LE SU U
porte <( Qui esl la .' fit la femme de chambre, Mme de Piolant. — C'est du Halde; dites tu roi qu'il esl qu
heures. — Il dort et It rein* ; Eveillez le, il me
l'a commandé » Henri III n'avait j mé l'œil II
se jeta à bas de son lit i Piolant, fi* il, i 1
ma robe <it mon bougeoir. » Il passa dana ion « . —
Quand on monte par le grand escalier- de Blois, Oïl second, à gauche, dans une sall<' dea gardes; la pour venir sur la façade qui regarde aujourd'hui la ville, autrefois les jardins, on a, à droite, l'appartement de la rei
lequel s'étend jusqu'à la grande salle des 1. I rat la
première pièce est la chambre à coucher; à gautle-. b pièces qui se suivent : le cabinet du conseil, la plu- dans laquelle le roi prend ses repas; la chambre à c du roi ou chambre de parade; le cabinet du roi. Atte à la chambre de parade, mais donnant sur la cour, est l'ancien cabinet du roi, a le cabinet vieil ». — Le roi trouva dans son cabinet du Halde et de Termes. Ceux des 45 qui avaient été désignés arrivaient un par un dans la chambre de parade; au fur et à mesure Henri III, suivi de Termes qui tenait le bougeoir, les faisait monter par un escalier dérobé à l'étage supérieur et les enfermait dans de petites chambres qui avaient été préparées soi-disant pour des capucins. A six heures, les membres du conseil arrivèrent et prirent place dans leur salle. Alors le roi fit descendre les gentilshommes enfermés et les mit dans sa chambre de parade en leur recommandant de ne pas faire de bruit afin de ne pas réveiller la reine, sa mère, qui couchait au-dessous. Cela fait, il vint au conseil. Guise n'y était pas encore. Henri III prit la parole. Il rappela tout ce que depuis quelques années le duc avait entrepris contre son autorité; les insolences « de cette âme ingrate et déloyale », son audace d'être venu à Paris la veille des barricades, malgré la défense qui lui en avait été faite. Maintenant, ajouta-t-il avec force, ■ dans son ambition démesurée, il est à la veille d'oser entreprendre sur ma couronne et sur ma vie, si bien qu'il m'a réduit en
cette extrémité qu'il faut que je meure <»n qu'il meure et que ce soit ce matin ». Il était résolu à prendre les devants; il demandait aux membres du conseil leur assentiment. Interdits, les conseillers s'inclinèrent. De là Henri III revint dans sa chambre de parade et, réunissant ceux des 45 qui étaient venus, leurdit tout ce qu'il avait fait pour eux, l'honneur qu'ils avaient d'être attachés à sa personne, la confiance qu'il leur témoignait; jamais il ne leur avait rien refusé et il les avait comblés. Maintenant c'était à lui à solliciter leurs services. Ils savaient quelles étaient les violences du duc de Guise à son égard, ses injures, ses provocations. Les choses en étaient au point qu'à l'heure qu'il était, sa couronne et sa vie étaient menacées. Et il reprenait la phrase : « J'en suis réduit à telle extrémité qu'il faut que ce matin il meure ou que je meure! » Consentaient-ils à tuer le duc? Il avait parlé avec énergie. D'une voix les bretteurs s'exclamèrent qu'ils étaient prêts. « Cap de Dioiij Sire, fit l'un d'eux, Sariac, dans son patois gascon, ion lou bon rendi mort ! » Ils étaient huit qui avaient des poignards, plus leur chef, Loignac, avec son épée. On en plaça douze dans le vieil cabinet. Il était convenu que Guise serait appelé de la chambre du conseil dans ce vieil cabinet sous prétexte de parler au roi et que lorsqu'il traverserait la chambre de parade on l'exécuterait. Tout étant prêt, Henri III se retira dans son cabinet, la pièce à côté, attendant, fiévreux, agité, allant et venant.
