‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 126 sur 285 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

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bientôt la Provence délivrée, elle Daupbirié hors de dangef « tant le succès d'une invasion est rare, quand on n'a pas de grandes intelligences dans le pays. Charles -Quint y avait échoué ; et, de nos Jours, les troupes de la reine de Hongrie y échouèrent encore *.

Cependant cette irruption , qui avait coûté beaucoup aux alliés, ne coûtait pas moins aux Français : elle avait ravagé une grande étendue de terrain, et divisé les forcei

L'Europe ne s'attendait pas que dans un temps d'épuisement et lorsque la France comptait pour un grand succès d'être échappée à une invasion, Louis XIV aurait assez de grandeur et de ressources pour tenter lui-môme une invasion dans la Grande-Bretagne, malgré le dépérissement de ses forces maritimes, et malgré les flottes des Anglais qui couvraient la mer. Ce projet fut proposé par des Écossais attachés au fils de Jacques 11. Le succès était douteux; mais Louis XIV envisagea une gloire certaine dan» la seule entreprise. 11 a dit lui-même que ce motif l'avait déterminé autant que l'intérêt

politique.

Porter la guerre dans la Graijde-Bretagne, tandis qu'on en ioutenait le fardeau si difficilement en tant d'autres endroits, et tenter de rétablir du moins sur le trône d'Ecosse le fils de Jacques II, pendant qu'on pouvait à peine maintenir Philippe V lur celui d'Espagne, c'était une idée pleine de grandeur, et qui, après tout, n'était pas destituée de vraisemblance.

Parmi les Écossais, tous ceux qui ne s'étaient pas vendoià la cour de Londres gémissaient d'être dans la dépendance des Anglais. Leurs vœux secrets appelaient unanimement le descendant de leurs anciens rois chassé, au berceau, des trônes d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande, et à qux on avait disputé

I. Le re»p*c* P^"*" •* ^*"** **"*• '^* P*" pptitet chow» oblige encore de relever le diicour» que le compilateur des Mèn^oifê de nmdame de Maintenon fdî %rair par le roi de Suède, Charlet III, au duc de Marlboroujjh : « Si Toulon csl • pris, je Tirai reprendre. • Ce général anglait n'était point auprès da roi di Suéde dans le temps du siège. U le v:t dan* AU-Baottadt, en avril 17«7, et U Siège de Toulon fut leré au djoIs d'août. Charles XII, d'ailleurs, ne se mWa jamais 6e cette guerre; il refusa constamment de toir tous les Frajj«;ais qu'on lui députa. On ne trouve dans les Mémoires de Maintenon que des discours qu'on n'a ni tenus ni pu tenir ; et on ne peut recArder c« livre que eoMoie un rotren mal 4^* g*«. {Noêê 4ê roiUM're.)

Jusqu'à sa naissance. On lui promit qu'il troaverait trente mille hommes en armes, qui combattraient pour lui, s'il pouvait seulement débarquer vers Edimbourg avec quelque secours de la France.

Louis XIV, qui dans ses prospérités passées avait fait tant d'efforts pour le père, en fit autant pour le fils dans le temps même de ses revers. Huit vaisseaux de guerre, soixante et dix )âtiments de transport, furent préparés à Dunkerque ; six mille hommes furent embarqués (mars 1708). Le comte de Gacé, depuis maréchal de Matignon, commandait les troupes; le chevalier Forbin-Janson, l'un des plus grands hommes de mer, conduisait la flotte. La conjoncture paraissait favorable: il n'y avait en Ecosse que trois mille hommes de troupes réglées; l'Angleterre était dégarnie; ses soldats étaient occupés en Flandre sous le duc de Marlborough. Mais il fallait arriver; et les Anglais avaient en mer une flotte de près de cinquante vaisseaux de guerre. Cette entreprise fut entièrement semblable à celle que nous avons vue, en 1744, en faveur du petit-fils de Jacques IL Elle fut prévenue par les Anglais. Des contre-temps la dérangèrent; le ministère de Londres eut Q^ême le temps de faire revenir douze bataillons de Flandre. On se saisit dans Edimbourg des hommes les plus suspects. Enfin le prétendant s'étant présenté aux côtes d'Ecosse, et n'ayant point vu de signaux convenus, tout ce que put faira le chevalier de Forbin, ce fut de le ramener à Dunkerque. Il ^uvala flotte; mais tout le fruit de l'entreprise fut perdu. Il n'y eut que Matignon qui y gagna. Ayant ouvert les ordres de la cour en pleine mer, il y vit des provisions de maréchal de France ; récompense de ce qu'il voulut et qu'il ne put faire.

