‹ Le siècle de la renaissanceChapitre 30 sur 51 · L-i Ligne, il prenait à partie lea mojenidonl «•«•H · texte numérisé non relu

L-i Ligne, il prenait à partie lea mojenidonl «•«•H

■ . 1 1 pâle et froid, sans grandeur ; l'effet du document fut insignifiant II ne restait plui qu'une lolutiOn, b

Les ligueurs. Catherine de Médicis se d

Champagne, à Epernay, discuta avec le d

de Bourbon. Ceux ci réclamaient la guerre contre

tauts ; le problème était insoluble : le roi n'avait pas | d'armée et d'argent pour attaquer les réformés qu'il d avait pour poursuivre les partisans de Guise. Cathei répondit que ce serait alors aux ligueurs à supporter 1'.' j< de la guerre et de la dépense. Les Guises répliquèrent en exigeant des places de sûreté. Ainsi territoire et auto, tout le royaume se dépeçait par lambeaux.

Ces pénibles négociations traînèrent trois mois. Finalement il fallut céder. Par le traité de Nemours, du 7 juillet 1585, le roi consentait à édicter que le catholicisme serait la seule religion admise en France, que les sujets devraient dans les six mois faire acte d'adhésion au catholicisme ou bien quitter le royaume; les chambres miparties étaient supprimées, les places de sûreté données aux protestants, retirées ; d'autres livrées aux ligueurs pour cinq ans ; leurs chefs, le cardinal de Bourbon, Guise, Mercœur, Aumale, Elbeuf avaient le droit d'entretenir autour d'eux des gardes personnelles ; pour achever il était reconnu que la Ligue avait décidément agi au mieux des intérêts de Frétât : c'était pitoyable ! Après avoir tout cédé aux protestants, le gouvernement maintenant se livrait aux ligueurs pieds et poings liés, devenant leur chose. « Le roi étoit à pied, disait l'Estoile, et la Ligue à cheval. »

Le plus atteint fut Henri de Béarn. Il avait toujours répété qu'il ignorait s'il monterait jamais sur le trône, mais que ce qu'il savait bien c'était qu'il ne fallait pas forcer les consciences et qu'on devait laisser les gens libres de croire ce qu'ils voudraient. Le traité de Nemours l'accabla. « L'appréhension des maux que je prévois est telle, disait-il au

lA REACTION CATHOLIQUE. — HENRI III 261

marquis de la Force, qu'elle m'a blanchi la moustache. » II écrivit au roi de France une lettre de protestation éloquente. Les huguenots désespérés prescrivirent des jeûnes et des prières. Après vingt ans de luttes, ils en revenaient au point de départ et cette fois en présence d'un adversaire formidable, la foule anonyme, dont la force était décuplée par la confiance dans le succès et la certitude qu'elle avait le vent en poupe.

Ici le Henri III moqueur et gouailleur se retrouva. Il était aussi outré que qui que ce fût de l'extrémité à laquelle il se trouvait réduit. Il notifia aux ligueurs qu'évidemment il était obligé maintenant de faire la guerre aux calvinistes, mais que pour cela trois armées lui étaient nécessaires; c'était à eux à les lui trouver. Il lui fallait ensuite de l'argent; comme il était prêt, en ce qui le concernait, à se ruiner et à donner « jusqu'à sa dernière chemise », il estimait que les catholiques devaient en faire autant : en conséquence il prévenait qu'il n'allait plus payer les gages des officiers, les rentes de l'Hôtel de Ville, qu'il allait mettre un impôt sur les bourgeois et faire vendre des biens du clergé. La riposte provoqua des exclamations vives. « J'ai bien peur, répondit Henri III, qu'en pensant détruire le prêche nous mettions la messe en grand danger ! » Des trois armées demandées Tune garderait le roi à Paris, la seconde, avec Mayenne, marcherait vers le midi contre Henri de Béarn, et la troisième — comme on annonçait que les protestants d'Allemagne allaient venir au secours de leurs coreligionnaires de France, — surveillerait la frontière de l'est sous les ordres de Guise. Décidé à marcher, Henri III écrivit au roi de Navarre l'invitant à abjurer, sommant les huguenots <le cesser leurs prêches et de rendre leurs places de sûreté : c'était la déclaration de guerre. Henri de Béarn envoya de tous côtés des lettres rendues publiques afin de justifier sa conduite et de rejeter sur les Guises la responsabilité des événements qui se produisaient. Il renouvela son désir de s'instruire sur le fait de la religion, à condition que ce lut

devant un concile réun fi et ; il déclinait Fini

à faire cesser les prêches el â rendre lei villes de

I protestante multiplièrent 1rs fartum

daienl au lieu d'attaquer, él reprochaient gauchement

catholiques d'attenter à l'autorité du roi, [u'on leur

avait tant imputé à eux-mêmes jusque-là.

