‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 136 sur 285 · TÉ · texte numérisé non relu

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Toulei ces raison», qui enhardissaient la reine, ouvrirent lei yeux à une grande partie de la nation ; et un nouveau parlement étant convoqué, la reine eut la liberté de préparer la paix de l'Europe.

Mais, en la préparant en secret, elle ne pouvait pas encore 16 séparer publiquement de ses alliés; et quand le cabinet négociait, Marlborough était en campagne. Il avançait toujours en Flandre; il forçait les lignes que le maréchal de Villars avait tirées de Montreuil jusqu'à Valenciennes : il prenait Bouchain; il s'avançait au Quesnoy, et de là vers Paris (août et septembre 1711) : il y avait à peine un rempart à lui opposer.

Ce fut dans ce temps malheureux que le célèbre Duguay- Trouin, aidé de son courage et de l'argent de quelques marchands, n'ayant encore aucun grade dans la marine, et devant tout à lui-même, équipa une petite flotte, et alla prendre une des principales villes du Brésil, Saint-Sébastien de Rio- Janéiro (septembre et octobre 17H). Son équipage revint chargé de richesses, et les Portugais perdirent beaucoup plut qu'il ne gagna. Mais le mal qu'on faisait au Brésil ne soulageait pas les maux de la France.

CHAPITRB XXIII

Victoire i\i maréchal da Villan à Dénain. Rétabkssement des affairct.

Paix générale.

Les négociations, qu'on entama enfin ouvertement à Londres, furent plus salutaires. La reine envoya le comte Straffort, ambassadeur en Hollande, communiquer les propositions de Louis XIV. Ce n'était plus alors à Marlborough qu'on demandait^râce. Le comte de Straffort obligea les Hollandais à nommer des plénipotentiaires, et à recevoir ceux de la France.

Trois particuliers s'opposaient toujours à cette paix. Marl-

orough, le prince Eugène et Heinsius persistaient à vouloir

accabler Louis XIV. Mais quand le général anglais retourna

dtni Londres, à la fin de 1711, oo lui Cta tout ses emplois; i/

trouva une nouvelle chambre basse , et n'eut pas pour lui la pluralité de la haute. La reine, en créant de nouveaux pain^ avait affaibli le parti du duc, et fortifié celui de la couronne. Il fut accusé, comme Scipion, d'avoir malversé : mais il se tira d'affaire, à peu près de même, par sa gloire et par la retraite. Il était encore puissant dans sa disgrâce. Le prince Eugène n'hésita pas à passer à Londres pour seconder sa faction ; c« prince reçut l'accueil qu'on devait à son nom et à sa renon*» mée, et les refus qu'on devait à ses propositions. La cour prévalut; le prince Eugène retourna seul achever la guerre; et c'était encore un nouvel aiguillon pour lui d'espérer de nouvelles victoires, sans compagnon qui en partageât l'honneur. Tandis qu'on s'assemblait à Utrecbt (29 janvier 1712), tandii que les ministres de France, tant maltraités à Gertrudemberg, viennent négocier avec plus d'égalité, le maréchal de Villars, retiré derrière des lignes, couvrait encore Arras et Cambrai. Le prince Eugène prenait la ville du Quesnoy (6 Juillet 1712), et il étendait dans le pays une armée d'environ cent mille combattants. Les Hollandais avaient fait un effort, et n'ayant jamais encore fourni à toutes les dépenses qu'ils étaient obligés de faire pour la guerre, ils avaient été au delà de leur contingent cette année. La reine Anne ne pouvait encore se dégager ouvertement ; elle avait envoyé à l'armée du prince Eugène le duc d'Ormond avec douze mille Anglais, et payait encore beaucoup de troupes allemandes. Le prince Eugène, ayant brûlé le faubourg d'Arras, s'avançait sur l'armée française; il proposa au duc d'Ormond de livrer bataille. Le général anglais avait été envoyé pour ne point combattre. Les négociations particulières entre l'Angleterre et la France avançaient; une suspension d'armes fut proclamée entre les deux couronnes. Louis XIV fit remettre aux Anglais la ville de Dunkerque, pour sûreté de ses engage* ments (19 juillet 1712). Le duc d'Ormond se retira vers Gand il voulut emmener avec les troupes de sa nation celles qui étaient à la solde de sa reine ; mais il ne put se faire suivre que de quatre escadrons de Holstein, et d'un régiment liégeois. Les troupes de Brandebourg, du Palatinat, de Saxe, de Hesse, dâ Uanemarck, lestèrent sous les drapeaux du prince

Eugène, et furent payées par les Hollandais. L'électeur dt Hanovre même, qui devait succéder à la reine Anne, laissa malgré elle ses troupes aux alliés, et fit voir que si sa famille attendait la couronne d'Angleterre, ce n'était pas sur la faveu» de la reine Anne qu'elle comptait.

Le prince Eugène, privé des Anglais, (?taît encore supérieur de vingt mille hommes à l'armée française; il l'était par sa position, par l'abondance de ses magasins, et par neuf ans ôr ▼ictoires.

Le maréchal de Villars ne put Tempêcher de faire le siég« deLandrecies. La France, épuisée d'hommes et d'argent, était dans la consternation; les esprits ne se rassuraient point par les conférences d'Utrecht , que les succès du prince Eugène pouvaient rendre infructueuses : déjà même des détachements considérables avaient ravagé une partie de la Champagne, et pénétré jusqu'aux portes de Reims.

Déjà l'alarme était à Versailles comme dans le reste du royaume. La mort du fils unique du roi, arrivée depuis un an ; le duc de Bourgogne, la duchesse de Bourgogne (février 1712), leur fils atné, enlevés rapidement depuis quelques mois, et portés dans le môme tombeau ; le dernier de leurs enfants moribond : toutes ces infortunes domestiques, jointes aux étrangères et à la misère publique, faisaient regarder la fin du règne de Louis XIV comme un temps marqué pour la calamité; et l'on s'attendait à plus de désastr^^ que l'on n'avail YU auparavant de grandeur et de gloire.

(il juin 17i2.) Précisément dans ce temps-là mourut en Espagne le duc de Vendôme. L'esprit de découragement, généralement répandu en France, et que je me souviens d'avoir TU, faisait encore redouter que l'Espagne, soutenue par le dur de Vendôme, ne retombât par sa perte.

Landrecies ne pouvait pas tenir longtemps : il fut agité dam Versailles si le roi se retirerait à Cbambord sur la Loire. 11 dit au maréchal d'Harcourt qu'en cas d'un nouveau malheur, il convoquerait toute la noblesse de son royaume, qu'il la conduirait à l'ennemi, malgré son fige de soixante et quatorze ins, et qu'il périrait à la tête.

Une faute que fit le nrince Fuffène délivra le roi et la France

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