‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 101 sur 285 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

pat intitfle, pour faire connaître l'esprit humain, de dire que, quelques mois a^ant sa mort, ce monarque fit ouvrir à l'Escurial les tombeaux de son père, de sa mère, et de sa première femme, Marie-Louise d'Orléan», dont il était soupçonné d'avoir souffert l'empoisonnement. H baisa ce qui restait do ces cadavres, soit qu'en cela il suivit l'exemple de quelque! anciens rois d'Espagne, soit qu'il voulût s'accoutumer aux horreurs de la mort, soit qu'une secrète superstition lui fit croire que l'ouverture de ces tombes retarderait l'heure où U devait Ctre porté dans la sienne.

Ce prince était né aussi faible d'esprit que de corps, et «ette faiblesse s'était répandue sur ses États. C'est le sort des nonarchies, que leur prospérité dépende du caractère d'un seul homme. Telle était la profonde ignorance dans laquelle Charles I! avait été élevé, que, quand les Français assiégèrent Mons, il crut que cette place appartenait au roi d'Angleterte. 11 ne savait ni où était la Flandre, ni ce qui lui appartenait en Flandre. Ce roi laissa au duc d'Anjou, petitfils de Louis XIV, tous ses États, sans connaître ce qu'il lui laissait.

Son testament fut si secret, que le comte de Harrach, ambassadeur de l'empereur, se flattait encore que l'archiduc était reconnu successeur. Il attendit longtemps l'issue du grand conseil qui se tint immédiatement après la mort du roi. Le duc d'Abrantès vint à lui, les bras ouverts : l'ambastadeur ne douta pas dans ce moment que l'archiduc ne fût roi, quand le duc d'Abrantès lui dit en l'embrassant : Vengo « despedirme de la casa de Aitstria» « Je viens prendre congé de la maison d'Autriche. »

Ainsi, après deux cents ans de guerres et de négociations pour quelques frondères des États espagnols , la maison de France eut d'un trait de plume la monarchie entière, sans traités, sans intrigues, et sans mCme avoir eu l'espérance de cette succession. On s'est cru obligé de faire connaître la simple vérité d'un fait jusqu'à présent obscurci par tant de ministres et d'historiens séduits par leurs préjugés, et par les apparences qui séduisent presque toujours. Tout ce qu'on a débité dans tant de volumes, d'argent répandu par le maré-

chal d'Harcourt, et des ministres espagnols gagnés pour faire ligner ce testament, est au rang des mensonges politiques et des erreurs populaires. Mais le roi d'Espagne, en choisissant pour son héritier le petit -flls d'un roi si longtemps son ennemi, pensait toujours aux suites que l'idée d'un équilibre général devait entraîner. Le duc d'Anjou, petit-fils de Louis XIV, n'était appelé à la succession d'Espagne que parce qu'il ne devait pas espérer celle de France; et le même testament qui, au défaut des puînés du sang de Louis XIV, rappelait l'archiduc Chartes, depuis l'empereur Charles VI, portait expressément que l'Empire et l'Espagne ne seraient jamais réunis sous un même souverain.

Louis XIV pouvait s'en tenir encore au traité de partage, qui était un gain pour la France; il pouvait accepter le tettament, qui était un avantage pour sa maison. Il est certain que la matière fut mise en délibération dans un conseil extraordinaire. Le chancelier de Pontchartrain et le duc de Eeauvilliers furent d'avis de s'en tenir au traité ; ils voyaient les dangers d'une nouvelle guerre à soutenir : Louis les voyait aussi , mais il était accoutumé à ne les pas craindre. Il accepta le testament; et rencontrant, au sortir du conseil, les princesses de Conti avec madame la duchesse : « Eh bien, « leur dit-il en souriant, quel parti prendriez-vous? » puis, sans attendre leur réponse : « Quelque parti que je prenne, • ajouta-t-il, je sais bien que je serai bLImé *. »

Les actions des rois, tout flattés qu'ils sont, éprouvent toujours tant de critiques, que le roi d'Angleterre lui-môme essuya des reproches dans son parlement, et ses ministres furent poursuivis, pour avoir fait le traité de partage. Lei Anglais, qui raisonnent mieux qu'aucun peuple, mais en qui

1 . Malfié le mépris on sont en Krance les prétendus Mémoireê de madame do Maintenons on est pourtant obligé d'a-rertir les étrangers que tout ce qu'on y dit au sujet de ce tetîauient est faux. L'auteur prétend que lorsque l'ambassadeur d'Espapue Tint apporter à Louis XIV les dernières volontés de Charles II, le roi lui répondit : Je verrai. Certainement le roi ne fit point une réponse si étrange, puisque, de l'aveu du marquis de Torci, l'ambassadeur d'Espagne n'eut audiene* Je Louis XIV qu'après le conseil dans lequel le testament fut accepté.

Le ministre qu'on avait alors en Espagne s'appelait Blecour, et non pas Beleoor. Ce que dit le roi à l'ambassadeur Castel dos Rios, dans les Mémcirêê 4t Maintenont n'a jamais 4té dit que daas et roman. {Note de Voltaire.)

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la fureur de l'esprit de parti éteint quelquefois la raison, criaient à la fois et contre Guillaume, qui avait fait le traité, et contre Louis XIV, qui le rompait.

L'Europe parut d'abord dans l'engourdissement de la sur* prise et de l'impuissance , quand elle vit la monarchie d'Espagne soumise à la France, dont elle avait été trois cents ani la rivale. Louis XIV semMait le monarque le plus heureux et le plus puissant de la terre : il se voyait, à soixante-deux ans, entouré d'une nombreuse postérité ; un de ses petits-fils allait gouverner sous ses ordres l'Espagne, l'Amérique, la moitié de l'Italie, et les Pays-Bas. L'.empereur n'osait encore que se plaindre.

Le roi Guillaume, à l'âge de cinquante-deux ans, devenu infirme et iaible, ne paraissait plus un ennemi dangereux : il lui fallait le consentement de son parlement pour faire la guerre; et Louis avait fait passer de l'argent en Angleterre, avec lequel il espérait disposer de plusieurs voix de ce parlement. Guillaume et la Hollande, n'étant pas assez forts pour se déclarer, écrivirent à Philippe V, comme au roi légitime d'Espagne (février t701 ). Louis XIV était assuré de l'électeur de Bavière, père du jeune prince qui était mort désigné roi. Cet électeur, gouverneur des Pays-Bas au nom du dernier roi Charles II, assurait tout d'un coup à Philippe V la possession de la Flandre, et ouvrait dans son électorat le chemin de Vienne aux armées françaises, en cas que l'empereur osât faire la guerre. L'électeur de Cologne, frère de l'électeur de Bavière, était aussi intimement lié à la France que son frère; et ces deux princes semblaient avoir raison, le parti de la maison de Bourbon étant alors incomparablement le plut fort. Le duc de Savoie, déjà beau-père du duc de Bourgogne, allait l'être encore du roi d'Espagne : il devait commander les armées françaises en Italie. On ne s'attendait pas que lo père de la duchesse de Bourgogne et de la reine d'Espagne dût jamais faire la guerre à ses deux gendres.

Le duc de Mantoue, vendu à la France par son ministre , se vendit aussi lui-môme, et reçut garnison française dans Mantoue. Le Iiiilanais reconnut le petit-fils de Louis XIV sans balancer. Le Portugal môme» ennemi naturel de l'Espagne,

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