‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 127 sur 285 · CHAPITRE UI · texte numérisé non relu

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continent, lUe de Sardaigne avec celle de Sicile : une flotte anglaise donna la Sardaigne à l'empereur Joseph; car les Anglais voulaient que l'archiduc son frère n'eût que l'Espagne: leurs armes faisaient alors les traités de partage. Ils réservé» rent la conquête de la Sicile pour un autre temps, et aimèrent mieux employer leurs vaisseaux è chercher sur les mers les galions de TAmérique, dont ils prirent quelques-uns, qu'à donnera l'empereur de nouvelles terres.

La France était aussi humiliée que Rome, et plus en danger: les ressources s'épuisaient ; le crédit était anéanti : les peupies, qui avaient idolâtré leur roi dans ses prospérités, murmuraient contre Louis XIV malheureux.

Des partisans, à qui le ministère avait vendu la nation pour quelque argent comptant dans ses besoins pressants, s'engraissaient du malheur public, etinsultaientà ce malheur par leur luxe. Ce qu'ils avaient prêté était dissipé : sans l'industrie hardie de quelques négociants, et surtout de ceux de Saint- Halo, qui allèrent au Pérou, et rapportèrent trente millions, dont ils prêtèrent la moitié à l'État, Louis XIV n'aurait paseii de quoi payer ses troupes : la guerre avait ruiné la France, et des marchands la sauvèrent. 11 en fut de même en Espagne; les galions qui ne furent pas pris par les Anglais servirent à défendre Philippe : mais cette ressource de quelques mois ne rendait pas les recrues de soldats plus faciles. Chamillart, élevé au ministère des finances et de la guerre , se démit en 1708, des finances, qu'il laissa dans un désordre que rien ne put réparer sous ce règne; et en 1709, il quitta le ministère de la guerre, devenu non moins difficile que l'autre. On lui leprochait beaucoup de fautes; le public, d'autant plus sé- •ère qu'il souffrait, ne songeait pas qu'il y a des temps malheureux où les fautes .sont inévitables *. Voisin, qui après lui gouverna l'état militaire, et Desmarets, qui administra les finances, ne purent ni faire des plans de guerre plus heureux, ni rétablir un crédit anéanti.

Le cruel hiver de 1709 acheva de désespérer la nation. Les oliviers, qui sont une grande ressource dans le midi de la France, périrent; presque tous les arbres fruitiers gelèrent^ il n'y eut point d'espérance de récolte. On avait très-peu de magasins ; les grains qu'on pouvait faire venir à grands frais des échelles du Levant et de l'Afrique pouvaient être pris par les flottes ennemies, auxquelles on n'avait presque plus de ▼aisseaux de guerre à opposer. Le fléau de cet hiver était général dans l'Europe, mais les ennemis avaient pJus de ressources. Les Hollandais surtout , qui ont été si longtemps les facteurs des nations , avaient assez de magasins pour mettre les armées florissantes des alliés dans l'abondance, tandis que les troupes de France, diminuées et découragées, semblaient devoir périr de misère.

Le roi vendit pour quatre cent mille francs de vaisselle d'or; les plus grands seigneurs envoyèrent leur vaisselle d'argent à la Monnaie. On ne mangea dans Paris que du pain bis pendant quelques mois; plusieurs familles, à Versailles môme, se nourrirent de pain d'avoine : madame de Maintenon eo donna l'exemple.

Louis XIV, qui avait déjà fait quelques avances pour la paix, n'hésita pas, dans ces circonstances funestes, à la demander à ces mêmes Hollandais autrefois si maltraités par lui.

Les États-Généraux n'avaient plus de stathouder depuis la mort du roi Guillaume ; et les magistrats hollandais, qui appelaient déjà leurs familles les familles patriciennes, étaient autant de rois. Les quatre commissaires hollandais, députés à 'armée, traitaient avec fierté trente princes d'Allemagne à »eur solde. « Qu'on fasse venir Holstein, disaient-ils ; qu'on « dise à Hesse de nous venir parler *. » Ainsi s'expliquaient des marchands qui, dans la simplicité de leurs vêtements et dans la frugalité de leurs repas, se plaisaient à écraser à la fois l'orgueil allemand qui était à leurs gages, et la fierté d'un grand roi autrefois leur vainqueur.

I. L'Uttoire de l'ex-jésuite La Motte, rédigée par Lamirtlnière, dit que ,„^ Billart fut destitué du ministère des 6nances eo 1703, et que la Toix publique y •f pela le maréchal d'Harcourt. Les fautes d« cet biftoriaa sont sans nombrt. lN9êÊ âê Yêltain,) ^

t. C'est ce que l'anteur tient de la bpuche de vingt personnes qui les entende vent parler ainsi à Lille, après la prise de cette Tille. Cependant il se peut que «apressions fussent moins Teffet d'une fierté grossière que d'un styU Ueoniqa« >i en usage daos les armées {Note de Voltaire.)

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On les avait vus vendre à bas prix leur attachement à louis XIV, eu 1665; soutenir leurs malheurs, en 1672, et les réparer avec un courage intrépide ; et alors ils voulaient user de leur fortune. Us étaient bien loin de s'en tenir à faire voir ■ux hommes , par de simples démonstrations de supériorité, qu'il n'y a de vraie grandeur que la puissance : ils voulaient que leur Élat eût en souveraineté dix villes en Flandre, entre iutres Lille, qui était entre leurs mains, et Tournai, qui n'y était pas encore. Ainsi les Hollandais prétendaient retirer le bruit de la guerre, non-seulement aux dépens de la France, mais encore aux dépens de l'Autriche, pour laquelle ils combattaient, comme Venise avait autrefois augmenté son territoire des terres de tous ses voisins. L'esprit républicain est au fond aussi ambitieux que l'esprit monarchique.

Il y parut bien quelques mois après; car, lorsque ce fantCme de négociation fut évanoui, lorsque les armes des alliés eurent encore de nouveaux avantages, le duc de Marlborough, plus maître alors que sa souveraine en Angleterre, et gagné par la Hollande, fit conclure avec les États-Généraux, en 1709, ce célèbre Irailé de la Barrière, par lequel ils resteraient maîtres de toutes les villes frontières qu'on prendrait sur la France, auraient garnison dans vingt places de la Flandre, aux dépens du pays, dans Hui, dans Liège et dans Bonn, et auraient en toute souveraineté la haute Gueldre. Ils seraient devenus en effet Bouverains des dix-sept provinces des Pays- Bas; ils auraient dominé dans Liège et dans Cologne. C'est ainsi qu'ils voulaient s'agrandir sur les ruines mêmes de leurs alliés. Hs ncMirrissaient déjilL ces projets élevés, quand le roi leur emvoya secrètement le président Houille pour essayer de traiter avec eux.

Ce négociateur vit d'abord, dans Anvers, deux magistrats d'Amsterdam, Bruys et Vanderdussen, qui parlèrent en vainqueurs, et qui déployèrent avec l'envoyé du plus fier des rois toute la hauteur dont ils avaient été accablés en 1672. On affecta ensuite de négocier quelque temps avec lui, dans un de ces villages que les généraux de Louis XIV avaient mis autrefois à feu et à sang. Quand on l'eut joué assez longtemps, on lui déclara qu'il fallait que le roi de France forçât

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