il devait succéder Ne pouvant se souffrir dans cette contrée perdue, il s'enfuit la nuit achevai augalop d'une jumentqu'il creva par soixante-douze heures de course, en laissant les siens s'arranger comme ils pourraient. Il passa par Venise, où il fut très bien reçu. Catherine de Médicis l'attendait en France en gouvernant. Joyeux de monter sur le trône, Henri III fut aimable pour tous; il délivra son frère le duc d'Alençon et le roi de Navarre, à moitié prisonniers depuis leur dernière équipée, se montra prévenant pour les Guises, assura qu'il était disposé à accorder aux huguenots l'amnistie du passé et gagna les catholiques par sa piété recueillie. Puis il se maria en
février 1575. Il épousa une jeune et charmante enfant de vingt ans, Louise de Vaudémont, nièce du duc de Lorraine, mariage peubrillant, mais que malgré Catherine de Nfédicis il avait tenu à faire, étant épris de la jeune fille rencontrée par lui lors de son départ pour la Pologne. Blanche, aux traits fins, jolie, gracieuse avecune taille élégante et mince, des veux riants, très douce, très simple et très modeste, la reine Louise allait vivre assez effacée, adorant son mari qu'elle ne quittait pas des yeux, et ensuite assez négligée par lui. Henri III lui acheta près de Paris, à Ollainville, une propriété où elle passait ses longs mois d'été.
Si la reine ne devait pas s'occuper d'affaires, en revanche, le jeune frère d'Henri III, le duc d'Alençon, allait eau beaucoup d'ennuis au prince. Ce garçon, de deux uns plus jeune que le roi, par conséquent âgé de vingt-deux ans, petit, gros, carré, très brun de teint avec des cheveux noirs bouclés; d'ailleurs aimable et jovial, mais turbulent, brouillon et agité, était jaloux de son frère auquel il reprochait d'être le favori de leur mère et il ne l'aimait pas. Sous prétexte qu'on le surveillait, il s'enfuit de Paris, le 15 septembre 1575, caché dans une voiture, vint à Dreux et publia un manifeste où il assura qu'on voulait le mettre en prison. Le cas était assez grave. Il négociait avec Coudé, tendait la main aux protestants. Si ceux-ci le prenaient pour chef, les difficultés devenaient inextricables. Catherine de Médicis courut après lui afin de le décider à revenir, le suivit à Chambord. A ce moment, une troupe de 2 000 rettres allemands passait la frontière pour venir trouver Condé. Heureusement que le duc de Guise, gouverneur de la Champagne, les attaquait et les dispersait à Dormans, où il recul une arquebusade dans la figure qui lui fit une grosse balafre. De ce jour il sera appelé « le balafré ». Catherine finit par calmer l'orage en donnant 160 000 écus à Condé et une gaule au duc d'Alençon pour qu'il se crût en sûreté.
Mais, à la cour, sous un roi de vingt-quatre ans qui passait journées à se divertir au milieu de jeunes gens excités,