‹ Le siècle de la renaissanceChapitre 41 sur 51 · LE BIÊCLI DR LA · texte numérisé non relu

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ou d'évoqués que comprend le royaume — avec de blés, comme celui de Rouen, l'étendant sur plusieon nos départements d'aujourd'hui, et de très petit tune

celui de Saint-Papoul, à peine un canton — on compte environ 40000 curés titulaires ; plus, autant d'eccl aidant ceux-ci, avec les titres de vicaires, chapelains, confesseurs, ou vivant comme ils peuvent, soit en tout v Les chapitres de cathédrales ont des moyennes de 60 chanoines; avec ceux des collégiales, ces chanoines - 19 000; les abbés et prieurs commendataires, < séculiers, sont 5 000. Tous ont prébendes. Les plus m râbles sont encore les ecclésiastiques de campagne : un curé sera titulaire de plusieurs cures, c'est-à-dire qu'il cumulera les revenus de plusieurs postes à la fois; il se fera i placer par un vicaire là où il ne va pas, et il donnera à ce vicaire une somme fixe, peu élevée, si peu élevée, que celui-ci pour vivre est obligé de grossir le casuel et de faire payer pour administrer les sacrements, même celui de pénitence. Mais à côté que de prêtres libres qui, ne trouvant pas de fonctions, doivent travailler pour vivre ; ils coulent de la cire, sèment du blé, menuisent, font des commissions ; on les appelle par respect « messires », mais on les malmène comme des ouvriers. Les offices religieux sont partout très longs; en Normandie, dans une petite église de campagne il y a le dimanche : matines, une première grand'messe dite de Notre-Dame, souvent avec obit — les fondations d'obits sont innombrables ; puis la grand'messe paroissiale, cette grand'messe au prône de laquelle l'officiant donne tous les avis administratifs et autres ; l'après-midi vêpres et souvent procession ; il n'est pas encore question

de bénédiction. Quant aux prédications, même dans les campagnes, elles sont faites par des religieux.

Le chiffre des religieux et religieuses est non moins considérable. On se plaint vivement sous Henri IV qu'il y en ait trop, trop d'ordres, trop de couvents, surtout trop de « mendiants». Il y a les « anciens mendiants», carmes, augustins, jacobins, cordeliers, qui sont 13 500 et vont prêcher dans les campagnes; ils quêtent pour vivre, de logis en logis, et ramassent, dit-on, de 12 à 1300 000 livres par an. Ceux-là rendent des services puisqu'ils évangélisent les paroisses rurales ; mais ceux qu'on appelle « les réformés de Saint- François », récollets, capucins, picpus, au nombre de 21 000, prêchent beaucoup moins, quêtent beaucoup plus, — près de 8 millions de livres par an, calcule-t-on, — bâtissent perpétuellement et paraissent impatienter le public; car, écrit un contemporain, pour quêter ils défilent sans interruption dans les maisons champêtres ; il faut les recevoir par charité et leur donner : « il n'y a rien de si importun ; partout ils mangent très bien et ne vont que chez la noblesse. » On les trouve inutiles. Les bénédictins sont 8 000; les chartreux, 1600 ; les cisterciens, 9 000; les prémontrés, 1 500 ; les jésuites, 2 500; en tout, avec d'autres, plus de 70 000 moines et religieux. Les religieuses seraient quelque 80 000 : 12 500 clarisses, 3 000 carmélites, 9 000 ursulines, 18 000 bénédictines; le chiffre des ordres de moniales est d'ailleurs infini. Tel est le clergé.

Depuis le très grand seigneur, haut personnage de la cour, possédant en province quelque somptueux château, comme celui du duc d'Epernon à Cadillac, qui est un palais royal, jusqu'à l'humble hobereau mourant de faim dans sa gentilhommière délabrée, la noblesse présente toutes les variétés de gens à sorts différents. Ils ont tous les mêmes signes de leur état : exemption d'impôts, service personnel achevai en casde guerre, en bonne place ; ils ont bien tous, sous Henri IV, les qualités et les défauts accusés de la race : insouciance, bravoure, gaieté, prodigalité, tour à tour familiarité ou insolence,

