M. SIÈCLE DE LA
I 1 1 1 . • le résultai négatif, avant môme qu'elle eo1 lieu, en > décidé François I voulut frapper Henri VIII par un luxe et un éclal sans égal. Il vint avec une tueuse de •"> 1 72 personnes et de 2 ^>>'-> i hevaui : ton
I ut, les reines Louise el Claude, Marguerite, quai dinaux, les princes el les grands du royaume. I il lit établir un camp de 300 tentes re ivertea de toile et «I argent, tendues à l'intérieur de velours dessus de la tente du roi, également en toile d or. s'élevait une Btatue de saint Michel en or. L'ensemble offrait une masse étincelante. Pour ne pas demeurer en reste, Henri VIII dut monter un petit palais de bois tendu aussi de vel< de suie et garni de tapisseries <I 'Arras L'entrevue eut lieu le" juin dans des formes solennelles. Les deux rois allèrent au-devant lun de l'autre montés >ur des chevaux es | mes
d'or et d'argent; ils étaient ruisselants chacun de perles, de diamants, d'émeraudes, derubis; leurs toques de velours, «ouvertes de pierreries, étaient empanach* e- d'immenses plumes blanches ; leurs suites, revêtues d'habits d'or et d'argent, les environnaient en caracolant. Les deux rois que précéda leurs connétables portant lagrande épée nue, descendirent l'un vers l'autre de deux coteaux se faisant face et se joignirent devant un pavillon situé au milieu de la petite plaine de Valdoré ; ils se saluèrent, s'embrassèrent, à cheval, puis mirent pied à terre et se tenant par le bras entrèrent dans le pavillon suivis seulement de leur principal conseiller respectif, Wolsey et Bonnivet. L'entrevue fut des plus cordiales ; on causa longuement, mais Henri VIII éluda toute idée d'un engagement quelconque en assurant d'ailleurs François Ier de sa bonne amitié. Vingt cinq jours durant les deux souverains échangèrent une suite ininterrompue de fêtes, «de dîners, de tournois et de joutes sur de vastes lices entourées d'échafauds élégants où les dames des deux cours prenaient place. François Ier se montra adroit aux jeux, Henri VIII vigoureux ; on
admira la force athlétique du prince anglais, ses solides qualités sportives; il offrit même à François IPr, en riant, de lutter à main plate avec lui et le saisit à bras le corps de ses mains musclées, mais d'un tour de jambe l'autre l'envoya rouler et il fallut s'interposer, alin d'arrêter un incident qui eût fini par une scène. Lorsqu'ils se séparèrent à la fin, ils eurent de bonnes paroles et ce fut tout.' En quittant François 1er, Henri VIII alla à GravelineS retrouver Charles-Quint qui l'attendait et acheva de s entendre avec lui.
Trompé ou non, François Ier résolut de ne pas différer davantage à attaquer l'empereur. Les circonstances étaient propices : en Espagne, aux prises' avec des difficultés d'argent, Charles-Quint voyait les populations, excédées de ses demandes d'impôts, se soulever ; en Allemagne, le luthéranisme naissant troublait profondément le pays ; le prince tenait mal en main ses immenses possessions trop dispersées. Au printemps de 15:21, André de Foix, sieur de Lesparre, franchit les Pyrénées avec 8000 fantassins et s'empara de la Navarre sans trouver d'autre résistance que celle de Pampelune où un des défenseurs, gentilhomme guipu/.coan, eut la jambe cassée ; ce gentilhomme était Ignace de Loyola et cette blessure de\ ait avoir sa place dans l'histoire de la fondation de l'ordre des Jésuites ! « Ah ! le roi de France veut me faire plus grand que je ne suis, s'écria Charles-Quint en apprenant cette agression dont il était ravi; en peu de temps ou je serai bien pauvre empereur, ou il sera un pauvre roi de France ! » Son représentant en Navarre, le duc de Najera, rassemblant 12 000 hommes et 2 000 chevaux, attaqua Lesparre, lécrasa et le fit prisonnier. La prédiction de l'empereur commençait à se réaliser.