Sur quoi, le 9 septembi le R me, irriva u

bulle retentissant»', sollicitée par les ligueurs du | Quint, qui excommuniait solennellement II- I

et son cousin le prince de Condé, les déclarait t< tiques, relaps, les proclamait incapables 'le porter la ronne et consacrait leur déchéance définitive aux jeux catholiques convaincus. Le coup était rude. Le roi Navarre en appela à la cour des pairs. Comme il i traire aux lois du royaume, s'écriait-il, que le pape B* arroge le droit de fixer ainsi la succession au trône, la bulle nulle et irrecevable en France. Des pamphlets soutinrent sa protestation. Les juristes estimèrent aussi que cet acte était un attentat aux droits de la couronne. Le clergé surpris se taisait: les politiques manifestaient ouvertement leur indignation.

Tout de même les ligueurs mirent sur pied leurs trois armées. Les hostilités traînèrent. Condé avait réuni des trou en Poitou, mais ces troupes se débandaient. Mayenne occupa quelques places dans le Limousin. Henri de Béarn évoluait, se tenant sur la réserve. Une fois de plus Catherine de Médicis chercha à arranger les choses; des conférences eurent lieu à Saint-Bris, entre Cognac et Jarnac, le 18 octobre 1586; la solution aux difficultés était toujours la conversion du roi de Navarre, mais toujours, par loyauté, Henri de Béarn faisait la même réponse; puis dans l'état où étaient les esprits, après la bulle pontificale, cette conversion ne lui eût pas gagné ses ennemis défiants et lui eût fait perdre ses amis; il demanda qu'on réprimât la Ligue et qu'on la supprimât : les conférences ne purent pas aboutir. Pendant ce temps, à Paris, le public inquiet de ces pourparlers

s'agitait; les Seize, déclarant qu'il n'y avait à avoir aucune confiance dans Henri III, proposaient de mettre la main sur lui : c'était sérieusement l'ébauche d'une insurrection, prologue peut-être d'une révolution escomptée. Effrayés de esprit démagogique les Guises refusèrent de suivre : l'affaire en resta là pour le moment.

Attendus depuis longtemps, les Allemands parurent enfin à la frontière au nombre de 35 000, retires, lansquenets, Suisses et Grisons, commandés par le baron de Donna. Leur intention était d'aller donner la main au roi de Navarre dans le midi. Avec 15 000 hommes le duc de Guise les suivit. Les Allemands prirent par Châtillon-sur-Seine, se dirigeant vers la Gharité afin de passer la Loire. A la tête de quelques troupes, Henri III vint se poster en observation à Gien. Il avait expédié contre Henri de Béarn, pour le contenir, son jeune favori, le mignon affectionné, Joyeuse, et lui avait confié ses meilleurs soldats. Joyeuse s'avança, prit Saint-Maixent et à Coutras heurta les troupes du roi de Navarre; ses forces étaient deux fois supérieures; il attaqua (20 octobre 1587). A voir l'armée catholique, bien équipée, nombreuse, et l'armée huguenote couverte de haillons, pauvre, les épées rouillées, il semblait que le résultat ne pût être douteux. On avait compté sans la vaillance d'Henri de Navarre; il chargea avec une vigueur qui entraîna son monde; les catholiques furent culbutés; 400 gentilshommes ligueurs restèrent sur le carreau; renversé de son cheval, Joyeuse reçut trois balles qui I*' tuèrent : il avait vingt-huit ans. Cette bataille de Coutras était la première victoire que remportaient les huguenots depuis le début des guerres civiles. Elle fit grand effet et provoqua chez les ligueurs une recrudescence d'exaspération surtout contre Henri III. On reprocha au roi d'avoir sacrifié son armée et l'intérêt géitéral à la stupide envie de fournir à un jeune homme sans expérience, son mignon, l'occasion d'acquérir quelque gloire militaire. Mais cette victoire fut sans résultat pour les calvinistes; ils

i i. SIÈCLE DE i \

• ut di\ trop peu nombreux en arme* 11 i

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adorai! . On le lui a : up reproi bé

