CHAPITRE XVIIl
antre point essentiel : ce fut en laissant ses troupes à la merct des Français, tandis qu'il traitait avec l'empereur. Le duc do Vendôme les fit désarmer (t9 août 1703). Elles n'étaient, à la vérité, que de cinq mille hommes ; mais ce n'était pas ua petit objet pour le duc de Savoie.
A peine la maison de Bourbon a-t-elle perdu cet allié, qu'elle apprend que le Portugal est déclaré contre elle. Pierre , roî de Portugal, reconnaît l'archiduc Charles pour roi d'Espagne. Le conseil impérial, au nom de cet archiduc, démembrait, en faveur de Pierre II, une monarchie dans laquelle il n'avait pas encore une ville : il lui cédait, par un de ces traités qui n'ont point eu d'exécution, Vigo, Bayonne, Alcantara, Bada- Joz, une partie de l'Estramadure, tous les pays situés à l'occident de la rivière de la Plata en Amérique; en un mot, il partageait ce qu'il n'avait pas, pour acquérir ce qu'il pourrait en Espagne.
Le roi de Portugal, le prince de Darmstadt, ministre de l'archiduc, l'amirante de Castille, son partisan, implorèrent môme le secours du roi de Maroc. Non-seulement ils firent des traités avec ce barbare pour avoir des chevaux et du blé, mais ils demandèrent des troupes. L'empereur de Maroc, Muley Ismaél, le tyran le plus guerrier et le plus politique qui fût alors chez les nations mahométanes, ne voulut envoyer ces troupes qu'à des conditions dangereuses pour U chrétienté, et honteuses pour le roi de Portugal : il demandait en otage un fils de ce roi et des villes. Le traité n'eut point lieu. Les chrétiens se déchirèrent de leurs propres mains, sans y joindre celles des barbares. Ce secours d'Afrique ne valait pas pour la maison d'Autriche celui d'Angleterre et le Hollande.
Churchill, comte et ensuite duc de Marlborough, déclaré général des troupes anglaises et hollandaises dès l'an 1702, fut l'homme le plus fatal à la grandeur de la France qu'on eùi vu depuis plusieurs siècles. U n'était pas comme ces généraux auxquels un ministre donne par écrit le projet d'une campagne, et qui, après avoir suivi à la tête d'une armée les ordres du cabinet, reviennent briguer l'honneur de servir en- U,it6, il gouvernait alors la reine d'Angleterre, et par le be-
t|î SIÈCLE BB LOUIS Xlf. i^ i
soin qu'on avait de lui, et par l'autorité que sa femme avait •ur Vesprit de cette reine : il menait le parlement par son crédit et par celui de Godolphin, grand trésorier, dont le flli épousa sa fille. Ainsi, maître de la cour, du parlement, de la guerre, et des finances , plus roi que n'avait été Guillaume, aussi politique que lui, et beaucoup plus grand capitaine, il fit plus que les alliés n'osaient espérer. Il avait, par-dessut tous les généraux de son temps, cette tranquillité de courage au milieu du tumulte, et cette sérénité d'âme dans le péril, que les Anglais appellent cold head, tète froide. C'est peutêtre cette qualité, le premier don de la nature pour le commandement, qui a donné autrefois tant d'avantage aux Anglais sur les Français dans les plaines de Poitiers, de Créci et
d'Azincourt.
Marlborough, guerrier infatigable pendant la camprgne, devenait un négociateur aussi agissant pendant l'hiver. Il allait à la Haye et dans toutes les cours de l'Allemagne; il persuadait les Hollandais de s'épuiser pour abaisser la France ; il excitait les ressentiments de l'électeur palatin : il allait flatter la fierté de l'électeur de Brandebourg, lorsque ce prince voulut être roi ; il lui présentait la serviette à table, pour en tirer le secours de sept à huit mille soldats. Le prince Eugène, de son côté, ne finissait une campagne que pour aller faire luimême à Vienne les préparatifs de l'autre. On sait si les armées en sont mieux pourvues, quand le général est le ministre. Ces deux hommes, tantôt commandant ensemble, tantôt séparément, furent toujours d'intelligence : ils conféraient souvent à la Haye avec le grand pensionnaire Heinsiut et le greffier Fagel, qui gouvernaient les Provinces-Uniei avec autant de lumières que les Barnevelt et les de Witt, et .. avec plus de bonheur. Us faisaient toujours de concert mouvoir les ressorts de la moitié de l'Europe contre la maison de Bourbon; et le ministère de France était alors bien faible pour résister longtemps à ces forces réunies. Le secret de leur projet de campagne fut toujours gardé entre eux : ils arrangeaient eux-mêmes leurs desseins, et ne les confiaient à ceui qui les devaient seconder qu'au point de Texécution. Cbamlt- Urt, au contraire, n'était ni politique , ni guerrier, ni même