Charles-Quint se porta immédiatement en Flandre dans l'intention d'attaquer personnellement la frontière française de ce côté. Il prépara un mouvement en Italie. Le roi de France, mettant sur pied trois armées, envoya Laulrec à Milan
i | DR LA
avec de trouj «■• I kmnivet avec 6 000 lansquei
el lui m i au nord,
> hommes d'armes el 12 canons au secours < jui,
enfermé I M< . se défendail i
comte de u et Frani de Sickingen, devenu soldai
l'empereur; il lit imr ceus ci, ei près de Val< rencontrant Charles Quint, retrancl .il
6ÙI pu le battre; il n'osa pas l'attaquer, le laisi
cette heureuse circonstance ne devail plus se retrouver
Tout tourna alors contre François I En ItaJ trec
attaqué par une armée de 20 000 hommes que commandait
ProsperoColonna, abandonné par ses Su |u'il D avait pu
payer faute d'argent, chassé par les Milanais qui s soulevés devant ses violences, fut obligé d'évacuer le p François Ie* lui confia une nouvelle armée avec laquelle il chercha à reprendre Milan, mais le général de l'empereur l'attaquait à la Bicoque, où il eût pu tenir victorieusement, si une lois de plus les Suisses, n'étant pas réglés, n'avaient exigé congé ou bataille. Lautrec accepta la bataille le 27 avril [l')'2l; il fut vaincu, ses Suisses se débandèrent, et il rentra en France abandonnant la vallée du Pô aux Impériaux. Ce fut une des premières heures tristes du règne : Henri VIII notifia à François Ier son alliance avec Charles- Quint et rompit avec lui; le pape et les Vénitiens en firent autant; le roi de France avait l'Europe entière sur les bras. Il accueillit la tempête avec une dignité calme et une résignation altière : « Toute l'Europe se ligue contre moi, dit-il fièrement au parlement de Paris, eh bien, je ferai face à toute l'Europe ! » Et il prépara une grande armée pour descendre lui-même en Italie. Pourquoi s'acharnait-il donc, comme ses devanciers, après ces malheureuses provinces italiennes impossibles à conserver, au lieu de porter ses efforts vers le nord où il allait être attaqué*? On ne s'explique cet entêtement que parce qu il avait des droits précis sur Milan et qu'il n'en avait pas ailleurs Mais alors, pour comble d'infortune, pendant que la chrétienté entière l'assaillait, François Ier se
vit trahi par le personnage le plus considérable du royaume, grand officier de la couronne, connétable de France, Charles duc de Bourbon, son cousin, qui passait à l'ennemi !
Cette trahison a beaucoup impressionné. L'effet produit est dû moins aux conséquences de l'événement, qui n'ont pas été aussi graves qu'elles auraient pu l'être, qu'aux conditions morales dans lesquelles il s'est passé. On y a' môle, à tort, des animosités féminines. Le fait paraît en lui-même relativement assez simple. Maigre, avec une ligure osseuse, un front étroit et fuyant, la barbe taillée de court, un regard Inquiet, troublé et mécontent, s'il faut en croire le portrait peint par le Titien, Charles de Bourbon était un homme de trente-trois ans dont l'aspect n'eût pas inspiré confiance Son caractère était plutôt faible. Il se trouvait le chef de cette puissante maison de Bourbon descendant de saint Louis, qui montera sur le trône à la fin du siècle avec Henri IV. Appartenant lui-même à une branche cadette, celle de Montpensier, il avait réuni toute l'opulente fortune territoriale de la race, en épousant l'héritière unique de la branche aînée, Suzanne de Bourbon, fille de Pierre, duc de Bourbon, et d'Anne de Bcaujeu. Mais cette dernière, prudente et avisée, avait fait stipuler au contrat de mariage que si Suzanne mourait sans héritier, ses biens reviendraient à la couronne. Charles, qui était le plus grand seigneur terrien de France, fut bien traité par la cour, nommé chambrier, gouverneur du Languedoc, connétable. A Moulins, sa résidence, il reçut souvent François Ier, lui donnant des fêtes magnifiques, dépensant ses revenus sans compter. Le roi, qui était très aimable pour lui, commit malheureusement quelques imprudences; il lui donna à l'armée une place inférieure à celle qui lui revenait, il le blessa par des manques d'égards. Afin de conserver l'immense fortune des Bourbon, Charles avait obtenu de sa femme un testament par lequel celle-ci lui laissait tous ses biens, puis Suzanne était morte en 152 1 sans entants. Avaitelle le droit de disposer de ses biens dont le sort se trouvait fixé par un contrat de mariage antérieur et qui ainsi ne lui