I lenonçanl à passer 1 1 Loire du i le la Char Allemands revinrent vers le nord, dani la direction d<

ice, avec l'intention, par un sur le Vendômois el Saumur où la Ira I.

sérail plus facile. Le duc de Guise les suivit. A Vina près Montargis, il eut occasion d'attaquer une partie de leurs colonnes, d'incendier un camp, de prendre la et les chevaux Ce succès fut bruyamment célébré seconde fois, par une marche forcée effectu orpi

d'élite, il put surprendre les ennemis à Auneau 24 novembre 1587), et les tailler en pièces : 2 000 Allemands tu massacrés. Le reste était découragé; l'hiver s'annonçait rude : ils n'avaient pas de vêtements, manquaient de vivres. Ils allèrent trouver Henri III qui s'était avau s Ven-

dôme et qui consentit par traité à leur laisser reprendre tranquillement le chemin de l'Allemagne. Les Guises qui se disaient en mesure d'achever le reste des envahisseurs, muni testèrent leur vif mécontentement.

De retour à Paris, Guise fut acclamé. Ainsi, répétait le public, le roi n'avait rien fait, qu'envoyer son indigne favori, Joyeuse, faire battre les troupes catholiques à Coutras; Guise seul,"' avec des moyens modestes, avait abouti à un résultat. « Saùl en a tué 1000 et David 10 000 », répétaiton. On appelait le duc « Moïse, Gédéon, David », et sa popularité croissait de tout ce qu'Henri III perdait par Panimadversion publique. Le roi, informé, fut irrité au dernier point. Il sentait grandir chaque jour devant lui cette autorité menaçante de Guise : l'absence d'héritier direct, la perspective d'un successeur huguenot dont le royaume ne voulait pas, les discussions publiques sur le droit des Etats généraux de reprendre l'antique privilège de la nation de choisir son roi, la candidature latente de Guise à la couronne, le danger, si les affaires s'enveni-

maîent, de voir les gens hâter le moment où se ferait la transmission du trône, constituaient pour lui un ensemble d'éléments rendant sa situation intolérable. Il commençait à craindre sérieusement. Sa couronne, sa vie même, en somme, étaient en danger. Il se fit lire Polybe, Machiavel. Il résolut de tâcher de se constituer autour de lui un noyau de gens sûrs, dévoués, solides, susceptibles au moins, en cas d'extrémité, de défendre ses jours. Déjà en 1578, vaguement préoccupé de considérations de ce genre, il avait créé un nouvel ordre de chevalerie, le fameux ordre du Saint-Esprit, — à l'imitation de ce qui avait été jadis fondé par un d'Anjou, — pour remplacer l'ordre de Saint-Michel, œuvre de Louis XI, trop discrédité par l'abus qui en avait été fait. Les nouveaux chevaliers, qui ne pouvaient être plus de cent, portaient un cordon bleu, prêtaient des serments de fidélité rigoureuse. « Sa Majesté, écrit l'Estoile, s'étoit avisée de se fortifier desdits nouveaux chevaliers qu'elle croyoit lui être prompts et fidèles défenseurs, advenant quelque émotion. » Il ne s'en tint pas là. Il recruta un corps spécial de 45 gentilshommes, surtout des Gascons, bretteurs vigoureux, hardis, dans la force de l'âge — de vingt-cinq à quarante ans — sans scrupules et gais compagnons; il leur donna 1 200 écus de gages, ce qui était beaucoup pour le temps, les nourrit, leur passa tout, ne leur refusa rien, mais exigea d'eux un dévouement absolu. Ces individus, brutaux, comprirent : ils devaient être « les gardes sûres du corps du roi » et prêts à toutes les besognes. Ce qui se passait à Paris semblait justifier ces précautions.