Le cardinal de Guise et l'archevêque de Lyon étaient arrivés au conseil. Leduc de Guise qui avait passé la soirée de la veille en agréable compagnie, ne s'était couché que vers les trois heures du matin ; on lui avait remis à ce moment divers billets lui recommandant de faire attention. Il avait haussé les épaules : <c Ce ne serait jamais fait, avaitil dit, si je voulais m'arrôter à tous ces avis; il n'oserait! » A huit heures, il s'éveilla, passa un habit de satin gris et vint au conseil. Dès qu'il eut monté l'escalier, suivant la consigne, toutes les issues furent gardées. Il cuira, aaiua,
F.i DE LA M NAIf
;i e1 'lit qu'il avait froid, qu'on fît plus de l ' vant ensuite exprimé le désir de m inger qu i I on lui
apporta des prunes de Brignolei Un i faisail son rapport sur une affa Ls
gentilhomme ordinaire de M de Révol, un
peu pâle et vint dire à l'oreille du duc que le demandait dans son vieil cabine! (mise se leva, i;. manteau sur son bras gauche, jeta ses prunes but la table en demandant : « Qui en veut? » puis, prenant « Adieu, Messieurs », fit-il, et il passa la porte de la chambre de parade, que l'huissier Nambu referma sur lui a ciel L neuf des 45 gentilshommes étaient là, assis autour de la pièce; ils se levèrent comme par déférence Guise sain se dirigea vers la porte du vieil cabinet : il caressait sa barbe de sa main, était à deux pas de la portière, et, les gentilshommes le suivant, se retournait à moitié pour voir ce qu'ils voulaient, lorsque l'un d'eux, M. de Montféry, le saisissant par le bras, lui asséna un violent coup de poignard dans la poitrine : « Ah î » cria le duc en se rej< vivement en arrière; mais déjà un autre se précipitant à ses jambes, les tenait étroitement embrassées afin de l'immobiliser, pendant que tous se ruaient, frappant. Ce fut une mêlée horrible. A côté, au cri rauque de Guise, les membres du conseil s'étaient levés, devinant ce qui se passait, livides. On entendait le trépignement des pieds de la lutte, les appels déchirants du duc : « Ah!... quelle trahison!... Oh! mon Dieu!... Miséricorde!... » Puis ce fut le bruit sourd d'une chute lourde. Entraînant ses assassins suspendus après lui, Guise avait pu traverser toute la pièce et, frappé à mort, haletant, couvert de sang, s'était effondré près du lit du roi. « On tue mon frère! » s'exclama le cardinal de Guise d'une voix altérée. « Ne bougez pas, mort Dieu, Monsieur, fit violemment le maréchal d'Aumont en tirant son épée, le roi a affaire à vous. » Prévenu que c'était fini, Henri III souleva la portière de sa chambre, la figure décomposée, et regarda. Guise râlait. On le fouilla. Il ne tarda pas à expirer. On
jeta sur le cadavre un tapis d'Orient : deux larges flaques de sang tachaient le parquet.
Descendant à l'étage inférieur, le roi alla annoncer la sinistre nouvelle à sa mère, à ce moment malade. « Qu'avez-vous fait! » s'écria Catherine de Médicis terrifiée en joignant les mains; puis au bout d'un silence elle reprit : « Dieu veuille que vous vous en trouviez bien ! » Henri III dit avec fermeté : « Je suis seul roi maintenant ! » Il se trompait, il ne l'était plus !
11 ordonna d'arrêter le cardinal de Guise, l'archevêque de Lyon, d'Elbeuf, Nemours, Joinville, de mettre des gardes au cardinal de Bourbon. Il pensait d'abord se borner à l'incarcération du premier, puis le lendemain matin il se ravisa et ordonna de l'exécuter. Cette fois, personne ne voulut marcher; il fallut se rabattre sur trois soldats qui, dans une galerie où le cardinal fut appelé, consentirent à tuer le prélat à coups de hallebarde.
