‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 116 sur 285 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

le roi de France » : mais ce monument n exista jamais; il n'y a eu que l'Angleterre qui en ait érigé un à la gloire du duc de Marlborough. La reine et le parlement lui ont fait bAtir dans sa principale terre un palais immense qui porte le nom de Blenheim ; cette bataille y est représentée dans les tableaux et sur les tapisseries. Les remerciements des chambres du parlement, ceux des villes et des bourgades, les acclamations de l'Angleterre, furent le premier prix qu'il reçut de sa victoire. Le poème du célèbre Addisson, monument plus durable que le palais de Blenheim, est compté par cette nation guerrière et savante parmi les récompenses les plus honorables du duc de Marlborough. L'empereur le fit prince de l'Empire, en lui donnant la principauté de Mindelheim, qui fut depuis changée contre une autre ; mais il n'a jamais été connu sous ce titre, le nom de Marlborough étant devenu le plus beau

qu'il pût porter.

L'armée de France dispersée laisse aux alliés une carrière ouverte du Danube au Rhin. Ils passent le Rhin; ils entrent en Alsace. Le prince Louis de Bade, général célèbre pour les campements et pour les marches, investit Landau, que les Français avaient repris. Le roi des Romains, Joseph, fils aîné de l'empereur Léopold, vient à ce siège. On prend Landau ; on prend Trarbach (49 et 23 novembre 1704).

Cent lieues de pays perdues n'empêchent pas que les frontières de la France ne fussent encore reculées. Louis XIV soutenait son petit-fils en Espagne, et était victorieux en Italie. 11 fallait de grands efforts en Allemagne pour résister à Marlborough, et on les fit. On rassembla les débris de l'armée; on épuisa les garnisons; on fit marcher des milices. Le ministère emprunta de l'argent de tous côtés. Enfin on eut

I. Reboulet aMute que l'empereur Léopold fit ériger cette pyramide; m U erut en effet en France. Le maréchal de Villar», en 1707, envoya cu.quant« maitrci pour la détruin» : «nne trouva rien Le continuateur de Toiras, qui n a écrrt «ue d'apre» le» jouraaui de La Haye, suppose cette inscription, et propose u.Ara« 4e la changer en faveur de» Anglais. EUe fut imaginée en effet par des Pran^fai» réfugiés oiwfs. Î1 était tres^ommun alors, et il l'est encore aujourd'hui, de don- «er des imagiont.ou. ou des contes populaires pour des ventés certaine?. Autr». fois les mémoire, manquaient à l'histoire, aujourd'hui la multiplicité d<« mé- ■Mires lui nuit. Le »rai est uuyé detis uu océan de brochures. {Noté de Koltoirt.J

ne

une armée; et on rappela du fond des Cévennes le maréchal

de Villars pour la commander. Il vint, et se trouva prè^de

Trêves, avec de» forces inférieure», vis-à-vis le général anglais.

Tous deux voulaient donner une nouvelle bataille. Mai», le

prince de Bade n'étant pas venu assez tôt joindre ses troupe»

aux Anglais, Villars eu^au moins l'honneur de faire décamper

Marlborough (mai 1705); c'était l)eaucoup alor». Le duc de

Marlborough, qui estimait assez le maréchal de Villars pour

vouloir en être estimé, lui écrivit en décampant : « Rendez-

« moi la justice de croire que ma retraite est la faute du

« prince de Bade, et que je vous estime encore pîus que je

« ne suis fAché contre lui. »

Les Français avaient donc encore des barrières en Allemagne. La Flandre, où commandait le maréchal de Villeroi déhvré de sa prison, n'était pas entamée. En Espagne, le roi Philippe V et l'archiduc Charles attendaient tous deux la couronne : le premier, de la puissance de son grand-père, et de la bonne volonté de la plupart des Espagnols; le second, du secours des Anglais, et des partisans qu il avait en Catalogne et en Aragon. Cet archiduc, depuis empereur et alors second fils de l'empereur Léopold, n'ayant rien que ce titre, était allé sur la fin de 4703, presque sans suite, à Londres, implorer l'appui de la reine Anne.

Alors parut toute la puissance des Anglais. Cette nation, »i étrangère dans cette querelle, fournit au prince autrichiep deux cents vaisseaux de transport, trente vaisseaux de guerre, joints à dix vaisseaux hollandais, neuf mille hommes de troupes, et de l'argent pour aller conquérir un royaume. Mais cette supériorité que donnent le pouvoir et les bienfait» n'empêchait pas que l'empereur, dans sa lettre à la reine Anne, présentée par l'archiduc, ne refusait à cette souveraine, sa bienfaitrice, le titre de Majesté : on ne la traitait que de Sérénité *, selon le style de la cour de Vienne, que l'usage »eul pouvait justifier, et que la raison a fait changer depuiS; quand la fierté a plié sous la nécessité.

1. Keboulet dit que la chancellerie allemande donnait aui r«ia le titrv de Dk hcHon; mais c'est celai des électeun.

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