‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 146 sur 285 · CHAPITRE XXf · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXf

Les mémoires secrets des contemporains sont suspects de partialité : ceux qui écrivent une wu deux générations après doivent user de la plus grande circonspection, écarter le fri- ▼ole, réduire l'exagéré, et combattre la satire.

Louis XIV mit dans sa cour, comme dans son règne, tant d'éclat et de magnificence, que les moindres détails de sa vie semblent intéresser la postérité, ainsi qu'ils étaient l'objet de la curiosité de toutes les cours de l'Europe et de tous les contemporains. La splendeur de son gouvernements' est répandue sur ses moindres actions. On est plus avide, surtout en France, de savoir les particularités de sa cour, que les révolutions de quelques autres États. Tel est l'effet de la grande réputation; on aime mieux apprendre ce qui se passait dans le cabinet et dans la cour d'Auguste, que le détail des conquêtes d'Attila ou de Tamerlan.

Voilà pourquoi il n'y a guère d'historiens qui n'aient publié les premiers goûts de Louis XIV pour la baronne de Beauyais, pour mademoisselle d'Argencourt, pour la nièce du cardinal Mazarin, qui fut mariée au comte de Soissons, père du prince Eugène, surtout pour Marie Mancini, sa sœur, qui épousa ensuite le connétable Colonne.

Il ne régnait pas encore quand ces amusements occupaient l'oisiveté où le cardinal Mazarin, qui gouvernait despotiquement, le laissait languir. L'attachement seul pour Marie Mancini fut une affaire importante, parce qu'il l'aima assez pour être tenté de l'épouser, et fut assez maître de lui-même pour s'en séparer. Cette victoire qu'il remporta sur sa passion commença à faire connaître qu'il était né avec une grande âme. U en remporta une plus forte et plus difficile, en laissant le cardinal Mazarin maître absolu : la reconnaissance l'empêcha d e secouer le joug qui commençait à lui peser. C'était une anecdote très-connue à la cour, qu'il avait dit après la mort du cardinal : « Je ne sais pas ce que j'aurais fait s'il avait « Yécu plus longtemps *. »

Il s'u:cupait à lire des livres d'agrément dans ce loisir : il

t. Cette anecdote e»t accréditée par le» Memoirei de La Porte , p. 155 e« «lit. On y voit que le roi avait de l'aversion pour le cardinal ; que ce minigirt, ■OD parrain et «urinterdant de ton éducation, l'avait trètHual élevée et qu'il U

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lisait surtout avec le connétable Co]onne,qui avait de l'esprit ainsi que toutes ses sœurs. Il se plaisait aux vers et aux rtr mans, qui, en peignant la galanterie et la grandeur, flattaient en secret son caractère. Il lisait les tragédies de Corneille, et > le formait le goût, qui n'est que la suite d'un sens droit, et le sentiment prompt d'un esprit bien fait. La conversation de sa mère et des dames de sa cour ne contribua pas peu à lui faire goûter cette fleur d'esprit et à le former à cette politesse singulière qui commençaient dès lors à caractériser la cour. Anne d'Autriche y avait apporté une certaine galanterie noble et flère qui tenait du génie espagnol de ces temps-là, et y avait joint les grâces, la douceur, et une liberté décente, qui n'étaient qu'en France. Le roi fit plus de progrès dans cette école d'agréments, depuis dix-huit ans jusqu'à vingt, qu'il n'en avait fait dans les sciences soui son précepteur, l'abbé de Beaumont, depuis archevêque de Paris. On ne lui avait presque rien appris : il eût été à désirer qu'au moins on l'eût instruit de l'histoire, et surtout de l'histoire moderne ; mais ce qu'on en avait alors était trop mal écrit ; il était triste qu'on n'eût encore réussi que dans les romans inutiles, et que ce qui était nécessaire fût rebutant. On fit imprimer sous ton nom une traduction des Commentaires de César, et une de Florus sous le nom de son frère : mais ces princes n'y eurent d'autre part que celle d'avoir eu inutilement pour leur» thèmes quelques endroits de ces auteurs.

Celui qui présidait à l'éducation du roi, sous le premier maréchal de Villeroi, son gouverneur, était tel qu'il le fallait, savant et aimable : mais les guerres civiles nuisirent à cette éducation, et le cardinal Mazarin souffrait volontiers qu'on donnât au roi peu de lumières. Lorsqu'il s'attacha à Marie Mancini, il apprit aisément l'italien pour elle; et, dans le temps de son mariage, il s'appliqua à l'espagnol moins heureusement L'étude, qu'il avait trop négligée avec ces précepteurs; au sortir de l'enfance, une timidité qui venait de la craintf de se compromettre, et l'ignorance où le tenait le cardinal

UiiM souvent manquer du nécesiaire. Il lyoute même des accutations beaucoup ptlat gvâTet, et qui rendraient la mémoire du cardinal bien infâme ; mail elles •• paraiMent pat prouvées, et toute accusation doit l'être. {jSot« de Voltaire.)

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