La nouvelle du drame de Blois parvint à Paris le 24 décembre, la veille de Noël, entre trois et quatre heures du soir. La ville fut bouleversée. Les rues se remplirent de gens criant : « Au meurtre! Au feu! Au sang! A la vengeance!» Le Gonseil de l'Union se réunit immédiatement à l'Hôtel de Ville, nomma le duc d'Aumale gouverneur de Paris, fit prendre les armes à la milice, occuper les portes et délibéra. Dans toute la France, après un moment de stupeur, ce fut une explosion de colère et de haine. Non, Henri III n'étaitplus roi, répétait-on, il était seulement «Henri de Valois, jadis roi de France » ; ce n'était qu'un « assassinateur, un meurtrier, un faux hérétique »! Des pamphlets violents parurent : le prince fut vilipendé, insulté, traîné dans la boue. Aucun roi de France n'a été traité comme Henri III le fut à ce moment. Virtuellement, son autorité n'existait plus. Il était « le tyran ». Prédications dans les chaires, couplets aux cai fours, caricatures, libelles, affiches, le concertd'imprécationa fut unanime. Moralement la déposition d'Henri III était cou-
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Bommée II recul des l( anonymes lui annonçant qu'il
serait â bref délai exécuté lui même II euf la on que
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sanl le meurtrier. La Faculté de tl, bonne, prononça « que le tyran étant déchu ». nul obligé de lui obéir. Le parlement était soupçonné cou;: parmi ses magistrats des politiques, gens dangereux, fui u ennemis delà religion catholique», entre autres le premier
sidenl de Harlay : on l'envoya à la Bastille ainsi que présidents Potier et de Thou, avec nombre de conseil! Brisson fut nommé premier président et Mole procureur général. Une déclaration fut publiée par laquelle la I. annonçait son intention de défendre la religion, de poursuivre judiciairement la mort des Guises et de protéger les I généraux. De fait, une commission judiciaire instituée par le parlement commença l'enquête : nous avons conservé une partiedes dépositions. Un héraut s'étant présenté de la ; d'Henri III fut roué de coups et notification publique fut faite que la Ligue refusait d'avoir le moindre rapport avec « Henri de Valois ». Paris était en insurrection. Les Seize écrivirent à toutes les villes du royaume afin de les faire juges. Presque toutes les villes se prononcèrent pour eux, Rouen, Amiens, Chartres, Reims, Troyes, Angers, Marseille, le Mans, Toulouse. A Bordeaux, Matignon restait fidèle, mais Péri^ueux et A^en se déclarèrent. Lvon manitesta le 2b février. A leur tour les gouverneurs de provinces suivirent.
Henri III était affolé; il pleurait, disant «qu'il s'estimeroit heureux que quelqu'un l'eût déjà tué ». Sauf Blois, Tours, Saumur, Bordeaux et quelques îlots, il ne tenait plus rien. Il prononça la dissolution des iitats généraux, expédia partout, pour expliquer ce qu'il avait fait, une déclaration qui ne fut même pas reçue. En mai, arriva de Rome pour l'achever une bulle de Sixte-Quint déclarant que si dans les dix jours
« Henri de Valois », disait le texte, ne relâchait pas le cardinal de Bourbon et l'archevêque de Lyon, il était excommunié ; et sommant le prince de venir à Rome répondre du sang du cardinal de Guise criminellement versé par lui. C'était le coup de grâce. La France entière tint Henri III pour excommunié.
Prenant le titre de lieutenant général, le duc de Mayenne se trouva être le chef de la Ligue. Il convoqua les Etats généraux. Dans sa détresse pitoyable, le malheureux Henri III le déclara, lui et d'Aumale, félons : il appelait à son secours le ban et Tarrière-ban de son royaume, cette noblesse qui. au fond, désolée des événements, humiliée des excès démagogiques de Paris, lui restait un peu fidèle, mais demeurait surprise et silencieuse. Quoiqu'il n'eût plus d'argent et que les impôts ne rentrassent plus, il envoya M. de Sancy en Suisse lui recruter des troupes. Où irait-il lui-même, au milieu de la haine générale? Tiendrait-il longtemps à Blois? Là-dessus l'ami des anciens jours, celui qu'il avait tant comblé, d'Epernon, accourut à lui, et reprenant l'idée qu'il avait toujours soutenue, qui avait causé sa disgrâce, il supplia Henri III de joindre maintenant sa fortune à celle du roi de Navarre, son héritier. Justement à ce moment, le 4 mars, Henri de Navarre venait de publier une déclaration d'un ton noble et élevé dans laquelle généreusement il tendait la main : « Pitié, confusion, misère partout, disait-il, voilà le fruit de la guerre ; je demande la paix au nom de tous au roi mon seigneur; je la demande pour moi, pour tous les Français, pour la France! » Il priait le roi de pardonner et d'accueillir ceux qui viendraient se rai: sous son obéissance. Il n'y avait plus à balancer. Du Plessis Mornay, Sully se rendirent secrètement à Tours où était Henri III, afin de causer. La jonction fut décidée et un traité en régla les conditions. Tout le rovaum-' s'écria qu'enfin « le faux mufle était découvert du grand hypocrite de la France » ! « le tvran » avait mis le comble à ses « trahisons, perfidies, sacrilèges, exactions, cruautés el hontes»;