De procli en proche l'agitation y croissait, la haine contre le roi montait. On ne se gênait plus maintenant pour s'exprimer sur le compte du prince en termes méprisants comme si l'ancienne religion de la royauté se fut évanouie. On le traitait de roi fainéant, de Sanlanapale; on affichait contre lui des placards injurieux. Couramment on finissait par dire qu'il était absurde de conserver sur le trône un sou-

DE i.\ I

verain aussi débile, faux e( funeste pour- la rel ndaleui

dans sa vi<\ révoltani par la manière don! il

à des mignons ÎDdignei Le lient

à constituer, à côté el en dehors des autorti

une manière de gouvernement rév<

aux magistrats des grandes villes de Pi

Amiens, Orléans, pour leur demander s'il ne

d'envisager l'éventualité de la déposition d'Henri III. I*a

duchesse de Montpensier disait « porter à sa ceintv

ciseaux qui donneraient la troisième couronne à f;

Henri de Valois ».

En présence de pareilles provocations. Henri III résolut de ne plus garder de mesure. Les Gui><s avant demandé pour un des leurs, le duc d'Aumale, le gouvernement vacant la Picardie, le roi refusa, et nomma à la place le duc de Nevers. Les événements allaient se précipiter avec une dramatique aggravation. D'Aumale occupait quelques villes de la Picardie. Avec impertinence le duc de Guise lui écrivit de les garder. Henri III notifia que si d'Aumale ne cédait pas sur-le-champ les villes en question au nouveau gouverneur désigné, il serait tenu pour rebelle et que sa passerait ; lui-même irait l'arrêter. « Si le roi part de Paris, répliqua insolemment le duc de Guise, je le ferai plus tôt penser à revenir qu'il n'aura approché les Picards d'une journée. » La lutte se déclarait. Le roi d'Espagne, qui suivait attentivement, engagea Guise à rompre avec le roi de France, lui offrant 300000 écus et 6 000 hommes de renfort.

Henri III appela sur-le-champ des troupes dans Paris, 4 000 Suisses. Les Seize mandèrent au duc de Guise qui se trouvait à Soissons de venir les rejoindre. Alors le roi signifia au duc qu'il lui intimait la défense d'entrer dans la ville. Guise hésita un instant, puis, montant à cheval accompagné de huit personnes, accourut à franc étrier. Le lundi 9 mai 1588, il arrivait à Paris au milieu d'une foule compacte qui l'acclamait de vivats enthou-

siastes, et si dense qu'il pouvait à peine passer. On le couvrait de (leurs, on baisait son manteau. « La France; dit Balzac, était folle de cet homme-là, car c'est trop peu dire amoureuse. » Calme et froid, nu-tête, droit sur son cheval, la figure, aux cheveux blonds bouclés, aux yeux vifs, à la balafre guerrière, impassible, ce héros de trente-huit ans, qui a été le personnage le plus populaire qu'il y ait eu pendant l'ancien régime, avait grand air : « on devenâil ligueur en le voyant», disait Mme de Retz. Il descendit à son hôtel de la rue Saint-Antoine.

Ce fut Villeroy qui vint annoncer à Henri III la nouvelle. « Gomment le savez-vous? s'écria le roi hors de lui; il est venu? Par la mort Dieu, il en mourra! » Et dans sa fureur « il jura contre sa coutume ». Guise alla trouver Catherine de Médicis chez elle, — elle n'habitait pas le Louvre, mais un hôtel construit pour elle, plus tard l'hôtel de Soissons, près de la rue Coquilliôre, — il la pria de se rendre avec lui au palais. La vieille reine montant en litière vint au logis royal accompagner le duc. Lorsqu'ils pénétrèrent dans le Louvre, toute la garde était sur pied, gardes françaises et Suisses en haie. L'abord du roi fut glacial. Sèchement Henri III demanda à Guise pourquoi il était venu malgré sa défense. L'autre répondit qu'il avait voulu se disculper des calomnies qu'on répandait sur son compte et d'ailleurs il n'avait pas jugé que l'ordre fut formel. Henri III s'exclama : une altercation allait suivre Catherine s'interposa afin de la prévenir. Guise prétextant qu'il était fatigué rentra chez lui, suivi d'une foule vibrante qui ne cessait ses acclamations. Le soir, les Seize tinrent conseil à son domicile avec les capitaines des quartiers et plus de 400 gentilshommes. On crut au Louvre à quelque coup de main, tout au moins une émeute; on passa la nuit dans les transes. Le lendemain, 10, au matin, Guise revint au château royal escorté d'une suite nombreuse. Il fut admis près du roi; il lui demanda le renvoi de son favori particulièrement exécré, le duc d'Epernon. Henri III rel'usa. Puis le

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roi parla; il «lit qu'il était exaspéré dei ♦•nt/.|,n-<- «I-

! - m- son pouvoir souverain ;

dans quelques détails, il avoua ses embaj nt, les

difficultés inextricables <!•- sa situation! !■

opposés qu'il «levait concilier. G nent

quelques phrases vagues on on j>L*n;ut lu?» mots <l de

secours.

