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CHAPITRE IXII

Tandis que cette révolution éclatante étoùûait les a^ét, une autre plus sourde et non moins décisive se préparaît en Angleterre. Une Allemande avait, par sa mauvaise conduite, fait perdre à la maison d'Autriche toute la succession de Charles-Quint, et avait été ainsi le premier mobile de la guerre; une Anglaise, par ses imprudences, procura la paix. Sara Jennings, duchesse de Marlborough, gouvernait la reine Anne, et le duc gouvernait l'État. Il avait en ses mains lef finances par le grand trésorier Godolphin , beau-père d'une de ses filles; Sunderland, secrétaire d'État, son gendre, lui soumettait le cabinet. Toute la maison de la reine, où commandait sa femme, était à ses ordres. Il était maître de l'armée, dont il donnait tous les emplois. Si deux partis, les Wighs et les Toris, divisaient l'Angleterre, les Wighs, à la tôte desquels il était, faisaient tout pour sa grandeur; et les Toris avaient été forcés à l'admirer et à se taire. Il n'est pas indigne de l'histoire d'ajouter que le duc et la duchesse étaient let plus belles personnes de leur temps, et que cet avantage séduit encore la multitude, quand il est joint aux dignités et à la gloire.

Il avait plus de crédit à la Haye que le grand pensionnaire, et il influait beaucoup en Allemagne. Négociateur et général toujours heureux, nul particulier n'eut jamais une puissance et une gloire si étendues. Il pouvait encore affermir son pou- Toir par ses richesses immenses, acquises dans le commandement. J'ai entendu dire à sa veuve qu'après les partages faits à quatre enfants, il lui restait, sans aucune grSce de la cour, soixante et dix mille pièces de revenu, qui font plus de quinze cent cinquante mille livres de notre monnaie d'aujourd'hui. S'il n'avait pas eu autant d'économie que de grandeur, il pouvait se faire un parti que la reine Anne n'aurait pu détruire ; et si sa femme avait eu plus de complaisance, jamais la reine n'eût brisé ses liens; mais le duc ne put jamais triompher de son goût pour les richesses, ni la duchesse de son humeur. La reine l'avait aimée avec une tendresse qui allait jusqu'à la soumission et l'abandonnemcnt de toute volonté.

Dans de pareilles liaisons* c'est d'ordinaire du côté des <ioo-

▼eralDB que vient le dégoût, le caprice, la hauteur, l'abus dl la supériorité : ce sont eux qui font sentir le joug, et c'étaK la duchesse de Marlborough qui l'appesantissait. 11 fallait une favorite à la reine Anne, elle se tourna du côté de milad^ Masham, sa dame d'atours : les jalousies de la duchesse éclatèrent. Quelques paires de gants d'une façon singulière, qu'elle refusa à la reine ; une jatte d'eau qu'elle laissa tomber en sa présence, par une méprise affectée, sur la robe de madame de Masham, changèrent la face de l'Europe. Les esprits s'aigrirent : le frère de la nouvelle favorite demande au duc un régiment; le duc le refuse, et la reine le donne. Les Toris saisirent cette conjoncture pour tirer la reine de cet esclavage domestique, pour abaisser la puissance du duc de Marlborough, changer le ministère, faire la paix, et rappeler, t'il se pouvait, la maison de Stuart sur le trône d'Angleterre. Si le caractère de la duchesse eût pu admettre quelque souplesse, elle eût régné encore. La reine et elle étaient dana l'habitude de s'écrire tous les jours sous des noms empruntés : ce mystère et cette familiarité laissent toujours la voie ouverte à la réconciliation ; mais la duchesse n'employa cette ressource que pour tout gâter. Elle écrivit impérieusement ; elle disait dans sa lettre : « Rendez-moi justice, et ne me « faites point de réponse. » Elle s'en repentit ensuite ; elle vint demander pardon, elle pleura, et la reine ne répondit autre chose, sinon : « Vous m'avez ordonné de ne vous point « répondre, et je ne vous répondrai pas. » Alors la rupture fut sans retour : la duchesse ne parut plus à la cour; et quelque temps après on commença par ôter le ministère au gendre de Marlborough, Sunderland, pour déposséder ensuite Godolphin et le duc lui-même. Dans d'autres États cela Rappelle une disgrûce; en Angleterre c'est une révolution dans les affaires, et la révolution était encore très-difficile à

opérer.

Les Toris, maîtres alors de la reine, ne l'étaient pas du

royaume ; ils furent obligés d'avoir recours à la religion : il

n'y en a guère aujourd'hui dans la Grande-Bretagne que le

^u qu'il en faut pour distinguer les factions. Les Wighs pen-

Iba^ent pour le presbytérianisme : c'était la faction qui avait

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8IËCLB DB LOUIS XIT.

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