LE S1ÉCLK DE LA UKN M
il avail jeté le masque ef ûl définitivement le
scui' de lli La rencontre dee deui roii eul lien tu château dn Pl< - Tours le 30 mil lana le pu i Henri
peu fortuné arriva <( [(octant un pourpoint et au côté par la cuirasse, un haut- le cfa ;urs
feuille morte, un manteau rouge écarlate, un chapeau gi un grand panache blanc, costume de soldai en i amj
Il y avait tant de foule que lesdeui souà se joindre. Ils s'embrassèrent nemenl 6mus II
de Navarre pleurait. On avait voulu le mettre en défiance contre une démarche aussi dangereuse, étant donné celui à qui il avait affaire; il avait tenu bon : « La glace a rompue, écrivait-il le soir à Du Plessis-Mornav ; j'ai passé l'eau en me recommandant à Dieu »
Sous un chef de la valeur d'Henri de Béarn les conditions de la lutte étaient différentes. Esprit net et résolu, le roi de Navarre décida qu'il fallait rassembler immédiatement tout ce qu'on aurait de troupes sous la main et marcher droit vers Paris. La noblesse, à laquelle il était après tout sympathique, par ses qualités brillantes, et qui maintenant le voyait aux côtés du roi légitime, arrivait. Les troupes protestantes avaient rallié : on se mit en marche ; Henri de Navarre mena vivement. On eut quelques succès dans de petites affaires, aucune résistance sérieuse. Le 24 juillet Pontoise était enlevé. Le 25, Sancy rejoignait amenant 46 000 soldats qu'il avait pu recruter en Allemagne et en Suisse. L'armée royale allait compter le chiffre imposant de 42 000 hommes. Le 29, le pont de Saint-Cloud fut occupé et les troupes s'étendirent de ce point à Vaugirard. L'espoir renaissait. Devant l'énergique allure des rois, la population parisienne troublée hésitait; les politiques parlaient. Le 30, Mayenne fit arrêter 300 personnes afin de comprimer la réaction menaçante. Mais les tranchées étaient commencées; le travail avançait; Henri de Béarn avait décidé que le 2 août on tenterait l'assaut; et il semblait que le succès
LA RÛaCiiuiN CATUOUQUK. — HENRI III 283
fût certain. Déjà Mayenne désespéré avait résolu de sortir de la ville et plutôt que de se laisser prendre et étouffer, voulait se jeter à rase campagne sur l'armée royale, lorsque le 1" août au matin une nouvelle se répandit subitement qui bouleversait les espérances des uns et les craintes des autres : Henri III venait d'être assassiné!
Au milieu des passions déchaînées et de l'effervescence d'une population furieuse, il s'était trouvé un individu à l'esprit fruste qui prenant au pied de la lettre les malédictions prodiguées au roi tyran, destructeur de la religion, avait pensé, à l'image des exemples similaires rapportés par l'Ancien Testament, accomplir un haut fait en débarrassant « l'iiglise de Dieu » du « monstre » qui voulait la ruiner. C'était un religieux dominicain, ou, comme on disait, un jacobin, âgé de vingt-huit ans. L'idée étant devenue fixe chez lui, il s'était cru Jéhu, Judith, désigné par la Providence pour le salut de son peuple. Arrêté par un dernier scrupule, il consulta des docteurs afin de leur demander, — la question, prétendait-il, lui avait été posée théoriquement par un tiers, — si on pouvait sans péché tuer Henri de Valois, et, dans le cas où on serait assommé sur le coup, aller au ciel. Les docteurs avaient répondu théologiquement que : le meurtrier qui avait en vue un intérêt personnel ou la satisfaction d'une vengeance, commettait un péché grave; mais que s'il se proposait seulement le bien général et l'intérêt de la religion, son action était méritoire, « et qu'il n'y avait nul doute que mourant làdessus, il ne fût sauvé et bienheureux ». Clément se prépara; il jeûna, pria, communia L'annonce de l'assaut le d da. Il obtint, après des difficultés, une lettre d'introduction pour l'entourage d'Henri III, d'un prisonnier royaliste détenu, le comte de Brienne. Le roi habitait à Saint-Cloud la maison de M. de Gondi, dite a la maison rouge ■>, située sur la colline, un peu au-dessus du bourg, à gauche, du côté de Meudon. Clément se présenta aux avant-postes, se fit conduire à M. La Guesle, procureur général du Parlement, qui était à deux pas et lui demanda de le présenter au roi sous
extede parlera Sa Majesté de certain complot qui m tra> I à Paria afin de livrer au prince m de la
ville La Guesle interrogea le i
tout, lefaH pouvait être frai, lui promit de le cond
roi le lendemain matin.