appartenaient | I i i ouronne d< le intenta
un procès devant le parlement de Paj - Loui e de S< qui avail aussi des di ur la buc< ■ ,
qu'il .i\;nt rendus, et toui ce qu'il avait pour la famille royale, le connétable fut u pi'il
considéra comme dea tentatives de dépouill question cependant que de la nue propriété de i os,
le revenu devant lui en demeurer jusqu mort Infoi
du mécontentement de Bourbon, Chai Quint, qui était un peu son parent, envoya quelqu'un lui exprimer la part qu'il prenait i . et lui offrir la main de sa soeur
Eléonore. Le connétable fut touché de cette attention, et par politesse ou par intérêt, n'osa pas décliner I aval Là-dessus l'attitude du parlement, dont l'arrêt Contran i ses prétentions ne semblait pas devoir faire doute. 1 ex.: Alors, Charles Quint proposa au connétable de faire un ti aux ternies duquel lui, l'empereur, soutiendrait, au besoin par la force, les droits de Charles de Bourbon sur ses biens, et en retour, Charles seconderait les vues de l'empereur sur la Bourgogne. Moitié par vengeance, moitié par faiblesse, Bourbon accepta. François Ier eut vent de l'affaire, et profondément irrité, n'étant d'ailleurs pas sur, il dit au connétable qu'il s'en souviendrait. « Alors. Sire, c'est une menace? » fit l'autre. Entre temps Charles Quint fa entrer Henri VIII dans la combinaison. Cette fois, l'aventure était complète. On convint que les alliés attaquant la France, le connétable les seconderait du dedans; Henri VIII prendrait une bonne part, donnerait à Bourbon le Poitou, la Provence, la Champagne ; Charles-Quint aurait la Bourgogne ; les conjurés marcheraient lorsque François I':r descendrait en Italie. Tout ce que put faire le malheureux connétable entraîné un peu malgré lui dans cette trahison, plutôt que volontairement coupable, fut de ne rien signer et de ne rien jurer; à vrai dire il pleurait même en racontant ces détails à son ami Saint-Vallier qui en déposa au procès fait plus tard. François Ier apprit tout par deux jeunes gentilshommes
LE ROI 1/r L'EMPEREUR o7
normands, MM. d'Àrgoùges et de Matignon auxquels imprudemment Bourbon s'était ouvert pour préparer le terrain à Henri VIII devant débarquer en Normandie et qui, outrés, allèrent conter ce qu'ils savaient. Il était impossible au roi de France de passer en Italie en laissant derrière lui pareil danger. Mais comment faire arrêter sans preuves le connétable? 11 vint le voir à Moulins; l'autre était au lit malade, et les médecins le déclaraient incapable de se mettiv en chemin. Le roi lui fit promettre de venir le rejoindre à Lyon dès qu'il serait mieux, en lui faisant savoir qu'il ne partirait pas sans lui et qu'il l'attendrait. Le temps passa; Bourbon ne venait pas. A plusieurs reprises François Ier lui envoya du monde afin de le presser: les prétextes succédaient aux prétextes; tout à coup le bruit courut que le roi fixé par ces tergiversations avait pris la résolution de faire arrêter le connétable et qu'il envoyait des troupes ; oubliant sa maladie vraie ou fausse, le connétable monta à cheval et d'une traite courut s'enfermer dans la forte place de Chantelle. Il étaii difficile après cet éclat d'hésiter. François Ier ne balança plus. Bourbon alors se déguisant en laquais partit avec un gentilhomme nommé M. de Pompérant, et après mille péripéties dramatiques gagna la frontière de l'est, de là fut accueilli par l'empereur qui lui donna place dans ses armées : il allait le nommer son lieutenant général en Italie pour se battre contre le roi de France ! Sur l'ordre de François Ier les biens du fugitif furent saisis. Néanmoins le roi offrit au connétable de tout lui rendre s'il revenait: « Il est trop tard ! » répondit Bourbon. Cette trahison agita profondément l'opinion.
Dans ces conditions, il était plus sage pour François Ier de ne pas passer les Alpes. D'ailleurs toutes les frontières étaient attaquées. Des coureurs ennemis arrivés jusqu'à Compiègne effrayaient les Parisiens qui avaient dû se mettre en état de défense : l'indécision des ennemis sauva heureusement le royaume. Henri VIII n'avança pas ; les Flamands reculèrent; au midi les Espagnols attaquèrent