‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 102 sur 285 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

s'unit d'abord avec elle. Enfin, de Gibraltar à Anvers, et du Danube à Naples , tout paraissait ôtre aux Bourbons. Le roi était si fier de sa prospérité, qu'en parlant au duc de La Rochefoucauld, au sujet des propositions que l'empereur lui faisait alors, il se servit de ces termes : « Vous les trouvères « encore plus insolentes qu'on ne vous l'a dit *. d

(Septembre 1701.) Le roi Guillaume, ennemi jusqu'au tombeau de la grandeur de Louis XIV, promit à l'empereur d'armer pour lui l'Angleterre et la Hollande ; il mit encore le Danemarck dans ses intérêts ; enfin il signa à la Haye la ligue déjà trcuUée contre la maison de France. Mais le roi s'en étonna peu; et comptant sur les divisions que son argent devait jeter dans le parlement anglais, et plus encore sur les forces réunies de la France et de l'Espagne, il sembla mépriser ses ennemis.

Jacques mourut alors à Saint-Germain (16 septembre 1701). Louis pouvait accorder ce qui paraissait être de la bienséance et de la politique, en ne se hâtant pas de reconnaître le prince de Galles pour roi d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande, après avoir reconnu Guillaume par le traité de Ryswick. Un pur sentiment de générosité le porta d'abord à donner au fils du roi Jacques la consolation d'un honneur et d'un titre que son malheureux père avait eus jusqu'à sa mort, et que ce traité de Hysvick ne lui ôtait pas. Toutes les têtes du conseil furent d'une opinion contraire : le duc de Beauvilliers, surtout, fit voir avec une éloquence forte tous les fléaux de la guerre qui devaient être le fruit de cette magnanimité dangereuse. Il était gouverneur du duc de Bourgogne, et pensait en tout comme le précepteur de oe prince, le célèbre archevêque de Cambrai, si connu par ses maximes humaines de gouvernement, et par la préférence qu'il donnait aux intérêts des peuples sur la grandeur des rois. Le marquis de Torci appuya par des principes de politique ce que le duc de Beauvilliers avait dit comme citoyen : il représenta qu'il ne convenait pas ^ d'irriter la nation anglaise par une démarche précipitée. Louis

1. Du moÎDi e'eit ce que rapportent let Mémoires manuscrit* du marquis iê îkmgeau. Us tonl quelquefoii inBdèles. {^Noit de VoltaireJ^

le rendit à Tavis unanime de son conseil, el il fut résolu de ne point reconnaître le fils de Jacques II pour roi.

Le jour m^me, Marie de Modène, veuve de Jacques, vint parler à Louis XIV dans l'appartement de madame de Maintenon. Elle le conjuré en larmes de ne point faire à son fils, à elle, à la mémoire d'un roi qu'il a protégé, l'outrage de refuser un simple titre, seul reste de tant de grandeur : on a toujours rendu à son fils les honneurs d'un prince de Galles, on le doit donc traiter en roi après la mort de son père; le roi Guillaume ne peut s'en plaindre, pourvu qu'on le laisse Jouir de son usurpation. Elle fortifie ses raisons par l'intérêt de la gloire de Louis XIV : qu'il reconnaisse ou non le fils de Jacques II, les Anglais ne prendront pas moins parti contre la France, et il aura seulement la douleur d'avoir sacrifié la grandeur de ses sentiments à des ménagements inutiles. Ces représentations et ces larmes furent appuyt'es par madame de Maintenon. Le roi revint à son premier sentiment, et à la gloire de soutenir autant qu'il pouvait les rois opprimés : enfin Jacques III fut reconnu le môme jour qu'il avait été an'été dans le conseil qu'on ne le reconnaîtrait pas.

Le marquis de Torci a fait souvent l'aveu de cette anecdote singulière. Il ne l'a pas insérée dans ses mémoires manuscrits, parce qu'il pensait, disait-il, qu'il n'était pas honorable à son maître que deux femmes lui eussent fait changer une résolution prise dans son conseil. Quelques ALglais» m'ont dit que peut-être sans cette démarche le parlement n'eût point pris de parti entre les maisons de Bourbon et d'Autriche ; mais que reconnaître ainsi pour leur roi un prince proscrit par eux leur parut une injure à la nation, et un despotisme qu'on voulait exercer dans l'Europe. Les instruction!

I. Entre autres milord Bolingbroke, dont les Mémoirei ont depuis jaitifK « îue l'auteur du Siècle aTance. (Voyez tes LettreSy t. Il, p. 5«.) — C'est aioâ que pense encore M. de Torci dans sei Mémoires, Il dit, page 16* du tome 1", première édition : • La résolution que pri» le roi de rcconnaîUe le prince de Galle* « en qualité de roi d'Angleterre changea les dispositions qu'une grande partie • de la nation témoignait i conserver la paii • Le lord Bolingbroke avoue, daiu ses UHrttf que Louis XIV reconnut le prétendant par des importunités de femmes. On voit parce* témoignages avec quelle exactitude l'auteur du Siècle de Louts XI f %,ebircbé la vérité, et avec quelle candeur il 1*4 dit». (Noté ds Voltair:)

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