Cependant défilaient dans les rues les troupes appel< par le roi et qui arrivaient. Elles se concentraient Louvre dans lequel Henri III s'était enfermé. Suif et gardes françaises furent ensuite disposés autour du i teau, afin de garder les abords. Des détachements s'ai curent jusqu'à la place de Grève et au cimetière de» Innocents. La cité fut garnie de soldats, les ponts barrés ( signifiaient ces précautions? In agitation extrême saisit la ville. Le bruit courut qu'Henri III se proposait de faire arrêter {20 personnes, les chefs de la Ligue, de les faire tuer, de procéder à une Saint-Barthélémy de catholiques; 10 000 huguenots, disait-on, arrivaient |>ar le faubourg Saint-Germain! Le tambour des Suisses battant un rassemblement provoqua l'alarme. Les boutiques se fermèrent; tout le monde descendit dans la rue; sur les places, dans les carrefours, les attroupements discutaient avec animation. Au coin d'une rue, des gens eurent l'idée de tendre des chaînes, de mettre des barriques qu'ils remplirent de terre et de pavés, de jeter des poutres, des meubles : c'était la barricade. Le signal était donné. Aux cris de « Vive l'Union » bourgeois, ouvriers, magistrats, se mirent à dresser partout des barrières semblables afin d'empêcher les troupes du roi d'avancer. Henri III ordonna à Crillon et à d'O de pousser d'un côté jusqu'à la place Maubert et de l'autre jusqu'à la rue Saint- Antoine afin de se dégager; il était trop tard ; ni Crillon, ni d'O ne purent passer. Le tocsin sonnait. Le bruit du tumulte grandissant remplissait les rues. Au marché Saint-Innocent, où se trouvait une troupe de 900 Suisses, une décharge retentit; on avait tiré sur eux;

20 hommes tombèrent; le reste mit bas les armes. A la rue Neuve-Notre-Dame, près Saint-Denis de la Chaire, dans la Cité, d'autres Suisses ayant tiré deux ou trois coups, on lit feu sur eux, aux cris de« tue, tue ! » Des fenêtres, les femmes jetaient des projectiles et assommaient les soldats en hurlant : « France, France, chrétiens, nous! » Il y eut 50 à 60 victimes. Des gardes françaises déposèrent leurs armes. Au Louvre, Biron disait qu'il n'y avait rien à taire à moins de tenter le siège de chaque rue, ce qui était impraticable On l'envoya ainsi que d'Aumont parlementer; à la première barricade, ils furent reçus à coups d'arquebuse et durent reculer. Sur les quatre heures du soir, Guise sortant à cheval alla recommander partout le calme, prescrivant de tenir bon, mais de ne pas bouger. Il renvoya au Louvre celles des troupes royales qui avaient mis bas les armes. Au dire de Nicolas Poullain, dans son Journal, les gens répétaient qu'il fallait tuer le roi, tout au moins le prendre, changer son gouvernement et le réduire à l'impuissance.

Le désarroi au Louvre était complet. Les princesses effrayées pleuraient. Catherine de Médicis, le soir, par des rues détournées, se fit porter à l'hôtel de Guise et là eut une explication avec le duc. Enfin que voulait-il, qu'exigeait-il? Guise répondit qu'il demandait à être nommé lieutenant général du royaume, que les grands gouvernements de province fussent réservés aux ligueurs, qu'on éloignât les gens suspects, que les princes huguenots ne pussent pas succéder à la couronne et qu'on assemblât les Etats généraux. Catherine rentra sans avoir rien promis. La nuit qui suivit, on demeura sur le qui-vive ; puis le lendemain Catherine fit dire au duc de Guise de venir au Louvre causer avec le roi. Mais le duc refusa, prétextant qu'il ne pouvait pas se livrer ainsi à ses ennemis. Là-dessus des incidents violents s<> produisirent dans les rues. Des étudiants, descendant de la mon tagne Sainte-Geneviève en tumulte et criant, tâchaient de se diriger vers le Louvre L'agitation s'accentuait; des préparatifs s'annonçaient comme d'un etVort violent qui allait être