Quelques historiens ^ ont supposé que la reine Anne était

I. Entre autres Rebonlet, page 233 du tome VUI. Il fonde ses soupçons eaux du cbeTalier de Forbin. Celui qui a donné au public tant de mensonges, noua la titre de Mémoires de madcmie de Maintenon, et qui ût imprimer, en i75X, a Francfort, uue édition frauduleuse du Siècle de Louis XIV y demande dans une des notes qui sont ces historiens qui ont prétendu que la reine Anne était d'intel- Ugence avec son frère. C'est «itt fantôme^ dit-il. Biais on voit ici clairement qii# 00 n'est point un fantôme, et que l'auteur du Siècle de Louis XIV n'avait i-ie. avancé que la preuve en rc&in. Il n'est pas permis d'écrire l'histoire autreautal. {Nt4 ie Voltain.)

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d'inienigence avec son frère. C'est une trop grande simpUciU ëe penser qu'elle invit&t son compétiteur à la venir détrôner. On a confondu les temps : on a cru qu'elle le favorisait alors parce que depuis elle le regarda en secret comme son héritier, mais qui peut jamais vouloir être chassé par son successeur?

Tandis que les affaires de la France devenaient de Jour en Jour plus mauvaises, le roi crut qu'en faisant paraître le doc de Bourgogne, son petit-fils, à la tête des armées de Flandre, la présence de l'héritier présomptif de la couronne ranimerait l'émulation, qui commençait trop à se perdre. Ce prince, d'un esprit ferme et intrépide, était pieux , juste et philosophe. Il était fait pour commander à des sages. Élève de Fénelon, archevêque de Cambrai, il aimait ses devoirs ; il aimait les hommes, il voulait les rendre heureux. Instruit dans l'art de la guerre, il regardait cet art plutôt comme le fléau du genre humain et comme une nécessité malheureuse , que comme une source de gloire. On opposa ce prince philosophe au duc de Marlborough ; on lui donna pour l'aider le duc de Vendôme. 11 arriva ce qu'on ne voit que trop souvent ; le grand capitaine ne fut pas assez écouté, et le conseil du prince balança souvent les raisons du général : il se forma deux partis ; et dans l'armée des alliés il n'y en avait qu'un , celui de la cause commune. Le prince Eugène était alors sur le Rhin; mais toutes les fois qu'il fut avec Marlborough, ils n'eurent jamais qu'un sentiment.

Le duc de Bourgogne était supérieur en forces; la France, que l'Europe croyait épuisée , lui avait fourni une armée de près de cent mille hommes; et les alliés n'en avaient alors que quatre-vingt mille : il avait encore l'avantage des négociations dans un pays si longtemps espagnol , fatigué de garnisons hollandaises, et où beaucoup de citoyens penchaient pour Philippe V. Des intelligences lui ouvrirent les portes de Gand et d'Ypres; mais les manœuvres de guerre firent évanouir le fruit des manœuvres de politique : la division, qii mettait de l'incertitude dans le conseil de guerre, fit que

'abord on marcha vers la Dendr<>. et que deux heures après

Q rebroussa vers l'Escaut, à Oudeharde mais on perdit do

temps, On trouva le prince Eugène et Marlborough qui n'ea perdaient point, et qui étaient unis ; on fut mis en déroute vers Oudenarde : ce n'était pas une grande bataille , mais ce fut une fatale retraite ( H juillet 1708). Les fautes se multiplièrent ; les régiments allaient où ils pouv«ent, sans recevoir aucun ordre; il y eut même plus de quatre mille hommes qui furent pris en chemin par l'armée ennemie à quelques milles du champ de bataille.