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ore par les bienfaits «lu roi, qui leur donne les ments des provinces, les ambas le la cour :

grand écuyer, grand échanson, etc. Us font figure, entoi d'une suite de fidèles qui s'attachent à leur fortune e dient leurs restes ; ayant table ouverte, grand hôtel à R beaux château.: au loin; ils tranchent du potentat et croient un peu les maîtres : on s'en apercevra bien pendant la minorité de Louis XIII. Puis il y a la foule des gentilshommes qui tentent de venir faire leurs affaires à la « en obtenant des places ; à force, parviennent-ils à trouver une fonction de panetier, d'écuyer ou de gentilhomme servant, et encore en ne faisant que trois mois de service par an, avec des gages modestes; peut-être trouveront-ils une occasion de se pousser ! Malheureusement, même trois mois par an, l'existence de la cour est ruineuse. Il y a, pour tenir son rang, tellement de frais de costumes, de chevaux, de nourriture, de serviteurs, que les patrimoines modérés y passent. La mode change perpétuellement, a des exigences de luxe extravagantes ; et il faut pour n'être pas ridiculisé la suivre. « Les dépenses de la noblesse en ses habits, dit la Noue, sont excessives et riches. » Et de fait, ce qui frappe les étrangers sur cette noblesse de cour, c'est qu'elle finit par être pauvre, malgré le jeu de cartes et les dés tentés pour remplir les escarcelles. « Si les guerres nous ont apporté quatre onces de pauvreté, observe le même la Noue, nos folies nous en ont acquis douze, » et ces folies sont, d'après lui, les dépenses superflues d'habits, de bouche, de meubles et de bâtiments.

Combien plus tranquille est le sort de ceux qui restent aux champs ! « Leur vie simple et privée dans les châteaux

n'exige ni grands frais, ni livrées, ni riches habillements, ni chevaux de grand prix, ni banquets, » dit Suriano. Kl ils sont nombreux, ces petits gentilshommes résidant dans leur terre; la France en est couverte. Le nombre des courtisans est infime sous Henri IV par rapport aux seigneurs dispersés dans leurs manoirs ou leurs petits châteaux. Ils y vivent noblement mais simplement, paisiblement, côte à , côte avec les villageois à la vie desquels ils se mêlent, ayant le même langage, les mûmes jeux, cultivant leurs biens, allant se visiter entre eux à cheval, car ils voyagent beaucoup autour de leur clos. Olivier de Serres, dans son Théâtre d'agriculture, leur donne les conseils nécessaires pour bâtir convenablement, se meubler, garnir leur logis de toutes choses nécessaires à leur existence champêtre. Mais il n'est pour les voir vivre que de parcourir le savoureux journal de l'un d'eux, le sire de Gouberville, seigneur du Mesnilau-Val , petite paroisse du Cotentin, située près de Cherbourg, au Val-de-Saire. Vieux garçon, M. de Gouberville vit dans son manoir au milieu de ses 14 à 18 « serviteurs et chambrières », les gens de « céans »x tous pêlemêle, mangeant ensemble. Il les bat, mais les soigne avec dévouement quand ils sont malades, et leur paie par jour de gages, la valeur d'un boisseau de blé, plus un vêt» nient par an et des souliers. Il s'habille de manière solide, non dépourvue d'élégance ; il porte fraise de fine toile de lin avec de la dentelle ; des chausses de velours, de droguct, de satin ; de faux hauts-de-chausses — sorte de culotte — en cuir jaune pour aller à cheval ; ses pourpoints (justaucorps) sont en drap rouge et ses casaques, ou manteaux, noirs : chapeaux de feutre ou de velours, collets de cuir pour la pluie, bottes qu'il fait confectionner chez lui par un bottier à la journée. Dans la grande salle de son manoir, servant aussi de cuisine, devant la vaste cheminée au manteau élevé, où l'on brûle des troncs d'arbres, il prend ses repas, assis au bout de la table massive, ses gens autour, servi dans de la vaisselle détain. Il mange surtout de la viande,