270 ! I DE i.\ RENAISSANCE

tenté afin d'attaquer les troupea ro\ .!••dence <lu souverain Le d devenait i ant. Il

vrai que le roi avail la faculté d< tuver ; I

ries, alors hors de Paris, le mur d'enceinte de 1s ville parvenanl à peu près vers le milieu de 1 ^ galerie du I l'eau, à une porte située le I Porte

Neuve. Cette porte étail encore libre. L ;• chands et les échevins de Paris vinrent trouver Henri III t lui expliquèrent que de minute en minute la situation s'aggravait ; il n'y avait (ju'un remède, faire retii troupes dont la présence avail provoqué l'émeute Henri III répondit qu'il ne retirerait ses troupes que *i on enlevait barricades. Les insurgés firent rii qu'ils n'enlèveraient

les barricades que lorsque les trouj nt parties On

ne pouvait pas s'entendre. A ce moment, i - du

soir, quelqu'un vint prévenir le roi qu'un fort détachement de Parisiens longeant les murs de la ville, en d< I our-

nait les Tuileries, se dirigeant vers la Port-' Neuve afin de s'en rendre maître. Henri III allait être bloqué. Il n'y avait plus de temps à perdre. Il descendit au jardin comme allait se promener, gagna les Tuileries où se trouvaient écuries, changea rapidement de costume, monta à cheval et avec très peu de monde — les Parisiens ne tenaient j a encore toutes les issues — partit au galop dans la direction de Saint-Cloud. Seigneurs de la cour et secrétaires diktat le suivirent peu après non sans essuyer, sur les bords de la Seine, force salves d'arquebuse. Les reines demeurèrent. Henri III parti, on donna l'ordre aux troupes de se replier, puis Suisses et gardes françaises quittèrent à leur tour Paris afin d'aller rejoindre le roi. Celui-ci couchait le soir à Rambouillet et le lendemain s'installait à Chartres. En 1575, sa mère lui avait écrit : « Vous aimeriez mieux être mort que vous voir chassé ou vaincu. » Aujourd'hui il était l'un et l'autre.

Guise demeurait le maître. Il s'assura de la Bastille, de Vincennes, de l'Arsenal, fit élire une nouvelle municipalité,

ne tenant pas assez l'autre dans sa main ; il pria le premier président du parlement, Achille de Harlay, de continuer l'administration régulière de la justice, mais Harlay lui répondit hautement : « C'est grand'pitié, Monsieur, que le valet chasse le maître ! » Il révoqua le prévôt de Paris et en nomma un autre. Les Seize de leur côté cassèrent de leur autorité privée des curés suspects de modérantisme et les remplacèrent : « Ils se font rois et papes, » dit Henri III en haussant les épaules; des colonels, capitaines et quarteniers de la milice de la ville jugés trop tièdes furent également changés.

La nouvelle des événements de Paris produisit en France une impression mélangée. Entre les catholiques fougueux et les protestants, le parti modéré de ceux qui se préoccupaient de voir l'Etat tomber dans l'anarchie, parti d'honnêtes gens, calmes et sensés, dénommés catholiques royaux ou politiques, augmentait. La Journée des Barricades, comme on l'appela, causa autant d'indignation chez les uns que de joie chez les autres. Beaucoup demeurèrent perplexes. « Celte journée, écrivait d'Àubigné, mi-partit le royaume, la cour, toute province, toute ville, toute famille et bien souvent la cervelle d'un chacun. » Des protestations nombreuses de fidélité et de loyalisme affluèrent au roi, môme et surtout de Paris, provenant soit de particuliers, soit des corps constitués. Ce mouvement inattendu embarrassa les ligueurs. D'ailleurs, que pouvaient-ils faire maintenant de leur victoire et que résoudre? Machinalement ils cherchèrent à faire parvenir à Chartres des essais de justification ; grave concession ! Mais Henri III était encore bien plus embarrassé qu'eux. Profondément affecté de son humiliation, en proie à une peine extrême, il ne dormait plus. Que devait-il faire? Sur qui et sur quoi était-il en mesure de prendre appui? Le malheur voulait qu'il se trouvât dans la nécessité — les politiques ne comptant pas encore — de se retourner ?ers cette Ligue qui était sa pire ennemie II tâcha de le faire dignement. Il prononça, en réponse aux ouvertures des Pari-