L'armée découragée se retira sans ordre sous Gand, louf Tournai, sous Ypres , et laissa tranquillement le prince Eugène, maître du terrain, assiéger Lille avec une armée moins nombreuse.

Mettre le siège devant une ville aussi grande et aussi fortifiée que Lille, sans être maître de Gand, sans pouvoir tirer ses convois que d'Ostende, sans les pouvoir conduire que par une chaussée étroite, au hasard d'être à tout moment surpris, c'est ce que l'Europe appela une action téméraire , mais que la mésintelligence et l'esprit d'incertitude qui régnaient dans Tannée française rendirent excusable : c'est enfin ce que le succès justifia. Leurs grands convois, qui pouvaient être ealevés, ne le furent point; les troupes qui les escortaient, et qui devaient être battues par un nombre supérieur, furent victorieuses ; l'armée du duc de Bourgogne, qui pouvait attaquer les retranchements de l'armée ennemie encore imparfaits, ne les attaqua pas. Lille fut prise (23 octobre 1708) au grand étonnement de toute l'Europe, qui croyait le duc de Bourgogne plus en état d'assiéger Eugène et Marlborough, que ces généraux en état d'assiéger Lille. Le maréchal de Boufflers la défendit pendant près de quatre mois.

Les habitants s'accoutumèrent tellement au fracas du canoa et à toutes les horreurs qui suivent un siège, qu'on donnait dans la ville des spectacles aussi fréquentés qu'en temps de paix, et qu'une bombe qui tomba près de la salle de la com6» die n'interrompit point le spectacle.

Le maréchal de Boufflers avait mis si bon ordre à tout, que les habitants de cette grande ville étaient tranquilles sur la foi de ses fatigues : sa défense lui mérita l'estime des ennemis, les cœurs des citoyens, et les récompenses du roi. Les histo-

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riens, ou plutôt les écriTains de Holkoide, qui ont affecté d« le blâmer, auraient dû se souvenir que , quand on contredit la voix publique , il faut avoir été témoin, et témoin éclairé, pour prouver ce qu'on avance '•

Cependant l'armée qui avait regardé faire le siège de Lille se fondait peu à peu ; elle laissa prendre ensuite Gand, Bruges, et tous ses postes l'un après l'autre : peu de campagnes furent anssi fatales. Les officiers attachés au duc de Vendôme reprochaient toutes ces fautes au conseil du duc de Bourgogne; et ce conseil rejetait tout sur le duc de Vendôme : les esprits s'aigrissaient par le malheur. Un courtisan du duc de Bourgogne • dit un jour au duc de Vendôme : « Voilà ce que c'et^ « que de n'aller jamais à la messe ; aussi vous voyez quelles c sont nos disgrâces. — Croyez-vous, lui répondit le duc de • Vendôme, que Marlboroughy aille plus souvent que moi?» Les succès rapides des alliés enflaient le cœur de l'empereur loseph : despotique dans l'Empire, maître de Landau, il voyait le chemin de Paris presque ouvert par la prise de Lille; déjà môme un parti hollandais avait eu la hardiesse de pénétrer de Courtrai jusqu'auprès de Versailles, et avait enlevé sur le pont de Sèvres le premier écuyer du roi, croyant se saisir de la personne du dauphin, père du duc de Bourgogne : la terreur était dans Paris *.