Le lendemain lr août, à sept heures, Clémenl était I
« maison rouge ». Il attendit une I le\ait
L'entou s'opposa à ce mie le prince un
inconnu; mais Henri III répondit que ail d'accueillir
un prêtre et un religieux, cela ferait mauvais effet. A huit heures, le dominicain fut introduit: il portait d manche blanche un méchant petit couteau; le roi n'avait que son haut-de-chausses et une robe de chambre les épaules. Clément fit la révérence, présenta sa lettre à lire et pendant que le roi lisait, faisan! semblant de chercher dans sa manche un autre papier, tira le couteau et d'un mouvement rapide, violent, le lui plongea dans le ventre. Henri III avait deviné ; il se baissa vivement pour parer le coup : il était trop tard. « Ah ! le méchant, il m'a tué ! s'écria-t-il ! Qu'on le tue ! » On se précipitait ; bousculé dans un coin de la pièce, Clément était transpercé de coups d'épée et expirait. Après une hémorragie abondante, Henri III fut porté sur son lit et pansé; il souffrait peu. Les médecins lui dirent que ce ne serait rien ; mais le premier chirurgien Portail en sondant avait vu que l'intestin était perforé et jugé que le roi était perdu. Le soir, la plaie s'envenima, la fièvre parut, les douleurs se firent sentir très vives. Henri III comprit que c'était fini; il fut calme et résigné. Il dit au roi de Navarre en l'embrassant : « Je meurs content en vous voyant auprès de moi. La couronne est vôtre. Je commande à tous les officiers de vous reconnaître pour leur roi après moi. » Henri de Navarre baisait la main du moribond, les yeux pleins de larmes ; les assistants, à genoux, promettaient; le roi ajouta, parlant à Henri de Béarn : « Vous aurez beaucoup de traverses si vous ne vous résolvez à changer de religion : je vous y
LA RÉACTION CATHOLIQUE Ml. MU III
exhorte. » A minuit, il perdit connaissance; à trois heures du matin, il était mort.
Catherine de Médicis l'avait précédé dans la tombe. Impressionnée outre mesure par l'exécution des Guise Blois, elle avait eu à la suite une scène avec le cardinal de Bourbon dans laquelle celui-ci lui reprochant ce qui s'était passé s'était écrié : « Ah ! Madame, ce sont de vos tours ! vous nous faites tous mourir! » Elle avail protesté avec véhémence, disant qu'elle n'y était pour rien ; puis elle avait dit : « Je n'en puis plus, il faut que je me mette au lit. » Elle ne s'était pas relevée; atteinte de pneumonie, elle était morte le 5 janvier 1589, à l'âge de soixante-dix ans, au milieu de l'indifférence du public dont l'attention était ailleurs. « On n'en avoit fait pas plus de compte que d'une chèvre morte » et les Parisiens avaient déclaré que si on portait son corps à Saint-Denis ils le jetteraient « à la voirie ». Il ne restait plus aucun prince maintenant de toute cette famille royale si nombreuse, si brillante d'Henri II et la couronne revenait à un hérétique dout ia France ne voulait pas !
Sources. Les textes cités aux deux chapitres précédents, plus : Mémoires du duc de Nevers, éd. Gomberville, 1665; Mémoires d'État de YHleroy, 1665; Mémoires de la Ligue, 1758; Combes, Lettres inédites de Henri de Guise, de Catherine de Médicis et de Henri de Savane, 1879; Henri IV, Lettres missives, éd. Berger de Xivrey, 1 8 4 .'i ; Sully, Économies royales, éd. Michaud et Poujoulat; Du Plessis-Mornay, Mémoires et correspondance, 182» ; Pierre de l'tëstoile, Mémoires-Journaux, éd. G. Brunct, 187) ; Lettres de Busbecq, ambassadeur de l'empereur, dans Cimber et Danjou, Archives curieuses, t. X; II. Davila. Histoire des guerres civdes de France, éd. Mallet. 1157; Loutchizky, Documents inédits sur la Réforme et la Ligue, 1v Dubois, La Ligue, documents relatifs à la Picardie, 1859 ; Documents historiques sur l'assassinat des duc et cardinal de Guise, dans Revue rétrospective, t. 111 et IV, 1834; Nicolas Poullain, Journal, dans Cimber et DanjOU- Archives curieuses, t. XI; Diegerick et Millier, Documents concernant les relations entre le duc d'Anjou et les Pays-Bas, 1889.
Ouvrages. Ceux qui ont été indiqués au chapitre précédent, plus : Marquis de Noailles. Henri de Valois et la Pologne en 1572. 1867 ; M. W. Freer. Henri lll King of France, his court and tunes. 1858; E Fivmy. Henri 111 pénitent, 1885; Comte de Bâillon, Histoire de Louise de Lorraine, 1884; K. Charleville, Les Étals généraux de 1576, l'JOi ; V. de Chu-m.bert.
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