Il II 1)1- I A

liens, quelque* parole* bautaii

leur ingratitude, leur oubli de ce qu'il ai une

ville dans laquelle il avail i es dé plus qu Il restait à convenir des conditions d Henri III

consentit i Bacrifîer le duc d Epernon, lui enl< nemenl de Normandie, qu'il donna au duc de Mont] d beau-frère de Guise, en priant upernon Provence. Il accepta une partie des i bangemei Paris et il annonça qu'il convoquait l< Blois. Quant aux huguenote, il était entendu qu'il les suivrait, qu'il n'admettrait pas le roi de NavaiTe comme héritier présomptif, mais le cardinal de Bourbon ; il donnait quatre villes de sûreté «I»' plus à la L ' Henri de G

était nommé généralissime des ami''".- «lu roi. Le tra dit « édit d'union », fut conclu. Henri III contresigna! défaite. Ne comprenant pas l'impuissance irrémédiable du prince, les politiques indignés de cette faibles dans des libelles : « Il y a bien des d j»our montera

une couronne, il n'y en a point pour en descendit*. Il ne faut pas que les partis te reçoivent et que tu ailles à eux; il faut qu'ils viennent à toi et que tu les reçoives. Etre roi, c'est ton parti. Celui qui a entrepris de te faire fuir aujourd'hui entreprendra bien de te faire mourir demain. » Le faire mourir demain ! c'était bien la conviction intime qu'avait Henri III touchant les projets de Guise. La question qui se posait entre lui et le nouveau généralissime, déjà roi de fait avant de l'être en titre, était celle de savoir quel était celui des deux qui aurait raison de l'autre. Le drame se précipitait. Les élections aux H.tats généraux donnèrent des résultats entièrement favorables aux ligueurs. Les catholiques royaux furent battus; les protestants n'avaient pas affronté la lutte. L'ouverture de l'assemblée eut lieu en octobre lb'88 à Blois, par une procession du Saint-Esprit, et la séance royaie se tint le 16, toujours dans la grande salle des anciens comtes, en présence des princes et princesses, grands-officiers de la couronne et seigneurs de la cour. Comme grand-maître, le

duc de Guise était assis au-dessous du roi, face à i assemblée dont il était en réalité le vrai chef Le discours

du roi fut élevé, ferme, personnel. Henri III protesta de ses intentions loyales de défendre la religion catholique; il était disposé à accueillir favorablement les propositions de réforme que lui feraient les Etats, mais il ne pouvait pas ne pas s'élever contre toute ligue qui, pratiquant des menées, levant des subsides et des troupes, constituait une atteinte à son pouvoir royal. Il consentait à amnistier I*passé, à la condition que des faits de ce genre ne se produisissent plus. C'était assez brave. Il ne parla pas de sa succession.

Les débats aussitôt commencèrent. Les sentiments hostiles de rassemblée ne firent pas doute dès le premier moment. Elle commença par exclure du trône le roi de Navarre et signifia qu'elle entendait qu'on le combattit vigoureusement. Il fut question des finances; le budgel des recettes et dépenses du royaume que présenta le gouvernement excita la défiance et fut tenu pour inexact. Les uJats réclamèrent des suppressions d'offices, l'abolition d'imj récents, la réduction de la taille au chiffre où elle était du temps de François Ier. Henri III proposait un emprunt pour faire la guerre. L'assemblée riposta que si elle accordait cet emprunt elle entendait en surveiller elle-même l'emploi. Elle devenait agressive; elle s'enhardit. Elle révoqua 35 officiers de finances, innovation extraordinaire Elle dit qu'il fallait que ses décisions eussent simplement force de loi sans autre confirmation, ce qui était toute une r< lution; et qu'elle partie, d'ailleurs momentanément, un procureur général tenant sa place, surveillât l'exécution de volontés. Que devenait avec toutes ces mesures, l'autorité royale traditionnelle, absolue, et sa « pleine puissance Henri III était exaspéré. Ce n'était un secret pour personne que les Etats étaient menés par un comité où se préparaient les motions, comité qui comprenait entre au très lien ri d>('ii, le cardinal de Guise, son frère, le cardinal de Bourbon et