I . Telle est l'histoire qu'un librsire nommé Van Duren fit écrire par le jésoitc Ia Motte, réfugié en Hollande sous le nom de La Hode, continuée par Lamartinière ; le tout sur les prétendus mémoires d'un comte de..., secrétaire d'État. Les Mémoires de madame de Maintenon, encore plus renipliii de mensonges, disent, tome IV, page 119, que les assiégeants jetaient dans la Tiile des billets conçus en «es t«.-mes : • Rassurei-vous, Français, la Maintenon ne sera pas votre reine. € Noos nelèterons pas le siège. On croira, ajoute-t-il, que Louis, dans la fenreor • du plaisir que lui donnait la certitude d'une victoire inattendue, oflrit ou pro- « mit le trAne à madame de Maintenon. • Comment, dans la ferveur de l'impertinence, peut-on mettre sur le papier ces nouvelles et ces discours des balles? Corn* nent cet insensé a-t-il pu pousser l'effronterie Jusqu'à dire que le duc de Buurgogn* trahit le roi son grand-père, et fit prendre Lille par le prince Eugène, de peur que madame de Maintenon ne fAt déclarée reine ? [Note de Voitaire.)

t. Le marquis d'O. {Note de Voltaire.)

S. Ce furent des officiers au service de Hollande qui firent ce coup hardi. Fres^ne tous étaient des Français que la révocation fatale de l'édit de Nantes avait foreés de choisir une nouvelle patrie ; ils prirent la chaise du marquis de Beringkenpour celle du dauphin, parce qu'elle avait l'écusson de France. L'ayant en> levé, ils le firent monter à cheval ; mais comme il était âgé et infirme, ils eureat U poUtessc en chemin de lui chercher one chaise de poste. Cela consuma 4n

L'empereur avait autant d'espérance au moins d'établir so frère Charles en Espagne que Louis XIV d'y conserver ion petit-fils. Déjà cette succession, que les Espagnols avaient voulu rendre indivisible, était partagéeentre trois tôtes : l'empereur avait pris pour lui la Lombardie et le royaume de Naples; Charles, son frère, avait encore la Catalogne et une partie de î'Aragon. L'empereur força alors le pape Clément XI à leconnaître l'archiduc pour roi d'Espagne : ce pape, dont on disait qu'il ressemblait à saint Pierre, parce qu'il affirmait, niait, se repentait, et pleurait, avait toujours reconnu Philippe V,à l'exemple de son prédécesseur; et il était attaché à la maisoa de Bourbon. L'empereur l'en punit, en déclarant dépendants de l'Empire beaucoup de fiefs qui relevaient jusqu'alors des papes, et surtout Parme et Plaisance, en ravageant quelques terres ecclésiastiques, en se saisissant de la ville de Comac-

chio.

Autrefois un pape eût excommunié tout empereur qui lui aurait disputé le droit le plus léger, et cette excommunication eût fait tomber l'empereur du trône : mais la puissance des clefs étant réduite à peu près au point où elle doit l'être. Clément XI, animé par la France, avait osé un moment se servir de la puissance du glaive, il arma, et s'en repentit bientôt: il vit que les Romains, sous un gouvernement tout sacerdotal, n'étaient pas faits pour manier l'épée. 11 désarma; il laissa Comacchio en dépôt à l'empereur ; il consentit à écrire à l'archiduc : A notre très-cher /i/s , roi catholique en Espagne. Une flotte anglaise dans la Méditerranée, et les troupes allemandes sur ses terres, le forcèrent bientôt d'écrire : A notre très-cher fils, roi des Espagnes, Ce suffrage du pape, qui n'était rien dans l'empire d'Allemagne, pouvait quelque chose sur le peuple espagnol, à qui on avait fait accroire que l'archiduc était indigne de régner, parce qu'il était protégé par des hérétiques qui s'étaient emparés de Gibraltar ;Août 1708). Restait à la monarchir espagnole, au delà du

xemps. Les pages du roi coururent après lui; le premier écuyer fut délivré ; «1 eenx qui l'avaient enlevé furent prisonniers eui-mémes; quelques minutes plus tard, ils auraient pris \e dauphin, qui arrivait après Beringhen avec un seul garda. (Noie Je Kollacrf.)

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