‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 128 sur 285 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

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H roi son petit-fils à descendre du trône sans aucun dédommagement ; que l'électeur de Bavière, François-Marie, ei son frère, l'électeur de Cologne, demandassent grflce, ou q[ue le sort des armes ferait les traités.

Les dépêches désespérantes du président de Rouillé arriwent coup sur coup au conseil, dans le temps de la plus déplorable misère où le royaume eût été réduit dans les temps les plus funestes. L'hiver de 1709 laissait des traces affreuses ; le peuple périssait de famine; les troupes n'étaient point payées ; la désolation était partout : les gémissements et les terreurs du pu4)lic augmentaient encore le mal.

Le conseil était composé du dauphin, du duc de Bourgogne son fils, du chancelier de France Pontcharirain, du duc de Beauvilliers, du marquis de Torci, du secrétaire d'État de la ^ guerre Chamillart, et du contrôleur général Desmarests. Le <^uc de Beauvilliers fit une peinture si touchante de l'état où là France était réduite, que le duc de Bourgogne en versa des larmes, et tout le conseil y mêla les siennes. Le chancelier conclut à faire la paix à quelque prix que ce pût être : les ministres de lu guerre et des finances avouèrent qu'ils étaient sans ressource. « Une scène si triste, dit le marquis de Torci, « serait difficile à décrire, quand même il serait permis de « révéler le secret de ce qu'elle eut de plus touchant. » Ce secret n'était que celui des pleurs qui coulèrent.

Le marquis de Torci, dans cette crise, proposa d'aller loimême partager les outrages qu'on faisait au roi dans la pei^ sonne du président Rouillé ; mais commeut pouvait-il espérer d'obtenir ce que les vainqueurs avaient déjà refusé? il ne devait s'attendre qu'à des conditions plus dures.

(Mars 1709.) Les alliés commençaient déjà la campagne. Torci, sous un nom emprunté, va jusque dans la Haye; le grand pensionnaire Heinsius est bien étonné quand on lui annonce que celui qui est regardé chez les étrangers comme le principal ministre de France est dans son antichambre. Heinsius avait été autrefois envoyé en France par le roi Guillaume, pour y discuter ses droits sur la principauté d'Orange b s'était adressé à Louvois, secrétaire d'État ayant le départit ment du Dauphiné, sur la frontière duquel Orange est située*

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SIÈCLS DB LOUIS XIY.

Ue ministre de Guillaume parla yivement, non-seulement pour ion mattre, mais pour les réformés d'Orange : croiraiton que Louvois lui répondit « qu'il le ferait mettre à la Bai^ tille ^7 » Un tel discours tenu à un sujet eût été odieux; tenu à un ministre étranger, c'était un insolent outrage aux droits des nations. On peut juger s'il avait laissé des impressions profondes dans le cœur du magistrat d'un peuple libre.

Il y a peu d'exemples de tant d'orgueil suivi de tant d'hu* miliations. Le marquis de Torci, suppliant dans la Haye, au Dom de Louis XIV. s'adressa au prince Eugène et au duc de Marlborough, après avoir perdu son temps avec Heinsius : tous trois voulaient la continuation de la guerre : le prince j trouvait sa grandeur et sa vengeance ; le duc, sa gloire et une fortune immense, qu'il aimait également; le troisième, gouverné par les deux autres, se regardait comme un Spartiate qui abaissait un roi de Perse. Us proposèrent non pas une paix, mais une trêve, et pendant cette trêve une satisfaction entière pour tous leurs alliés, et aucune pour les alliés du roi; à condition que le roi se joindrait à ses ennemis pourchasser d'Espagne son propre petit-fils, dans l'espace de deux mois; et que, pour sûreté, il commence, ut par céder à jamais dix Tilles aux Hollandais dans la t .andi-e, par rendre Strasbourg et Brisach, et par renoncer à la souveraineté de l'Alsace. Louis XIV ne s'était pas attendu, quand il refusait autrefois un régiment au prince Eugène, quand Churchill n'était pas encore colonel en Angleterre, et qu'à peine le nom de Heinlîus lui était connu, qu'un jour ces trois hommes lui imposeraient de pareilles lois. En vain Torci voulut tenter Marlbo< rough par l'offre de quatre millions; le duc, qui aimait autant h gloire que l'argent, et qui par ses gains immenses, pro* duits par des victoires, était au-dessus de quatre milliona, laissa au ministre de France la douleur d'une proposition honteuse et inutile. Torci rapporta au roi les ordres de ges ennemis. Louis XIV fit alors ce qu'il n'avait jamais fait avec sei •ujeti : il se justifia devant eux; il adressa aux gouverneur!

I. Toyes les Mémcirnê it Torci, t. III, p. t; lis ont confirmé Unit m qui etl «meé M {Noté dé Voltaire,)

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