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viande de boucheriej beaucoup de • poulailles », peu de venaison, Binon des pfttéi ; des lièvres, des lapina d< . du poisson de mer «-n abondance la — pas de fruit, presque paa de légumes. I! boit du ci cultivant 29 variétés de pommiers et en connaissant une quarantaine; quand il veut «lu vin, il achète è la fille: cla ou bordeaux, bourgogne, anjou, orléana II s'éclaû chandelle. Pour se distraire il joue chez lui aux dés, au trac, aux cartes; il va voir les gens d»- la paroisse aux

quilles, aux boules, à la lutte, a la croche, à la soûle : il chasse; il a beaucoup de chiens; il emploie I et le pistolet, l'autour et le furet II lit peu, tout au plus fait-il lire à liante voix YAmadU dt (ra>/Ir, roman à la mode, les soirs d'hiver sou> la cheminée. Il s'occup» surtout de sa culture, fait venir le blé, l'avoine, I champs, qu'il parcourt quotidiennement allant voir travailler, à moins qu'il « ne plouine tout le jour - h-quel ca- il

demeure « céans ». Quand il veut moissonner, à titre de seigneur, il fait convoquer « par monitoire » au prône de la grand'messe, tous ses tenanciers tenus à la coi \u jour

dit, ceux-ci arrivent au nombre de 50 à 70, hommes et femmes ; ils travaillent gaiement; le soir il y a plantureuse lippée au manoir, et on danse jusqu'à une heure avancée de la nuit. Comme bétail, M. de Gouberville a nombre de chevaux, de bœufs ou vaches, « les aumailles », des pourceaux ; mais tout vague en forêt assez librement et le maître n'en sait guère le nombre; quand il veut en attraper il doit organiser des battues en appelant tous les gens du pays. A tout prendre il mène une vie un peu rude, mais fortifiante et vigoureuse, très voisine de celle des paysans qui l'entourent, attachée au sol et, socialement, enracinée. Cette stabilité solide et calme est également la caractéristique du tiers -état. Les guerres civiles ont bien pu troubler l'horizon et provoquer des émotions vives, mais le péril passé, chacun a repris son travail, effacé les traces des luttes et rétabli l'apparence paisible. Ce qui frappe les

étrangers venant en France à la fin du xvie et au début du xvne siècle, c'est que le peuple paraît laborieux, économe, et trahit par un costume en général « bien séant et décent » qu'il est à son aise. « Ils sont fort nets en leur vivre et en leurs habits, » dit l'un d'eux. Assurément on ne se fait pas d'illusion sur ces défauts; on trouve les gens du peuple <l<3 ce temps joueurs et débauchés, jurant, reniant Dieu, « prompts et colères », surtout légers, de cette incurable légèreté qui faisait dire à Charles-Quint sous une forme atténuée : « Ils sont sages sans le paraître », enfin ardents jusqu'à l'exagération dans leurs sentiments religieux, soit pour, soit contre ; on trouve les artisans et les paysans un peu grossiers et brutaux, au moins parfois. Mais on rend justice aux qualités : « on remarque généralement du peuple de France qu'il est bon partout » ; il a le respect des grands, des nobles, des officiers de justice ou de finances ; il montre pour les étrangers beaucoup de prévenance et de courtoisie ; il est hospitalier ; il témoigne de la déférence à l'égard des femmes auxquelles il laisse une grande liberté. Les femmes, elles, observe-t-on, sont pieuses et économes ; elles vont à la messe chaque jour, passent leur dimanche à l'Eglise, y entendant messe basse, grand'mcsse, sermon et vêpres; tout au plus Lippomano juge-t-il que leur esprit d'économie touche un peu a l'avarice.

Quant aux mœurs en général, il ne faut pas trop prendre à la lettre les histoires scandaleuses de Brantôme, mauvaise langue, trop porté à recueillir les aventures suspectes ou les racontars plus ou moins sûrs colportés par gausserie et en manière de contes plaisants. La bourgeoisie entre autres, comme nombre de familles nobles — on sait les noms des femmes qui ont fait parler d'elles à propos d'Henri IV, mais on ignore le nom de toutes celles qui, ainsi que la jolie et raisonnable Mme de Guercheville ou Mme de Sainte-Beuve, l'ont éconduit — fournirait d'infinis exemples de tenue irréprochable, et de vertus familiales. Néanmoins, il faut le dire, il y a eu en ce temps, par rapport à nos goûts ou à

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