l.E SIÈCLE DE LA RINAISSANCH. 18

i hevéque de I «3 on, d'Ep I )a voulaient ili en r< Burtoui Guise V Evidemment commen bi paj i à l'étal de fantôme, le roi doute plus facilemeni raison de lui A i H Ili

cendrait, Guise monterait On opposait d'ui rante dans les conversations lei mots • guii listes »; on réclamait pour le duc des pouvoirs de plus plus étendus; on parlait de lui faire donm blie

par les Etats et non par le roi, encore une révolu! Pratiquement, Guise, entouré d its qui lui

dévoués et de ses partisans, était le mattre dans Bloîs Alors se posa, aux yeux du roi, hors de lui, le problèm ju'il

était dans sa simplicité angoissante : un sujet, mieux un étranger, s'élevant en face du souverain légitime, s'était rendu omnipotent et, entraîné par une ambition dé cherchait à renverser ce souverain afin de prendre sa pla comme roi, Henri III avait devant lui un rebelle crin; de lèse-majesté; comme homme, un meurtrier qui voulait le détruire. Le problème posé, la solution se préseï d'elle-même : il fallait prévenir et agir. L'idée d'un j ment effleura à peine l'esprit du roi. « Des juges? disait-il plus tard à un président de Paris qui lui posait la question, et où en aurais-je trouvé? » Il était vrai que la Frarrce presque entière était ligueuse. Avant de se décider à frap; Henri III consulta ses fidèles : d'Aumont, Rambouillet, d'Angennes. d'Ornano, Beauvais-Nangis. A une exception près, tous déclarèrent qu'il n'y avait pas à hésiter, l'occasion était unique ; on avait Guise à Blois, sous la main, facile à surprendre; on rappela ses propos menaçants, ses provocations. Mieux valait en finir. Une démarche du duc précipita la catastrophe.

Le jeudi 22 décembre, en sortant de la messe, Henri III fut suivi de Guise qui sollicita du prince une explication. Le duc déclara avec animation qu'il se voyait l'objet de la part de Sa Majesté d'une antipathie croissante, que tout ce qu'il faisait et disait était pris par elle dans un sens défavo-

rable; cette situation était « insupportable »; il en avail assez; il voulait s'en aller et il donnait sa démission de généralissime. Surpris de cette scène, le roi refusa la démission. Une discussion orageuse suivit. Guise reprenant ses griefs, renouvelait ses offres de retraite; Henri III persistait à ne pas l'accepter. La discussion dura longtemj la vive anxiété de ceux qui, de loin, suivaient sans comprendre. Mais rentré chez lui, le roi fut convaincu que Guise « voulait rendre cette charge parce que les Etats lui avaient promis de le faire connétable » ; il eut la certitude que le duc allait s'enfuir : il n'y avait plus une minute à perdre. Henri III fit venir Crillon commandant du régimenl des gardes et l'interrogea; Crillon répondit qu'il tuerait bien Guise en duel si on voulait, pas autrement. Là-dessus le chef des 4$ gentilshommes, Loignac, assura le roi qu'il pouvais compter sur ses hommes et qu'il en répondait.

Henri III se prépara avec un sang-froid et une présence d'esprit extraordinaires. Le soir, après souper, il commanda son carrosse pour le lendemain quatre heures, comme s'il voulait aller faire une excursion. Il prescrivit de convoquer le conseil pour six heures du matin et d'y appeler spécialement Guise, son frère le cardinal et l'archevêque de Lyon. Les 45 devraient être au château dès cinq heures et Loignac aurait soin de choisir parmi eux une dizaine d'hommes résolus. A neuf heures du soir, le capitaine des gardes, M. de Larchant, fut mandé et reçut l'ordre de se trouver ave< hommes dès sept heures du matin dans le grand escalier afin d'interdire à qui que ce fût de monter ou de descendre dès que le duc de Guise serait passé : il enverrait un détachement garder aussi l'escalier qui allait de la galerie des (. au vieux cabinet du roi, sur la cour. A minuit. Henri III alla se coucher dans la chambre delà reine, après avoir recommandé à son valet de chambre du Halde de le réveiller à quatre heures.

A quatre heures du matin, du Halde vint frapper à l i

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